CHAPITRE II
NOTICES SUR LES IMPRIMEURS
Acher (Les), imprimeurs à Dieppe (1623-1686).
L'abbé Cochet s’est renfermé dans un mutisme à peu près complet au sujet des membres de cette famille d’imprimeurs dieppois, dont il n’a connu que celui prénommé Etienne; cette famille a pourtant successivement fourni au moins trois maîtres, que l’on croit généralement avoir appartenu à la religion protestante; cela peut être exact pour les deux derniers, mais il y a peu de vraisemblance qu’il en soit de même pour le premier dont j’ai à parler.
I. Nicolas (1623-1649). Je n’ai pas pu débrouiller les origines de cet imprimeur, qui sont peut-être de plusieurs années antérieures à 1623 ; je ne le rencontre qu’à cette dernière date, avec certitude, installé à Dieppe, dans la Grande rue, devant la Fontaine du Marché ; il éditait à cette époque le traité d’anatomie d’un célèbre chirurgien de la localité, Théodore Gelée1 et l’année suivante, il imprimait l’ouvrage d'un abbé Guerson2, dont j’aurai bientôt à reparler. Enfin, jusqu’en 1649, on le vit publier dans la même ville les traités d’hydrographie et les relations de voyages de Jean Le Tellier 3.
IL Etienne (1650-1660). Fils du précédent, il succéda à son père, à la même adresse, vers 1650, d’abord en compagnie d’un Pierre Acher, qui parait être son frère et avec lequel, en 1653,1! fut
(1) Cf. la description minutieuse de cet ouvrage et de sa réédition en r62g, donnée par l’abbé Sauvage, dans Introd. à Vhist- de lïmp. à Dieppe, pp. 437-440. — (2) Epitalame sacré dv cœvr dv roy avec le cœur de Iesus-Christ. Ensemble, La Vérité de la Confession Secrette, & de la Reelle presence du Corps de Iesus- Christ en l’Eucharistie. Par la parole de Dieu, & par les SS. Peres, qui vivoient aux cinq premiers siècles. Par le Sr Gverson, D. en Théologie, Conseiller, & Prédicateur Ordinaire du Roy. Dédié av Roy. [Fleuron] A Dieppe, De l’Imprimerie de Nicolas Acher. M.DC-XXIV. Auec Priuilège du Roy, & Approbation. (In 12. 10 f. lim. n. ch., 336 p. ch. et 1 f. n. ch.Priv. du 20 avril 1624. B. N.,
Rés. B. 5368.) — (3) N. F., Liasse 99.
G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III.
GAI. LIA TYPOGRAPHICA
l’objet de poursuites au sujet de l’impression d’un livre de polémique du ministre Jean Fouquemberge l, — Jean de Fauquembergue, d’après la France protestante des frères Haag (t. V, p. 78). A partir de 1657, Pierre étant sans doute décédé, Etienne reste seul en nom et signe une Grammaire anglaise , citée par l’abbé Cochet2. En 1658, il imprime plusieurs recueils de quatrains3, au titre desquels on voit apparaître avec étonnement l’ancienne marque de Simon de Colines et de Régnault Chaudière, avec leur devise : Hanc aciem sola retundit virtus. En 1660, Étienne Acher publie un livre, dont l’abbé Sauvage, — qui le déclare remarquable, — a vu un exemplaire dans l’une des bibliothèques particulières de Rouen 4, et, après cette dernière date, on ne rencontre plus aucun produit des presses de cet imprimeur.il décéda sans doute à cette époque, car il devait être déjà d’un certain âge. On lit en effet au dernier feuillet de Y Epitalame sacré , de Guerson, cette mention qui le concerne assurément : « Noms des Hérétiques que le Sr Guerson a receu publiquement dans la ville de Diepe, et faisant la grande visite au diocèse de Rouen, par le commandement de Mgr l’Archevesque, lequelaveu leurs conversions:... Estienne Acher le fis de l’imprimeur. Ledit Sr Guerson en a converty depuis 7 ans Cent et dix, tant à Paris, Tours, Reims, Saumur qu’ailleurs. » D’après cela, Étienne Acher avait donc dû voir le jour soit dans les dernières années du xvie, soit tout au commencement du xvne siècle; il avait abandonné la foi de ses pères, puis il y était revenu, mais il 11’avait pas persévéré dans l’abjuration que Guerson avait obtenue de lui, et il fit élever dans la religion protestante les deux seuls fils que je lui connaisse : Pierre, qui suit, et Abraham. Tous deux émigrèrent en Hollande, lors de la révocation de l’Édit de Nantes, et y exercèrent le commerce de libraire.
III. Pierre (1661-1686). Probablement fils du précédent, car les dates ne permettent pas de croire qu’il soit la même personne que le Pierre Acher, associé d’Étienne de 1650 à 1657, il succéda à ce dernier dans l’établissement d’imprimerie de la Grande rue. L’on n a jamais cité aucune impression de lui, mais j’en ai rencontré une de Y année 1668, qui porte au titre, comme la plupart des publi-
(1) Voy. Documenta, n° 649.— (2) Op. cit., p. 9.— (3) Cf. l’abbé Sauvage, op.
cit., p. 443. — (4) Ibid. Ce livre est intitulé : Emanuel ou Parafrase Evangélique. Comprenant l’Histoire et la Doctrine des quatre Evangiles de Jésus Christ
notre Seigneur. Poeme chrétien, divisé en quinze livres. Par Filippes Lenoir.
(Pet. in-8 de 26a p.)
SEINE-INFÉRIEURE
cations d’Étienne, un mauvais bois reproduisant la marque du Temps , avec la devise : JHanc aciem , etc. ; ce n’est qu’un très modeste opuscule, dont voici la description :
Vsage de l’orloge ov qvadran azimvtal Ensemble de l’eqvinoctial, ou Qvadran Vniversel. Avec celuy de la lune.// Se vend à Dieppe par Charles Bloud à la Grande Rue. [Marque] A Dieppe. Chez Pierre Acher, à la Grand’Rue. 1668. (In-12, 8 p. ch. B. N., V. 7487.)
Il importe de retenir le nom du libraire Charles Bloud, qui figure au titre de cette plaquette et de le rapprocher de celui d’un autre libraire du même nom, dont il est parlé dans la notice de Jean Cailloué, imprimeur de Dieppe, répertorié plus loin.
Quant à Pierre Acher, son exercice prit fin, ainsi que je l’ai déjà dit, lors de son émigration en Hollande; toutefois il ne renonça pas pour cela à trafiquer dans son ancienne résidence et c’est évidemment de lui qu’il est question dans une lettre du chancelier à l’intendant de Rouen, dont on trouvera le contexte dans la partie documentaire de cet ouvrage L
Adam (Nicolas), imprimeur à Rouen (161 1-1658).
Ce maître figure à deux reprises différentes dans le registre de la Communauté parmi les récipiendaires ; une première fois en 1609 2 et une seconde fois en 1611 1 * 3; je ne date donc son établissement que de cette dernière époque. En 1628 et en 1637, Nicolas Adam est au nombre des Gardes de la corporation 4 et en 1658, on le trouve parmi les membres décédés de la Confrérie Saint-Jean Porte Latine3. Voilà tous les renseignements que j’ai pu réunir sur ce typographe, qui sans doute travailla anonymement pour des libraires de Rouen ; je n’ai pas rencontré le moindre livre portant sa souscription, Frère en cite pourtant trois de l’année 1613 6.
Allienne (Georges), imprimeur à Rouen (1632-1650).
Il fut imprimeur juré à Rouen de 1621 à 1650, d’après Frère7; c’est une erreur manifeste, attendu que sa réception comme maître n’est que de 1632 8 ; d’ailleurs il n’exerça jamais dans la ville de
(1) Voy. Documenta, n° 690. — (2) A. D. S., E. 483, f° 12. — (3) Ibid., f° 12 v°.
— (4) Voy. supra, pp. 17 et 18. — 15) N. F., Liasse 99. — (b) Ibid. — (7) Ibid.
GALLJA TYPOGRAPHICA
Rouen et il ne s’y fit admettre à la jurande, semble-t-il, que pour avoir le droit d’y débiter ses livres dans une boutique qu’il se contenta de faire gérer par un représentant. Dès 1620, en effet, il avait ouvert un atelier typographique à Morlaix et il le conserva jusque vers 1650, époque où on le trouve établi à Quimper; c’est donc dans la partie de cet ouvrage relative à la Bretagne qu’011 trouvera les renseignements concernant cet imprimeur1.
Allinne (Les), famille d’imprimeurs de Rouen (1600-1729).
Bien qu’elle ait exercé pendant plus d’un siècle l’art de l’imprimerie à Rouen, cette famille n’a laissé en bibliographie que fort peu de traces de ses travaux ; cela ne faciliterait pas la tâche du biographe, mis en présence de personnages portant tous, ou à peu près, le même prénom, si l’on n’avait heureusement quelques documents d’archives.
Philippe I (1600- 163 6)débuta, d’après Frère 2, en 1600, date que je ne garantis pas; il était installé dans la rue Ecuyère, à l’enseigne de Y Ange d'or, mais son atelier ne semble pas avoir été très actif. En 1615, cet imprimeur était poursuivi par les Gardes de sa Communauté et condamné non seulement pour des impressions fautives de Chansons et de Petites heures à l’usage de Lisieux, mais encore pour avoir envoyé son apprenti « aux champs3 *. » Philippe I Allinne eut pourtant assez de notoriété pour être élu garde1; il décéda le 7 janvier 1636 5, laissant une veuve, Marie Carrel, qui lui succéda et continua de diriger l’établissement jusque vers 1656 ; elle figure en 1645 parmi les membres de la Confrérie S. Jean Porte Latine6.
Philippe II (1656-1683). Il était fils du précédent et, en dépit de 27 ans d’exercice, je manque de renseignements sur la nature et l’importance de ses travaux.
Philippe III (1683-1701). Né à Rouen vers 1656’, il était sans doute fils du précédent ; reçu maître en 1682, il s’établit en 1683 et on le rencontre, en 1693, dans la rue Ecuyère, comme son aïeul, mais à l’enseigne de la Plante de Ro%es. Deux ans après (1695), ^
(1) Voy. Gallia Typogr., Ser. Dép., t. IV. — (2) N. F., liasse 99. — (3) Cl.
Documenta, n° 591. — (4) Voy. suprà, p. 17. — (5) Arch. Comm. de Rouen,
ParoisseS. Jean, Reg. des Trespasse y (1631-1667) : 8 janvier 1 636 , « Philippe
Aline, en son vivant ancien bourgeois et libraire, fut inhumé en ceste église ». — (6) Frère, loc. cit. — (7) D’après la supputation de son âge (44 ans) déclaré à
l’enquête de 1700, B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 340. — (8) Relation du pays de Jan-
senie. Ou il est traité des singularitez qui s’y trouvent, des Coûtâmes, Mœurs &
SRI NE-INFERIEURE
fut, avec son frère Pierre, poursuivi et enfermé à la Conciergerie, pour avoir vendu et peut-être imprimé le Testament politique de Colbert'1. Il disparut en 1701 et fut remplacé à cette époque par Pun de ses frères, qui suit.
Pierre (1701-1729). Frèredu précédent et né à Rouen vers 1660 2, il avait été reçu maître le 14 juillet 16823, s’était établi le 15 décembre 1701, à la place de son aîné et avait été élu garde en 1704 4. Lors de l’enquête faite par l’intendant de Rouen 3, il n’avait qu’une presse et n’occupait aucun compagnon ; il travaillait pour le compte de la veuve de Jean Oursel6; le même procès-verbal note que peu de temps après la visite de l’enquêteur, il se serait défait de son imprimerie ! Cependant il fut conservé par l’arrêt du 18 mars 1709 7; un rapport de l’intendant, du 9 mai 1 7 1 4 8? le cite parmi les imprimeurs exerçant à cette époque, et Frère indique qu’il tint un atelier jusqu’en 1 7 1 6 9 , année pendant laquelle il a rempli d’ailleurs les fonctions de garde 10 . En vérité, son exercice se prolongea bien davantage, puisque, en 1721, il avaitencore été élu garde11 et, qu’étant décédé en 1729, sa place d’imprimeur fut donnée à Romain Yeury, par un arrêt du Conseil du 25 juin 1730 12.
