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de la même année, il résignait sa charge d'imprimeur du roi, dont le brevet fut octroyé à Jean-Baptiste Delespine 4.

Je n'ai rencontré aucune impression de ce typographe, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en ait pas ; je pense au contraire qu'il n'a pas laissé sans emploi le matériel important de son imprimerie et je suis persuadé qu'un bibliographe plus habile que je ne le suis, ne serait pas en peine d'indiquer plusieurs productions de cette officine. Je ne m'arrête pas plus longtemps sur ce point particulier et je note en terminant que J.-B.-F. Léonard était devenu secrétaire du roi et mourut, après 1768 -, à une date qu'il ne m'a pas été possible de découvrir.

Le Petit (Pierre) Imprimeur et libraire (1642-1686). Imprimeur

ordinaire du Roi (1647-1686).

Rue Saint-Jacques, à la Toison d'or ; via Jacobasa, sub signo Aurei Velleris (1642-1648); — Rue Saint-Jacques, à la Croix d'or; via Jacobaea, sub signo Crucis aurese (1649-1686).

Bien que Pierre Le Petit occupe une place importante parmi les libraires et imprimeurs parisiens du dix-septième siècle, ainsi que le dit P. Delalain, dans la notice qu'il a consacrée à cet imprimeur du roi 3, on n'est pas encore, jusqu'à présent, très bien renseigné sur son compte, nonobstant les recherches de l'auteur que je viens de citer et j'espère ouvrir des aperçus nouveaux à son sujet.

Né à Paris vers 16 17 4, Le Petit appartenait fort probablement à cette famille Petit, célèbre dans la librairie parisienne au xvie siècle. Si l'usage a prévalu d'appeler ces derniers Petit tout court, ils n'en portaient pas moins le nom de Le Petit, ainsi que cela résulte de divers documents de l'époque, dont il sera fait état en son temps et lieu et peut-être pourrai-je montrer ultérieurement le lien qui unissait Pierre à l'ancienne famille de ce nom. Un fait certain, quant à présent, c'est que ce dernier descendait d'un libraire ou d'un imprimeur, attendu qu'on ne trouve pas trace dans les registres de la communauté de l'apprentissage qu'il aurait dû faire dans le cas contraire. Sans justifier d'aucune manière son

(1) Voy. suprà, p. 190. — (2) Il était en effet encore vivant en 1768, puisqu'il figure dans le billet mortuaire de son frère indiqué ci-dessus, p. 324, note 4. — (3) Les Libraires et Impiimeurs de l'Académie française, pp. 23-3g. —(4) D'après la supputation de son âge (69 ans), au moment de son décès, en 1686.

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aptitude à exercer, P. Le Petit fut reçu en effet libraire à Paris le 20 mars 1642 4 et peu de temps après, le 16 novembre 1643 2, il épousait Denise Camusat, fille de l'imprimeur de l'Académie française.

Au lieu de s'établir immédiatement à son compte personnel, Le Petit continua, en association avec sa belle-mère, l'entreprise de J. Camusat. Cette veuve, je le souligne dès à présent, n'était pas la sœur d'Augustin Courbé, ainsi que le proclame M. Delalain 3, après une lecture insuffisante de La Caille 4 ; elle n'appartenait même en aucune façon à la famille de cet imprimeur, quoi qu'en dise Lottin5. Elle s'appelait Denise, c'est vrai, mais elle était fille du libraire Jean de Courbes. Bref, Le Petit aida sa belle-mère pendant quelques années et la remplaça comme imprimeur et libraire de l'Académie française vers la fin de l'année 1647. Par des lettres de provision du Ier février 1647 6, ilfut nommé imprimeur du roi, en la place de Gilles Morel, démissionnaire en sa faveur, suivant un acte passé devant notaires au Châtelet de Paris le 27 janvier précédent 7 et le 11 février suivant, il fut reçu dans cette charge par le Parlement, sous réserve du serment requis en pareil cas 8.

(i)Voy. Doc. n° 144. — (2) Cf. Delalain, op. cit., p. 2 3. — (3) Ibid., p. 17. — (4) Si cet auteur indique Denise Courbé, comme femme de J. Camusat, il s'est bien gardé de la dire sœur ou fille d'Augustin Courbé et, dans l'exemplaire annoté de son Histoire de l'imprimerie (B.N.,Ms. fr. 22104), il se rectifie en deux endroits et écrit exactement Denise de Courbes. — (5) Dans le t. II de son Catalogue, p. 110, il donne P. Le Petit comme gendre de Camusat, et à la p. 3i, par suite d'une incroyable bévue, il indique Denyse Courbé, fille d'Augustin, veuve de Jean Camusat et fait de P. Le Petit, le beau-frère de sa belle-mère! — (6) Voy. Doc. n° 159. — (7) Voy. Doc. n° 1 58. — ■ (8) Arrêt du Parlement du 11 février 1647. « Veu par la Cour les lettres patentes du Roy données à Paris le ier février 1647, signées Louis, et sur le reply, par le Roy, la Reine régente sa mère présente, De Guenegaud, par lesquelles ledit Seigneur auroit donné et octroyé à Pierre Le Petit, marchand libraire à Paris, Testât et charge de l'un de ses imprimeurs ordinaires, que naguères tenoit et exerçoit Gilles Morel, vacant à présent par la pure et simple résignation qu'il en a faite en faveur dudit Petit pour imprimer tous édictz, déclarations, ordonnances, lettres patentes, règlements, arrests du Conseil et des Cours et Compagnies souveraines, baulx et adjudications de ses fermes et généralement tous mandements qui devront estre imprimez et publiez pour le service dudit Seigneur Roy, et de ladicte charge jouir et user plainement et paisiblement aux honneurs, autoritez, prééminences, privilèges, prérogatives, franchises et libertez, gaiges et droits à ladite charge appartenants, tels et semblables qu'en a jouy ou deub jouir ledit Morel et ses devanciers, et autres dont jouissent à présent ses imprimeurs ordinaires et ce tant qu'il luy plaira. Information faicte d'office de l'ordonnance de la Cour, à la requeste du Procureur général du Roy sur les vie, mœurs, religion catholique, apostolique et

