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service de vous, et je suis avec zèle, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur, Voltaire. Aux délices près de Genève. 30 aoust 4. » Le 12 septembre, Voltaire écrivait à de Malesherbes, au même sujet, une lettre dont le texte figure comme celui de la précédente, dans les diverses éditions de la correspondance du grand écrivain2. Enfin, une lettre de Le Prieur adressée le 17 novembre 1755 à de Malesherbes, nous apprend que les choses avaient mal tourné pour ce libraire et qu'il était sous le coup d'une saisie, peut-être même d'une arrestation.
Cette dernière lettre est ainsi conçue : « Monsieur, Permettes moy de m'addresser à vous pour réclamer vos bontés et votre protection au sujet d'une affaire arrivée hier chez moy, aussy inquiétante pour moy, qu'elle est surprenante. J'ai été averti hier soir sur les trois heures après midy que le commissaire Rochebrunne et l'exempt Dhemery étoient venus à onze heures un quart du matin chez moy et qu'ils vouloient absolument me parler dans le jour. Ils sont revenus hier au soir et m'ont même attendu assés avant dans la nuit. Je puis vous protester que je n'ay rien imprimé ny vendu qui puisse fixer sur moy les regards de la police en aucune façon. J'ai fait pendant tout le temps que le commissaire et l'exempt ont été chez moy l'impossible pour sçavoir par le moyen de personnes tierces, quelle raison pouvoit m'attirer deux pareilles visites le matin et la nuit, enfin désespéré de ne pouvoir rien sçavoir et dans la plus cruelle incertitude, j'ay suivi le conseil d'amis sages, en m'absentant de chez moy, avec la ferme résolution de n'y rentrer que lorsque j'aurai pu sçavoir de quoy il est question. Vous sentes, Monsieur, dans quelle situation une pareille démarche peut mettre un cytoyen qui a une réputation faite à conserver, trente ouvriers et un commerce à conduire, qui indépendament de tout cela se trouve à la tête de sa famille dont il est obligé de faire les affaires, vu l'état d'un père paralytique retenu au lit par son âge et ses infirmités, et dont cette nouvelle, si malheureusement elle parvient jusqu'à luy avancera infailliblement les jours. Voilà beaucoup trop de motifs pour faire agir cette bonté qui vous est si naturelle. Je vous conjure donc, Monsieur, de voir s'il est possible dans le jour Monsieur Berryer en ma faveur, et de sçavoir de luy de quoy il est question et je ne balancerai pas à l'instant que j'en serai instruit à me soumettre à
(1) B.N., Ms. fr. n. a. 3346, f° 85, et Correspondance citée, t. VI, p. 445. — (2) Correspondance, éd. citée, t. VI, p. 464.
ses ordres et aux vôtres ; si je suis soupçonné d'avoir imprimé la moindre chose contre les règles, il est aisé de faire la visite la plus exacte de mon imprimerie, tout est ouvert et je ne crains aucune chose à cet égard, n'ayant point de reproches à me faire. Peutêtre ai-je tort de m'absenter, mais la crainte ne consulte pas et absorbe la raison. Je ne puis me persuader que cecy .'oit une suite de l'affaire de 1741. Je n'ay point trahi la confiance dont vous m'avés honoré en cette occasion. Tous ceux qui me connoissent sçavent que j'en suis incapable, et je suis toujours prest de remettre au moindre ordre verbal tout ce que vous m'avés laissé à ce sujet. J'attends tout aujourd'huy de vos bontés, Monsieur, et je vous en aurai une reconnoissance qui ne finira qu'avec ma vie. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Le Prieur, Imprimeur et Libraire ordinaire du Roi f. »
Le calme ne tarda pas à succéder à cette tempête, plus superficielle sans doute que réelle en ce qui concerne Voltaire ; quant à LePrieur, il put reprendre le coursa peu près paisible de ses travaux mais la suspicion continuait à planer sur lui et, en 1760, un ordre du chancelier prescrivait une visite minutieuse de ses ateliers 2. En 1773, ce typographe, qui joignait à son titre d'imprimeur et libraire ordinaire du roi, celui d'imprimeur de l'Académie royale et du Collège de chirurgie :\ se retira des affaires et vendit son établissement à Jacques-Gabriel Clousier ; il se consacra plus tard aux fonctions du consulat, devint en 1785, secrétaire du Roi, ainsi que je l'ai déjà dit, puis, dépourvu de ses charges par l'avènement du nouveau régime, il mourut obeurément au cours de la tourmente révolutionnaire, sans qu'il me soit possible de préciser la date de son décès.
