‹ Gallia typographica (volume 2)Chapitre 33 sur 176 · XXVII-619 p. ch. B. N., D. 14474.) — (5) Op. cit., p · texte numérisé non relu

XXVII-619 p. ch. B. N., D. 14474.) — (5) Op. cit., p

let 1766, dans lequel il est dit en outre que le privilège d’imprimeur avait été retiré à Bonnange par arrêt du Conseil du 3 mars 1739, et M. Duval d’ajouter qu’il ignore pour quel motif et qu’il y faut peut-être voir c< une sorte de répercussion des mesures rigoureuses auxquelles JM>r Lallemant (évêque de Sées) dut recourir pour avoir raison de l’opposition que plusieurs de ses actes avaient rencontrée ». Je ne crois pas utile d’insister sur le peu de fondement de ces dires, car l’arrêt du 31 mars 1739, on le sait, ne se contenta pas d’interdire l’imprimerie à Sées, il la supprima dans beaucoup d’autres localités pour ce seul motif qu’il y avait nécessité d’assurer le bon ordre déjà réglé par l’arrêt du 21 juillet 1704, lequel n’avait pas compris la ville de Sées parmi celles où l’on pût tenir imprimerie. Ce qu’il y a de plus probable, c'est que la veuve Briard, tout en restant à Sées après la mort de son mari et en conservant son matériel, se trouvait incapable de faire marcher son entreprise et qu’elle chargea Bonnange de la substituer dans ses privilèges de veuve, jusqu’au jour où elle céda sa presse et ses caractères à l’un des Malassis d’Alençon. Au surplus la suppression de l’imprimerie de Sées était si bien et depuis si longtemps décidée en haut lieu, que déjà l’arrêt du4 septembre 1717 avait défendu àjean Briard de continuer à exercer sa profession dans cette ville et lui avait enjoint de fermer sa boutique dans les 24 heures de la signification dudit arrêt h

Castaing (Jean), imprimeur clandestin à Alençon (1783-1792).

Receveur des tailles à Alençon, ce personnage était en même temps poète, auteur dramatique et compositeur de musique, il voulut un jour devenir imprimeur et transmettre ses élucubrations à la postérité la plus reculée. Très médiocre en tout, — je suis fort indulgent, — il fut aussi mauvais que possible comme typographe, d’ailleurs il s’en rendit bien compte, car voici l’avant-propos, dénué d’illusions, qu’il inséra en tête de la deuxième édition de ses œuvres poétiques1 2 : a A coup sûr, en lisant ce Volume, on ne dira pas qu’en fait de tipographie, mes essais sont de vrais coups de Maître. Que de fautes ! L’énorme quantité m’a fait perdre l’idée

(1) Cf. Documenta, n° 763. — (2} Opuscules de J. Castaing Revus, corrigés, & augmentés. Imprimes par lui-meme. Seconde édition. / On croit, ne passant

rien, / De l’esprit qu’on refuse, augmenter tout le sien [Initiales J. C. entre deux palmes, surmontées d’une couronne.] M.DCC.LXXXX. (In-8. 220 p. ch., 3 n.ch. etqff. de musique (sortant d’une véritable imprimerie). B. N., Ye g38g.)

ORNE

d’une note d 'Errata, qui se serait changée en un second volume. Le lecteur indulgent voudra donc bien y suppléer : il faut, cependant, que je dise aussi quelque chose pour ma justification. Je suis tout à la fois mon Prote, mon Compositeur et mon Pressier ; trois emplois différents chez les gens de Part ; et surtout celui de Prote, qui est double et triple dans plus d’une imprimerie ; car, de lui seul, dépend l’exacte correction d’un ouvrage. Or, comme je suis mon Prote et de mes ouvrages, que je sais presque par coeur, en lisant une épreuve, je lis ce qui doit y être, et ne lis pas du tout ce qui y est. J’espère pourtant, qu'avec plus d’habitude et le soin, l'Édition, en 3 volumes, de mes Comédies que je vais commencer tout de suite, sera beaucoup moins défectueuse (Fabricando, fit Faber).»

J. Castaing avait débuté, comme imprimeur, en 1783, par un Recueil de vaudevilles et chansons de sa composition1; il donna, en 1790, un opéra-comique en 3 actes, La Fête du village ) dont ses compatriotes avaient eu la primeur sur le théâtre d’Alençon, au mois de février 1787; il imprima encore, en 1791 et 1792, plusieurs volumes de pièces de théâtre, dont il était également l’auteur, et mourut, paraît-il, en 1800. On ne saurait mieux rendre justice à ces diverses impressions qu’en les qualifiant le Musée des horreurs de la typographie, ce qui n’a pas empêché quelques-uns des volumes imprimés par J. Castaing d’atteindre dans certaines ventes des prix relativement très élevés ; il est vrai que ce sont des pièces rares, puisqu’elles ne furent tirées pour la plupart qu’à 30 exemplaires.

Courtrières (Joachim de), imprimeur à Alençon (1563-1566).

Originaire de Caen, Joachim de Courtrières, Constrières ou Contrières paraît avoir été appelé à Alençon par les Réformés, dont le nombre était alors considérable dans cette ville ; il obtint un prêt de 250 livres et la caution de plusieurs d’entre eux, à l’effet d’ouvrir son établissement2 et de le mettre en marche; mais il ne semble pas avoir été heureux dans ses opérations. Dès 1565, en effet, Joachim avait dû prendre un associé en la personne de

(1) Cf. pour ce volume et les autres œuvres, imprimées par Castaing, sauf les Opuscules, qui n’ont jamais été signalés : Brunet, Manuel , t. I, col. 1620-1621;

Quérard, France littér., t, 11, p. 72; F., t. I, p. 188. — (2) Cf. Mmc Despierres, op. cit., pp. 25 7 et suiv.

Thomas Le Crosnier et un commanditaire en celle d’un sieur Jacques Legendre, diacre de l’Église Réformée, et comme on ne connaît qu’un ouvrage sorti de ses presses1, vers 1564, il est à présumer qu’il ne tarda pas à abandonner sa profession. On voit d’ailleurs par le testament de Jacques Legendre, daté du 8 septembre 1568, que celui-ci était devenu propriétaire de tout le matériel de l’imprimerie 2.

Delamotte (Martin), imprimeur à Alençon (1670-1696).