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Il semble qu'à cette époque la veuve Camusat ait procédé à un partage de la succession de son mari : à son fils Jacques échut le fonds de librairie et l'enseigne de la maison, à Le Petit, le matériel de l'imprimerie et une part de droits sur certains privilèges. Le gendre de Camusat quitta alors la boutique de la Toison d'or et fut s'établir, à quelques pas de là, dans une maison où pendait l'enseigne delà Croix d'or: par ses vexations et son intolérance, la Chambre Syndicale venait de chasser de cet immeuble les anciens propriétaires. Je raconterai ailleurs les mésaventures de Marguerite Vallée, veuve de Guillaume Pelé, épouse en secondes noces de Nicolas Redelichuysen, et de son gendre, Jean (II) du Val, je n'en parlerai pas ici1, mais il importe de noter que Jacques Camusat, d'autre part, ayant cédé sa boutique et la plus grande partie de son fonds, presque aussitôt après la mort supposée de sa mère, vers 165 1, ceux-ci devinrent la propriété de Louis de Villac, dont le nom est fréquemment associé à celui de Pierre Le Petit à compter de ce moment, sur le titre des ouvrages parus à la Toison d'or, de même que celui de Jacques Camusat paraît de temps en temps à côté du nom de Le Petit sur des ouvrages parus à la Croix d'or ; tout cela s'explique par des co-propriétés dans les privilèges de ces livres et n'a pas d'autre signification.

Après des débuts paisibles, Pierre Le Petit eut à subir, de 1658 à 1660, une période critique, pendant laquelle il fut inculpé par le lieutenant criminel du Châtelet de Paris d'avoir fait imprimer chez des collègues, ou imprimé lui-même, des livres qui sont qualifiés « libelles impies et séditieux contre l'honneur de Dieu, le service du Roy et le repos de l'Estat » et se rattachent aux luttes du Jansénisme. Je reproduis en note le texte d'une requête2 présentée au Parlement

romaine et fidélité au service du Roy dudit Le Petit. Requeste par luy présentée afin de vérification des dites lettres, conclusions du Procureur-général du Roy, et tout considéré./ Ladicte Cour a ordonné et ordonne que lesdictes lettres seront registrées au greffe pour jouir par ledit Petit, impétrant, de l'effect et contenu en icelles en faisant par luy le serment en tel cas requis et accoustumé par devant M' Michel Ferrand, conseiller du Roy en icelle, qu'elle a pour ce commis. » (B.N., Ms. fr. n. a. 8121, p. 935. — Aux Archives nationales, le registre original paraît avoir disparu.)

(1) Cf. ma notice intitulée: La Croix d'Or, qui paraîtra incessamment. — (2) « Plaise à Monseigneur le Président du Parlement avoir en recommandation le bon droict, Pour Pierre Le Petit, Imprimeur et Libraire ordinaire du Roi, appelant d'une procédure criminelle faite contre luy au Chastelet, à la requeste du Substitut de Monsieur le Procureur Général audit Chastelet, intimé. Et observer en justice. — I. Que le Lieutenant criminel audit Chastelet, par une

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par l'imprimeur du roi, au sujet des poursuites exercées contre lui : ce n'est qu'un jalon posé, en attendant la découverte de l'arrêt qui jetterait un jour plus complet sur cette ténébreuse affaire. Il est certain que Le Petit n'eut pas à en supporter de suites bien fâcheuses, puisque, à la même époque, 22 juin 16601, il devenait adjoint

procédure tout-à-fait extraordinaire a décerné prise de corps contre ledit appellant dans une matière purement civile, et sur le simple interrogatoire de l'imprimeur Preveray, prisonnier au Chasteau de la Bastille. — II. Que ledit Preveray a demeuré ferme près de trois mois dans la vérité de ses réponses, et qu'il ne s'est rendu parjure que par les menaces qu'on luy a faites, et par les promesses qu'on luy a fait faire par sa femme d'une prochaine liberté afin de le corrompre. — III. Que ledit Lieutenant criminel par une secrette intelligence avec les ennemis dudit appellant, et par une espèce de violement du dépost public, et afin d'oster à la Cour la connoissance de cette affaire, a soustrait du greffe criminel dudit Chastelet, et retenu en ses mains les prétendues charges contre ledit appellant, ainsi qu'il paroit par la réponse du greffier aux diverses injonctions qui luy ont esté faites de les apporter au greffe de la Cour. — IV. Que ledit Lieutenant criminel après plusieurs mandemens réitérez, ayant enfin comparu à la Cour le 3i décembre dernier, pour rendre compte de sa conduitte, a soustenu hardiment que ledit Preveray avoit déclaré avoir imprimé, par Tordre dudit appellant, des libelles impies et séditieux contre l'honneur de Dieu, le service du Roy, et le repos de l'Estat /c'est-à-dire qu'il s'est plustost souvenu de dire ce que les ennemis dudit appellant luy avoient inspiré, que ce que Preveray mesme avoit malicieusement déposé, d'autant que quand mesme cette prétendue accusation seroit véritable, il est constant que le livre latin intitulé Literœ Provinciales Wendrokii, cum disquisitionibus Pauli Irenaei [Ouvrage de Pierre Nicole], les 8. et 9. Ecrits des Curez de Paris, les Censures de M" les Evesques de Cahors et de Vence, contre l'Apologie des Casuistes, bien loin d'offenser les Majestez, condamnent les mauvaises maximes d'une morale corrompue ou détestent les Cinq Propositions condamnées, comme il est aisé de voir par les diverses impressions qui en ont esté faites à Paris, à Cahors, en Hollande, et à Rouen. — V. Que ledit Lieutenant criminel a procédé à l'instruction du procès par contumace contre ledit appellant sans qu'il y ayt eu aucune information précédente; a fait annoter ses biens, establir garnison dans sa maison, l'a fait adjourner à trois briefs jours, crier à son de trompe précipitament, et avec un scandale inouy,afin de ruiner entièrement la réputation et le commerce d'un marchand de crédit et d'honneur, ce qui est absolument contre toutes les formes, et mesme contre les ordonnances. — VI. Que Charles le Cornu ayant esté fait prisonnier au mesme temps que ledit Preveray son maistre, a toujours répondu la vérité, c'est à dire, à la justification et décharge dudit appellant, quoy qu'on luy ave fait souffrir durant deux mois les plus cruelles rigueurs du froid et de la faim dans les plus affreux cachots du petit Chastelet, où il est encore détenu sans autre sujet, que pour attendre que la longueur des peines de cette nouvelle inquisition fasse le mesme effet sur l'apprentif que sur le maistre, et qu'ainsi un bourgeois de Paris succombe, et peut-estre périsse avec toute son innocence, aux yeux et à la face du Parlement. — Monsieur Monardeau, rapporteur. — Chibert. » (Pièce imprimée. S. 1. n. t. n. d. [1660]. ln-4" piano. B. N., f° Fm. 9576.) (0 Lottin, II, p. 1 10.