Cet imprimeur avait épousé une Marie Linel, qui passa de vie à trépas le Ier août 1689 13.
Amiot (Les), imprimeurs à Rouen (1649-1711).
Cette famille d’imprimeurs rouennais est sinon plus intéressante, du moins un peu mieux connue que celle dont je viens de m’occuper, mais ses productions, au point de vue typographique laissent beaucoup à désirer.
Religion de ses Habitans. Par Louis Fontaines, Sieur de Saint Marcel. [Fleuron] A Rouen, chez Philippe Allinne, rue Ecuyere, à la Plante de Roze. 1 6g3. (In-12. 2 f. n. ch. et 42 p. ch. B N., Ld4 283 b.)
(1) Testament politique de messire Jean-Baptiste Colbert, Ministre & Secrétaire d’Etat. Où l’on voit tout ce qui s’est passé sous le Régné de Louis le Grand, jusqu’en l’année 1684. Avec des Remarques sur le Gouvernement du Royaume. [Vignette.] A la Haye, chez Henry van Bulderen, Marchand Libraire, dans le Pooten, à l’Enseigne de Mezeray. 1 6g3 . (In-12 de 5oi p. SU.)— (2) D’après la supputation de son âge (40 ans) à l’enquête locale de 1706, A. D.S , C. iq5. — (3) Ibid. — (4) Voy, suprà, p. 21. — (5) Enquête de 1706, A. D. S., C. iq5. — (6) Enquête de 1706. — (7) Voy. Documenta, n° 733. — (8) Cf. Documenta, no 752. — (9) N. F., liasse 99. — (10) A. D. S., E. q83, f° 189 v°. — (1 1) Ibid., f° 195. — (12) Voy. Documenta, n° 83g. — ( 1 3 ) Arch. Comm. de Rouen, Paroisse S. Jean, Reg. I : « Le ier aoust 168g mourut Marie Linel, femme de Pierre Aline, imprimeur, âgée d’environ 3o ans et le 2e fut inhumée en cette église, en présence de Pierre Alline son mari, et de Philippe Alline, aussi imprimeur. »
I. François (1649-1658). Reçu maître en 1649, après avoir Versé une somme de cent livres à la Communauté 1 * * 4, ce qui indique qu’il était un nouveau venu dans la profession, il ne semble pas avoir exercé au delà de l’année 1658, époque où Pierre Amiot, probablement son fils, le remplaça. On ne connaît jusqu’à présent, je crois, aucune impression de lui.
II. Pierre (1658-1691) débuta, en 1658, dans la rue des Jésuites2, proche le Collège , lit-011 sur une impression postérieure3; il avait pour marque un poirier chargé de fruits, avec cette inscription : Au Poirier Dainiot 4, qui fut sans doute également son enseigne. Il fut élu garde en 16705 et ne cessa d’imprimer qu’après 1691.
III. Jacques (1678-1711). Fils du précédent et de Catherine Malassis, il naquit à Rouen le 5 janvier 1655 6 et fut reçu maître en 1670 7, mais il n’ouvrit un atelier qu’en 1678 8. En 1681, il avait beaucoup augmenté son matériel et il était depuis ce moment à la tête « d’un établissement considérable de librairie et d’une imprimerie complète, garnie de toutes sortes de caractères9 », quand, dans le courant de l’année 1696, deux malheurs imprévus s’abattirent sur lui : un incendie dévora d’abord en quelques heures « le fruit des travaux de toute sa vie passée10 », puis la mort lui ravit sa femme et le laissa seul avec cinq enfants. Jacques Amiot ne perdit pas courage : après avoir vendu les débris de son imprimerie tant pour acquitter ses dettes que pour aider sa famille11 * * * * *, il travailla chez ses anciens confrères et fut bientôt en état d’ouvrir une nou-
(1) A. D. S., E. 483, f° 67. — (2) Tovtes les œvvres charitables de Philebert Gvibert, escuyer, docteur, regent en la faculté de Médecine à Paris.../ A Rouen,
chez Pierre Amiot, rué des RR. PP. Jésuites. M.DC.LV1II. (In-8 672 p. slata.
B. N., Te17 66P.) — (3) Les Secrets du seigneur Alexis Piemontois Revu &
augmenté d’une suite de rares Secrets. [Vignette.] A Rouen, chez Pierre Amiot,
rué des Jésuites, proche le College. M.DG.XCI. (In-8. 713 p. slata. B. N., Te18
16 e.) — (4) On peut voir cette marque notamment sur l’ouvrage suivant : — Les
œuvres de M° Jean Belot Curé de Milmonts, professeur aux sciences divines et
celestes. Contenant la Chiromence, Physionomie, l’Art de Mémoire de Raymond
Lulle; Traité des Divinations, Augures et Songes; les Sciences Steganogra-
phiques, Paulines, Armadelles «N Lullistes; l’Art de doctement Prescher
& Haranguer, &c. Dernière Edition, reveuë, corrigée & augmentée de divers
Traitez. [Marq. indiquée] A Roven, Chez Pierre Amiot, rué des Jésuites, près le
College, M DC.LXXXVIII. (Pet. in-8, 463 p. ch. sll. B. N., R. 28148.) — (5)
Voy. supra, p. 19. — (6) A. R , Reg. des bapt. de S. Lô, de 1643 à 1 658 : « Du
5 janvier 1 655, Jacques, fils de Pierre Amiot et de Catherine Malassis. Le par-
rain, Jacques Besongne ; la marraine, Catherine Le Verdier. » — (7) Enquête de
1700 -- (8) Ibid. — (9) Arrêt du Conseil du 5 août 1709, Documenta, n° 734. — (10)
Arrêt du Conseil du 5 août 1709, Documenta n° 734.— (1 1) Arrêt citédu 5 août 1709.
SEINE-INFÉRIEURE
velle boutique de libraire, à laquelle il put adjoindre au bout de peu de temps un atelier d’imprimerie. Il sollicita, en 1709, la permission nécessaire pour cet établissement et un arrêt du Conseil, du 5 août, le renvoya devant l’intendant, à l’effet de justifier de ses titres et capacités1. Je ne sais pas ce qu’il advint par la suite de la demande d’Amiot, car je n’ai pas rencontré d’arrêt du Conseil qui l’ait définitivement autorisé à imprimer, toujours est-il qu’en 1710 il exerçait ouvertement son art à Rouen, sur le quai, près de la Petite Boucherie2, mais, comme il imprimait, paraît-il, de mauvais livres, un ordre du roi prescrivit de le mettre en arrestation 3. Transféré à Paris et enfermé à la Bastille4, Jacques Amiot passa en jugement devant le Présidial, au Châtelet et il y fut condamné, le 19 mars 17 11 5, à faire amende honorable et à subir cinq années de galères 6. Que devint alors son imprimerie ? La plus grande partie du matériel semble avoir été enlevée par un de ses fils7; quant au surplus, consistant « en quelques caractères », on lit dans le passage final d’un rapport de l’intendant de Rouen, du 9 mai 1714, que la vente en fut effectuée conformément aux règlements8.
Ancelle (Jean), imprimeur-libraire à Rouen (1601-1605).
Je ne cite cet imprimeur que d’après Frère9 et sans aucune garantie, car je n'ai pas rencontré dans les documents une seule mention le concernant, non plus que je n’ai vu la moindre impression portant son nom.
Ango (Nicolas), imprimeur-libraire à Rouen (1601-1626).
Frère classe également ce personnage, dont il orthographie le nom Angot , parmi les imprimeurs rouennais10, mais je crois qu’il y a erreur de sa part, car Nicolas Ango n’a jamais imprimé, que je sache. Reçu à la maîtrise en 1601 u, il s’établit dans la rue du Bec :
(1) Ibid. — (2) Histoire de Jean de Bourbon, prince de Carency, par l’auteur
des mémoires et voyages d’Espagne. Tome premier. [Fleuron.] A Rouen, chez Jacques Annot, sur le Quay près la petite Boucherie. Avec privilège du roy.
(In- 12. 2 vol. 867 et 3q8 p. B. N., Y2 6606. Au ior f. du t. I, Privilège royal
du 18 mai 1710a Jacques Amiot, « imprimeur-libraire de la ville de Rouen».)
— (3) Voy. Documenta, n° 740. — (4) Voy. Documenta, n°74i. — (5) J’ai vai-
nement cherché l’arrêt en question; le mot d’ailleurs parait impropre, car les
magistrats du Châtelet ne rendaient que des sentences. — (6) Voy. Documenta,
n07qt. — (7) Pierre Amiot. Voy. cet imprimeur au départ, de l’Eure. — (8) Voy.
Documenta, n° 752. — (g) N. F1., Liasse 99. — (10) N. F., Liasse 100. — (11) A.D.
les deux seuls livres que j’aie pu voir avec sa souscription, ne décèlent qu’un libraire-éditeur. L’un de ces ouvrages, intitulé : Le Printemps d’Yver , par Jacques Yver, porte au recto du dernier feuillet la mention : Achevé d’ imprimer ce jonrdhuy 2 3 avril 1618 , de l’ imprimerie de J. Durand; l’autre n’a aucun nom de typographe et donne seulement l’adresse du vendeur L
Auber (Jacques), imprimeur à Rouen (161 3-1650).
Sans doute descendant de Richard Auber ou Aubert, libraire, dont le nom figure non seulement sur une plaquette détachée, semble-t-il, d’un livre d’Heures imprimé à Rouen1 2, mais encore, en 1579, dans une sentence du bailliage de cette ville3, et, en 1597 et 1608, parmi les Gardes de la Communauté4, Jacques Auber fut reçu maître imprimeur à Rouen en 1613 5 et y exerça son art jusque dans le milieu du xvne siècle au moins, puisqu’on le rencontre remplissant les fonctions de garde en 1646 et en 1650 6. On peut s’étonner dès lors qu’en un espace de temps aussi long, ce typographe n’ait produit que fort peu de chose; il aura sans doute travaillé surtout pour des libraires7. Je peux citer néanmoins, comme étant sorti de ses presses, un ouvrage assez important dont voici la description.
Les Margverites françoises, ou flevrs de bien dire. Contenant plusieurs belles & rares Sentences Morales. Recueillies des plus excellens & graues Autheurs, & mises en ordre Alphabetic. Par Fr. Des-ruës, Constançois. [Marque] : A Roven, Chez Jacqves Avber, sur le petit Ruisseau, près les Poullies. M.DC.XXV. (I11-12, 12 f. n. ch. 546 p. ch., 1 f. n. ch. B. N., Z. 17764.)
Cela nous donne l’adresse de cet imprimeur, qu’on peut compléter par celle qui figure sur une suite de l’œuvre de Des Rues, que
(1) Histoire excellente et Héroïqve dv roy Williavme le bastard, iadis roy d’Angleterre & Duc de Normandie. Par Fr. d’Evdemare, Prestre & Chanoine en l’Eglise Cathédrale nostre Dame de Roüen./ A Rouen, chez Nicolas Ango,
Ruë du Bec. M.DC. XXVI. Auec approbations. (In-12. 5 f. n. ch. et 6 1 5 p. ch.,
plus 1 f. d’errata. B. N.. Lk2 1263.) — > (2) Cf. Lacombe, Catalogue de livres
d’Heures, n° 537. — (3) Voy. Documenta, n° 523. — (4) Voy, supra, p. 16. — (5) A.D.S., E. 483, f° 14 v°. — (6) Voy. supra, p. 18. — (7) Il imprima en
effet pour son confrère Jean-Baptiste Behourt. notamment, une édition des
Fleurs des exemples, ou Catéchisme historial, du P. Antoine d’Averoult, S. J., en 2 vol. in-8. On lit à la fin du t, II : « Acheué d’imprimer par Jacques Auber,
1627. » (Cf. Sommervogel, Bibl. de la C. de Jésus, t. I, col. 686.)