Né vers 1651 à Rouen, où son père, également prénommé Martin, exerçait la profession d’imprimeur3, Delamotte avait été admis à la maîtrise dans sa ville natale le 20 décembre 1 666 4. Trop jeune alors pour s’établir, il est probable qu’il se mit à voyager; toujours est-il qu’en 1669 ou 1670, il arrivait à Alençon et y obtenait, le 4 février de cette dernière année, l’autorisation d’y exercer son état5. Un an plus tard, le 9 février 1671, il acquérait de René Meverel, en société avec Jean Malassis, et moyennant une somme de 4.500 livres, le privilège d’imprimer, conjointement avec ce dernier, pour le service du .Roi et du Collège6. Le 15 février suivant, cette vente était ratifiée et le matériel de l’imprimerie remis aux acquéreurs, qui en devinrent propriétaires chacun pour moitié et s’interdirent réciproquement « de faire aucune société de ladite imprimerie, sinon par l’advis l’un de l’autre, sans préjudicier audit Malassis à exercer son trafficq dans sa boutique, comme il faisoit auparavant ladite cession, parce que ledit de la Motte pourroit aussi lever une boutique pour trafficquer de son particulier lorsqu’il lui plaira, pour ladite imprimerie et privilège, sans que cela puisse préjudicier audit Mesvrel (lire Malassis), ny déroger audit traité 7 ». Au mois d’avril 1672, d’après M. Duval8, les deux imprimeurs « eurent à poursuivre la contrefaçon d’une Instruction pour gagner le Jubilé universel réduite en questions curieuses et de pratique , avec les Prières ordonnées par MM. du Chapitre de Sées, dont la copie leur avait été remise par messire Gervais Basire, archidiacre de Sées et grand vicaire du diocèse. Dans leur requête, ils firent remarquer que leur marque est un nom de Jésus

(1) Harmonie sur les Evangiles et Actes des Apostres. — (2) Mme Despierres,

op. cit., p. 261. — (3) Voy. suprà, ier vol., p. 128. — (4) Voy. Documenta,

n° 683, pièces produites, lettre I. — (5) Ibid., lettre J. — (6) Ibid., lettre B. —

(7) L. Duval, op. cit. p. 14. — (8) Ibid.

ORNE

et que les contrefacteurs avaient adopté comme marque une croix. Le libraire qui vendait ces contrefaçons se nommait Louis Darbué. Quatre-vingts exemplaires contrefaits furent saisis chez lui et confisqués. Il fut en outre condamné en cent sols d’amende, avec défense de vendre ni débiter aucun livre sans le consentement des plaignants ».

Quatre ans plus tard, Jean Malassis décédait, Martin Delamotte conservait la possession de tout le matériel de l’imprimerie et s’engageait, vis-à-vis de la veuve du défunt, à apprendre à son fils, Jean-Pierre Malassis, l’état d’imprimeur1. Il semble toutefois qu’à partir de ce moment, Delamotte ait tenté d’accaparer pour lui seul la propriété et les bénéfices de l’imprimerie commune ; un procès dut même être entamé de ce chef, car, le 16 juillet 1680, une transaction intervenait devant tabellions, aux termes de laquelle la veuve Malassis devenait associée, en son propre nom, aux profits de l’imprimerie, et les deux parties s’engageaient « à poursuivre l’expédition du privilège de libraire et imprimeur du Roi en ladite ville d’Alençon, sous le nom dudit Delamotte et dudit Jean-Pierre Malassis2. » Sur ces entrefaites, ce dernier obtenait des lettres du Grand Sceau, du 26 décembre 1680, lui conférant la charge de libraire royal à Alençon et d’imprimeur du Collège ; aussitôt Delamotte forme opposition à l’enregistrement de ces lettres, le Conseil d’Etat est saisi de l’incident etdécide, par arrêt du 27 juin 16 81, «que lesditsDe Lamotte et Malassis jouiront du privilège des dites lettres et prendront l’un et l’autre la qualité de libraire royal et imprimeur en la Ville d’Alençon et Collège des Pères Jésuites, pour jouir des droits d’icelui privilège, suivant et conformément au traité fait entre ledit De Lamotte et ladite veuve Malassis le 16 juillet 1680 3 ». Les choses étant ainsi remises au point, provisoirement, Delamotte ne crut pas devoir se contenter des profits licites de sa charge et se mit à fabriquer non seulement des livres défendus 4, mais encore de faux papiers timbrés; arrêté sur la plainte du fermier des Domaines et emprisonné, il fut condamné « par grâce à servir le Roi dans l’infanterie pendant le reste de sa vie5. » 11 avait eu pour complice, mais innocent, semble-t-il, un graveur de Rouen, Pierre Le Sueur, qui gémissait encore dans les prisons de Mortagne en 1690°; Martin

(1) Cf. Documenta, n° 683, pièces produites, lettre K. — (2) Ibid., lettre G. —

(3) Voy. Documenta, n° 683. — (4) Cf. Documenta, n° 685. — (5) A. N., V6 79a,

arrêt du Conseil du 4 juin 1703. — (6) Voy. Documenta, n° 695.

6 ALLIA TYPOGRAPHICA

Delamotte, de son côté, décéda le 15 janvier 1696 et fut inhumé le lendemain 1 en l’église Saint-Léonard, simple succursale de sa paroisse, ce qui jette M. Duval dans de grandes perplexités et l’amène à supposer qu’un factum virulent en faveur de Saint-Léonard, paru en 1685, sous le titre d 'Antiquaire d’Alençon, et aussitôt saisi et supprimé, serait sorti clandestinement des presses de cet imprimeur “2. Ne faut-il pas plutôt rattacher cette circonstance de son inhumation anormale à celle de sa condamnation antérieure ?

Jacqueline ou Jacobine Le Prévost (1696-1703), veuve de Martin Delamotte, prit à la mort de celui-ci la direction de son établissement; c'est elle qui comparut à l’enquête de 1700-1701 : elle y déclara être âgée de 50 ans, posséder deux presses, n’employer aucun apprenti, mais occuper deux compagnons : Pierre Augereau, et François Redon, né à Limoges, entré chez elle cinq ans auparavant 3 * *. Nous connaissons déjà Pierre Augereau et nous savons qu’en 1703 il devint l’époux de Jacqueline Le Prévost, dont la suite de la biographie figure dans la notice de cet imprimeur L

Dubois (Simon) [Lat. : Sylvius], imprimeur à Alençon (1529-

Simon Dubois exerçait l’art de l’imprimerie à Paris depuis l’année 1525 ô, lorsque, dans les derniers mois de 1528, il jugea cà propos, je ne sais pour quel motif, de transférer son établissement dans la ville d’Alençon, dont il a été le prototypographe. Il résulte en effet de divers documents publiés par Mme Despierres, que, dès l’année 1529, cet imprimeur était venu s’établir à Alençon : le 19 janvier6 7, il est dit imprimeur demeurant à Alençon , dans l’acte d’emprunt d’une somme de 109 livres 9 sols tournois, emprunt nécessité sans doute parles dépenses de son installation, et, le 13 octobre de la même année, il prend un apprenti, Denis Le Mesle, dont l’engagement de trois ans est consigné dans un brevet notarié L

(1) Arch. comm. d’Alençon : « Le lundy 16 janvier 1696, fut inhumé dans

l’église de Saint-Léonard, succursale de Notre-Dame d’Alençon, le corps de

deffunct Martin de la Motte, imprimeur du Roy, âgé de 53 ans environ, décédé

d’hier, dans la Grande-Rue et inhumé audit Saint-Léonard par permission de

M. le Curé. » (L. Duval, op. cit ., p. 18, note 1.) — (2) L, Duval, op. cit., p. 19. — (3) B. N., Ms. fr. 22124, f° 32. — (4) Voy. supra, p. 38. — (5) Voy. G allia

Typographica , série paris., t. IL — (6) Cf. Mmc Despierres, op. cit., p. 25g. —

(7) Ibid., p. 253.