(1) B. N., Ms. fr. n.a. 3846, f° 100. — (2) «A Malesherbes, ce 26 octobre 1760. L'intention de M. le Chancelier est que le sieur d'Hemery, Inspecteur de la Librairie, se transporte chez le sieur Le Prieur, Imprimeur; qu'il examine les ouvrages qui sont sous presse et qu'il lui rende compte de ceux qui neseroient pas revêtus de permission. De Lamoignon de Malesherbes. » (B. N., Ms. fr. 22M",r); pièce 48.) — (3) Abrégé de l'anatomie du corps humain, Ou l'on donne une description courte & exacte des Parties qui le composent, avec leurs usages. Par M. Verdier, de l'Académie Royale de Chirurgie & Démonstrateur Royal en Anatomie. Seconde Edition, revue, & augmentée. Tome premier. [Vignette] A Paris, chez Pierre Alexandre Le Prieur, Imprimeur, & Libraire ordinaire du Roi, de l'Académie Royale & du Collège de Chirurgie, rue S. Jacques à l'Olivier. M.DCC.LIX, (2 vol. in-12, B. N., Ta9 177E ).
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Le Rouge (Pierre) [Rubeus] Imprimeur et graveur (1485-1493). Imprimeur et libraire du Roi (1488-1493). Adresse inconnue L
La très remarquable étude donnée sur les Le Rouge par H. Monceaux "2, le chapitre non moins précieux que Claudin a consacré k Pierre Le Rouge dans son Histoire de V imprimerie '\ ont à peu près épuisé la matière, d'après la somme de connaissances qu'on possède actuellement sur cet imprimeur du roi. Je vais donc être bref et condenser pour ainsi dire en quelques lignes des renseignements déjà connus pour la plupart.
Caliigraphe, dessinateur et graveur émérite, Pierre Le Rouge semble originaire de la Bourgogne. Il avait exercé l'art de la typographie pendant quelque temps dans son pays '% lorsque, vers 1485, peut-être même plus tôt, il vint dans la capitale mettre ses talents au service d'Antoine Vérard et de Guy Marchand, qui comptaient parmi les libraires les plus réputés et les mieux achalandés de ce temps. Les premiers travaux connus de Pierre Le Rouge à Paris remontent à l'année 1485, ainsi que Ta fort bien déduit H. Monceaux 5 de l'examen attentif des livres édités par les deux libraires déjà nommés, et plus particulièrement de la collation et de la comparaison, avec celles d'autres volumes des mêmes éditeurs, des belles gravures dont sont ornés la traduction française des Commentaires de César, de Robert Gaguin, et les Cent Nouvelles nouvelles d'Antoine de la Sale. Le Rouge n'avait pas seulement un atelier de gravure, il s'adonnait également aux travaux de la typographie et je n'en veux pour preuve que le recueil des Ouodlibeta du philosophe anglais, William d'Okam, dont il
(1) « Pierre Le Rouge, dit Claudin (Hist. de l'Impr., I, p. 471) paraît avoir établi ses presses dans la même maison que Vincent Commin, qui avait pour enseigne la Rose. Le fait présente un certain degré de vraisemblance, si l'on fait attention que la marque de Le Rouge, se compose d'un rosier surmonté d'une fleur de lis couronnée, par allusion à son titre d'imprimeur du roi de France. Le Rouge conserve toujours cette marque, même lorsqu'il travaille pour d'autres que Vincent Commin. » — (2) Les Le Rouge de Chablis Calligraphies et Miniaturistes Graveurs et Imprimeurs. Etude sur les débuts de l'illustration du livre au xve siècle... Par Henri Monceaux Conservateur du Musée d'Auxerre... Paris, A. Claudin... 1896. (Gr. in-8, 2 vol. vn-3o8 et 332 p., 200 facsim. dans le texte et hors texte. B. N., 40 Lm3 2406).— (3) Tome I, pp. 455- 435. (4) a Chablis. Pour son exercice dans cette ville, voir le t. VI. de la Gallia Typogr. (Bourgogne). — (5) Op. cit., pp. 129 et suiv.