SEINE-INFÉRIEURE
Jacques Auber dut mettre au jour peu de temps après 4, et cela me permet aussi de décrire sa marque. Assez finement gravée en tailledouce, elle représente un enfant au bord de la mer, tenant de la main gauche une pierre (? ou un livre ?) retenue par une sangle, et de la main droite touchant le ciel où l’on voit Dieu le père et le Saint-Esprit ; le tout est encadré d’un listel oblong, sur lequel on lit cette devise : Panpertas summis ingeniis obesse ne provehantur. Je me demande cependant si cette marque lui appartientbienen propre et si par hasard il ne l’aurait pas recueillie d’un de ses confrères par acquisition de matériel ou autrement ; j’ai remarqué en effet dans le bas du cadre, un monogramme d’ailleurs peu visible, qui ne saurait être le sien : il est composé du signe 4 à rebours, dont la branche horizontale est recroisillée à gauche ; la branche verticale repose sur deux V en sens inverse, accompagnés des lettres I. C. (Iehan Crevel ?).
Je ne tranche pas cette question délicate et je reviens pour terminer à la production de notre imprimeur, en rappelant qu’en 1625, l’un de ses ouvrages fut supprimé par suite de mauvaise correction 2, puis, qu’en 1629, il avait imprimé un livre d ’ Heures sans y mettre, en dépit de l’usage, les rubriques en rouge, et que pour ce fait, il fut condamné, le* 17 septembre, à 60 sols d’amende; tous les exemplaires de l’édition furent confisqués et « aulmosnez » à de pauvres écoliers 3. Il avait aussi, ce semble, fait une édition défectueuse du célèbre roman d’Honoré d’Urfé, intitulé YAstrée , au sujet de laquelle sa femme, Marie Fortin, se laissa circonvenir par des Gardes d’occasion et leur remboursa en exemplaires de ce livre des dépenses de cabaret 4.
Auberée (Guillaume), imprimeur à Rouen (1518-1520) et à Guil-
lerville (1520).
C’est encore évidemment un imprimeur en chambre, peut-être
(1) La Svitte des margverites Françoises, ov second Thresor de bien dire... Par Fr. Des-ruës, P. Constançois. [Vignette.] A Roven, chez Iacques Auber, surle petit Ruisseau, deuant l’Ange d’or. (In-12. 7 f. n. ch. 248 p. ch. B. N., Z. 17764.) — (2) A. D. S., E. 485, p. 71 : « Du 9 avril 1625. Sentence donnée au bailliage de Rouen entre les Gardes, allencontre de Jacques Auber, maistre particulier aproché pour avoir imprimé ung rudiment de Codret, où il y avoit plusieurs faultes en l’impression pour n’avoir esté corrigé, par laquelle sentence fust dict à bonne cause led. aprochement et que led. rudiment seroict biffé et rompu, led. Auber condampné aux despens dud. aprochement et enjoinct d’avoir ung correcteur suivant les réglemens. — (3) Cf. Documenta, n« 638, — (4) Voy. Documenta, n° 625.
G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III.
même un simple compagnon. D’après des actes notariés, analysés par E. Gosselin 4, Auberée travailla à Rouen de 1518 à 1520, puis il alla s’installer à Guillerville, près de Bolbec, où on le perd complètement de vue. Je ne connais aucune production signée de lui dans l’un ou l’autre endroit.
Aubin (Les), imprimeurs à Rouen (1557-1600).
Cette famille de typographes est fort peu connue ; Frère et Gosselin n’en citent que deux membres, Jacques et Jean, bien qu’il yen ait un troisième, nomméNicolas. Tous se contentèrent de travailler pour des libraires et peut-être bien ne furent-ils que des imprimeurs en chambre. Voici les quelques renseignements que j’ai pu réunir sur chacun d’eux.
I. Nicolas (1557). Il imprimait pour Jean Petit, de Rouen, et je ne connais de lui que la plaquette suivante :
Permission / dv roy nostre sire a / toutes personnes de mener & et coduire marchandises par tout ou bon leur semblera, en / terre d’amys ou d’ennemys : Excepté bleds / & autres grains, artillerie & autres munitiôs / de guerre. [Ecu de France] A Rouen pour Iean petit. Fait iouxte la / forme et exemple imprimée à Paris / Avec privilège. [A la fin] : Imprimé à Rouen par Nicolas Aubin. (Petit in-8, 8 f. n. ch. Le dernier feuillet contient le certificat de publication imprimé en car. goth. paraissant provenir d’un des anciens ateliers de la ville. La permission dont s’agit est datée du 14 février 1557. B. N., F. 46816, pièce 3.)
IL Jean (15 59-1 579). Il succéda peut-être au précédent et débuta, d’après Gosselin1 2, en 1559 ; il figure, en 1579, au nombre des maîtres qui obtinrent à cette époque, du Parlement de Rouen, l’homologation de l’édit sur l’imprimerie donné à Gaillon en 1571 3.
III. Jacques (1560-1600). Frère du précédent et probablement son associé, il travailla, dit M. Frère 4, pour Jean du Gort et Gaspard de Remortier. On peut en effet citer une pièce rarissime :
(1) Voy. Documenta, n° 493. — (2) Glanes , p. 106. — (3) Voy. Documenta,
n° 525. — (4) N. F., Liasse 100.
Le Discovrs demonstrant sans feincte Comme maints Pions font leur plainte Et les Tauernes desbauchez Parquoy Tauerniers sont faschez.
Qui porte cette adresse : « A Roven / av portail des Libraires, par Iehan du gort / & Iaspar de remortier », et à la fin : « Imprime a Rouen par / Iacque Aubin ». Elle a été réimprimée, en 1867, par la Société des Bibliophiles Normands. (In 8. B. N., Rés., 4 p. Z. 3 $8 (13 .) Un exemplaire de l’original avait appartenu à Charles Nodier. (Cf. Nouveaux mélanges tirés d’une petite bibliothèque, n° 589.)
Auger (Richard), imprimeur à Rouen (1524-1529).
Le bilan bibliographique de ce prétendu maître imprimeur se réduit à néant et je pense qu’il n’a jamais été que compagnon. Je me contente donc de rappeler, pour le cas bien improbable où l’on rencontrerait quelque impression de lui, que M. Gosselin nous apprend 1 que, né à Menibus, vicomté de Saint-Sauveur-Landelin, Richard Auger vint s’établir à Rouen en 1524, avec Pérette Capelle, sa femme, après avoir habité l’Isle-Adam, et qu’il en disparut en
Auzoult ou Ausoult (Richard), imprimeur à Rouen (1500-1506).
Bien que fort peu connu jusqu’à présent, R. Auzoult n’est pas l’un des imprimeurs les moins remarquables de Rouen dans les débuts du xvie siècle. On a tenté de pénétrer le secret de ses origines et de lui donner une famille 2, en le supposant apparenté peut-être à Thomas Auzoult, imprimeur parisien, et à Jean et Bonaventure Ausoult, imprimeurs lyonnais, mais il n’y a, semble-t-il, d’autre lien entre tous ces personnages qu’une homonymie prêtant à ces rapprochements, sans le moindre commencement de preuve documentaire. Il ne serait cependant pas téméraire de croire que Richard Auzoult fût parisien, si l’on veut comparer sa marque à celle de Pierre Levet, de Paris, et ses caractères gothiques à ceux de ce typographe, qui pourraient laisser croire qu’il est l’élève de ce dernier et qu’il s’est fourni chez lui de son matériel de composition.
(1) Glanes, p. 92. — (2) Cf. notamment : P. Renouard, Impr. Paris, p. 10 ;
E. Picot, Théâtre mystique de Pierre du Val, p. 37.
Installé à Rouen dans la rue Estoupée, in vico Obstructo , Richard Auzoult exerça son art dans cette ville, de 1500 à 1506 au moins et se borna à imprimer pour des libraires, sans se faire lui-même éditeur. Son premier ouvrage, exécuté pour le compte du libraire rouennais Thomas Laisné, paraît être le Débat des Hérauts d'armes de France et d' Angleterre 4; il travailla surtout parla suite pour Robert ou Robinet Macé, libraire de Caen1 2, et il termina peut-être sa carrière par l’impression d’une Expositio hymnorum 3.
R. Auzoult avait pour marque un cœur d’argent, surmonté d’une croix de même, sur fond criblé, et accompagné à gauche de la lettre R, grande majuscule, et à droite d’un carré contenant son nom, dont les quatre premières lettres, Augo, sont écrites horizontalement en gothique et les trois dernières, tdt, verticalement. Cette marque est reproduite dans le recueil de Silvestre, au n° 87.
Toutes les impressions de ce typographe sont exécutées en caractères gothiques, dont j’ai indiqué plus haut l’origine probable.
M. de Mazières-Mauléon4 a consacré quelques lignes à cet imprimeur; il en fait un libraire, qui succéda comme imprimeur à Robinet Macé, dont il prit la marque ! Il renvoie pour cette marque au n°45 de Silvestre (c’est celle de Nicolas Le Rouge) et répète plus loin (p. 14) que Richard Auzoult, imprimeur à Rouen, est « connu en 1 6 10 comme successeur de Robert ou Robinet Macé ». Je ne m’attarde pas à la réfutation de pareilles erreurs.
Bachelet (Isaac), imprimeur à Rouen (1644).
Cet imprimeur, non cité par E. Frère, ne m’est connu que par le livret dont voici la description :
— Edict dv roy Portant création en tiltre d’office formé & héréditaire, de trois Greffiers garde sacs Controlleurs de taxes de despens, estats de fraiz, mises d’execution, dommages & interests, anciens, alternatifs & triennaux en la Cour des Aydes de Rouen, & en chacun siégé d’Eslection & Grenier a sel de la Province de Normandie. Vérifié en la covr des
(1) In-4 de 22 f. n. ch. (B. G. Œ xv° s. 75-42), dont le colophon est ainsi libellé -r « Cy finist le débat des heraulx darmes de frace & dengle / terre autrement dit
passe temps, nouuellement imprime a / Rouen par Richard auzoult pour thomas laisne libraire de / mourant aud. lieu. » — Cf. Pellechet, t. III, n” 4168 bis. — (2) Cf. L. Delisle, Livres publiés à Caen, t. II, n°‘ ni, 166, 224, 267, 356, 364, 377, 38i,383. — (3) L. Delisle. op. elloc . cil., n° ni. — (4) Marques héraldiq .
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aydes de Roven le vingt deuxiesmeNouembre, mil six cens quarante quatre, [Ecu de Fr. et de Nav.]. A Roven, Par Isaae Bachelet, Imprimeur, demeurant à la Poterne, près le Palais. M. DC. XXXX. IIII. (In 4,8 p. ch. B. N., F. 23611, pièce 661 .)
Ballicorne (Richard), imprimeur à Rouen (1600-1623).
Personne n’a signalé et je n’ai moi-même rencontré aucune impression de ce typographe ; il n’est donc connu jusqu’à présent que documentairement : il avait été reçu maître en 1600 1 et mourut en 1623, pendant qu’il remplissait les fonctions de Garde2. Il est à présumer qu’il n’a jamais travaillé qu’anonymement soit pour des libraires soit pour d’autres imprimeurs.
Barbey (Yvon), imprimeur à Rouen (1535).
Ce prétendu imprimeur est encore moins connu que le précédent; il demeurait, dit E. Gosselin3, sur la paroisse saint Patrice, en 1535, et c’est tout. Il ne faut voir en lui, je crois, qu’un simple compagnon.
Barbier (Bertrand), imprimeur à Rouen (1527).
De même qu’Yvon Barbey, Bertrand Barbier n’a rien à son actif en fait d’impression ; il était, suivant un document analysé par E. Gosselin4, originaire de Saint-Denis-le-Thiboust et demeurait, en 1527, sur la paroisse Sainte-Croix Saint-Ouen, de Rouen ; c’est encore assurément un compagnon et pas autre chose.
Beauvais (Romain de), imprimeur-libraire à Rouen (1597-1638).