ORNE

On a dit 1 * que Simon Dubois avait été appelé dans cette ville par la duchesse douairière d’Alençon, Marguerite d’Angoulême : on n’en a pas la moindre preuve et même le fait paraît démenti par la circonstance de l’emprunt rappelé plus haut. Quoiqu’il en soit, le premier typographe d’Alençon ne semble pas avoir fait dans cette ville de très brillantes affaires, car, pour les cinq années consécutivesqu’il y séjourna, on ne peut signaler que trois ouvrages ayant sa souscription-; Mme Despierres, il est vrai, en indique trois autres 3, mais ils ne portent aucun lieu d’impression et ne sont pas datés. Il n’y aurait donc pas lieu de s’étonner que Simon Dubois fût retourné à Paris, soit dans les derniers mois de 153 3, soit au début de l’année suivante, et c’est probablement lui qui, au mois de novembre 1534, figure sur une liste du 51 suspects a adjournez à troys briefz jours à peine de bannissement », à la suite de l’affichage de placards contre le Saint Sacrement de l’autel et l’honneur des saints, fait par les hérétiques 4.

S. Dubois a été l’un des meilleurs typographes de la première moitié du xvie siècle, et ses impressions ne le cèdent en rien à celles des Simon de Colines et autres artistes contemporains. Il en sera d’ailleurs plus amplement parlé dans le tome deuxième de la série parisienne de cet ouvrage.

(1) Voy. notamment dans V Annuaire des bibliophiles, a. 1861, article de Poulet-Malassis. Voy. aussi : Frère, Manuel, t. II, p. 281 — (2) A. / i53o. Le sommaire de toute médecine et chirurgie... par Jehan Goevrot, médecin... (In-16. 88 ff. Impr. goth. — Biunet, II, col. 1646 ) — B. / 1 53 1 - Le miroir de lame pecherresse. / ouquel elle recongnoist ses / faultes et pechez. aussi / les grâces & benefi-/ces a elle faictz |) / Jesuchrist / son / espoux. // La Marguerite tresnoble & precieu-/se, sest preposee a ceulx qui de / bon cueur la cerchoient. //A Alençon, chez mai-/stre Simon du bois. / M.D. XXXI. (In-8. 02 ff'. n. ch. slt. Sign. A-G par 2, D par 3, E-F par 2, G-I par 3. Impr. goth. B. N., Ye 204.)

— G. / 1 5 3 3. Dialogue en forme de vision / nocturne, entre tresnoble & ex-/cel~ lente princesse ma dame/Marguerite d“ France, /sœur unique du/Roy nostre sire, / j) la grace/de Dieu/Royne de/Nauarre, duchesse/Dalencon & Berry, Et/Lame saincte de defuncte ma/dame Charlote de France, fille aysnee/dudit sieur, & niepce de ladite dame Royne./(&. Le miroir de lame pecheresse... (comme cidessus).../...//® A Alençon, chez maistre Simon du bois. /Mil cinq cens trente & trois. (Pet. in 8. 60 ff. n. ch. slti. Sign. A-J par 3. Impr. goth. B. M. Rés. 21661.) — (3) A. / Consolations chrestiennes contre les affûtions de ce monde... — B. / Quatre instructions fideles pour les simples et les rudes...

— C. / Le livre des psalmes... (Cf. Mra‘ Despierres, op. cil., p. 25 1.) —

(4) Voy. France protestante, 2' Ed., t. V, 879, n° 3o; et Mme Despierres, op. cit., p. 255.

Hamard (François), imprimeur à Montsor (1684-1685).

La notice de cet imprimeur figurera dans la partie de cet ouvrage réservée au département de la Sarthe1, car c’est au Mans qu’il a passé presque toute son existence, et son séjour à Montsor, faubourg d’Alençon, n’est qu’un incident de sa carrière, au sujet duquel je me contente de faire un emprunt à M. Duval, n’ayant personnellement rien à y ajouter. Par acte passé devant les notaires de Montsor, le 14 septembre 1684, Martin Delamotte, dit l’érudit archiviste de l’Orne2, vendit à François Hamard, reçu maître imprimeur au Mans depuis environ 46 ans, une partie de son matériel d’imprimerie, à l’exception de la presse qui fut apportée du Mans. Hamard alla s’établir dans la maison du sieur Charles Mesnil, faisant profession de la religion réformée. Cette maison était à l’extrémité du faubourg de Montsor, dans la partie qui confine à Saint-Paterne, province du Maine, et il l’avait choisie pour échapper aux dispositions des règlements et ordonnances qui interdisaient à un nouvel imprimeur de s’établir à Alençon. 11 put ainsi exécuter et débiter en ville un certain nombre d’imprimés, qu’il faisait crier dans les rues par des petits garçons. On cite entre autres :

— Edit du Roy touchant la reconnoissance des billets et promesses./Monsior François Hamard, imprimeur et marchand libraire. 1684. (In 4. 8 p.)

— Dispositions intérieures durant l’Avent, avec les exercices de la vie chrétienne durant le Caresme et la conduite pour une personne engagée dans le monde par son estât, afin qu’elle puisse y faire son salut. /Imprimé à Monsor, et se vend chez Louise Provost, au grand carfour d’Argentan, 1684, Avec Approbation. (Pet. in f°.)

Abrégé du livre de Monseigneur l’évêque de Condom, ou sommaire fidèle de tout ce qu’ily a d’essentiel et de nécessaire dans son exposition de la Doctrine de l’Eglise catholique sur les matières de controverse, avec la tromperie découverte d’un Ministre de la Religion prétendue réformée, qui a voulu faire accroire que sa religion estoit approuvée par l’Église grecque. /Imprimé à Monsor, et se vend chez Louise Provost... (Pet. in f°.)

(1) Voy. Gallia Typographica, sér. départ., t. V. — (2) Op. cit., p. 17.

ORNE

Hamard avait imprimé une autre pièce qui malheureusement n’a pas été conservée et qui présentait de l’intérêt au point de vue historique : l’Arrest de Conseil concernant le fait de la Religion prétendue réformée , sur la fermeture du temple de ladite R. P. R. »

Hébert (Louis), imprimeur à Alençon (1624-1625).