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au Syndic de sa Communauté, et se faisait remarquer par l'activité continue de ses presses.

On rencontre le nom de Pierre Le Petit sur de nombreuses publications, car il a beaucoup produit, et il est bien exact, ainsi que La Caille le dit, que ses livres sont recommandables parleur beauté et par la perfection de leur exécution. Naturellement il est impossible de tout citer ici ; il faut faire une sélection arbitraire. Je me bornerai à l'indication des trois grands ouvrages qui transmettront son nom d'âge en âge, savoir: les Œuvres d'Arnauld d'Andilly *, celles de Cotelier2 et l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe 3, dont cette réédition n'a cependant pas fait oublier la première qu'en avait donné Robert I Estienne. J'ajouterai à cette énumération le Panégyrique de Louis XIV, prononcé devant l'Académie française par Paul Pellisson, l'homme de l'araignée, et dont il y a quatre éditions, l'une en français, les autres en latin, en italien et en espagnol ; j'en transcris ici les titres avec leurs souscriptions variées.

I. Panegyriqve dv Roy Lovis qvatorzieme. Prononcé dans l'Académie Françoise. [Marque n° 6] A Paris, Chez Pierre le Petit Imprimeur ordinaire du Roy & de l'Académie Françoise, rue Saint Iacques, à la Croix d'or. M.DC.LXXI. (In 4. 24 p. ch. B. N., Lbâ7 3614.)

II. Panegyricvs Lvdovico XIV Régi, In Academia Francica, dictvs A Pavlo Pellissonio Fontaniero ejus Moderatore. E Gallico in Latino conversus à J. D. ex Academicorum numéro. [Marque u° 3] Parisiis, Typis Pétri le Petit, Régis

(1) Œvvres diverses de Monsievr Arnavld d'Andilly, divisées en trois tomes... Tome premier... [Marque n° 6]... Tome second... [M. n° 2]...— Tome troisième... [M. n° 7]. A Paris, Chez Pierre le Petit, Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy, rue S. Iacques à la Croix d'Or. M.DC.LXXV. (In-f°. 3 vol. Tit. r. et n. B. N.,Z. 778.) — (2) SS. Patrum qvi temporibvs apostolicis florvervnt; Barnabae, Clementis, Hermse, Ignatii, Polycarpi, Opéra édita et inedita, vera et suppositicia. Vnà cum Clementis, Ignatii, Polycarpi Actis atque Martyriis. Iohannes Baptista Cotelerivs Societatis Sorbonicse Theologus, Ex Mss. Codicibus correxit, ac eruit; Versionibus, Notis & Indicibus illustravit. [M. nBfi].Lvteciae Parisiorvm, Typis Pétri le Petit, RegiiTypographi : via Iacobaeâ sub signoCrucisaureae. M.DC.LXXII. (In f°. 2 vol. Texte grec (typis regiis) et latin. Au tome II, marq. n° 2 B. N.,C. 12 — (3) Historia ecclesiaslica Evsebii Socratis Scholastici, Hermiae sozomeni, Theodoriti. . et Euagrii Scholastici, ab H. Valesio in linguam Latinam conversa excerptis a Philostorgio et Theodoro Lectore locupletata, etvariis in eos auctores observationibus, dissertationibusque illustrata. [M. n° 7] Parisiis, Typis Pétri le Petit, Regii Typographi... iVI.DC.LXXVII. (In-f°, 3 vol.)

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& Académie Francien? Typographi, via Iacobaaâ, sub signo Crucis aureae. M.DC.LXXI. (In 4. 27 p.) III. Orazione délie lodi Luigi XIV. Detta nelTAccademia Franzese. Traduzione . [Marque n° 2] In Parigi, Per Pietro le Petit, Stampatore Regio, e dell'Accademia Franzese, nella strada di S. Giacomo, all'insegna délia Croce d'Oro. M.DC. LXXI.(In.-4. 25p.) IV. Oracion panegyrica a la gloria del Rey christianissimo Luis XIV. Traducida en Lengua Castillana. [Cul-de-lampe avec deux petits anges s'embrassant.] Paris. En la Estampa de Pedro le Petit, Impressor del Rey y de la Academia Francesa viue en la calle de Santyago, à la insignia de la Cruz de Oro. M.DC.LXXI. (In 4. 22 p.)