Bien que Frère 5 ne fasse pas remonter au-delà de 1606 la date des débuts de cet imprimeur, il est certain qu’il commença à exercer dès 1597 au moins, attendu qu’en 1598 il figure parmi les Gardes de la Communauté6. Il possédait une imprimerie dans un endroit de la ville qu’il est impossible de déterminer faute de document, et il avait sa boutique de libraire près du Grand portail de Notre-Dame. Cette dernière adresse est la seule qu’il ait jamais indiquée sur les nombreux ouvrages qu’il a édités. Le premier volume publié par
(1) A.D S., E. 483, f* 2 v°, — (2) Ibid., f° 26. — (3) Glanes, p. 94. — (4) Glanes ,
p. 91. — (5) N. F., liasse 108. — (6) Voy. suprà, p. 16.
lui^ le premier du moins que je connaisse, porte la date de 16061 ; son titre n'est orné que d’une simple vignette ; l'année suivante, R. de Beauvais inaugurait une marque qui, dans le cours de sa carrière, a subi quelques changements ; sous sa forme primitive2, elle offre la représentation d’une sphère armillaire, tenue par deux anges, aux ailes éployées, faisant une génuflexion ; dans la partie supérieure^ une main sort des nuages et semble vouloir saisir le globe terrestre, c’est évidemment la main de Dieu ; un listel oblong, surmonté d’une tête d’ange et portant au bas le monogramme de l’imprimeur, composé des lettres R. D. B. entrelacées, entoure la marque et renferme la devise : Omnia Deo patescunt. La marque n° 2 n'apparaît qu’en 1632 3 : elle représente toujours une sphère armillaire, mais celle-ci est alors au centre d'un rayonnement lumineux (le soleil ?), enveloppé de nuages et de sept têtes d’anges ; l’encadrement et la devise sont les mêmes, mais on remarque aux quatre coins des génies finement gravés. Frère attribue à ce typographe une autre marque, qui serait une gerbe de blé, dans un cadre ovale, avec la devise : Sncessum labor excipiat; j’avoue ne l'avoir pas rencontrée.
Romain de Beauvais était un imprimeur aussi habile que libraire fécond, et, sa presse ne suffisant pas à ses labeurs, il recourut parfois à celle de Cardin Hamillon. L'un des livres les plus importants qu’il ait imprimés est un ouvrage du P. Monet 4 *, de la Compagnie
(1) Les Aphorismes d’Hippocrates, avec le commentaire de Galien svr le premier Liure. Traduits du Grec en François, Par M. I. Breche... [Vignette] A Roven, Chez Romain de Beavvais, prés le grand portail de nostre Dame.
1606. (ln-12. 254 f. ch. B. N.,Td6 47 c.) — (2) Les secrets de natvre, ov La Pierre
de Touche des Poètes. En forme de Dialogue, contenant presque tous les préceptes de la Philosophie Naturelle, extraite des Fables anciennes par P. Morestel de Tournus en Masconnois, Docteur en Théologie, & Précepteur de Monseigneur le Duc d’Elbeuf, Pair de France. [Marq. décrite.] A Roven, Chez Romain de Beavvais, près le grand portail nostre Dame. 1607. Avec Privilège dv Roy. (In-12. 10 f. lim. n. ch., 428 p. ch., 25 f. de ta. n. ch. B. N., J. 25ii2.) Au dernier f., priv. royal du 3o mars 1607 à R. de Beauvais, libraire et imprimeur à Rouen. — (3) La Grande chirvrgie deM. Gvy de Chavliac, Médecin très famevx de l’Vniuersité de Montpelier, composée l’an de grâce 1 3 6 3. Restituée
par M. Lavrens Iovbert Médecin ordinaire du Roy, et du Roy de Nauarre, premier docteur regent stipendié, Chancelier & luge de ladite Vniuersité... [Marq. n° 2,] A Roven, Chez Romain de Beavvais prés le grand Portail de nostre Dame.
i632. (In-8. 71 1 p. sll. et la ta. B. N., Td73 16. d.) — (4) Abrégé dv parallèle des langves françoise, et latine, rapporté au plus près de leurs proprietez : Assorty des termes des Arts de l’vne & de l'autre langue, & des moyens adressans le plus aisément à la notice, & vray vsage de la langue Latine: Par le P. Philippe Monet, de la Compagnie de Iésvs. Reueu, & augmenté en cette dernière Im-
pression, & corrigé l’ortographe suiuant le vray vsage de la langue Françoise
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de Jésus ; il travailla d’ailleurs fréquemment pour les Pères du collège de Rouen. Je n’entrerai pas plus avant sur le terrain bibliographique, cela pourrait me mener loin : je rappelle seulement divers privilèges que notre imprimeur avait obtenus du Parlement de Normandie et qui sont signalés dans les Documenta1. Romain de Beauvais semble être mort en 1638; il avait été garde de sa Communauté en 1613 et en 1624 2, et il laissa une veuve Marguerite Mirey, inscrite, en 1643, parmi les membres de la Confrérie Saint- Jean-Porte-Latine3, ce qui paraît indiquer qu’elle avait continué jusqu’à cette époque au moins l’entreprise de son défunt mari ; je n’ai cependant rencontré aucun volume qui porte sa souscription.
Un Jacques de Beauvais, reçu à la maîtrise en 1609 et i6n4et décédé en 1628, aurait été, d’après Frère 5, imprimeur à Rouen de 1610 à 1627; aucune production connue ne corrobore cette allégation; on ne peut donc voir en ce personnage autre chose qu’un compagnon et il est probable qu’il s’est contenté de travailler pour le compte de Romain, qui peut-être était son frère.
Behotte (Jacques), imprimeur à Rouen (1548).
Signalé par Gosselin 6, comme imprimeur demeurant, en 1548, sur la paroisse Saint-Maclou, Jacques Behotte n’appartient certainement qu’à la catégorie des compagnons; on ne connaît dans tous les cas aucune impression de lui.
Behourt (Les), imprimeurs-libraires à Rouen (1618-1805).
Deux Jean Behourt figurent dans les annales littéraires de Rouen, de la fin du xvie au commencement du xvne siècle : l’un régent au Collège des Bons-Enfants de cette ville, est non seulement auteur d’un abrégé de la grammaire de Despautère, connu dans les écoles sous le nom de Petit Behourt , mais encore de trois tragédies qui furent représentées aux distributions de prix du même collège; l’autre, avocat au Parlement de Normandie, a publié un
[Vignette] A Roven, Chez Romain de Beavvais, près le grand portail de nostre Dame. M.DC. XXXVII. (In-4 à 2 col. de plus de 1000 f. n. ch., sign. A. — Iiiiiiii par 4. Titre r. et n. B. N., X. 1 383).
(1) Voy. les nos 553, 566, 576, 602 et 623. — (2) Voy. suprà, p. 17. — (3) Frère, loc. cit. — (4) A. D. S., E. 483, f03 1 2 et 12 vo. — (5) Loc. cit. — (6) Glanes , p. 106.
Trésor d'éloquence , dont il sera fait mention plus loin 4. je ne sais pas si ces deux écrivains appartiennent à la famille des imprimeurs dont j'ai à m’occuper pour le moment, mais la chose n’est pas invraisemblable. Quoi qu’il en soit, cette famille a joui pendant deux siècles d’une assez grande notoriété dans la typographie rouennaise et elle n’y compte pas moins de six maîtres, que je vais présenter successivement au lecteur.
I. Jean-Baptiste (1618-1643). Il n’aurait débuté qu’en 1628, selon Frère 2, mais, comme il était déjà garde en 1627 3, il est évident que la date initiale de son exercice est de plusieurs années antérieure: or, en cette même année 1627, il rééditait le Despautère de Jean Behourt 4 et l’on voit dans les feuillets liminaires de ce livre que le privilège lui en avait été cédé par l’auteur dès 1619, de telle sorte qu’il faut fixer à l’année 1618 au moins l’époque de ses débuts. J. -B. Behourt avait son officine dans la rue aux Juifs, près le Palais, et c’est presque tout ce que l’on pourrait encore dire de lui, à défaut de monuments typographiques connus5, si on ne le rencontrait à Paris en 16296 et s’il n’avait de nouveau rempli,
(1) Voy. la notice de Costé (Louis) — (2) N. F., liasse 101. — (3) Voy. supra, p. 17. — (4) Despauterius minor... Per Ioannem Behourt Rothomagæum. [Monogr. de la C. de Jésus] Rothomagi, Apud Ioannem Baptistam Behourt, in vico Iudœorum, propè Palatium. M.DC XXVII. Cvm privilegio Regis. (In-12. B. N., X. 8349). — (5) J’ai pourtant rencontré le suivant : — Qvatre livres des secrets de medecine, et de la philosophie chimiqve. Faicts françois par M. Iean Liebaut Dijonnois, docteur Médecin à Paris .. [Machine à distiller]. A Roven, chez Iean- Baptiste Behovrt, rué aux Iuifs, près le Palais, 1628. (In-8. 297 f. ch. sll. et la ta. Figs. Titre r. et n. B. N., Te 131 3 c). — (6) Les imprimeurs et libraires de Rouen ont dû fréquemment venir à Paris pour y débiter leurs livres, et même, quelques-uns d’entre eux y eurent sans doute au xvT siècle un dépositaire ou un facteur. Mais le règlement donné en 1618 à la Communauté de Paris vint gêner considérablement ces opérations; ce doit être d’ailleurs à l’instigation de cette dernière qu’011 y inséra l’article 20 ainsi conçu : « Ne pourront lesdits libraires forains tenir boutique, magasin ou imprimerie, ni faire afficher leurs livres en ladite ville de Paris par le moyen de leurs facteurs, ou autres personnes qu’ils pourraient interposer. Comme aussi sera défendu à tous libraires, imprimeurs et relieurs de cette ville de Paris de faire aucune facture pour les libraires tant dehors que dedans le royaume, et ne séjourneront lesdits marchands forains plus de trois semaines pour tout délai à compter du jour de l’ouverture et visite de leursdits livres, pour la distribution d’iceux, à peine de confiscation des marchandises qui se trouveront ledit temps expiré et d’amende arbitraire aux contrevenants. » — De 1628 à 1 636, les libraires des provinces, qui venaient momentanément s’installer à Paris pour y écouler leurs produits, furent obligés de signer sur l’un des registres de la Communauté, qu’ils avaient connaissance de l’article en question et qu’ils s’engageaient à l’observer en pliant bagage au bout de trois semaines. Le ms. fr. de la B. N. portant le numéro 2 1 837 et provenant des archives de la Chambre syndicale de Paris, était destiné
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en 1636, les fonctions de Garde1. En 1643, il était décédé2 et l’on ne trouve aucune trace certaine qu’il ait laissé des descendants.
II. Louis (1650-1677). Probablement fils du précédent, puisqu’on lit dans un arrêt du Conseil d’État du 2 mai 1740 3, qu’il était fils de maître et qu’aucun autre Behourt que Jean-Baptiste n’a exercé avant lui, il avait vu le jour à Rouen vers 1633 4 . Il était donc bien jeune encore, lorsque, le 20 février 1647, il fut admis à la maîtrise 5 ; il ne s’établit pourtant qu’en 1650 6. De même que le précédent, Louis Behourt avait son officine auprès du Palais, mais je n’ai aucune preuve que ce fut dans le local de la rue aux Juifs ; il semble au contraire que ce fût dans la rue Saint-Lô, où nous rencontrerons bientôt sa veuve. Après avoir rempli les fonctions de Garde en 1657 et 1664 7, cet imprimeur, dont je n’ai à citer aucune production intéressante, mourut le 7 juillet 1677 et fut enterré le même jour 8 ; il laissait pour lui succéder une veuve et plusieurs enfants.
Son fils aîné, qui suit, reprit en 1690 l’établissement typographique; quant à la veuve, née Catherine Gaillard (1677-1690), elle géra l’imprimerie jusqu’à cette époque, puis elle se contenta d’être libraire 9 et on la retrouve dans cette situation jusqu’en 1706 10.
à l’enregistrement des brevets d’apprentissage; en y trouve cependant, inscrites sur les derniers feuillets, les déclarations ad hoc de plusieurs imprimeurs et libraires de Rouen ; je les consigne ici pour n’avoir plus à y revenir : (F0 1 25), 6 juillet 1628, Adrien Ouyn et Jacques I Besongne. (F* 125 v°), 20 septembre 1628, Romain de Beauvais, David du Petit Val, Jean Delamare, Jean Berthelin. (F0 126), 5 mars 1629, Jean Baptiste Behourt. (F0 126 v»), 16 mai 1629, Louis Loudet, et 17 mai 1 6 3 o, Jean Berthelin. (F° 127), 18 mai i63o, Louis Loudet, et 24 mai i63o, Jean Berthelin. (F0 128 y0), 23 août i636, Guillaume Véreul, et 26 août 1 63 6 , Jean Berthelin.