De même que le précédent, Louis Hébert, bien qu originaire d’Alençon, venait de la province du Maine : il avait été établi à La Flèche de 1617 à 1623 et y avait imprimé quelques livres bien connus1. En 1624, il arrivait à Alençon, pour y mourir bientôt. Appelé de La Flèche par les Jésuites, dont il avait été l’imprimeur dans cette ville, il reprit à Alençon l’enseigne du Nom de Jésus 2, sous laquelle il avait précédemment imprimé, et il venait d’achever la fabrication d’un dictionnaire de mythologie et de géographie, à l’usage des écoliers3, lorsqu’il décéda inopinément. Il laissait une veuve, Madeleine Rlel, qui, après avoir continué son entreprise pendant environ deux ans, convola avec Robert Meverel, dont on trouvera plus loin la notice biographique.

Le Crosnier (Thomas), imprimeur à Alençon (1565-1566).

Associé de Joachim de Courtrières, à compter de l’année 1565, Thomas Le Crosnier n’a pas d’antécédents connus et son nom ne figure sur aucun livre qui ait été signalé jusqu’à ce jour ; il est donc purement documentaire, et semble, d’ailleurs, d’après un acte notarié, analysé par Mme Despierres4, n’avoir été que propriétaire de la moitié du matériel de Courtrières. Etait-il véritablement imprimeur de profession, ou n’a- il été, comme Jacques Legendre, qu’un simple bailleur de fonds? La question reste jusqu’à présent insoluble.

Malassis (Les), imprimeurs à Alençon (1540-1815).

Cette famille remplit à elle seule toutes les pages de la dernière partie de l’histoire de l’imprimerie alençonnaise sous l’ancien

(1) Voy. Gallia Typographica, série départ., t. V. — (2) Réglés et statuts de la Confrairie de la Charité fondée et érigée en l’église Notre Dame d’Alençon, en l’honneur de Dieu et de la bienheureuse Vierge Marie./ Alençon, Louis

Hebert, imprimeur, au Nom de Jésus. 1624. (In 12. 32 p. n. ch. plus les lira, et

la ta. F., t. II, p. 70.) — (3) Amaltheum poeticum... ad usum humaniarum îitera-

rum. —(4) Op. cit ., pp.yetS.

régime; antérieurement, c’est-à-dire au xvne siècle et au commencement du xviii% elle lutte avec ses concurrents et ses rivaux et s’essaie à les supplanter; plus tôt encore, au xvie siècle, elle semble avoir envoyé à Alençon l’un de ses membres en éclaireur pour reconnaître le terrain. Je vais à présent l’étudier plus en détail dans la personne de chacun de ses représentants.

I. Robert (Vers 1540). Auguste Poulet-Malassis, dans un article du Journal d’Alençon1 * * 4, et Odolant-Desnos, dans ses Mémoires historiques sur la ville d'Alençon 2, avancent qu’un abbé Mançon avait été possesseur, en 1787, d’une Bible, imprimée vers 1540 à Alençon, par Robert Malassis ; malheureusement personne n’a revu depuis ce volume, qui serait si précieux, et la présence d’un Robert Malassis, imprimeur à Alençon, à l’époque susindiquée, reste d’autant plus problématique, que les auteurs alençonnais contemporains faisaient imprimer leurs œuvres à Caen ou à Paris. Je crois, pour ma part, que la dynastie des Malassis d’Alençon ne commence véritablement qu’avec le suivant.

II. Jean (1668-1676). Né à Rouen vers 1631 3, il était fils de Romain, libraire dans la même ville; il y obtint la maîtrise, malgré son jeune âge, le 4 décembre 1641 4, apprit ensuite le métier d’imprimeur dans l’un des ateliers de sa ville natale, puis, vers 1660, il vint s’établir libraire à Alençon, où grâce à son activité il parvint rapidement à se faire une situation. Le 15 juin 1665, il acquérait une maison dans la Grande rue5; le 25 novembre 1668, il obtenait du lieutenant général de police l’autorisation d’avoir un étalage dans la salle du Palais0; et enfin, le 29 du même mois, il obtenait encore de ce magistrat une permission, en vertu de laquelle il se mit à imprimer et vendre toutes sortes de livres7. Ceci ne faisait pas l’affaire de René Meverel, qui, fort de ses privilèges particuliers, 11’hésita pas à assigner son concurrent devant le Conseil d’Etat. Le 3 juin 1670, intervenait un arrêt faisant défenses à Malassis et à tous autres (notamment Martin Delamotte) de porter trouble aux droits du demandeur, à peine de 1500 livres d’amende et de dommages-intérêts8. Non content de cette première victoire, Meverel voulut abattre totalement ses adversaires, et, le 22 juillet 1670, il obtenait un nouvel arrêt du Conseil, qui l’autorisait à les faire

(1) A. 1 856, n° 28. — (2) Alençon, 178 7, in 8, t. Il, p. 5 1 3 . — (3) D’après la supputa-

tion de son âge au moment de son décès. — (4) Cf. Documenta, n° 672, pièces

produites, lettre D. — (5) Duval, op. cit., p. 14. — (6) Ibid. — (7) Cf. Documenta,

n° 667. — (8) Voy. Documenta, n° 667.

ORNE

assigner pour entendre statuer sur la permission qu’il sollicitait de faire saisir « leurs imprimeries, presses et ustensiles », après quoi il leur serait défendu de tenir boutique ouverte1. Fort heureusement pour ces derniers, Meverel fut débouté de ses nouvelles demandes, par un arrêt du 30 décembre 1670 2, qui, semble-t-il, le porta au découragement, si bien que, peu de temps après, il accueillait les ouvertures que venaient lui faire Jean Malassis et Martin Delamotte d’acquérir le matériel et le privilège d’imprimeur du roi et du collège qu’il possédait, ainsi que tout son fonds de librairie. Cela se réalisait par contrats des 9 et 15 février 1671, suivis d’un traité d’association entre les deux acquéreurs3. J’ai indiqué dans la notice de Delamotte les conditions de ce traité ; j’ai dit également un mot des poursuites qu’ils durent engager à leur tour contre un nouveau rival ; il ne me reste plus à noter ici que la mort de Jean Malassis, arrivée prématurément le 12 mai 1676, alors qu’il n’était âgé que de 45 ans4 *. Il avait épousé à Rouen Françoise Le Brun, probablement fille de l’un des libraires ou imprimeurs de ce nom ; il en eut plusieurs enfants, et particulièrement un fils, jean-Pierre, qui suit.

Françoise Le Brun (1676-1680) continua d’exploiter le fonds de librairie de son défunt mari et laissa à Martin Delamotte la gestion entière de l’imprimerie commune, mais, s étant aperçue, au bout de quelque temps, que celui-ci en conservait tous les profits, comme s’il en était seul propriétaire, elle se trouva dans l’obligation de lui intenter un procès, qui se termina par une transaction, dont j’ai fait connaître les termes °, et qui fut bientôt suivie de la retraite de la veuve Malassis.

