NORMANDIE
taies du Calvados et principalement de celles de la Seine-Inférieure, où ils ont été fort heureusement retrouvés parmi les papiers provenant de l’ancienne Chambre syndicale des imprimeurs-libraires de Rouen h Ces dernières pièces présentent une assez grande quantité d’arrêts du parlement de Normandie, et cela m’a un peu consolé de 1’ impossibilité où l’on est encore, faute d’un classement méthodique et définitif, de faire des recherches raisonnées dans les registres de cette juridiction, à moins de disposer de longs loisirs. Les érudits locaux, à qui revient de plein droit ce soin, trouveront là une source abondante de renseignements complémentaires, si l’on peut en juger par les intéressants extraits qu’en a publiés jadis un chercheur (i) 2, à la mémoire duquel je suis heureux de donner ici un souvenir de reconnaissance bien mérité.
Il m’a été relativement facile, au moyen de ces divers éléments, et la bibliographie aidant, de construire le modeste édifice que je voulais élever aux imprimeurs de Normandie, mais était-il possible, avec les seuls documents dont je viens d’indiquer l’origine, de présenter aux lecteurs, ainsi que j’avais le ferme désir de le faire dans cet avertissement, une monographie quelque peu satisfaisante de l’histoire corporative de ces imprimeurs ? La question était intéressante, parce que cette corporation semblait avoir une originalité propre, quila distinguait considérablement de la Communauté parisienne, par exemple, et de beaucoup d’autres Communautés provinciales ; je l’ai donc débattue en mon for intérieur et j’avais presque résolu de m’abstenir, de crainte de n’offrir qu’un travail trop incomplet, lorsqu’un revirement s’est fait dans mon esprit. J’ai pensé qu’après tout il valait mieux encore dire peu de chose que rien du tout, et d’ailleurs je savais que je pouvais compter sur l’indulgence de lecteurs qui m’en ont déjà donné tant de témoignages.
Malheureusement, la plus grande partie des documents recueillis ne s’applique qu’aux imprimeurs-libraires de Rouen et il est impossible de savoir si les mêmes règles étaient suivies par tous les typographes normands, bien que cela paraisse fort probable ; il était donc téméraire de généraliser, c’est pourquoi j’ai rejeté dans
(i) Voy. infrà, p. 23. — (2) Simples notes sur les imprimeurs et les libraires rouennais (xv, xvie et xvne siècles). Dans : Glanes historiques normandes... Par
E. Gosselin. — Rouen, E. Caigniard. (S. d. In-8. Extr. de la Revue de Normandie, a. 1869.) Quatrième glane, pp. 53-175.
l’avant-propos qui ouvre la série des imprimeurs de la Seine-Intérieure tout ce qui concerne cette histoire corporative. On n’y trouvera cependant, je me hâte de le dire, qu’une esquisse à longs traits, mais elle aura le mérite, à défaut d’autres, de ne reposer que sur des documents authentiques. Je me borne à noter ici qu’à l’inverse de ce qui se passait dans les diverses provinces que j'ai étudiées jusqu’à présent, où chaque imprimeur se trouvait isolé et ne se rattachait à ses confrères de la même ville ou des cités voisines que par des liens plutôt relâchés, les typographes normands semblent avoir formé de tout temps une puissante confédération corporative, ayant ses usages particuliers et jalousement fermée aux maîtres des autres provinces L Cette union intime et cet excluvisisme rigoureux remontaient, à n’en pas douter, aux temps mêmes où l’imprimerie avait pris naissance sur le soldelaNormandie.il est très remarquable, en effet, que dès le principe, la typographie normande avait été absolument autochtone, car, tandis que dans la plupart des autres régions de la France, l’art quasi- divin avait été apporté par des étrangers, en grande majorité d’origine allemande, ici il apparut tout d’un coup exercé par des enfants du pays même : les Durandas et les Quijoue, les Le Talleur et les Morin, les Le Bourgeois et les Régnault, tous noms d’allure bien française, comme on le voit, et jamais on n’y rencontre une appellation dénotant une origine teutonique, voire même étrangère. Les typographes normands s’interdirent en outre, sauf de rares exceptions, de former des apprentis qui n’appartinssent pas à leur province ; ils se réservèrent à eux seuls le droit de s’établir dans la région et ils s’attribuèrent toujours le privilège d’y pouvoir dresser leurs presses, là où il leur plaisait d’aller, jusqu’au moment où le Conseil d’Etat du roi vint les juguler sans rémission.
Je m’arrête, pour ne pas entrer dans des détails qui trouveront leur place ailleurs, et je rappelle que lors de la division du royaume en départements, la province de Normandie fut partagée entre cinq de ces circonscriptions nouvelles : la Seine- Inférieure, l’Eure, le Calvados, la Manche et l’Orne, que je vais présenter successivement dans cet ordre.
Je note enfin pour mémoire les principales abréviations employées dans le cours de ce travail :
(i) Yoy. Documenta, n° 692.