(1) Voy. suprà, p. 18. — (2) N. F., loc. cit. — (3) Cf. Documenta, n* 865. — (4) D’après la supputation de l’âge indiqué à son décès. — (5) Documenta, n° 865, lettre B. (Voir aux corrections). — (6) Enquête de 1706 (Voy. ci-dessous, note 10.) — (7) Voy. suprà, p. 19. — (8) Arch. comm. de Rouen, Paroisse S. Lô, Reg. I: « Le 7 j uillet 1677 a esté inhumé en l’église le corps de Louis Behourt, libraire, mort d’aujourd’huy, aagé de 44 ans... » (9) A. / La guérison du cancer au sein. [Fleuron.] A Rouen, chez la Veuve de Loüis Behourt, dans la Cour du Palais. & Guillaume Behourt fils, vis-à-vis la Fontaine S. Lo. M. DC. XCIII. Avec privilège du Roy. (Pet. in-8 256 p. ch. sll. et lata., B. N., Te 102 1. — B/ Juris canonici Theoria et Praxis... Authore Joanne Cabassutio... // Rotomagi, apud Viduam Ludovici Behourt, in Areâ Palatii. M.DCCIII. Cum privilegio Regis. (In-4. 702 p. ch. Sll. et la ta. B. N., E. 253g. Privilège, du 14 mai 1702, à Catherine Gaillard, veuve de Louis Behourt.) — (10) Enquête de 1706 (A. D. S., C. 145) : « Catherine Gaillard, âgée de 69 ans, veuve de Louis Behourt, lequel
III. Guillaume (1690-1739). Fils du précédent et de Catherine Gaillard, il naquit à Rouen vers 1665 1 et fut reçu maître le 16 juin 1677 2, c’est-à-dire peu de temps avant le décès de son père ; il reprit la suite de son établissement le 15 juin 1690 3 et s’installa dans la rue Saint-Lô, vis-à-vis la fontaine du même nom, sous l’enseigne de la Ville de Venise 4. Guillaume Behourt donna à ses affaires une assez grande extension et ne tarda pas à devenir l’imprimeur de l’Archevêque de Rouen. Il possédait, en 1701, deux presses, avec un important matériel de composition et occupait trois compagnons, tous reçus maîtres, savoir: Pierre Allinne, qui devait bientôt s’établir lui-même, Abraham Roger et Nicolas Bellier 5. Maintenu comme imprimeur à Rouen par l’arrêt du Conseil du 18 mars 17096, Guillaume Behourt, qui, déjà en 1692, avait rempli les fonctions de Garde7, fut encore appelé à les exercer en 1711 et 1 7 1 8 8 ; enfin, le 11 septembre 1739, il passait de vie à trépas 9, après avoir amassé suffisamment de biens pour acquérir une propriété qui lui permît de s’intituler Sieur du Chemin. De son mariage avec Marie-Anne Boilleau, fille d’André, bourgeois de Paris, il avait eu au moins quatre fils 10, dont deux exercèrent l’imprimerie à Rouen et font l’objet des paragraphes IV et V ci-après.
avoit esté reçeu maistre le 20 février 1647, comme fils de maistre et d’ancienne famille d’imprimeur, s’estoit étably en i65o. A une boutique dans la rue S4 Lô, conjointement avec son fils, Guilaume Behourt. »
(1) D’après la supputation de l’âge indiqué dans son acte de décès. (Voy. infra, note 9). — (2) Enquête de 1706 (A. D. S., C. iq5) : « Guillaume Behourt, imprimeur et libraire de M. l’Archevêque et du clergé de Rouen, 44 ans, reçu maître le i5 juin 1677, s’est établi le i5 juin 1690. A boutique ouverte dans la rue S‘ Lô, fournie de toutes sortes de livres, concurremment avec sa mère, veuve de Louis Behourt. A une imprimerie avec 2 presses et point de compagnons présentement. » — (3) Ibid. — - (4) Veterum scriptorum et monumentorum Moralium, Historicorum, Dogmaticorum, Ad res ecclesiasticas, monasticas, et politicas illustrandas, Collectio nova. Tomus primus... Opéra et studio R. P. Doinni Edmundi Martene, Presbyteri & Monachi Benedictini è Congregatione Sancti Mauri. [Vignette]. Rotomagi, Sumtibus (sic) Guillelmi Behourt, Illustrissimi Archiepiscopi Typographi, viâ S. Laudi, sub Urbe Venetiarum. M. DCC. Cum privilegio régis. (In-4. 828 et 344 p. ch. SU. et lata. B. N., C. 2006). — (5) B. N., Ms. fr. n. a. 400, fo 346. — (6) Cf. Documenta, n° j33. — (7) Voy. supra, p. 20. — (8) A. D. S., E. 483, f. 180 v° et ig3. — (9) A. R., Paroisse S. Laurent, reg. 6: « Du 1 1 septembre 1739, est mort muny des sacremens... M° Guillaume Behourt, sieur du Chemin, imprimeur-libraire à Rouen, et un des Cent quatre arquebusiers, âgé de 74 ans ou environ, lequel a été enterré le lendemain dans cette église, au bas de la chapelle de la Sainte Vierge, en présence de ses enfants Jean-François et Michel Behourt. » — (10) Voy. ci-contre, note 6, l’acte de décès d’André-Pierre Behourt.
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La production de G. Behourt, que j'ai presque laissée dans l’ombre jusqu’à présent, est assez remarquable et comporterait une longue énumération bibliographique ; il fut notamment l’un des principaux éditeurs du célèbre dom Edmond Martène, de l’oratorien Jean-Baptiste Duhamel, de Jacques Eveillon, chanoine d’Angers et de beaucoup d’autres auteurs moins connus. Pas plus que ses prédécesseurs ou ses successeurs, G. Behourt n’eut de marque typographique, mais on rencontre sur l’une de ses impressions 1 * * 4, j’ignore pourquoi, la marque des Desprez, de Paris, et leur devise : Ardet amans spe nixa fi des 2.
IV. André-Pierre (1726-1745). Né à Rouen le 16 mars 1701 3, et fils du précédent et de Marie-Anne Boilleau, il demanda, dans les derniers mois de 1725, à remplacer Jacques III Besongne, qui venait d’abandonner l'imprimerie 4 ; il fut assez heureux pour obtenir, le n janvier 1726, un arrêt du Conseil qui l’y autorisait 5. Edouard Frère a omis de le compter parmi les typographes rouennais : cela n’empêche pas André-Pierre Behourt d’avoir fourni une carrière de 19 ans dans cette profession, toutefois il ne s’est guère signalé comme éditeur et il s’est principalement adonné à des travaux de ville, qui n’ont laissé aucune trace de son passage dans l’imprimerie. Il décéda le 8 février 1745, et fut inhumé le lendemain en l’église Saint-Lô 6.
Sa veuve, née Barbe Bence (1745-1752), lui succéda et conti-
(1) De Antiquis Ecclesiæ ritibus libri quatuor... Liber Primus... Pars Prima.
In qua de Baptismo, Confirmatione & F.ucharistia agitur. Studio & opéra R.
P. domni Edmundi Martene, presbyteri & Monachi Benedictini è Congrega-
tione Sancti Mauri. [Marq. indiquée] Rotomagi, Sumtibus Guillelmi Behourt, Illustrissimi Archiepiscopi Typographi. M.DCC. Cum privilegio et approbatione. (In-4. 668 p. ch. sll. et la ta. B. N., B. 1 5 1 1 .) — (2) Voy. Gallia Typogra * phica, sér. par., t. I, p. 207. — (3) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 4 : « 20 mars 1701. André-Pierre, né du 160, fils de Me Guillaume Behourt, trésorier en charge de cette paroisse, et de delIa Marie-Anne Boilleau, a été baptisé en notre église... et nommé par M. André Boilleau, bourgeois de Paris, et par d€lle Catherine Thierrée, femme de Mr Pierre Desuslamarre, marchand à Rouen. » — (4) Cf. Documenta, n° 8 1 5. — (5) Voy. Documenta, no 820. — (6) A. R. Paroisse S. Lô, reg. 8 : « Du 9 février 1745. Le corps du sieur André-Pierre Behourt, marchand libraire imprimeur à Rouen, âgé de 45 ans ou environ, décédé du jour
précédent,... a été inhumé en notre église,... en présence de Jean-François, Michel et Louis-Simon Behourt, ses frères. » Michel, qui portait aussi le pré-
nom de Thomas, n'était que libraire (Voy. documenta, no 869.) Quant à Louis- Simon, je n’ai pas trouvé de renseignements sur son compte, mais je pense qu’il émigra à Paris et fut le père de Pierre-Louis dont il sera question plus loin.
nua son établissement jusqu’en 1752, époque où elle en céda tout le matériel à Etienne-Vincent Machuel, auquel elle avait remis en même temps sa démission pour lui permettre de la remplacer F
V. Jean-François (1740-1759). Second fils de Guillaume Behourt et de Marie-Anne Boilleau, il naquit à Rouen le 17 juin 1703 1 2 et, après avoir terminé ses études, il travailla dans l’imprimerie de son père, l’aida pendant de longues années et lui donna un concours efficace lorsque l’âge vint ralentir son activité. Jean-François était donc tout désigné pour succéder à Guillaume, quand la mort eu't définitivement arraché ce dernier à ses presses : aussi, bien qu’à cette époque le nombre des imprimeurs imparti à la ville de Rouen fût encore largement dépassé 3, il obtint, sans trop de difficultés, mais « par grâce et sans tirer à conséquence », un arrêt du Conseil qui l’autorisa, le 20 juillet 1740, à reprendre la suite des affaires paternelles 4. Jean-François quitta presque immédiatement après le local de la rue Saint-Lô et alla s’installer dans la rue Ecuyère, où il prit une nouvelle enseigne : A V Imprimerie du Levant, qu’il' n’eut pas le talent de rendre aussi notable que celle de la Ville de Venise.
