CHAPITRE II
NOTICES SUR LES IMPRIMEURS
Augereau (Pierre), imprimeur à Alençon (1703-1706).
Ce que nous apprend M. Duval au sujet de cet imprimeur, abstraction faite de quelques-unes de ses productions, se réduit à fort peu de chose ; l’ancien archiviste de l’Orne se contente en effet d’indiquer qu’après avoir épousé Jacqueline Le Prévost, veuve de Martin Delamotte, Pierre Augereau fut autorisé, par arrêt du Conseil du 27 mars 1703, à prendre la qualité d’imprimeur du roi, — ce qui n’est pas exact, — et que, de 1704 à 1706, il fut chargé des impressions de l’intendance ! Il est facile d’être plus complet.
Né à Poitiers vers 1671 1 2, Augereau fit son apprentissage dans cette ville, chez François Mesmer, et, quand il Peut terminé il entreprit son tour de France et travailla successivement, comme compagnon, au Mans, chez Ambroise Isambart, à Rennes, chez Mathurin Denis, à Vannes, chez Jacques de Heuqueville, à Angers, chez Olivier Avril, à Paris, chez Antoine Lambin ; enfin en 1694, il arrivait à Alençon, entrait, toujours en qualité de compagnon, dans l’atelier de Martin Delamotte, et, à la mort de celui-ci (1696), il en devenait le prote 3. Cependant Pierre Augereau 11e fut pas un simple prote : dès le 6 décembre 1696, un traité intervenait entre lui et sa patronne, en vertu duquel cette dernière lui cédait tous ses droits au privilège d’imprimeur à Alençon 4; à partir de ce moment, il ne lui manquait donc qu’une investiture officielle pour être le chef incontestable de l’entreprise, mais, malgré des démarches réitérées auprès du lieutenant général de police d’Alençon, Augereau ne put l’obtenir, ce magistrat Payant tou-
(1) Op. cit., p.22. — (2) B. N., Ms. fr. 22124, f° 32. (Enquête de 1701.) Auge-
reau y déclara être âgé de 3o ans. — (3) Ibid. — (4) Cf. Documenta, nu 716.
jours éconduit, en lui rappelant qu’il était indispensable de se pourvoir auprès du Conseil d’Etat.
La situation irrégulière de cet imprimeur ne présentait guère d’inconvénient, tant que Jacqueline Le Prévost restait vivante et en état de viduité, mais les chose prirent une autre tournure quand celle-ci eut convolé avec son prote, et il fallut alors bon gré mal gré écouter les conseils de la prudence et s’adresser au Conseil. Augereau présenta donc sa requête à la Chancellerie et peu de temps après, le 27 mars 1703, un arrêt du Conseil privé ordonnait qu’il serait reçu imprimeur-libraire à Alençon, en remplacement du sieur Delamotte L En vertu de conventions anciennes passées entre les deux imprimeurs d’Alençon, Augereau crut alors avoir le droit de se qualifier imprimeur du Roi et du Collège : son collègue Malassis l’assigna aussitôt au Conseil privé, pour qu’il lui soit fait défense d’user de ces titres, qui, suivant lui, étaient devenus sa propriété exclusive depuis la mort de Martin Delamotte ; Malassis ne s’opposait pas, à ce qu’il disait, à la réception d’Augereau comme imprimeur à Alençon, cette ville pouvant comporter deux établissements, mais il entendait y être proclamé le seul imprimeur de Sa Majesté et du Collège A Le Conseil d’Etat n’admit pas ces prétentions et décida, par un arrêt du 23 juillet 1703, que, tant que la veuve Delamotte vivrait, les deux parties jouiraient conjointement du privilège d’imprimer les édits et ordonnances, ainsi que tout ce qui concernait le collège 1 * 3. Malheureusement Pierre Augereau ne profita pas longtemps des avantages de sa victoire, car il décéda le 14 août 1706 4.