acheva l'impression en 1488, suivant notre manière de compter. Ces trois ouvrages avaient été sans doute précédés de plusieurs autres et de travaux particuliers pour les rois Louis XI et Charles VIII : on remarque en effet que le colophon des Quodlibeta est ainsi libellé : Impressaque Parisii arle magistri Pétri Rubei impressoris regii. Pierre Le Rouge était donc à cette époque pourvu déjà du titre d'imprimeur du Roi et il est impossible d'admettre qu'il lui ait été octroyé d'emblée, alors que Vérard attendait encore le brevet de libraire royal, dont il ne fut nanti que quelques années plus tard.
Quelles étaient exactement les fonctions de l'imprimeur du roi au quinzième siècle et de quelles prérogatives jouissait-il ? Il est impossible de le savoir tant qu'on ne connaîtra pas les lettres royales qui lui furent octroyées. Ce titre était-il purement honorifique ou comportait-il la charge de certaines impressions rétribuées par le Trésor royal ? Je penche pour la seconde alternative et je suis persuadé que Pierre Le Rouge eut, à raison de sa charge, à imprimer soit des ordonnances royales, soit des règlements pour le Parlement, ainsi qu'on en trouve la trace, pour une époque à vrai dire ultérieure1, mais qui laisse soupçonner qu'il a dû faire ce qu'un successeur inconnu a fait lui-môme.
Sans m'arrêter plus longtemps à ces considérations purement subjectives, et qui, je l'espère, trouveront un jour leur solution, je passe immédiatement à la production ' de Pierre Le Rouge, comme typographe. Je n'ai à entrer ici ni dans le détail des éditions qui lui ont été attribuées avec plus ou moins de raisons plausibles, ni dans l'examen des types qu'il a employés et des gravures qu'il a exécutées, tout cela a été fait par de savants spécialistes, tels que Claudin et H. Monceaux, auxquels il est indispensable de se référer ; je me borne pour ma part à constater qu'on ne connaît encore que onze ouvrages, en treize volumes, sur lesquels Pierre Le Rouge a
ii) Arrêt du Parlement du 7 mars 1499 (a. s.): « La Cour du Parlement a ordonné et ordonne à Nicolas du Pré, receveur des exploicts et amendes de ladicte Cour, bailler, paier et dellivrer à Gervais Coignard, libraire demourant à Paris, la somme de quarente livre parisis pour avoir, par ordonnance de ladicte Court, faict imprimer, baillé et dellivré au Procureur général du Roy, deux cens petits livres contenant les ordonnances faictes par le Roy tant sur le faict de la justice, de la police, que des monnoies et autres, affin d'estre signées séellées et envoyées aux juges et officiers des provinces de ce Royaume, pour icelles taire illec publier, garder et observer ensuyvant le commandement dudict Seigneur. » (A. N., XIA i5o5; f" 18 V.— B. \., Ms. fr. n. a. 8o35, fo i5.)
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apposé sa marque ou sa souscription. La marque de cet imprimeur, reproduite par Silvestre (nos 45 et 401) et dans les divers ouvrages déjà cités ci-dessus1, offre la représentation d'un rosier fleuri, dont la tige est ornée d'une banderole sur laquelle on lit: N. Le Rouge. Au dessus du rosier une fleur de lis surmontée de la couronne royale; en bas, un oiseau de chaque côté de la tige. A cette marque, Le Rouge a fréquemment adjoint sur les deux côtés un bois où sont gravés des lis avec leurs tiges (marque n°2).
Quant à l'œuvre de P. Le Rouge comme typographe, voici la description succinte de ce qu'on en connaît :
I. Guillelmi de Ockam, Anglici, or dinis minorum, qnodlibeta septem Theologicos adversus hereticos, ex emendatione Cornelii Oudendrick. — I11-4. 204 ff. à deux colonnes. Car. Goth. On lit, au f° 196, ire colonne: «Expliciunt Quotlibeta/venerabilis inceptorisGuil/lermi Ockam de ordine fratrum / minorum, Emendata dilige/ter per eximium virumCor/nelium oudendrick artiuma/gistrum & in sacra pagina li/centiatu. Impressaq. parisii/arte magistri Pétri Rubei im/ pressoris regii, Annodni/milli° quadringentesi0 octagesimoseptimo. die penultia mensz februarii.» Cf. Hain, Rep., III, 517 — H. Monceaux, I, p, 198 — Claudin, I, p. 456.