Ceci m'amène sans autre transition à parler immédiatement des marques typographiques usitées par P. Le Petit. Je laisse de côté celles de la Toison d'or, qui appartiennent à Camusat ; je néglige également les vignettes qu'il employa comme imprimeur du roi et qui ne s'écartent pas sensiblement de la représentation ordinaire des insignes royaux et des armoiries de France. La véritable marque de cet imprimeur a pour thème principal la croix de son enseigne et la devise : In hoc signo vinces. Dans une première série, la Croix d'or est suspendue à une cordelière que tiennent deux anges, dont les figures grimaçantes dans les épreuves primitives de la marque, deviennent jolies et souriantes au fur et à mesure que s'accroissent les affaires de notre imprimeur ; la devise est toujours inscrite au dessus sur une banderole tripartite : elle se lit tantôt de haut en bas (M. n° 1 l) tantôt de bas en haut (M. n° 2 2) et dans ce dernier cas, le mot signo de la devise est parfois écrit à l'envers (M. n° 3 3.) Pour les ouvrages classiques de petit format, la croix d'or devient une croix de Malte (M. n° 4), isolée, ou entre des fleurons *; elle est,

(1) Voy. P. Delalain, Libr. et impr. de VAcad. franc., p. 26. — (2) Voy. ibid., p. 27. — (3) Voy. notamment : Saint Avgvstin de la Cité de Diev, Traduite par le sieur de Ceriziers Aumosnier du Roy. [Marque décrite] A Paris, Chez Pierre le Petit, Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy, rue saint Iacques à la Croix d'ur. M.DC.LV. (In-f°. Impr. r. et n. 800 p. ch. SU. B.N., C. 563. En tête, portr. de Jacques le Coigneux, grand président au Parlement, gr. par Nantueil, 1654, d'apr. Beaubrun.) — (4) Le Iardin des racines grecqves, mises en vers françois... Seconde édition, reueuë, & corrigée de nouveau [Marque décrite] A Paris, Chez Pierre le Petit, Imprimeur, & Libraire ordinaire du Roy, rue S. Iacques, à la Croix d'or. M.DC.LXIV. (In-12. 387 p. SU. B.N., X. 7043. Préface française de P. Le Petit.)

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parfois remplacée (M. n° 5) par un livre ouvert, au dessous duquel un petit écu renferme un monogramme composé des lettres PLP enchevêtrées l. Plus tard, la marque de la Croix d'or s'amplifia en changeant de caractère, elle devint historique, et représenta la croix victorieuse du inonde payen : sur unpremierdessin (M. n°6), la croix apparaît dans un rayonnement lumineux, surmontée de la devise inscrite en une seule ligne sur une banderole, en bas un encensoir où brûlent des parfums ; à gauche un ange montre la croix à un guerrier, sans doute Constantin, à genoux à droite dans une attitude d'adoration 2. La pensée du graveur de cette marque s'élargit bientôt et sur un second dessin (M.n° 7), on voit une croix de plus amples proportions, tenue par deux anges assis sur des nuages ; deux autres anges debout, également sur des nuages, déploient une banderole où la devise se lit sur une seule ligne ; enfin, à droite et à gauche, des groupes de guerriers romains et d'autres nations témoignent de leur admiration ou de leur vénération devant le signe rédempteur qui leur est montré 3. Cette belle marque est l'œuvre du graveur François Chauveau 4, dont on peut voir d'autres dessins assez remarquables, notamment une vue de la cité par un temps de pluie, dans l'opuscule intitulé :

Régis pro sva erga vrbis mercatores amplioris ordinis in mvnificentia encomivm [ Marq. n° 5] Parisiis , Typis Pétri le Petit, Regii Typographi : via Iacobcea, sub Cruce aurea. M.DC.LXXIV. Cvm permissv. (In-12 14 p. ch. B.N., Yc.

8618 et 8782.)

Je ne m'attarde pas plus longtemps au chapitre des marques, quelque intéressant qu'il soit et je reprends la suite de la biographie de P. Le Petit : ce n'est pas seulement dans son officine qu'il faut désormais suivre ses pas, c'est surtout au Palais où l'amènent d'incessantes chicanes à propos de privilèges. Ainsi que je l'ai dit déjà, dans mes notes additionnelles sur les imprimeurs de l'Académie française, on le rencontre d'abord, en 1662, partie

(1) Novvelle méthode povr apprendre facilement et en pev de temps la langue espagnole. Seconde édition. Reueuë & corrigée de nouueau. [Marque décrite] A Paris, Chez Pierre Le Petit... M.DC.LXV. (In-12 1 16 p. SU. B N., X. 14696.) — (2) Voy. notamment les ouvrages cités ci-dessus, p. 33o, notes 1 et 2. — (3) Elle est reproduite par P. Delalain, op. cit., p. 25. — (4) Voy. sur ce remarquable graveur (16 13-1676) : Le Blanc, Manuel de l'Amateur d'estampes; on y trouve cataloguées 953 pièces de lui.