Devenue veuve encore une fois, Jacqueline Le Prévost reprit la direction de son imprimerie, mais trois années ne s’étaient pas écoulées qu’elle projetait une nouvelle union avec un sieur Jacques- François Brehein-Brandin, de Condé-sur-Sarthe. L’une des conséquences de ce troisième mariage pouvait être de lui faire perdre, en conformité des règlements, tous ses privilèges et ses droits à l’imprimerie ; elle y para en s’adressant au Conseil privé, qui, par arrêt du 29 novembre 1709, l’autorisa à continuer, sa vie durant « même en cas qu’elle cesse de demeurer en viduité, d’exercer sa profession
(1) Cf. Documenta, n° 716. — (2) Voy. Documenta, n° 718. — (3) Voy. Docu-
menta, n° 719. — (4) Arch. Comm. d’Alençon, paroisse de Saint-Léonard : « Le
mesme jour que dessus (i5 août 1706), a esté inhumé dans cette église le corps
de Pierre Augereau, vivant, imprimeur du Roy, décédé d'hier, âgé de 38 ans ou viron, présence... » (Publié par L. Duval, op. cit., p. 2 3, note 1).
ORNE
d’imprimeur de ladite ville et collège d’Alençon 1 ». Le 28 janvier suivant, Jacqueline convolait avec Brehein-Brandin. Hile n’en continua pas moins de signer Veuve Pierre- Auger eau toutes les productions de son imprimerie, et cela pendant de longues années, puisqu’elle exerçait encore en 1730 2. Jacqueline était à ce moment veuve pour la troisième fois, mais elle dut mourir à peu de temps de là, aucune mention n’étant plus faite d’elle après cette date et aucune impression connue ne portant désormais son nom.
Briard (Jean ou Jean-Baptiste), imprimeur à Sées (1708-1730).
Fils de Jean Briard, imprimeur à Bayeux, puis à Caen, Jean ou Jean-Baptiste naquit dans cette dernière ville vers 1681, et apprit sans doute sa profession dans l’atelier paternel ; entre 1706 et 1708, il vint ouvrir un établissement typographique à Sées, où nul imprimeur ne s’était encore établi, bien que cette localité fût le siège d’un évêché. La première production connue de la typographie sagienne date de 1708 : c’est une lettre pastorale de Louis d’Aquin3 alors évêque du diocèse ; elle fut suivie de plusieurs autres impressions du même genre, après lesquelles l’imprimeur de Sées semble être passé de vie à trépas (1730), puisque c’est sa veuve qui signe, à partir de ce moment, les ouvrages imprimés dans cette ville 4.
Suivant M. Duval3, la veuve Briard aurait, avant 1737, cédé son établissement à un sieur Herfort de Bonnange père, et serait ellemême allée s’installer ailleurs, car « lors de la création du Conseil supérieur de Bayeux, en 1771, la veuve Briard, demeurant rue Saint-Jean, en cette ville, prit le titre d’imprimeur du Conseil supérieur ». Il esta peine besoin de faire remarquer que M. Duval confond la veuve de Jean Briard, de Sées, avec la veuve de Gabriel Briard, de Bayeux ; quant à Herfort de Bonnange, il n’a pas dû exercer l’imprimerie, attendu qu’aucun arrêt du Conseil d’État ne l’y avait autorisé. Cependant, l’ancien archiviste de l’Orne déclare que ce fait résulte d’une lettre de l’intendant d’Alençon, du 26 juil-
(1) Cf. Documenta, n° j35. — (2) Cf. Duval, op. cit ., p. 24. — (3) Ibid, p. 96. — (4) La Doctrine chrétienne rédigée en forme de cathéchisme par Monseigneur
l’Évêque de Sées, pour servir d’instruction aux fidèles de son Diocèse. Avec son mandement qui en ordonne la publication. [Arm. de l’Évêque, Jacques-Charles- Alexandre Lallemant.] A Sées, Chez la Veuve de Jean-Baptiste Briard, Impri-
meur de Monseigneur l’Évêque. M.DCC.XXXI. Avec privilège du Roy. (In-8.