IL Bréviaire à l'usage de Paris. — In-8, 280 ff. à 2 col. de 34 1. Car. Goth. r. et n. — A la fin du Commun, on peut voir cette souscription : « Ce présent breviayre fut impri/me a Paris la mil. cccc. iiii xx. & viii / au moys de Septêbre pour Vincet co/min marchant libraire demourat / a Paris a la Rose en la rue neufve no/stre dame par pierre le rouge librai/re & imprimeur du roy nostre sire. » [Marque n° 1] Cf. Pellechet, 2906. — H. Monceaux, I, p. 201 — Claudin, I. p. 472.
KL La mer des hystoires. — Deux volumes gr. in-f°, à 2 col. de 50 lignes, avec chiffres et signatures. Gravures sur bois nombreuses et remarquables, près de 200, parfois répétées, T. I. , 12 ff. n. ch. et 257 ff. ch. Au f° 257 v°, on voit la marque de P. Le Rouge et on lit en dessous : « Ce premier volume fut achevé a / Paris par Pierre Le Rouge imprimeur / du Roy l'an mil iiij c iiij xx et vij ou / mois de juillet. »/ — T. IL, 8 ff. n. ch., 257 ff. ch. et 28 ff. n. ch. pour le martyrologe. Au dernier feuillet on lit : « Et sic est finis. J Ce présent volume fust achevé ou / mois de février pour Vincent Comin/ marchant demeurant a l'enseigne de la / Rose en la rue
(1) H. Monceaux et A. Claudin.
GALLIA TYPOGKAPHICA D^S
neufvede Nostre Dame / de Paris, et Iprime par maistre Pierre / Le Rouge libraire et imprimeur de Roy/ nostre sire. L'an mil cccc. iiij xx et VIII. »/Au dessous, marque n° i. — Cf. H. Monceaux, I, p. 226. — Claudin *, I, p. 457 et suiv. (nombreux fac sim.)
IV. Breviarium ecclesiœ eduensis. Pet. in-4 à 2 col. de 32 lignes. Car. goth. r. et n. Nombreuses vignettes et trois grandes gravures. 10 ,Ixxi, dix et ccxxxi ff., plus un feuillet portant la marque. On lit au f°23i v° : « Hoc opus prœclarum sub / reverendo et inclito presu/le Eduorù Anthonio de Ca/bilone no parvoiabore direc/tù atque castigatù p. mgtm / BufToti Canonicu / Eduen ac impesa Guiller/mi Seigneret mercatoris libra/rii pisi 1 hac publica forma / redactu extitit & finitu XXII / mensis Mail. Auno salutis / Millesimo quadringentesimo/ octuagesimonono. Orate/Spero. »/ — Cf. H. Monceaux, I, p. 232. — Claudin, I, p. 474.
V. Nicolas de Lyra. Exposition du Psautier en françois. Deux volumes pet. in-f°, à 2 col. de 40 lignes, avec notes latines en marge, titres courants, manchettes, gravures et bordures sur bois. Pas de gravures dans le 2e vol. Car. goth. — Tome I, 6 ff. prél. et CCXLIIIIfT. ch. Dans la Ie col. du f. ccxliiij, on lit : « Cy finist le premier volu/me du psaultier iprime par / Pierre Le Rouge libraire du/ Roy nostre sire. // Dans la deuxième col., marque de Le Rouge. - Tome II, 6 ff. prél. et CCXXVI ff. ch. On lit au recto du f. ccxxvi : « Cy finist la traslatio en fracoys / du postiile sur le livre des pseaulmes/ copose p ce vénérable & très excellët do/cteur en théologie de lordre des mi / neurs maistre nichole de lire imprime / a Pans par pierre le rouge libraire & im/ primeur du roy nostre syre. » Dans la 2e col. du verso, la marque de Le Rouge. — Cf. H. Monceaux, I, p. 237. — Claudin, I, p. 477.