On connaît peu d’impressions de cet imprimeur, bien qu’il ait exercé pendant une vingtaine d’années ; peut-être même ses affaires devinrent-elles mauvaises. Toujours est-il que, le 13 juillet 1759, on ramassait son cadavre dans la cour de sa maison : le malheureux typographe était tombé ou s’était jeté du haut du troisième étage de son immeuble 5. On l’inhuma le jour même
(1) Cf. Documenta, n° 888. — (2) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 4 : « 20 juillet
1703. Jean-François, né du 17% fils du Sr Guillaume Behourt, trésorier en charge de cette paroisse, et de delle Marie-Anne Boilleau, a esté baptisé en notre église... et nommé par Messire Jean-François de Fourcy, conseiller du Roy, ancien contrôleur des rentes de l’Hôtel de Ville de Paris, et par delle Madeleine Desuslamare, femme de M. Berthier, ancien trésorier de cette paroisse. » — (3)
Voy. Documenta ,no 865. — (4) Voy. Documenta, no 866. — (5) A. R., Paroisse Saint-Jean (Pièce annexée à Pacte d’inhumation ci-après) : « Des registres des délibérations du baillage criminel et siège présidial de Rouen a été extrait ce qui suit. Du vendredy traize de juillet 1759, du matin, en la chambre. Venu (sic) délibéré par nous Charles-François-Alexandre sieur de Beaunay, conseiller du Roy, lieutenant particulier et assesseur criminel au bailliage et siège présidial de Rouen, le procès-verbal dressé par le Commre Picquot, de l’état du cadavre du sieur Jean-François Behourt,
marchand imprimeur à Rouen, y demeurant rué Ecuyère paroisse St-Jean, lequel se seroit précipité du troiziesme étage dans sa cour, de laquelle chutte il se seroit tué, suivant qu’il est plus au long mentionné audit
procès-verbal dûment signé et souscrit de notre ordonnance de soit com-
rr
SEINE-INFÉRIEURE
dans l’église Saint-Jean1. Jean-François Behourt laissait une veuve enceinte de quelques mois et un fils âgé de cinq ans seulement 2, Elisabeth Lenostre, sa veuve (1759-1763), continua l’entreprise, mais, le 22 décembre 1759, elle mettait au monde une fille, que nous retrouverons dans la notice du dernier des Behourt, et elle ne pouvait plus guère dans ces circonstances diriger son imprimerie. Elle appela donc auprès d’elle, en qualité de prote, un sieur Pierre Seyer, auquel elle confia les rênes de la maison ; elle alla même plus loin et mit bientôt sa main dans la sienne ; des projets d'union furent échangés entre eux et, pour les faciliter, elle démissionna en sa faveur le 15 septembre 1761 3 : c’est seulement le 28 mars 1763 que Seyer fut habilité par un arrêt du Conseil à la remplacer officiellement 4 et, le 13 avril suivant, tous deux s’unissaient par le mariage en la paroisse de Saint-Jean 5. L’imprimerie
muniqué au procureur du Roy, de ses conclusions et de notre autre ordonnance portant que le cadavre dud. sieur Behourt seroit visitté par les sieurs médecin et chirurgien du Roy, en la présence dud. commissaire, le tout ensuitte à nous remis. Requeste à nous présentée par Elizabeth Lenostre, épouse dud. feu sieur Behourt, tendante à ce que pour les causes y contenues, il nous plût sur les conclusions du procureur du Roy, lui permettre de faire inhumer ledit son mary, dûment signée, souscritte de notre ordonnance, de fait icelle communiquée au procureur du Roy et de ses conclusions, le tout en datte de ce jour, dont du tout lecture à été par nous faitte. Tout considéré. Nous avons ordonné que le cadavre dud. sieur Jean-François Behourt, imprimeur, sera inhumé en la manière accoutumée, à quoy faire les sieurs curé et vicaire de la paroisse de Saint-Jean dûment authorisés et mandé et a signé, Alexandre, avec paraphe. Collationé, Bucaille. »
( 1 ) A. R., Paroisse S. Jean : «Le i3e juillet 1759,1e corps de Mr Jean-François Behourt, âgé de 56 ans, marchand à Rouen, décédé d’aujourd’huy a été inhumé dans cette église par moy curé soussigné, vue l’ordonnance de M. le lieutenant particulier au bailliage de Rouen en datte de ce jour, en présence de M. André-François Behourt, neveu du défunt, M. Pierre-Jacques Behourt, neveu du défunt, M. Pierre Lemercier, frère en loy du défunt. » — (2) A. R., Paroisse S. Jean, Reg. 8: « Le i5 mai 1754 a été baptisé Jean-François, né hier de légitime mariage de Jean-François Behourt et de Elisabeth Lenostre, son épouse. » 11 essaya plus tard, mais sans succès, d’obtenir la place d’imprimeur de Jacques Ferrand. (Cf. Documenta, n° 935.) — (3) Vcy. Documenta, n° g 1 5. — (4) Voy. Documenta, n° 915. — Voy. aussi Documenta, n° 912. — (5) A. R., Paroisse S. Jean : « Le i39 avril 1763, après la publication d’un ban du futur mariage d’entre M. Pierre Sehier (sic), fils de feu Mr Pierre Sehier et de feue M°119 Julienne Bouvigny, ses père et mère, d’une part, et M' Elisabeth Le Nostre, veuve de M* Jean-François Behourt, fille de feu Mr Michel Lenostre et de MelI° Marie-Anne : Hucher, ses père et mère, d’autre part, tous deux de cette paroisse, Mgr PArchevesque de Rouen les ayant dispensés des deux autres bans... Je soussigné curé de cette paroisse, ay reçu après les fiançailles célébrées immédiatement avant le mariage cejourd’huy en cette église leur mutuel consentement et leur ay donné la bénédiction nuptiale... »
des Behourt changeait par conséquent de titulaire et de nom à compter de ce jour: un sixième Behourt devait pourtant reparaître vers la fin de l’ancien régime ; les quelques lignes suivantes lui sont consacrées.
VI. Pierre-Louis (1787-1805). — Né à Paris et baptisé à Saint- Sulpice le 10 avril 1750 4, il appartenait évidemment à la famille des précédents, dont quelque membre était allé se fixer dans la capitale, probablement Louis-Simon, ainsi que je l’ai dit plus haut2. Il avait fait son apprentissage à Paris aussi et s’était perfectionné dans son art chez André-Charles Cailleau 3, puis, revenu à Rouen, il y avait épousé sa cousine, Victoire-Elisabeth, fille posthume de Jean-François Behourt L Pierre Seyer prenait alors de l’âge ; en 1787, il perdit sa femme et songea à s’adjoindre le gendre de celle-ci : une requête présentée au Conseil d’Etat à cet effet fut favorablement accueillie, et, par arrêt du 4 juin de la même année 5, Pierre-Louis était autorisé « par grâce et sans tirer à conséquence», à exercer conjointement avec le beau-père de son épouse. On trouvera sous le nom de ce dernier les détails relatifs à leur établissement commun.
Bellenger (Abel), imprimeur à Rouen (1539).
Gosselin 6 signale ce personnage comme étant imprimeur à Rouen, en 1539, et demeurant avec sa femme Jeanne Hébert, sur la paroisse S. Nicaise. Il s’agit encore d'un compagnon très probablement, car on n’a jamais rencontré la moindre impression de lui.
Bellier (Guillaume), imprimeur à Rouen (1601-1642).
Pour celui-ci la question est plus grave. Frère indique Guillaume Bellier ou Belyer comme ayant exercé l’imprimerie et la librairie de 1601 à 1642 7 ; or ce nom n’apparaît ni dans les documents, ni du moins à ma connaissance dans la souscription d’aucun livre. On trouve bien parmi les Gardes, au xvne siècle, un Gabriel Bellier, libraire, en 16608; un Gilles Bellier, en 1669, 1684, 1 694 1 ;
(1) Voy. Documenta, n° 942. — (2) Voy. supra, p. 5g, note 6. —(3) Documenta, n° 942. — (4) A. R., Paroisse S. Jean : « Le 22e décembre 1759, a été baptisée par moy curé soussigné, Victoire-Elisabeth, née d’aujourd’huy, du légitime mariage de feu Jean-François Behourt et de M° Elisabeth Lenostre, son épouse, de cette paroisse... » — (5) Cf. Documenta, 942. — (6) Glanes, p. 94. — (7) N. F., liasse 101. — (8) Voy. suprà, p. 19.
SEINE-INFERIEURE
un Jacques Bellier, en 1698 2 ; quant à un Guillaume Bellier, il n’y en a nulle trace et même, le registre de la Communauté, qui indique les réceptions de maîtres 3, en 1601 notamment, reste muet sur son compte aussi bien cette année-là, que dans le cours des années précédentes et suivantes. Ce Guillaume Bellier reste donc un mythe et je ne l’ai fait figurer ici que pour le cas bien improbable, où son nom apparaîtrait tout d’un coup sur quelque pièce.
Bénard, alias Bernard (Les), imprimeurs à Rouen (1500-1529).
Les Bénard ou Bernard, que je dois étudier à présent, seraient plus intéressants pour l’histoire de la typographie rouennaise, s’ils avaient été vraiment imprimeurs, mais, quoi qu’en disent les Notes de Frère 4 et les documents analysés par Gosselin 5, je ne crois pas qu’ils appartiennent à cette catégorie d’artisans du livre et je les considère, pour ma part, comme des éditeurs tout simplement. Toutefois, je ne voudrais pas trancher dans le vif une situation encore insuffisamment connue, en les rayant d’office de la liste des typographes, et je vais fournir quelques notes sur chacun d’eux, le lecteur appréciera.
I. Guillaume I (1500-1516). Gendre du libraire Jean Huvin, il était, dès l’an 1500, établi imprimeur , disent les pièces vues par Gosselin, sur la paroisse Saint-Nicolas. Or, on ne connaît que deux livres souscrits par lui et il résulte de l’un et de l’autre qu’il n’était que libraire. Le premier de ces ouvrages, qui n’est pas daté, paraît être la glose de Foucauld Monnier sur le célèbre Doctrinal d’Alexandre de Villedieu6: Frère lui donne la date de 1500, qu’a également adoptée Fanzer sans connaître les travaux du savant bibliographe rouennais ; tous deux doivent se tromper, car la première édition datée de cette glose semble avoir été donnée à
( 1) V07. suprà, pp. 19, 20 et 21 . — (2) Voy. suprà, p. 2 1 . — (3) A. D. S., Registre E. 483. — (4) Liasse 101. — (5) Glanes , pp. 66-67. Voy. aussi Documenta, no 492. — (6) Voici la description donnée par Frère (Manuel, t. I. p, 62) de l’exemplaire de la Bibliothèque communale de Rouen (seul connu) : Glosa Focaudi monieri sup doctrinale Alexâdri de Villadei eu additionib9 magistri Johânis bernier recent, aditis cü quotationib9 1 margfe apposit ut etià Iegëtib9 primis Ituëtib9 cÔtëta pateàt. Impssü Rothomagi I officina Richardi Goupil. Impensis honest viri Guillermi Bénard in eadem urbe; ante atrium Librariorum commorantis. [Marq. de G. Bénard]. Hz sont a vendre chez Guillaume Bénard demourant deuant le portail aux Libraires. (Pet. in-4 goth. de 102 ff.)
Troyes, en 1506 j, et une seconde à Poitiers, en 1513 ou 1514, par Jean Bouyer et Guillaume Bouchet1 2. On voit que celle de Rouen a été imprimée par Richard Goupil : or, celui-ci date du 21 avril 1518, des exemplaires du même ouvrage, avec la souscription de Guillaume du Val, libraire à Pont-Audemer 3.
Le second des ouvrages visés ci-dessus contient les sermons, si réputés autrefois, du dominicain Gabriel Barletta4 : il est daté de 1515 (151b n. s.) et est orné, comme le précédent, de la marque de G. Bénard, dont une reproduction a été donnée par Silvestre (n° 246). Gette marque se compose des deux lettres G. b., le trait vertical du b coupant dans le milieu la première lettre et sa boucle n’en formant qu’une avec celle inférieure du G ; le nom en entier, Guille : bénard , est ainsi écrit dans le bas ; les quatre dernières lettres de ce nom figurent en outre à l’intérieur du G et Ve, deuxième lettre, devant et au dehors de la boucle inférieure ; enfin, au dessus du G, on remarque à gauche le monogramme IHS, surmonté d’une croix, et, à droite, la lettre a , accompagnée d’une étoile de chaque côté et soulignée de trois traits verticaux reliés ensemble par le milieu. Tout cela forme un ensemble d’une très médiocre élégance et une image aussi peu attrayante que la description que j’en donne.
De son mariage, Guillaume Bénard avait eu, suivant Gosselin, un fils, également prénommé Guillaume, qui suit, et deux filles : l’une, Pérette, épousa Jean Lenu, libraire, et l’autre, Colette, devint la femme de Guillaume Davoust, bonnetier.
II. Guillaume II (1516-1529), fils du précédent, n’a rien à son actif, au point de vue bibliographique, et c’est seulement en se
(1) Doctrinale cura glosa Foucaudi Monieri. On lit au f° 94 r° : « Trecensi impressum/per Iohannem Lecoq. Finit féliciter. Anno dni/Millesimo quingentesimo sexto » (In-q, Goth. 94 f. n. ch. Sign. a-r par 3. Bibl. de l’Univ. de Bâle.)
Édition citée par le Dr Dietrich Reichling, Alexandri de Villa Dei Doctrinalis codices manu scripti et libri typis impressi (Berlin, 1894, in-8), n° 198. — (2) Cf. Ph. Renouard, Josse Badins Ascensius , t. II, p, 24. — (3) L’édition donnée par G. Bénard est datée par Reichling (op. cit.) au n° 80 : « Circa 1490 » et dans la Table (p. 181), il dit: « Post 1492 ». Ces deux dates sont aussi inacceptables l’une que l’autre, attendu que Richard Goupil n’a commencé à imprimer qu’en
i5io. — (4) Sennones Fratris/Gabrielis Barelete: ordinis fratruz/predicato 4 tam quadragesimales / q sctis recëtissime impressi. [Marq. de G. Bénard] Venûdant. Rothomagi ab honesto/viro Guillermo bernard ante atriü/bibliopolarum maioris ecclesie. — [Au dernier feuillet:] (£ Expliciunt sermones de sanctis Magistri Gabrielis de Bareleta ordinis predicatorum et sacre théologie professons. Impressi nouissime Anno dni Mcccccxy. die vero ultima mensis Januarii.
(In-8 à 2 col. Car. goth. Titre r. et n. 4 f. lim., CIvi f. ch. plus Lxxxviij f. eh. pour Sermones de Sanctis , B. N., Rés. D. 15428.)