III. Jean-Pierre (1681-1733). Fils des précédents, il vit le jour à Alençon et y fut baptisé (Notre-Dame) le 12 mars 1666 6. A peine âgé de 10 ans, lors du décès de son père, Jean-Pierre n’en fut pas moins admis, trois années plus tard, le 15 juin 1679, a *a maîtrise d’imprimeur-libraire 7; il est vrai qu’entre temps, il avait été envoyé à Paris et y avait fait son apprentissage dans l’atelier de Denys Pelé8.

(1) Voy. Documenta, n° 668. — (2) Voy. Documenta, n° 672. — (3) Voy suprà,

p. 42. — (4) Arch. comm. d’Alençon, Paroisse Notre-Dame : « Le mercredi

treizième (mai 1676) fut inhumé dans l’église de Nostre Dame d’Alençon, le

corps de Hunet Jean Malassis, libraire et imprimeur, aagé de 45 ans, ou

environ, décédé le jour précédent en la Grande Rue. Furent présents... (Publié par L. Duval, op. cit., p. i5, note 1.) — (5) Voy. suprà, p. 43. —

(6) Voy. Documenta, n° 683, pièces produites, lettre F. — (7) Ibid, pièces pro-

duites, lettre L. — (8) B. N., Ms. fr. n. a. 3gg, f° 2.

G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III.

Le 2 6 décembre 1680, il obtenait des lettres de provision de libraire royal et d’imprimeur du collège d’Alençon 1 * * 4 *, auxquelles Martin Delamotte fit opposition, ce qui nécessita un arrêt du Conseil, les confirmant tous deux dans leur privilège et les maintenant en société pour l'exploitation de l’imprimerie 2. Cet état de choses devait durer longtemps encore, en dépit des tendances séparatistes de chacune des parties, car, bien qu’après les agissements criminels de DeJamotte et sa condamnation, Jean-Pierre se soit considéré comme dégagé de tout lien, et ait cru pouvoir, lors du second mariage de la veuve de son associé malgré lui, s’opposer à ce que Pierre Augereau continuât à jouir des privilèges d’imprimeur de Sa Majesté, un nouvel arrêt du Conseil, du 23 juillet 1703, avait encore décidé que la Société subsistait toujours et qu’elle ne pourrait prendre fin qu’au décès de la veuve Delamotte

J. -P. Malassis comparut en personne à l’enquête de 1700-1701 et y déclara posséder deux presses, cinq fontes de caractères et travailler avec l’aide de deux compagnons, les frères Nicolas et Étienne Queuret 4; sa production se réduit pourtant à peu de chose et la plus importante brochure qu’il ait imprimée 11e dépasse pas 24 pages ; presque toute la besogne de ce typographe, comme celle des autres imprimeurs d’Alençon, consistait surtout en impressions administratives et en travaux de ville ou bilboquets. Il décéda le 10 avril 1733 à, alors qu’il venait d’entrer dans sa 67e année. Il avait été marié trois fois: de sa première union avec Françoise Le Moine, il avait eu huit enfants ; de son second mariage, avec Nicole-Catherine Brion, il en eutneuf, notamment François-Augustin et Louis, qui furent imprimeurs à Alençon, et Jean-Louis, qui alla s’établir au Mans; enfin, de son troisième mariage avec Scholastique-Marie Seguret, fille d’un greffier au bailliage d’Alençon, il n’eut pas de postérité.

IV. François- Augustin, dit l’aîné (1726-1761). Né à Alençon le 2, et baptisé [Notre-Dame] le 3 février 1704 6, il lut l’un des brillants élèves du collège des Jésuites, dont son père était l’imprimeur, et, dès l'âge de 13 ans, il y soutenait publique-

(1) Voy. Documena, n° 683. — (2) Cf. Documenta, n° 683. — (3) Voy. Docu-

menta, n° 719. — (4) B. N., Ms. fr. 22124, 1° 32. — - (5) A. N., V6 901, arrêt du

Conseil du 7 septembre 1733, requête préliminaire. Cf. conforme, L. Duval, op.

cit., p. 26. — (6) Voy. Documenta, n° 819, pièces produites, lettre A. Cf. con-

forme. L. Duval. loc. cit.

ORNE

ment, avec grand succès, une thèse de logique morale et physique '1. Quand il eut achevé sa philosophie, il fit son apprentissage d’imprimeur dans l'atelier paternel et y travailla jusqu’à l’âge de 21 ans. Suivant des explications bien peu claires de M. Duval 2 il aurait été reçu imprimeur et installé par sentence du lieutenant général d’Alençon le 17 septembre 1729, en exécution d’un arrêt du Conseil du 11 janvier 1706, après avoir justifié de ses titres et capacités devant le même magistrat, en exécution d’un autre arrêt du Conseil du 23 avril 1725 ! puis il serait resté dans l’imprimerie de son père, jusqu’au décès de celui-ci (1733) et aurait alors transféré l’établissement de la rue du Bercail en la Grande Rue, près la Porte de Sées. Il y a dans tout cela un chaos, que, malgré toute sa bonne volonté, le savant archiviste de l’Orne n’a pas pu débrouiller faute d’avoir eu sous les yeux les documents utiles.

En réalité, François-Augustin n’a pas succédé à son père, ainsi que le pensait M. Duval ; dès 1726, il a formé un nouvel établissement dans la Grande Rue, en vertu d’un arrêt du Conseil d’État du 11 janvier 1726, intervenu malgré l’opposition de Jacqueline Le Prévost, l’ ex-veuve de Delamotte et d’Augereau, et ordonnant qu’il serait reçu et installé imprimeur à Alençon, en la place laissée vacante par le décès de Pierre Augereau 3. Dans les premiers jours de l’année 1725 en effet, François-Augustin avait adressé requête à la Chancellerie pour exposer que l’arrêt de règlement de 1704 avait autorisé deux imprimeries à Alençon, que l’une était tenue par son père et que l’autre était vacante depuis 1706 par suite du décès de Pierre Augereau, son titulaire4 *; qu’il était âgé de 21 ans, capable de s’établir et qu’il suppliait Sa Majesté de lui accorder cette place. Un premier arrêt du Conseil du 23 avril 1725 l’avait autorisé à représenter ses titres et capacités devant le lieutenant général de police d’Alençon 3, puis il était revenu devant le Conseil avec un avis favorable de ce magistrat, et sa nomination, en 1726, en avait été la conséquence, en dépit des interventions de la dame Brehein-Brandin, jurant qu’elle occupait encore la place de défunt Augereau. François-Augustin ouvrit une nouvelle officine, munie du matériel règlementaire, et si son nom paraît, à côté de celui de

(1) A. N.,V6 871, arrêt du Conseil du 23 avril 1725, requête prélim. — (2) Op.

cit , p. 26. — (3) Cf. Documenta, n° 819. — (4) Les veuves, à cette époque

n’étaient pas considérées comme occupant l’une des places réservées et on ne

les comptait pas dans le nombre des imprimeurs de chaque ville. — (5) Voy.