VI. Albert de Saxe. Sophismata magistri Alberti de Saxonia. In-4, 112 ff. 11. ch.,sign. a-s. Car. goth. Le dernier f. porte la souscription: « Impressa parisi p. magistru / petru le rouge dni nostri régis / liberariu et impressore ad reque / sta duràdi gerleri cômoratis in / vico mathrinoru in intersignio / de lestrille
( 1 ) « Tout le monde, dit le savant libraire (I, p. 47 1 ), est d'accord sur le mérite artistique de La Mer des Histoires, qui passe pour le plus bel ouvrage français illustré du xv' siècle. Bien que plusieurs gravures soient répétées dans le corps des deux volumes, ce n'en est pas moins un véritable chef d'œuvre, si l'on se reporte à l'époque où ils ont paru. L'art du miniaturiste a passé ainsi d'un seul coup dans le domaine du livre imprimé. »
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faux veau. Anno/ dni mmo ccccimo octugesio no /no, duodecima decebris. »// Au dessous, la marque de Durand Gerlier. — Cf. Pellechet, 392. — Monceaux, I, p. 240 — Claudin, I, p. 474.
VII. Lucan, Suétone et Salluste en françois. In-f° à 2 col. 46 ff. n. ch. 201 ff. ch. et 4 ff. n. ch. Car. goth. 66 grav. sur bois. Au dernier f. n. ch., marque n° 1 et au dessous cette souscription: « Cyfinist Lucan Suetoineet Salu/ste en françoys. Imprime a Paris le XXIIe/ jour de décembre mil iiiiciiiixx et dix / par Pierre le Rouge libraire du Roy no/stre sire pour Anthoine Verard marchât/ libraire demourant a Paris sur le pont / Nostre Dame a lymaige sainct Iehan le/vangeliste ou au palays devant la cha/ pelle ou on chante la messe de Messeigneurs les présidens. » Cf. Monceaux, I, p. 246. — Claudin, I, p. 479.
VIII. Heures de la Vierge. Hore béate Marie Virginis ad usiim ecclesie romane. Gr. in-8 à 2 col. de 28 1., 98 ff. n. ch. sans sign. Car. goth. 58 figures sur bois. Au dernier f. v°, on lit cette souscription : « Cespntes heures a / lusaige de rome furet /achevées le neufvies/me iour de may mil cccc quatre vi'gs & XI par pierre lerou/ge libraire du roy pour / vincent comin demeu/rant a la rose en la rue /neufve devant nostre /dame de Paris.» Cf. Monceaux, p. 250. Claudin, I, pp. 457-458 et 481. Lacombe, Livres d'Heures, n° 23. — B.N., Vélins, 1493.
IX. UArtdebien mourir. In-f° k 2 col. 70 ff. n. ch., sign. Aij-ciij. Car. goth. Grav. sur bois dans le texte. On lit au dernier f. : « Finist le livre intitule lart de biê mourir i prime .p pierre le rouge imprimr du roy pour athoine Verard. » En dessous marque de P. Le Rouge. » — Cf. Pellechet, 1352. — H. Monceaux, I, p. 255. — Claudin, I, p. 482.
X. Martial d'Auvergne. Les très exécrables louanges de la benoîte Vierge Marie (en vers français.) In-8, 122 ff. de 26 1. à la page. Car. goth. Au dernier feuillet la souscription suivante : « Cy finissent les très exécrables louages / de la benoiste vierge marie composées par / maistre marcial dauvergne procure1" en par / lemet et furent achevées le viije iour de sep/tembre. mil quatrecc iiij.xx et douze par pier/re le Rouge. » — Cf. Monceaux, I, d. 268.
XI. Missale secundum usum tullensem. In-f° à 2 col. de 39 1. à la p. pleine, 8 ff. n. ch., 192 ff. ch. Car. goth. Impress. r. et n. Musique notée à la main sur filets rouges imprimés. Au f* 182 on lit la souscription : « Anno Tcarnationis dnice mil0 qua /dri° octua0 xii° Aprillis iii° q. insi-/ gne sacri missalis op9 more tullen. ï/star
correctissimi exêplaris ordina-/ tiï. In laudëgloriâsctë & idiuidue / trinitat. tociusq. celestis curie Tpres/sum Parisius per Magistrum pe / tru le rouge. / Ecusson du Chapitre de Toul. / Cf. Monceaux, I, p. 275. — Claudin, I, p. 485.