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intervenante dans une instance introduite par Augustin Courbé, libraire de Paris, contre son collègue Sébastien Martin, au sujet d'une impression litigieuse des œuvres de Voiture1; de 1663 à 1665, pour justifier la confiance de plusieurs de ses confrères, qui l'avaient placé à la tête d'une société formée entre eux pour la poursuite des atteintes à leurs privilèges, partout où elles se produiraient "2, Le Petit mit l'épée dans les reins à divers contre- \ facteurs d'Avignon (Pierre Offray,) de Grenoble (Robert Philippe) et de Lyon (Pierre André), fit saisir chez eux des éditions suspectes d'un assez grand nombre d'ouvrages et finalement, obtint des dommages-intérêts contre certains d'entre eux 3. En 1669, il se joignait aux autres imprimeurs du roi dans l'instance introduite contre Frédéric Léonard, au sujet du privilège de 1: 'Ordonnance des eaux et forêts 4, et, en 1673, ^ entamait de nouvelles poursuites contre Gabriel Blanc, libraire à Lyon 5.

L'année 1675 fut bien funeste à Pierre Le Petit : le 21 mars, le collège de Montaigu, dans la rue des Sept Voies, devenait la

(1) A.N. V642Ô, Arrêt du Conseil privé du 7 février 1662 ; — A.N., V6 440, arrêt du même Conseil du 10 mai 1662; — A. N., V6 455, arrêt du même Conseil du 2 mars i663. — (2) Cf. P. Delalain, Libr. et impr. de VAcad. franc, p. 36. (3) A.N., V6 471, arrêt du Conseil privé du 18 décembre 1 663, ordonnant que Robert Philippe et Pierre Offray seront assignés à la requête de P. Le Petit — A.N., V6 473, Arrêt du même Conseil du i5 février préparatoire. — V6 498, Arrêt du même Conseil du 16 juin i665, entre Le Petit et R. Philippe. Le Conseil « faisant droit sur l'instance sans avoir esgard aux actes, poursuittes et procédures du parlement de Grenoble des 5 avril, 9, 10 et 17 may 1664 et à tout ce qui s'en est suivy, que Sa Majesté a cassé et annullé comme contraires aux privilèges dudit Petit, a maintenu et gardé, maintient et garde ledit Petit aux privilèges concédés par Sa Majesté d'imprimer ou faire imprimer les livres intitulés : Debvoirs des souverains, les Panégiriques des Saints, Œuvres du S* Godeau, du P. Jurey, la Vie de la Sœur Margueritte, les Plaidoiries du sieur Lemaistre, Œuvres de Grenade et autres dont est question, pendant le temps qui reste à expirer. Faict itératifves deffences de contrevenir ausdits privilèges et audit parlement de Grenoble d'en plus prendre cognoissance à peine de nullitéet autres portées par lesdits privilèges. A déclaré et déclare les saisies faictes des exemplaires contrefaicts desdits livres bonnes et valables... » — A.N., V6 5o3, Arrêt du même Conseil du icr septembre i665, mettant fin à l'instance. Cet arrêt a été publié par P. Delalain, op. cit., p. 35, d'après une copie du Cercle de la Librairie ; il en existe un exemplaire imprimé sous ce titre : Extraict des registres du Conseil Privé du Roy. (S. 1. n. t. d. In 4.4 p. en. B. N., Imp., F. 23636, pièce ni ; Mss. f. fr. 22074, Pièce 19.)— (4) Voy. suprà, p. 3i5. —(5) A. N., V6 6o5, Arrêt du Conseil privé du 10 mai 1673, ordonnant que Gabriel Blanc sera assigné à la requête de Le Petit, au sujet d'une contrefaçon qu'il a faite de « La Guide des Pescheurs, du P. Louis de Grenade, » dont les exemplaires seront déposés au greffe du Conseil.

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proie des flammes et l'imprimeur du roi, qui « avoit dans ce lieu les magasins de ses meilleures impressions et des livres du plus grand débit, avoit perdu le fruit de plus de quarante années d'un travail continuel l. » Compatissant au malheur de son typographe, et voulant « répandre sur la personne dudit Le Petit des bienfaits qui s'étendent aussi sur sa famille », le roi, par arrêt de son Conseil privé du 3 août 1675 "2, lui accorda la prolongation, pour une durée de cinquante ans, de la plupart des privilèges qui lui avaient été antérieurement concédés. Loin d'abattre sa fureur processive, l'événement fâcheux dont il avait été victime et la faveur royale qui l'avait armé de nouveaux droits ne firent que la redoubler et, de 1675 à 1677, il livra au Conseil de véritables assauts contre des collègues de Lyon 3, de Marseille 4 et de Rouen5. Dans cette dernière affaire, il publia même des factums, dans lesquels il ne manqua pas d'évoquer son malheur passé pour attendrir ses juges 6, mais il ne réussit pas à amener la victoire sous