Documenta, n° 812.

G ALLIA TYPOGRAPHICA

son père, sur quelques imprimés, il ne s’y trouve qu’en vertu de la vieille fiction qui mettait en communauté les impressions faites à Alençon pour le service du roi. Malassis l’aîné paraît avoir beaucoup plus imprimé que son père et que son aïeul; on connaît du moins une plus grande quantité de pièces sorties de ses presses, mais ce ne sont toujours que des plaquettes officielles et des thèses du collège, sans qu’on y rencontre un ouvrage qui vaille la peine d’être signalé ici. Cet imprimeur a occupé une situation en vue dans sa ville natale; il y fut non seulement échevin, mais encore jugeconsul et prieur de la juridiction consulaire ; il y décéda le 23 février 1761 l, laissant une veuve et plusieurs enfants.

Marie-Marguerite-Jacqueline Foucher, sa veuve (1761-1791), continua l’entreprise du défunt, avec Faide de son second fils, Louis-Augustin, né en 1738, et s’intitula toujours : Veuve Malassis rainé , sur les productions de son imprimerie. C’est elle qui figure au Rapport Sartine, dans lequel elle est portée comme possédant 4 presses, occupant 4 compagnons et travaillant à toutes les impressions de l’Intendance, de l’Évêché de Sées et du Bureau de la Direction des Aides, ainsi que de celui de la Direction du Vingtième, mais pour celle-ci, alternativement avec Y autre imprimeur'*, c’est-àdire son beau frère, avec lequel elle ne semble pas avoir vécu en très bonne intelligence. Avec une vaillance et une activité remarquables, d’ailleurs couronnées de succès, la veuve Malassis l’aîné dirigea son établissement pendant plus de 30 années, sans se laisser rebuter par les événements ; s’y adaptant au contraire très habilement, elle sut encore obtenir, en 1790, l’impression de tout ce qui concernait le district. Elle mourut enfin le 8 avril de l’année suivante3, à l’âge de 83 ans, après avoir vu disparaître peu à peu autour d’elle presque tous ses enfants.

V. Louis, dit le jeune (1734-1764). Frère cadet du précédent, né et baptisé à Alençon le 20 février 17144, apprenti de son père, il séjournait à Paris et y travaillait à se perfectionner dans l’atelier de Henri-Simon-Pierre Gissey, lorsque la mort de Jean-Pierre Malassis le rappela au pays natal. Après avoir présenté requête à la Chancellerie à l’effet d’être autorisé à remplacer celui-ci et avoir obtenu un arrêt du Conseil, du 7 septembre 1733, qui le renvoyait devant le Lieutenant général de police d’Alençon, pour les forma-

( 1) Duval, op. rit., p. 3o. — (2) B. N., Ms. fr. 22 124, f° 20. — (3) Duval, op. cit., p. 42. —(4) Cf. Documenta, n° 845, pièces produites, lettre A. Voy. conforme, Duval, op. cit., p. 27.

ORNE

lités d’usage1, Louis revint devant le Conseil d’État muni d’un avis favorable, et, malgré l’opposition d’un autre candidat, Pierre- François Redon, probablement fils de François Redon, qui travaillait, en 1701, en qualité de compagnon chez la veuve Delamotte 2, il fut habilité à remplacer son père parmi autre arrêt du 29 mars 1734 3 . Au mois de septembre suivant, Malassis le jeune épousait Marie-Anne Girou ou Giroud, puis se mettait à la besogne pour soutenir son imprimerie en quelque prospérité, ce qui n’était pas facile, étant donnée l’habile et active concurrence de son frère. Il remplit, à l’exemple de ce dernier, les fonctions de juge-consul et il en profita pour essayer de se soustraire, en faisant valoir également son titre d’imprimeur du roi, à la charge assez lourde du logement des gens de guerre. M. Du val a publié à ce sujet d’intéressants documents que je me borne à signaler4, car je n’ai pas la possibilité d’entrer ici dans de plus longs détails sur ce point. L’enquête de 1764 (rapport Sartine), à laquelle il comparut, nous apprend que Louis Malassis avait 4 presses et 4 compagnons, et qu’il imprimait pour le Collège, pour la Direction des Fermes et pour celle des Domaines5. Peu de temps après cette comparution, c’est-à-dire le 20 septembre 1764 6, Louis décéda, bien jeune encore, car il n’avait que 49 ans ; il laissait une veuve et plusieurs enfants.

Marie-Anne Girou, sa veuve (1764-1770), conserva durant quelques années la direction de l'imprimerie, mais elle 11’avait ni l’intelligence et l’entente des affaires de sa belle-sœur, la veuve de Malassis l’aîné, ni surtout sa robuste constitution ; elle tomba bientôt dans d’incurables infirmités, qui la mirent dans la nécessité de céder à son fils le gouvernement de la maison.

VI. Jean-Zacharie (1770-1815). Né le 31 mai et baptisé le icr juin 1745 à Alençon 7; il aidait sa mère depuis plusieurs années dans la conduite de son établissement typographique, lorsque celle-ci étant devenue infirme, lui remit sa démission. Muni de cette pièce, Jean-Zacharie fit les démarches nécessaires pour l’ouverture du concours prévu par les règlements en cas de vacance d’une place d’imprimeur ; aucun autre candidat que lui ne s’y présenta et, par arrêt du 19 février 1770, il fut habilité à exercer à Alençon8. Ainsi qu’on va le voir, les débuts du nouveau

(1) Voy. Documenta, n6 844. — (2) Voy. supra, p. 44. — (3) Voy. Documenta,

n° 845. — (4) Op. cit., pp. 3i-34. — (5) B. N., Ms. fr. 22184, f° 20, — (6) L. Duval,

op. cit., p. 34. — • (7) Cf. Documenta, n° 929, et conforme, Duval, op. cit., p. 42.

— (8) Voy. Documenta, n° 929.