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basant sur les actes notariés vus par Gosselin, qu’on peut fixer son exercice comme imprimeur (? c’est le titre qu’il se donne dans ces actes), de 1516 à 1529.
III. Jacques (15 17-1521) n’a aucun rapport connu de parenté avec les précédents ; il semble être originaire de Gouy, où il avait un frère Jean, et demeurait à Rouen sur la paroisse Saint-Maclou, près la porte de la maison Sainte-Catherine. Les documents qui le concernent 1 sont purement familiaux et rien ne permet d’affirmer qu’il a été plutôt maître que compagnon.
Bertault (Robert), imprimeur à Rouen (1651).
C’est presque un inconnu, que Frère 2 fait débuter en 1647 et dont il cite une édition portant la même date. Or, je ne rencontre parmi les maîtres reçus dans la corporation qu’un Bertault, sans prénom3; son admission est de l’année 1651, il paie un droit d’entrée de 100 livres, ce qui prouve qu’il n’était pas fils de maître ; puis je ne trouve plus rien sur son compte*
Il y eut parmi les libraires de Paris un Robert Bertault, qui pourrait bien être l’éditeur de l’opuscule indiqué dans les notes de Frère.
Berthelin (Les), imprimeurs-libraires-éditeurs à Rouen (1605-
Alliés aux Du Petit Val, les Berthelin appartenaient, paraît-il, à une riche famille protestante de Rouen ; dans tous les cas, ils ont donné à cette ville l’un de ses imprimeurs-libraires les plus réputés dans la seconde moitié du xvne siècle. Frère4 cite un Pierre Berthelin, libraire, puis un jean, imprimeur, et enfin deux libraires associés, Jean et David. Je n’ai à retenir ici que les deux membres de cette famille prénommés Jean. Sans avoir été à proprement parler des typographes, mais plutôt des éditeurs, ils ont cependant possédé des presses et imprimé eux-mêmes un certain nombre de leurs ouvrages.
I. Jean I (1605-1642). Je ne suis pas absolument fixé sur les origines de ce premier Jean Berthelin, mais il semble bien qu’il était le frère d’un Pierre Berthelin, reçu libraire en 16025, qui avait
(1) Cf. Gosselin, Glanes, p. 67. — (2) N. F., liasse 101. — (3) A. D. S., E. 483,
f° 70 v°. — (4) N. F., liasse 101. — (5) A. D. S., E. 483, f° 4.
G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III. 5
épousé en cette même année Andrée DuPetit Val, fille de Raphaël. Jean s’établit-il avant ou après son frère ? Je n’en sais rien, toujours est-il qu’on ne rencontre qu’en 1605 la première production connue de son officine 4, et qu’à partir du même moment on ne trouve plus aucune mention de Pierre Berthelin ; Jean l’aura peut-être remplacé dès cette année-là. Installé dans la cour du Palais, ce libraire-imprimeur aurait exercé, d’après M. Frère, jusqu’en 1671, mais je ne crois pas qu’on puisse adopter une date aussi tardive. Ainsi que l’avance en effet M. Lesens1 2, Jean I Berthelin était retiré des affaires en 1652 ; je pense même que, entre 1642 et 1644, il avait cédé son officine à son neveu qui suit. Ceci ne résulte pas à vrai dire de pièces documentaires irréfutables, mais d’un ensemble de circonstances à peu près décisif, à savoir : i° l’âge de JeanI, qui ne permet pas de supposer qu’il ait pu exercer au delà du milieu du xviie siècle, puisqu’il avait alors atteint 70 ans ; 2° un changement absolu dans la nature des ouvrages sortis de cette officine ; 30 des modifications saillantes dans la marque précédemment employée. En voilà plus qu’il n’en faut pour étayer de façon satisfaisante l’époque de la transmission d’un atelier qui, au point de vue du local, semble d’ailleurs avoir également subi quelque changement, puisque, après 1646, l’adresse donnée est toujours dans la rue aux Juifs auprès du Palais, et non plus dans la Cour de cet édifice.
Jean I Berthelin a surtout attaché son nom à ce qu’on peut appeler des ouvrages de petite librairie, — aucun d’entre eux n’excède le format in-8, — et à des livres de piété ou de polémique religieuse destinés à ses coreligionnaires, dont le débit se faisait à Quevilly, où les protestants de la région avaient leur temple. Il a parfois orné ces derniers volumes3 de la marque spéciale représentant la
(1) Les Mémoires de Messire Philippe de Commines, Chevalier, seigneur d’Argenton. Sur les principaux faits & gestes de Loys XI. & Charles VIII. son Fils, Rois de France. Et vn ample Indice des choses plus remarquables. Le tout reueu & corrigé sur l’édition de Denis Savvage. [Vignette] A Roven, Chez Iean Berthelin, dans la Court du Palais. i6o5. (In-12, 881 p. ch. SU. et lata. Portraits de Louis XI, Charles VIII et Philippe de Comines, B. N., La16ç)i). —
(2) Imprimeurs protestants rouennais. — (3) Voy. notamment : — La pratiqve de piété Addressant le chrestien au chemin qu’il doit tenir pour plaire à Dieu. Escrite en Anglois par Lovys Bayle [sic, pour Bayly], Docteur en Théologie, Ministre du Saint Euangile, & Chappelain de la Maiesté du Roy de la grand’- Bretagne. Traduite en François par Iean Vernuilh, B. sur la dernière Edition. Septiesme Edition Françoise, reueuë & corrigée de nouveau. [Marq. indiquée]
A Qvevilly, Et se vend à Roüen, chez Iean Berthelin, dans la Court du Palais. M.DC.XXXV. (In-i2. 690 p. B. N., D2 4771).
SEINE-INFÉRIEURE
Religion chrétienne , dont j’ai déjà eu l’occasion de parler1; pour la plupart des autres, il s’est contenté, le cas échéant, d'une vignette ou d’un fleuron; enfin, pour quelques-uns seulement, il a fait usage d’une véritable marque2, qui représente un forgeron travaillant sur une enclume, et est entourée d’un listel sur lequel on lit cette devise : Cunctain tempore. De 1628 à 1636, il alla assez fréquemment à Paris écouler sa marchandise 3.
A l’époque de tolérance légale où il vivait, ce libraire 11’eut pas de tracasseries à supporter au sujet de la religion qu’il professait, — on verra qu’il n’en fut pas de même pour le suivant, — et par deux fois, en 1631 et 1639, il fut élu par ses confrères aux fonctions de garde4.
II. Jean 11(1642-1672). Né à Rouen vers 1605, il était fils de Pierre Berthelin et d’Andrée Du Petit Val5 et il avait épousé une Madeleine Lejeune, nièce de Charles Drelincourt, pasteur de Charenton 6. Ses débuts probables doivent se placer entre 1642 et 1644 : j’adopte la première date, mais je prie le lecteur de lui conserver l’élasticité que je viens d’indiquer, car il est possible que, jusqu’en 1646, Jean I Berthelin soit resté dans la maison, aux côtés de son neveu; il est superflu d’en expliquer les motifs. Dans tous les cas, Jean II était le chef incontesté, dès 1645, car on lit dans un arrêt du Conseil d’Etat, du 26 mai de cette année, qu’il avait été condamné à une amende de six livres par le Parlement de Rouen, pour avoir imprimé un Thésaurus latinitatis , au préjudice du privilège de deuxdeses collègues7. Ceci démontre que dès l’origine de son exercice, le nouvel éditeur avait orienté ses vues vers des ouvrages de plus grande envergure que ceux de son prédécesseur ; il 11e devait plus s’arrêter dans cette voie, et pendant toute la durée de son entreprise, il mit constamment au jour des livres non seulement du plus haut intérêt, mais encore nombre d’éditions de tous points remarquables, sauf sous le rapport de la correction qui laisse souvent fort à désirer.
(1) Cf. Gallia Typogr.. Sér. Dép., t. II, p. 11, note 1. — (2) Les Mémoires de Messire Philippe de Commines, Chevalier, seigneur d’Argenton. Sur les principaux faits & gestes de Loys XI & Charles VIII, son Fils, Rois de France. Et vn ample Indice des choses plus remarquables. Avec la vie de Messire Angelo Cattho, Archeuesque de Vienne. Plus, deux Epistres de Iean Sleidan, en la recommandation de l’autheur. [Marq. décrite.] A Roven, Chez Iean Berthelin, dans la Court du Palais. M.DC. XXXIV. (In 12, 853 p. ch. sll. et la ta. Mêmes portr. que dans Fédit. de i6o5 décrite plus haut, mais les bois en sont très usés. B. N., La16 9 m.) — (3) Voy. suprà, p. 56, note 6. — (4) Voy. supra, pp. 17 et 18. — (5) Lesens, op. cit... — (6) Ibid. — (7) Voy. Documenta, n° 6q3.
GALI.IA TYPOGRAPHICA
Quelques-unes de ses productions sont citées dans le bas de cette page, je me borne à rappeler ici la splendide édition d’Origène, grecque et latine, en deux volumes in-folio 4, donnée par l’illustre Huet, évêque d’Avranches, et les oeuvres de Richard et Hugues de Saint-Victor, en quatre volumes in-folio. L'une de ses premières productions est l’Histoire de la guerre civile en France, de H. C. Davila, qu’il imprima dans sa langue originale, en beau format infolio (i) 2, et au titre de laquelle figure l’une des marques qu’il avait fait nouvellement graver.
Pour n’y plus revenir, j’indique immédiatement que Jean H conserva sans y rien changer la devise de son prédécesseur, et sa marque avec quelques modifications : je l’ai rencontrée en trois formats: petit, moyen et grand. Dans le petit format, il utilisa parfois 3 le cliché de Jean I qu’on connaît déjà (Marque n° I), et plus souvent, un nouveau dessin (M. n° II), dont il est inutile que je détaille ici les différences, la comparaison pouvant être facilement faite 4. Le moyen format (M. n° III) reproduit en plus grand le second dessin 3, et enfin, le grand format (M. n° IV) est surtout remarquable par son encadrement5, où figurent deux grands-
(i) L’exemplaire de la B. N. (G. 85) provient de la bibliothèque d’Huet lui-
même et porte son ex-libris. — (2) Historia delle gverre civili di Francia, di
Henrico Caterino Davila : Nella quale si contengono le operationi di quattro' Rè Francesco II. Carlo IX. Henrico III. & Henrico IV, cognominato il Grande- Con l’Indice delle cose più notabili. [M. n° III.] In Roano, Appresso Giovanni Berthelin, in Corte del Palazzo. M.DC.XLVI (In-f°. 757 f. SU. et la ta. Titre r. et n. B. N., La22 i3e). —(3) Nicolai Papinii Blæsensis M.D. De pvlvere sympathico dissertatio [M. n° IJ Rothomagi, Sumptibus loannis Berthelin Bibliopolæ M.DC.L. (In-12,37 p. ch. sll. B. N., Te151 1118 a). — (4) Martini Rvlandi Frisingensis Bavari, medici palatini et lavgingani, Curationum Empyricarum & Historicarum, in certis locis & notis personis optimè expertarum,& ri té probatarum, Centvriæ decem. Quibus adiuncta de nouo eiusdem Authoris Medicina Practica; Cum Indice rerum omnium vberrimo. [M. n° II] Rothomagi, Sumptibus loannis Berthelin Bibliopolæ M.DC.L. (In-12, 3 f. n. ch., 794 p. ch., 7 f. de ta. B. N., Te18 36 a). — (5) <E>QTIOY MYPIOBIBAON H BIBAIO0HKH. Photii Myriobiblon, sive Bibliotheca librorvm qvos legit et censvit Photivs Patriarcha Constantinopolitanvs. Græcè edidit David Hoeschelivs Augustanus, & notis illustravit. Latinè vero reddidit & Scholiis auxit Andréas Schottvs Antverpianvs. Opus insigne, è quo Theologi, Medici, Philosophi, Historici, Oratores, & Philologi vberrimum fructum & iucundissimum capere possunt. Hac vltimâ editione recognitum, locisque aliquot sua integritati restitutum. [M. n° III] Rothomagi, Sumpt. Ioan. & Davidis Berthelin, Fratr. M.D.C.LIII. (In-f° à 2 col. Titre r. et n. B. N., Inv. Rés. Q. 3. — Au 3' f. n. ch., avis « Typographi ad lectorem », dans lequel les Berthelin vantent la correction de leur édition (à tort, Cf. M. B., t. IV, col. 624) et font remarquer qu’ils Font imprimée avec-
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Génies, représentant la Guerre et la Navigation, et le monogramme de notre typographe, composé du signe 4, dont l’angle gauche forme une boucle, et dont le trait vertical, recroisillé dans sa partie inférieure, repose sur un cœur divisé en trois compartiments, où se lisent les lettres I. D. B. , qui rappellent son association momentanée avec son frère David1.