(1) Arrêt du Conseil du 3 août 1673, ci-après indiqué. — (2) B.N., Ms. fr. 22074, pièce 87 (sous le faux millésime de 1674) et 22071, pièce 18. Reproduit par P. Delalain, op. cit., p. 29, d'après la copie du ms. 22074. — (3) A. N., V6 619, Arrêt du Conseil privé du 22 mai 1675 contre Esprit Vitalis. A. N., V6 635, autre arrêt du Conseil contre le même. Affaire très curieuse, au sujet d'un livre d'Heures {Office de F Eglise et de la Vierge, en latin et en françois), dont il sera rendu compte dans la partie lyonnaise de cet ouvrage.— A. N., V6 621, arrêt du Conseil privé du 24 juillet 1675, suite de l'affaire déjà indiquée, poursuivie contre Gabriel Blanc, et en ce moment contre Anne Pasle, sa veuve, et François Blanc son fils. (Voir pour les détails, le t. IX de la Gallia Typogr., premier du Lyonnais.) — (4) A. N., V6 621, Arrêt du Conseil privé du 24 juillet 1675, condamnant Françoise Grossade, veuve de Charles Ourry, libraire à Marseille, en 5oo livres d'amende envers Le Petit, pour une contrefaçon des « Plaidoyers du S>' Le Maistre». —(5) A. N., V6 638, Arrêt du Conseil privé du 16 novembre 1675, contre Jean Lucas, imprimeur, libraire à Rouen et autres, dont il sera plus amplement question dans le t. III de la Gallia Typogra., Normandie. L'affaire a été analysée par P. Delalain, op. cit., p. 36; il s'agissait d'un Recueil de vies des Saints, que Le Petit prétendait entièrement extraites des Œuvres d'Arnauld d'Andilly, dont il avait le privilège. — (6) A./ Sommaire de l'instance du Conseil, Pour Pierre Le Petit, premier Imprimeur du Roy, demandeur. Contre Iean Lucas, Imprimeur de Rouen», & Guillaume Desprez Libraire de Paris, défendeurs. Et un Inconnu se disant Iean Baptiste du Mesnil sieur de la Tour, prétendant avoir esté assigné en garantie en la personne de Claude La Rose dit Rosimont son Procureur général, & avoir pris le fait et cause desdits Lucas & Desprez. (S. 1. n. t. n. d. ln-4. 12 p. ch. B. N. 40 Fm. 19027; et Recueil Thoisy, 328, f° i52 ; — Mss, f. fr. 22074, pièce 42.) On trouve aussi une épreuve de cette pièce, où le mot Contre est imprimé Courte, et le mot Inconnu est remplacé par Quidam (B. N., f° Fm. 9^77.) — B./ Plaise a nosseignevrs dv Conseil dv Roy, avoir pour recommandé en justice le bon droit en la cause, Pour Pierre Le Petit, premier Imprimeur de sa Majesté, demandeur. Contre Jean Lucas... (S. 1. n. t. n. d. In-4. 4 p. ch. B.N., Ms. fr. 22074, pièce 43.)

ses drapeaux et l'on peut lire au bas du second des factums indiqués ci-contre, une note manuscrite ainsi conçue: « L'affaire a été accommodée du consentement de M. le Petit. Le Roy a fait pleineet entière main-levée audit Desprez de la saisie des exemplaires en question faite à la requeste dudit Le Petit, a condamné ledit Le Petit aux dommages et interests et dépens de l'instance envers lesdits Desprez, Lucas et du Mesnil de la Tour, liquidés à l'égard dudit Desprez à 300 livres, à l'égard dudit Lucas à 700 livres et à l'égard dudit du Mesnil de la Tour à 100 livres l ».

Ainsi qu'une douche bienfaisante, l'issue de ce procès calma définitivement l'humeur tracassière de P. Le Petit et le fit rentrer dans son officine : on l'y trouve, en 1679, à la tête de cinq presses, en train de faire travailler à divers ouvrages ainsi désignés : « la Guide des Pécheurs de Grenade, Maximes et Réflexions chrestiennes en arrabe, Actes de l'assemblée des Pères de l'Oratoire, Dictionnaire de l'Accadémie2 ». Cœur généreux, malgré tout, et âme compatissante aux misères d'autrui, P. Le Petit voulut marquer ses derniers jours par des œuvres de bienfaisance: en 1677, ^ avait offert le matériel d'une imprimerie aux Missionnaires du Royaume de Sianr5; en 1683, par acte passé le 29 mars, devant Doyen et Belot, notaires au Châtelet de Paris, il fit donation à la Communauté d'une somme de 2000 livres, à charge d'en distraire 100 livres par an pour le soulagement des pauvres filles « de ladite Communauté, afin d'aider a les pourvoir par mariage ou autrement 4 ». Cette donation fut acceptée avec reconnaissance par la Chambre syndicale et homologuée par un arrêt du Parlement du 30 avril 1683 5.

Pierre Le Petit mourut le 25 septembre 1686 et fut inhumé dans l'église Saint-Benoit, dont il avait été marguillier en 1662, qu'il s'était plu à enrichir de nombreux dons, ainsi que le rapporte complaisamment l'abbé Brute 6, et dans laquelle il s'étaitréservé une chapelle, dont ses héritiers durent faire l'abandon7. De son mariage avec Denise Camusat, il avait eu douze enfants, tous baptisés à Saint- Benoît et énumérés par La Caille8; cinq seulement survécurent à leur père: deux garçons, Michel, qui seul appartient à l'histoire

(1) B. N., pièce citée dans la note précédente, lettre B. — (2) B. N., Ms. fr. 21741, f 12. — (3) B. N., Ms. fr. 2i856, f ° 2 1 V». — (4) B. N., Ms. fr. 2i856, f° 49 V°. — (5) Ibid, f°5o V°. — (6) Chronologie des curés de Saint-Benoist, p. 71. Passage reproduit par P. Delalain, op. cit., p. 28. — (7) Voy. P. Delalain, op. cit., p. 38. — (8) Exemplaire annoté. B. N., Ms. fr. 22104, 53o.

336 GEORGES LEPREUX

de l'imprimerie1, et Jacques-Pierre-Georges, secrétaire du Roi ; trois filles, Denise, Gabrielle et Barbe, dont les alliances sont exactement indiquées par P. Delalain2, sauf pour la première. Denise, en effet, ne fut pas l'épouse du sieur « de Saint-Aubiot », ce nom a été mal lu ; elle était la femme de Jean-François de Villette, sieur de Saint-Aubert, « capitaine commandant un bataillon dans le régiment de Piedmont », et mourut le 26 septembre 1691, laissant une fille, Elisabeth 3.

Le Prieur (Pierre-Alexandre), Libraire (1747) et Imprimeur (1749- 1773). Imprimeur ordinaire du Roi (1749-1785). Rue Saint-Jacques, à l'Olivier.