G ALLIA TYPOGRAPHICA

typographe 11e furent pas heureux et ses agissements montrent combien son officine était alors en état d’infériorité, vis-à-vis de celle de sa tante, la veuve Malassis l’aîné ; il eut de plus le tort d’essayer de donner plus d’impulsion à ses affaires en s’occupant d’impressions clandestines. En 1767, Jean-Zacharie avait fait la connaissance d’un entreprenant et rusé libraire de Saint-Malo, Louis-Philippe-Claude Hovius, frappé d’interdiction, dont les aventures ont été racontées avec maîtrise par M. Lucien Sarazin L Hovius était venu chez lui, au cours d’un voyage à Paris. « On déjeune ensemble, dit le spirituel écrivain que je viens de citer ", on cause et bientôt nos deux commensaux de tomber d’accord. Celuici (Malassis) consent à se charger de travaux pour son confrère malouin, mais il tient à s’affirmer bon et loyal sujet de Sa Majesté régnante, et il ne s’occupera que de bons ouvrages. C’est ainsi qu’en cette même année il exécute pour Hovius le Code des négociants et Y Ordonnance de la Marine (d'août 1681), qui fut tirée à 2.000 exemplaires. » Il était déjà fort osé de travailler pour un particulier auquel non seulement un arrêt du Conseil d’Etat avait fait d 'expresses inhibitions et défenses de se mêler directement ou indirectement d’affaires de librairie, mais auquel encore il était défendu à tous autres libraires et imprimeurs de prêter leur concours, sous peine de déchéance de maîtrise et de mille livres d’amende1 * 3; comment taxer, sinon de folie, le fait d’imprimer clandestinement pour lui un ouvrage prohibé? C’est cependant ce que fit Malassis, en parfaite connaissance de cause, se fiant à ce « qu’on ne faisait pas chez lui de fréquentes visites », en imprimant, pour le compte d’Hovius, avec un caractère neuf de petit romain acheté pour la circonstance, le Procès instruit extraordinairement contre MM. de Caradeuc de la Chalotois et de Caradeuc , procureur général au parlement de Bretagne (4 volumes in- 12). A peine l’ouvrage était-il achevé (février 1771), que le ministre Saint-Florentin était avisé de sa mise en circulation, et les recherches de la police ne tardaient pas à lui faire mettre la main sur les coupables. Arrêté le 7 mai 1771, après qu’on eut perquisitionné chez lui et découvert

(1) Un « Chalotiste » malouin. Louis-Philippe-Claude Hovius Imprimeur- Libraire (1721-1806) Par Lucien Sarazin, Extrait des Annales de la Société Historique et Archéologique de l’arrondissement de Saint-Malo. / J. Haize,

Imprimeur Editeur Rue Jacques Cartier, Saint-Servan. I lie et Vilaine,

1912. (In 8. 5e p.) — (2) Ibid., p. 28. — (3) Arrêt du Conseil du 25 avril 1767.

ORNE

plusieurs autres ouvrages clandestins l, emprisonné à Caen et de là transféré à la Bastille le 21 mai 1771, Malassis dut s’estimer fort heureux d’en sortir indemne le 17 juillet suivant2 *.

Jean-Zacharie se montra désormais plus prudent, tout en continuant à imprimer secrètement des livres défendus, qu’il cachait dans une cave disposée ad hoc :: ; il eut la chance de 11e plus se faire prendre en flagrant délit de contravention et put ainsi atteindre sans encombre une époque où plus de liberté fût laissée à ses presses. Dans le même temps, il avait peu àpeu remonté le courant qui avait semblé tout d’abord lui être contraire et son imprimerie était arrivée à un certain degré de prospérité, au moment où je me vois forcé de l’abandonner. J’ajoute seulement qu’il fut, en 1788, l'imprimeur du premier journal d’Alençon4 *, qu’il devint en 1790 l’imprimeur du département de l’Orne et qu’il mourut dans sa ville natale, le 24 novembre 1828, après avoir cédé son établissement, en 1815, à Augustin-Jean-Zacharie Poulet, son petit-fils L

Meverel (Les), imprimeurs à Alençon (1627-1671).

1. Robert (1627-1665). Fils de Jean Meverel et de Jeanne Delauney, de la paroisse de Saint-Martin d’O6, Robert avait appris, je ne sais où ni quand, l’art de la typographie, et sans doute, il travaillait dans l’atelier de Louis Hébert, lorsque celui-ci étant décédé, il épousa sa veuve, Madeleine Ruel, par contrat du 6 mai 1627 7, et prit la direction de l’officine, à laquelle il conserva l’enseigne du Nom de Jésus8. Robert Meverel obtint, vers 1642, la charge d’imprimeur du roi pour la Ville, le Collège et tout le Bailliage d’Alençon 9 et imprima jusqu’au moment de son décès, dont

(1) On trouve à la B. N., dans le Ms. fr. 22101, pièce 65, le procès-verbal de per-

quisition faite le 7 mai 1771, chez Malassis ; et pièce 69, son interrogatoire et

le procès-verbal et la saisie opérée chez lui le 8 mai 1771.— (2) Voy. Documenta,

11° 980. — (3) Cf. L. Duval, op. cit. pp. 47 et suiv. — (4) Affiches , Annonces et Avis divers de la province du Perche , paraissant tous les dimanches, dans le

format in-8. — (5) Cf. Duval, op. cit., p. 5 1. — (6) Ibid., p. 9. — (7) Ibid, — (8) La

Doctrine chrestienne clairement expliquée à l’usage du diocèse de Sais .[Arm. de l’évêq. Jacques Camus de Pontcarré.] A Alençon, Chez Robert Meverel, imprimeur du Roy et de Monseigneur Lévesque, au nom de Jésus. M.DC.XLVII1. (In-8. VIII et 5i p.) — (9) Arrest et reglement dv conseil d’estat dv roy, donné

pour le Regalement des Tailles & changement d’Octroy en la Province de Normandie. Auec deffences à tous Huissiers, Sergents, de prendre pour execution Cheuaux, Bœufs, & autres Bestiaux, Outils, & Vstancilles seruant d’ordinaire au Labourage. [Arm. de France et de Navarre.] Alençon, De l’Imprimerie de

Robert Meverel Imprimeur ordinaire du Roy. M.DC.XLII. (Pet. in 8, 32 p.

B. N., F. 47055, pièce 17.)

G ALLIA TYl’OGRAPHICA

la date exacte n’est pas connue, mais qui se place vraisemblablement dans les premiers mois de 1665, pour la raison que son fils René lut pourvu des mêmes fonctions en son remplacement, au mois d’octobre de cette année.

On n’a encore signalé qu’un petit nombre de productions de ce typographe : elles se trouvent décrites dans l’ouvrage de M.Duval1, et parmi elles s’en rencontre une 2, qui porte à la souscription, à côcé du nom de Robert, celui de Rémy Meverel, sur le compte duquel on n’a que de vagues renseignements. L’auteur de Y Imprimerie et de la Librairie à Alençon suppose que ce Rémy était un fils de Robert, mais cela est fort douteux, ou bien il faudrait admettre que deux frères à peu près du même âge portaient le même prénom et qu’ils étaient issus d’un premier mariage de Robert Méverel ? Userait nécessaire avant toute chose de voir la plaquette en question, car je soupçonne qu’elle porte le nom de René et non celui de Rémi Méverel.