A partir de cette dernière impression, c'est à dire du mois d'avril 1493 (n. s.), on ne rencontre plus aucune trace de Pierre le Rouge à Paris et son atelier paraît avoir été fermé pendant quelque temps, mais bientôt son fils, Guillaume Le Rouge, vint l'y remplacer : il est donc problable que le patriarche des imprimeurs du roi a terminé son existence à cette époque.
Le Roy (Adrien ou Adrian) Imprimeur et libraire (1 551-1594).
Imprimeur du Roy pour la musique (1 553-1594).
Rue Saint-Jean de Beauvais, à l'enseigne de Sainte-Geneviève ; in vico Sancti Johannis Bellovacensis, sub intersignio divae Genovefes (1550-1560); — Même rue, à l'enseigne du Mont Parnasse (1 561-1594).
Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai déjà dit sur cet imprimeur, présenté plus haut dans la pleine activité de sa féconde association avec Robert I Ballard l. Excellent musicien, fort habile joueur de luth et de guitare, compositeur de musique et chanteur de la Chapelle du Roi, il est problable que c'est à lui qu'échut, dans la société Ballard-Le Roy, la partie technique des impressions musicales et la recherche des œuvres à publier, son beau-frère étant plus spécialement occupé de l'exécution matérielle de la typographie et des opérations purement commerciales de la maison.
On n'a guère de renseignements sur la personnalité d'Adrien Le Roy, mais ce qu'on sait positivement, c'est qu'il avait épousé Denise de Broully, fille de Jean, libraire, et de Marie Gaukhier -, qui lui avait apporté la maison de la rue Saint-Jean de Beauvais :{, où il installa avec Ballard son imprimerie musicale. Quant à la date de son décès, elle peut être fixée approximativement à l'année 1594, après laquelle son nom ne paraît plus sur aucune impression.
r) Voy. supra, pp. 63-69. — (2) Cf. P- Renouard, Doc, p. I) Ibid.
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Le Royer (Jean) [Royerius] Imprimeur, libraire et graveur (1560- 1575) Imprimeur du Roi pour les mathématiques (155 4- 1575). Rue Saint-Jacques, au Vrai Potier.
Fils de Louis Le Royer, libraire, et d'Agnès Sussevin *, Jean Le Royer semble avoir eu plus de goût pour la gravure que pour le commerce des livres : il avait même acquis dans l'exercice de cet art une renommée assez grande pour que, dès le commencement de l'année 1554 (n. s.), le roi Henri II ait cru devoir créer en sa faveur une nouvelle charge d'imprimeur royal, en précisant qu'il aurait pour principales fonctions de s'appliquer à l'impression et à la taille des figures de mathématique, négligées jusque là et même, disent les lettres de Sa Majesté, restées dans l'obscurité « par la faulte des ignares imprimeurs 2 ». L'initiative du roi est d'autant plus remarquable que Jean Le Royer n'était pas typographe ; il ne le devint même qu'en 1560, ou du moins, c'est à cette date seulement qu'il exécuta sa première impression, un livre de perspective de Jean Cousin 3, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même dans un avis au lecteur, que je crois devoir reproduire ici 4, parce qu'il cons-
(1) P. Renouard, Doc. p. 174. — (2) Lettres patentes du i3 février 1 553 (a. s.) Voy. Doc.n» 22. —(3) Livre / De Perspectiue de Iehan Cousin / Senonois, maistre Painctre à Paris./ [Marque] A Paris./ De l'Imprimerie de Iehan le Royer Imprimeur du Roy/ es Mathématiques./ i56o./ Avec privilège du Roy. (In-f°, y5 ff. n. ch. Sign. A-R par quatre. Front, gravé. Nombr. grav. de géométrie et d'architecture. B. N., F°V. 5o2.) — (4) Au verso du troisième feuillet : « L'Imprimevr av lectevr. Si pour mon commencement, Amy Lecteur, j'entreprens imprimer liures difficiles et de grands frais, cela ne me doit estre imputé à témérité ou folie, comme on faict communément à touts ceux qui ne suiuent l'opinion deprauee des bons mesnasgiers du temps présent, qui disent :
Qu'un chascun doit avec peu de despence Accquérir biens qui soient de grand'substance :