Fils de Pierre le Prieur, tireur d'or, rue Saint-Denis, et de Anne Geneviève Coignard, fille elle-même de Elie-Jean-Baptiste Coignard, imprimeur du roi, Pierre-Alexandre naquit à Paris et y fut baptisé en l'église Saint-Sauveur le 8 septembre 1722 4. Après avoir fait son apprentissage chez son oncle Jean-Baptiste III Coignard, en vertu d'un contrat passé, le 8 mars 1743, devant Bellangé et son confrère, notaires au Châtelet de Paris, et quittancé le 12 avril 1747 5, Le Prieur se fit recevoir libraire dans la Communauté le 18 du même mois d'avril 1747 6, mais au lieu de s'établir, il continua à se perfectionner dans l'art typographique, en attendant qu'une des trente-six places d'imprimeur vint à vaquer dans la capitale. L'occasion ne fut pas bien longue à se présenter : le 9 janvier 1749, dans les circonstances que j'ai rapportées plus haut, Charles-Jean-Baptiste Delespine démissionnait de sa place ' et le Prieur s'empressait de la solliciter du Conseil. Admis à faire valoir ses titres et capacités par arrêt du 25 février suivant 8, sa réception fut ordonnée par un autre arrêt du 5 mai 9 et le 2 juin,

(1) Voy. sa notice dans le Tome III de la présente série. — (2) Libraires et imprimeurs de l'Académie française, pp. 38-3g. — (3) Factum, et : Arrest de la Cour de Parlement... Entre Michel Le Petit, Ecuyer Conseiller & Secrétaire du Roi, Maison, Couronne de France & de ses finances, Oncle maternel de la Mineure, Intimé & Demandeur, d'une part. Et ledit Iean François de Villette sieur de Saint-Aubert... (In-4. 7 p. ch. B. N., 40 Fm 19025, 1 à 3.) —(4) Voir ci-dessous l'arrêt du Parlement du 21 juin 1751, p. 33y, note 3. — (5) Voy. Doc. n» 302.- (6) B. N., Ms. fr. 2i858, f° 83.- (7) Voy. supra, p. 197.— (8) A. N., V6 960 (Doc. n" 309). — (9) A. N., V6 961 (Doc. n° 3io).

la Chambre syndicale procéda à son installation comme imprimeur a Paris l.

Apparenté comme il l'était dans la communauté, le Prieur n'eut guère de peine à obtenir la succession de Delespine, dans la charge d'imprimeur du roi ; il en fut investi par des lettres de provision du 15 août 1749 2 et fut admis à l'exercer par arrêt du Parlement du 21 juin 175 1 3. Cet imprimeur n'a rien produit de transcendant, et n'étaient ses démêlés avec Voltaire, dont il sera bientôt question, on pourrait presque terminer sa biographie, en rappelant que le 4 juin 1766, il fut élu adjoint au Syndic de sa communauté '\ nommé Consul le 30 janvier 1776 5 et que, le 29 octobre 1785, il fit l'acquisition d'une charge de Secrétaire du roi 6. Le 27 mai 1773, il s'était démis de son imprimerie en faveur de Jacques- Gabriel Clousier, qui lui succéda la même année 7.

Une note de police s'exprime ainsi sur le compte de Le Prieur : « c'est un petit taquin, suspect et capable de faire des marrons, lorsqu'il en trouve l'occasion 8 ». L'opinion de l'inspecteur Joseph d'Hémery se trouve cette fois confirmée. « Si l'on s'en rapportait, dit M. Bengesco 9, à deux lettres de Voltaire au Lieutenant général de police et à la duchesse du Maine, des 3 1

(1) B. N. Ms. fr. 2i858, f° 116. Il donne à cette occasion « la somme de 5oo livres pour les affaires de la Communauté et celle de 100 livres qu'il a prié la Communauté de vouloir bien accepter pour ceux de la Communauté qui se trouveront dans le besoin ». — (2) Voy. Doc. n° 3 11. — (3) « Du lundy XXIe juin 1 75 1 . Ce jour, la Cour, après avoir vu l'information faitte d'office à la requête du Procureur général du Roy le quatorze juin mil sept cent cinquanteun de l'ordonnance de la Cour, par le Conseiller à ce commis, des vie, mœurs, conversation, religion catholique, apostolique et romaine et fidélité au service du Roy du sieur Pierre-Alexandre Le Prieur, imprimeur à Paris, pourvu de la charge d'imprimeur et libraire ordinaire du Roy, vaccante par la démission du sieur de l'Epine, dernier possesseur d'icelle, — les lettres de provisions de ladite charge données à Versailles le i5 aoust 1749, signées Louis, et sur le repl\ ,par le Roy, Phelypeaux et scellées du grand sceau de cire jaune, — l'Extrait baptistaire dudit sieur le Prieur du 8 septembre 1 722, délivré le 9 may 175 1 par le sieur Jacquin, vicaire de l'église paroissiale de Saint-Sauveur, — l'acte de démission de ladite charge donnée par le sieur de l'Epine du vingt-huit décembre 1748, ensemble la requête présentée en la Cour affin d'être reçu en ladite charge, — conclusions du Procureur général du Roy, — ouy le rapport de M" Claude-Jean Macé, conseiller, — la matière mise en délibération./ A arresté et ordonné que ledit Pierre-Alexandre Leprieur sera reçu en l'état et charge d'imprimeur et libraire du Roy, en prêtant le serment en tel cas requis et accoutumé, et à l'instant mandé, a fait ledit serment, juré fidélité au Roy et y a été reçu. » (A. N., Xia 8484^ 117.)— (4) Lottin, II, p. 1 1 1 . — (5) Ibid. - (6) Ibid. — (7) V. suprà, p. 125. — (8) B.N., Ms. U. 22107, f° roi. — (9) Voltaire. Bibliographie de ses œuvres. (Paris, 1882. In-8), t. I, p. 364.