II. René (1665-1671). Fils du précédent et de Madeleine Ruel, né vers 1628, René apprit simultanément ou successivement l’art typographique et la science médicale ; il s'essaya sans doute dans le premier vers 1650, puisque ce doit être son nom qui figure sur la plaquette dont j’ai parlé ci-dessus ; il entreprit ensuite ses études médicales à Paris, où il a exercé pendant quelques années Fart de soulager ses semblables. En 1662, au mois d’avril, il revenait au pays natal, avec une commission que lui avait octroyée le sieur Antoine Vallot, premier médecin de Sa Majesté, et le nommant : i° son lieutenant seul, unique et irrévocable, sa vie durant, pour établir lamaitrise et jurande de la pharmacie, corriger les abus et m alversations qui s’y commettent journellement, dans les provinces du Maine, Perche, Beauce et Ville de Dreux ; 2° Intendant, contrôleur et concierge des Bains et Eaux minérales de Bagnoilles (sic) et autres lieux 3. a Nonobstant tous ces titres, René Meverel crut encore pouvoir accepter celui de libraire et imprimeur du roi en la ville et collège d’Alençon, qui lui fut octroyé par lettres patentes de Sa Majesté, du 20 octobre 1665 4, peu de temps après

(1) Op. cit., pp. 10 et 11. — (2) Lacrymœ œternæ (Voy. F. t. II, p. 12g). — (3) A. N., V6 569, Arrêt du Conseil du 9 septembre 1670. — (4) Ces lettres sont reproduites en partie par L. Duval, op. cit., p. 11, mais sans indication d’origine, en voici cependant la teneur telle quelle: « L’estât et charge de nostre Libraire et Imprimeur en nostre Ville et Collège des pères Jésuites d’Alençon estant vacante depuis quelque temps, par le deceds de Robert Meverel qui en estoit pourveu, Nous avons esté informez qu’estant nécessaire pour le bien de nostre service de la remplir, Nous ne pouvons, pour ce, faire un meilleur choix que nostre Cher et bien Aimé René Meverel, son fils, tant à cause de sa capacité

ORNE

la mort de son père. Malheureusement, à vouloir faire trop de choses, on n’en fait bien aucune, et rimprimeur-médecin, — dont, entre parenthèses, je n’ai vu citer aucune impression, — se trouva bientôt débordé par de nouveaux venus, Jean Malassis et Martin Delamotte, qui s’établirent libraires et imprimeurs à ses côtés. René leur intenta bien des procès R dont il gagna la première manche, mais vaincu dans une seconde joute, il prit le sage parti de se retirer, puis, moyennant une raisonnable indemnité, il leur céda tousses droits de libraire et imprimeur et reprit l’exercice de la profession médicale. Il mourut, dit M. Duval °2, le 16 octobre 1696, âgé de 70 ans, en son domicile, en la Grande Rue, et fut inhumé le lendemain 17, dans l’église des filles de Sainte-Claire d’Alençon (Registres de l’état civil, paroisse Notre-Dame).

que pour les bonnes qualitezqui sont en luy, ainsy qu’il nous est apparu, tant par le certificat du sieur Favier, Conseiller en nos Conseils, Maistre des Requêtes ordinaire de nostre Hôtel et Commissaire départy en la Généralité d’Alençon, que par celui du Recteur dudit Collège des Jésuites, portant qu’il consent que ledit René Meverel continue l'exercice de ladite charge, cy attachés sous le Contre-scel de nostre Chancellerie. A ces causes, et à plain confians en sa fidélité et en son affection à nostre service, et désirans d’ailleurs reconnoistre en sa personne ceux que sondit feu père nous a rendus, Nous avons audit Meverel donné et octroyé, donnons et octroyons, par ces présentes, signées de nostre main, ledit estât et charge de nostre Libraire et Imprimeur en nostre dite Ville d’Alençon pour servir audit College et en toute l’étendue du Bailliage d’Alençon ; avec pouvoir d’imprimer, vendre et distribuer les feuilles de Classes, Thèses et autres concernant ledit Collège; ensemble tous nos Edits, Ordonnances, Commissions, Arrests de nos Conseils d’Etat privé, Cours de parlement, des Aydes et autres Juridictions et généralement tout ce qui sera pour notre service, sans qu’aucun autre imprimeur, libraire se puisse ingérer d’imprimer, vendre ni distribuer lesdites Feuilles déclassés, Thèses et autres concernant ledit Collège; Edits, Ordonnances, Arrests et Commissions, dans ladite Ville d’Alençon, si ce n’est du consentement dudit Meverel, à peine de i5oo livres d’amende envers luy et de confiscation de ce qu’ils auroient imprimé ou fait imprimer, vendre et distribuer au préjudice des présentes. Si donnons en mandement au bailli d’Alençon, ou son lieutenant audit lieu, que luy estantapparu des bonnes vies, mœurs, religion catholique, apostolique et romaine dudit Meverel, et de luy pris et receu le serment en tel cas requis et accoutumé, il le mette et institue de par Nous en possession de ladite charge et l’en fasse jouir pleinement et paisiblement, cessant et faisant cesser tous troubles et empeschements au contraire, Car tel est nostre plaisir. En témoin de quoy nous avons fait mettre nostre scel à ces dites présentes. Donné à Paris le vingtième jour d’octobre, l’an de grâce mil six cent soixante-cinq, et de nostre Règne le vingttroisième. »

(1) Voy. supra, les notices de Martin Delamotte et de Jean Malassis. — (2) Op. cit., p. 12.

GÀLLIÀ TYPÛGRAPHICA

Z..., imprimeur à la Ferté-Macé (1771).

Dans une notice sur l’imprimerie dans l’arrondissement de Domfront 4, MM. Appert et Blanchetière citent une plaquette qui aurait été imprimée à la Ferté-Macé, et dont voici la description:

— Adresse et Réflexions des citoyens de la petite ville de la Ferté Macé. / A la Ferté Macé, au séjour de la liberté, ce 30 août 1771. (In-8. Sans nom d’impr. 6 pages, plus le titre. Bibl. de M. de la Sicotière).

A supposer que la date soit exacte, il est bien entendu qu’il n’y a jamais eu d’imprimerie à la Ferté Macé avant la Révolution ; la souscription de ce petit opuscule est toute de fantaisie et il est bien probable qu’il sort des presses de Jean-Zacharie Malassis, à Alençon.

(1) L’Imprimerie dans l’arrondissement de Domfront, Par MM. J. A. Appert et L. Blanchetière. / Domfront, Liard. 1880. (In-8. 32 p. Extr. du Publi-cateur de l'Orne et du Journal de Domfront).

GALLIÆ TYPOGRAPHICÆ DOCUMENTA

ou

INVENTAIRE DES SOURCES ORIGINALES DE L’HISTOIRE DE L’IMPRIMERIE ET DES IMPRIMEURS EN FRANCE

Depuis les origines de l’Imprimerie jusqu’à la Révolution.

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