car par l'institution qu'on m'a donnée depuis mon jeune aage, j'ay toujours estimé que l'humaine félicité consistoit à s'employer pourle public : considérant plutost le proffit que la Republique pouuoit rapporter de nostre labeur, que l'acquisition des grans biens et trésors du monde. Ainsi aussi ont vescu touts ceux qui ont voulu suiure la vertu, comme toutes histoires nous tesmoignent: et moy les désirant imiter, selon la vacation en laquelle il a pieu à Dieu m'appeler : m'estant présenté par maistre Jehan Cousin (en l'art de Portraicture et Peincture non infime à Zeusis, ou Appelles) un liure de la pratique de Perspectiue, par luy composé, et les figures pour l'intelligence d'iceluy nécessaires, portraittes de sa main sus planches de bois : j'ay accepté laditte offre, et ay taillé la plus grand'part desdittes figures, et quelques unes qui auparauant estoient commencées par maistre Aubin Oliuier, mon beau-frere, les ay paracheuees, et mises en perfection, selon l'intention dudit autheur : sçachant que
GALL1A TYPOGRAPHICA 3^
titue un document intéressant pour l'histoire de l'imprimerie et, en particulier, pour la biographie de cet imprimeur du roi. On voit aussi par l'extrait de privilège, qui figure au dernier feuillet du même ouvrage, que, par lettres patentes du 31 décembre 1559, le roi François II avait confirmé ce typographe dans les prérogatives que lui avait octroyées Henri II.
L'année suivante, Jean Le Royer publiait deux ouvrages aussi rares que curieux, et recherchés à des titres divers : le premier est un traité de chirurgie céphalique de l'illustre Ambroise Paré, renfermant de nombreuses gravures d'anatomie et d'instruments chirurgicaux, évidemment exécutées par le typographe-graveur. La Bibliothèque Nationale possède un exemplaire tout à fait remarquable de ce livre : les initiales et les têtes de chapitres sont enluminées selon la méthode ancienne et les figures anatomiques et autres sont peintes d'après nature l. La marque de Le Royer qui orne le titre du volume présente une faute du graveur dans la transcription de la devise : au lieu de Stante et currente rota, on y lit Stante et currente pota, ce qui n'offre plus aucun sens. Le second ouvrage est moins important, mais il doit être cher aux bibliophiles, parce qu'il est entièrement imprimé avec des caractères de civilité, qui ne sont autres que les types de Granjon. On voit sur le titre, associé à celui de Le Royer, le nom d'un autre imprimeur, également célèbre dans l'art de la gravure 2, Philippe Danfrie, et je pense que c'est à lui
le présent Hure dônera instruction à un million d'hommes de bien portraire ' toutes choses après le naturel, sans travail de corps et d'esprit, ains plustost avec grand contentement qui procédera de la raison, que trouueras dans cest œuvre descritte... Je t'en pourrois dire d'auantage, n'estoit que par le liure cognoistras cent fois plus que je ne t'en pourrois descrire. Et si je cognois que ce mien premier coup d'essay te plaise, cela m'incitera d'imprimer choses non de moindre importance et proffit. Par quoyà fin que m'excuses, me recommanderay à tes bonnes grâces, et ce présent liure aussi, lequel s'il te plaist, corrigeras à l'endroit où trouveras faute, sans aucunement murmurer ne mesdire de ceux qui l'ont miz en lumière. Et prieray Dieu, Amy Lecteur, te donner ce qu'en luy tu désires. »
(1) La / Méthode Curatiue des Playes, et / Fractures de la Teste humaine./ Auec les pourtraits des Instruments nécessai/res pour la curation d'icelles./ Par M. Ambroise Paré Chirurgien or/dinaire du Roy, & Iuré à Paris./ [Marque n° 1] A Paris./ De l'Imprimerie de Iehan le Royer. Imprimeur du Roi en / mathématiques, demeurant en la rue S. Iacques à/ l'enseigne du Vray Potier, près les Mathurins./ Avec privilège dv Roy./ 1 56 1 . (Pet. in-8, 12 ff. n. ch., 276 ff. ch. I à cclxxvi, 1 i ff. n. ch. pour la ta. et 1 f. pour le Priv. donné à Amb. Paré le 8 octobre 1 559. A la fin : Acheué d'imprimerie 28 iour de Feurier. i56i. » B. N., Rés. Te672.) — (2) Harangve / de Sainct Basile / le Grand a ses ievnes dis-/ciples & neueux, quel proffit ils pourront recueil-/lir de la lecture des liures
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qu'on doit attribuer l'impression du livre, en raison même de l'emploi des caractères de civilité, dont l'inventeur lui avait concédé l'usage.