(j. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 22

338 GEORGES LEPREUX

octobre et 2 novembre 1749, Y Histoire de la guerre de 1741 aurait

été imprimée dès 1749. Au mois d'octobre de cette année, on

vola à Voltaire les manuscrits de Sémiramis, de Nanine, ainsi

que Y Histoire de la dernière guerre, qu'il avait commencée et presque

finie par ordre du Roi. — « Tout cela est imprimé en province,

écrit Voltaire à la duchesse du Maine, plein de fautes absurdes,

d'omissions, d'additions... Tout cela doit s'entendre de Sémiramis et

de Nanine, car il n'existe pas d'édition de Y Histoire de la guerre de

IJ41 antérieure à 1755. » Je demande pardon au savant et

cpnsciencieux bibliographe de Voltaire de ne pas être de son

avis, il me semble que Y Histoire en question fut bien réellement

imprimée vers 1 749-1 750, non pas en province, mais à Paris

même et par Le Prieur; s'il en était autrement, on ne comprendrait

pas le sens d'une lettre de cet imprimeur, adressée à de Malesherbes

le 9 septembre 175 1, dans les termes suivants : « Monsieur,

Lambert [imprimeur et libraire, alors syndic de la Communauté]

vient de me faire part de vos allarmes au sujet du livre en question

j'ay été trop pénétré de vos bontés et de la confiance dont vous

avés bien voulu m'honorer, pour ne pas être extrêmement affligé

des plus légers soupçons que vous pourrez avoir à ce sujet. Je

vous proteste qu'il n'y a eu aucun exemplaire dans le public que

ceux des présens, dont je vous ai fait l'aveu. J'aurois perdu le

sens si après ce qui s'est passé, je n'avois pas pris toutes les

précautions imaginables pour mettre à couvert et hors de toute

surprise le reste de l'édition. J'en ai toujours la clef dans ma poche

et vous pouvés être certain qu'il n'en sortira pas un exemplaire

sans vos ordres. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect

votre très humble et très obéissant serviteur. Le Prieur1 ». Dans

tous les cas le libraire tint fidèlement sa promesse et l'édition fut

bien gardée, puisqu'on n'en connaît pas un seul exemplaire.

Il en fut tout différemment, quelques années plus tard, lorsqu'à la suite d'un nouveau détournement, — on volait bien souvent le philosophe de Ferney ! — commis cette fois chez Madame Denis, à qui Voltaire avait confié son manuscrit pour le remettre au duc de Richelieu 2, Le Prieur fit une nouvelle édition du

(1) B. N., Ms. fr. n. a., 3346, f° jZ. — (2) Voy. à ce sujet : Bengesco op. cit., p. 365, et Lucien Perey et Gaston Maugras, La vie intime de Voltaire aux Délices et à Ferney 1 754-1 778, d'après des lettres et des documents inédits. (Paris, Calmann-Lévy, i885. In-8), pp. ii3-ii6.

même ouvrage et se hâta de la rendre publique sous le titre que

voici :

Histoire de la guerre de mil sept cent quarante & un. — i partie — [Couronne royale.] A Amsterdam. 175 5. (In-12. 2 ff. n. ch. et 278 p. pour la ire partie; 2 ff. n. ch. et2o8 p. pour la 2e partie. B. N.,Lh4 55.)

Dès qu'il connut cette publication, Voltaire jeta feu et flamme : le 23 août 1755, il en entretenait madame de Fontaine en cestermes: « ... J'écris à M. d'Argenson et à Mme de Pompadour touchant le nommé Prieur, qui a imprimé un manuscrit volé chez l'un ou chez l'autre. Ce manuscrit ne contient que des mémoires informes. Ce libraire est un sot et le vendeur un fripon l »; le 29, il écrivait au comte d'Argental : « ... A l'égard de cet autre animal de Prieur, qui dispose insolemment de mon bien, sans seulement daigner m'en avertir, j'ai écrit à Mme de Pompadour et à M. d'Argenson../2 ». Le 30 août, il adressait à la Chambre Syndicale la lettre suivante : « La librairie, Messieurs, est en France un établissement trop noble pour que je ne vous prie pas de vous joindre à moy, afin d'empêcher qu'on ne l'avilisse. — J'aprends deux choses contraires à tous vos règlements, la première qu'un imprimeur nommé le sieur Prieur a acheté ce qu'il dit une partie des mémoires que j'avais composez dans les bureaux des ministres pour servir un jour à l'histoire des plus glorieux événements du règne du Roy. Je déclare que ces mémoires informes qui ont été volés dans les dépôts respectables où je les avais laissez, ne sont point faits pour voir le jour. — La seconde prévarication dont on me menace est l'impression d'un ouvrage impertinent composé par quelques jeunes gens sans goûts et sans mœurs sur un ancien canevas, que j'avais fait il y a plus de trente ans. Il est intitulé la Pucelle d'Orléans. Les fragments de cette indigne rapsodie qui courent sous mon nom dans Paris, m'ont été envoiez. Ils déshonoreraient la librairie. Je vous fais les plus vives instances pour prévenir le débit de touttes ces œuvres de ténèbres. — Quand je veux faire imprimer quelque ouvrage de moy, j'en fais présent hautement aux libraires. L'honneur des lettres et la justice exigent qu'on n'imprime pas ce que je ne veux pas donner, et encor moins ce que je n'ai pas fait. J'attends ce

(1) Voy. Correspondance de Voltaire, éd. Garnier, t. VI, p. 440. — (2) Ibid., p. 444.

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