Si les succès professionnels de Jean II Berthelin lui méritèrent l’estime de beaucoup de ses contemporains, de la plupart des membres du clergé catholique et même de ses confrères, qui l’élurent garde en 1 65 5 2, la jalousie de la majorité de ces derniers ne tarda pas à se manifester fâcheusement, et on la vit bientôt, sous l’empire ■des idées régnantes en haut lieu, emprunter le masque de la religion pour essayer de le vaincre plus aisément. Condamné en 1650 et 1663 3, pour détention de livres soi-disant pernicieux, venus de Hollande, dont il n’avait que d’uniques exemplaires destinés non à la vente, mais à sa bibliothèque privée4, puis entraîné dans des procédures sans fin au sujet de la réception d’un de ses apprentis, protestant comme lui 5, Berthelin fut, en 1668, victime d’une odieuse machination, toujours sous le prétexte de sa religion. On avait imprimé à Paris, où elles soutenaient devant le Parlement un procès contre les Cordeliers de Provins, un factum des religieuses de Sainte-Catherine de la même localité ; ce factum très curieux, paraît-il, courait Paris, et plusieurs habitants de Rouen, désireux d’en prendre connaissance, avaient chargé Berthelin d’en faire venir quelques exemplaires. O11 sait que fort souvent les factums ne portaient pas de nom d’imprimeur, ceux-ci n’étant pas obligés de les signer ; ces documents judiciaires restaient sous la responsabilité des avocats qui les avaient rédigés et qui y mettaient leurs noms. Sur la dénonciation des Gardes de la Communauté, feignant de considérer cela comme un libelle injurieux, clandestinement imprimé par Berthelin, le lieutenant général de police de Rouen en avait fait aussitôt saisir les exemplaires, puis il avait introduit
des caractères neufs, mais on lit au dernier f. : « Rothomagi, Ex Typographià Lavrentii Maurry »).
(1) Nevstria pia. Sev de omnibvs et singvlis abbatis. et prioratibvs totivs normaniæ... Auctore R. Pâtre Artvro Dv Monstier, Rothomagensi Ordinis Fratf'um Minorvm Recollectorum Presbytero [M n° IV] Rothomagi, Apud Ioannem Berthelin Bibliopolam in vico Iudœorvm. M.DC.LXIII. Cum Priuilegio & Approbatione. (In-f°. g36 p. ch. B. N., 8° Lk2 1287), — (2) Voy. suprà, p. 19. — •(3) Cf. Documenta, n° 661, productions C et D. — (4) Placet indiqué infra, p. 70, note 2. — (5) Voy. Documenta, n03 656, 657, 658, 660.
contre le libraire une instance criminelle, qui s’était terminée par la; condamnation de ce dernier à des peines invraisemblables1, sans compter l’incinération solennelle du factum. Berthelin fit appel de cette sentence et rédigea un mémoire2, dans lequel il s’élevait contre le procès de tendance qui lui était fait, à raison seulement de sa qualité de Calviniste, alors que Calvin, disait-il très justement, n’avait rien à voir dans les différends débattus entre les religieuses de Sainte-Catherine et les Cordeliers de Provins, et que lui, Berthelin, était tout à fait étranger à l’impression d’un, Factum, dont seul le Parlement de Paris avait à connaître, puisque le procès était pendant devant lui. J’espère pour la justice du Parlement de Normandie que la sentence en question fut « mise à néant», mais je n’oserais rien affirmer, n’ayantpasvu l’arrêt qu’il a dû rendre.
Je rappelle en terminant, que Jean Berthelin avait été, en 1665, de la part de Jean I de La Caille, imprimeur à Paris 3, l’objet de poursuites à raison de prétendues contrefaçons de divers ouvrages du Père Étienne Binet, jésuite 4; les parties furent renvoyées devant le Parlement de Paris, mais je n’ai pas trouvé la décision suprême de ce tribunal et je crois devoir faire remarquer qu’on ne rencontre dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, du P. Sommervogel, aucune trace des éditions incriminées. La carrière de Jean Berthelin prit fin en 1672 : se retira-t-il tout simplement des affaires à cette époque, ou la mort vint-elle faucher son existence ? c’est ce que je ne saurais dire, faute d’indications précises ; toutefois M. Lesens affirme que notre typographe décéda dans le cours de cette année 5.
Besongne (Les), famille d’imprimeurs et libraires de Rouen (1601- 1790).
Voici l’une des familles les plus considérables, sous le rapport numérique tout au moins, de la typographie rouennaise, à laquelle
(1) Voy. Documenta, n» 662, — (2) Povr Iean Berthelin Marchand, & l’un des
Libraires de la ville de Roüen, appelant de Sentence donnée par le Lieutenant criminel au lieu. (In-4 S. 1. n. t. n. d. 6 p. ch. B. N., 40 Fm 2747.) Le Catalogue
des Facturas de la B. N. donne à cette pièce la date de 1 663 ; on voit par ce qui
précède qu’il y a une erreur de cinq ans. — (3) Voy. Gallia Typogr., Sér. Par.,
î. I, pp. 283-288. — (4) Voy. Documenta, no 656. — (5) Imprimeurs protestants de Rouen.
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elle a fourni successivement plus de douze maîtres, tant imprimeurs que libraires. Etant donné l’importance de cette dynastie et la difficulté de se reconnaître dans l’enchevêtrement de leurs filiations et parentés, embrouillées comme à plaisir par la répétition continuelle des mêmes prénoms et les appellations de père et fils, d’aîné et de jeune données à plusieurs d’entre eux, je fais précéder leurs biographies respectives d’un tableau d’ensemble, qui permettra au lecteur de faire en un instant la connaissance de toute la famille.
I. Jacques i (1601-1633). Fils d’un Nicolas Besongne l; dont on ne sait s’il appartenait à l’industrie du livre, Jacques I aurait débuté en 1595, d’après les Notes de Frère, et il aurait exercé jusqu’en 1645. Ces deux dates sont également controuvées, attendu en premier lieu que cet imprimeur ne fut reçu maître qu’en 1601 2 et que, deuxièmement, il mourut avant 1 633, ainsi que cela résulte de la souscription d’un livre imprimé par sa veuve 3. Ni grand libraire, ni typographe remarquable, il a cependant fourni à la bibliographie rouennaise un nombre considérable de plaquettes et de livres, qu’à certaines époques, il allait même écouler à Paris (Voy. suprà, p. 56, note 6.) La plus grande part de sa contribution consiste en nouvelles à la main et en plaquettes de circonstance sur les événements politiques de son temps et je n’ai rien à signaler de fort intéressant dans tout cela; seuls, quelques ouvrages plus importants, tels que la trilogie historique de Pierre Boitel, sieur de Gaubertin, paraissent mériter un rappel 4 ; ils nous donnent au surplus l’adresse de cet
(1 ) N. F., liasse 1 02. — (2) A. D. S., E. 483, fo 3 . — (3) La vie et les eminentes
vertvs de Sainct Elzear de Sabran du tiers Ordre S. François Et de la bien-heu-
reuse Comtesse Dauphine, Vierges & Mariez. Deux Phénix de la France. Par R. P. Estienne Binet, de la Compagnie de Iesvs. Septième Edition. [Figures de Jésus et Marie, dominées par le Saint Esprit.] A Roven, chez la Vefue de Iacqves Besongne, dans la Court du Palais. M. DC. XXXIII. (In 12. 390 p. sll. B. N., Ln27 18171 B. Les mots en italique dans le titre ci-dessus sont imprimés sur un papillon. Edition omise par le P. Sommervogel.) — (4) A. / Histoire mémorable de ce qvi s’est passé tant en France, qve aux Païs Estrangers. Commençant en l’An mil six cens dix, et finissant en l’An mil six cens dix-neuf. Soubz le Régné de Louys le Ivste, Roy de France & de Nauarre. [Une panoplie, gr. en t. d. par I. Blanchin.] A Roven, chez Iacqves Besongne, rué aux Iuifs, prés le Palais. M. DC. XIX. Auec Priuilege du Roy. (In-12. 496 p. sll et lata. A la fin, priv. à J. Besongne du 9 novembre 1618. B. N., Lb36 10.) — B. / Histoire des choses les plvs mémorables de ce qui s’est passé en France, depuis la mort du feu Roy Henry le Grand, en l’année 1610. Continvant Ivsques à l’assemblée des Notables, tenue à Rouen, au mois de Décembre 1617. & 16)8. Sous le régné de Lovïs XIII. Roy de France & de Nauarre. Par P. B. sieur de Gaubertin. [Fleuron.] A Roven, chez
imprimeur, dont les ateliers étaient dans la rue aux Juifs, et qui tenait en même temps une boutique dans la Cour du Palais. Enfin, comme tout typographe digne de ce nom à cette époque, il possédait une marque, dont on peut voir l’échantillon sur un petit livre assez curieux, mais d’une littérature peu recommandable 4. Cette marque, déjà décrite par P. Delalain 2, offre l’image de l’une des victimes d’Hercule : c’est le géant Géryon, dont les trois mains droites tiennent une épée, un sceptre et une lance, tandis que les trois gauches s’appuient sur un - bouclier orné du symbole de la mutualité; au bas, à gauche, figure le monogramme de Jacques Besongne, composé du signe 4, posé sur deux V en sens inverse ; le trait horizontal est recroisillé à droite et la partie inférieure du trait vertical est accosté des initiales I. B. ; le tout est entouré d’un listel avec cette devise : Concordia insuperabilis.
Ainsi que je l’ai dit, Jacques I mourut avant 1633 ; il laissait une veuve, Jeanne du Petit Val (163 3-1640), fille de Raphaël, qu’il avait épousée le 21 novembre 1602 3, et dont il eut au moins un fils, portant le même prénom que lui. Cette veuve semble avoir continué pendant quelques années l’entreprise de son mari et ne s’être retirée des affaires que vers 1640, époque où on la trouve remplacée par le suivant.
II. Jacques II (1640-1699). Né à Rouen vers 1614 4, il était fils des précédents et succéda à sa mère dès 1640 au moins, attendu qu’en 1641 il figure parmi les Gardes de la Communauté 5; c’est donc à tort que Frère le fait débuter en 1643 seulement ; cet auteur se trompe également en arrêtant son exercice à la date de 1681, puisqu’il n’est mort que le 3 mai 1699 6, sans avoir jamais
Iacqves Besongne, ruë aux Iuifs, près le Palais. M. DC. XVIII. (In-12. 529 p. sll. etlata. B. N., Ld36g.) — C. / Histoire des gverres et choses mémorables arrivées soubz le Régné tres-glorieux de Lovys le Ivste, Roy de France & de Nauarre. Depuis son Aduenement à la Couronne, iusques à présent milsix cens vingtquatre. [Louis XIII à cheval, gr. en t. d. par I. Blanchin.] A Roven, chez Iacqves Besongne, dans la Court du Palais. M. DC. XXIII. Auec Privilège du Roy. (In-12. 724 p. sll. et la ta. 2 planches h. t. pour le siège de S. Jean d’Angély, gr. par I. Blanchin. B. N.,Lb36 1 3).
(1) Plaidoyers et arrests d’amovrs. Donnez en la Cour & Parquet de Cupidon, à cause d’aucuns différens interuenus sur ce suiet. Ensemble quelques procez tragiques, non encores imprimez. [Marq. décrite.] A Roven, chez Iacques Besongne, en la Court du Palais. M.DC. XXVII. (In-12. 272 p. ch. B. N., Y2 12398]. — (2) Catalogue des marq. du Cercle de la libr., 2e éd., p. 1 3 3. — (3) N F., liasse 102. — (4) D’après la supputation de son âge au moment de son décès. — (5) Voy. supra, p. 18. — (6) A. R., Paroisse Saint-Lô, Reg. III : « Du
Généalogie de la Famille Besongne de Rouen
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