Je ne sais pas si Le Royer appartenait à la religion réformée, ainsi que certains auteurs l'ont affirmé, mais ce qui n'est point douteux, c'est qu'il faisait plus ou moins ouvertement commerce de livres réprouvés et censurés comme contraires à la foi catholique et que, vers 1561, sur ordonnance du Parlement, la saisie d'un grand nombre d'ouvrages hétéroxodes avait été opérée dans sa boutique. Ces faits résultent d'une requête introduite en Parlement, l'année suivante, par Jérôme de Marnef, qui, pour aider Le Royer à s'établir, lui avait confié plusieurs volumes « bons catholiques et non suspects d'hérésie ». Ces ouvrages s'étant trouvés vendus ou immobilisés par la saisie, de Marnef, craignant de perdre la marchandise ou de n'en être pas payé, suppliait la Cour d'ordonner les mesures propres à concilier ses intérêts avec les rigueurs de la justice ce qui lui fut accordé par un arrêt du 5 septembre 1562 *.
Grecs des autheurs pro-/fanes, Ethniqes et Payens Traduite de Grec/ en nostre Langue :/Par/ Claude de Pontoux, de Chalon/sur Sône./ Déclina a malo, et fac bonum. Psalm./ [Marque n° 2] A Paris/ Par Jehan le Royer Imprimeur du Roy, Phi-/lippe Danfrie, et Pierre Hamon, au/ Vray Pottier./ Auec priuilege du Roy M.VIxi. (In-8, 19 ff. n. en., sign. A-C par quatre. Car. de civilité. B.N., Rés. C. 4860.)
(1) « Du cinquiesme septembre i5Ô2. Sur la requeste présentée à la Cour par Hiérosme de Marnef, libraire juré en l'Université de Paris, par laquelle attendu que par l'exhibition du Papier-Journal duditde Marnef apparoissoit de la délivrance par luy faitte depuis un an ou environ à Jean ie Royer, aussy libraire en ladite Université, de plusieurs livres mentionnez et déclarez au mémoire attaché à ladite requeste pour lever et dresser par ledict Royer banc ou bouttique de libraire, attendu que les livres ainsy baillez et prestez audict le Royer par iceluy de Marnef sont bons catholicques et non suspects d'aucune hérésie, requéroit ledict demandeur main-levée desdicts livres, qui, de l'ordonnance de la Cour, ont esté saisis sur ledict le Royer, trouvé chargé et saisy d'autres livres réprouvez, contraires à la foy catholicque et censurez, estre faitte à iceluy demandeur et ou s'en trouveroient aucuns mentionnez audit mémoire et papier-journal et délivrez audict le Royer avoir par luy esté vendus et débitez, le nombre d'iceux livres ainsy prestez et baillez audict le Royer estre remply d'autres bons livres sur luy saisis et à luy appartenant de pareille valeur et estimation que ceux qui ont esté vendus appartenans audict de Marnef. Veu par ladicte Cour ledict mémoire signé d'iceluy de Marnef, la certification d'un Docteur en Théologie contenant que lesdicts livres désignez audict mémoire sont bons et de doctrine catholique, après que le Procureur général a déclaré qu'en vériffiant par ledict de Marnef lesdicts livres luy appartenant, il n'empeschoiticeux luy estre rendus, et tout considéré./ La Cour ayant esgard à ladicte requeste a ordonné et ordonne que serment sera préala-
Il paraît évident qu'à ce moment-là, Le Royer n'était pas à Paris puisque le Parlement au lieu de statuer par un arrêt contradictoire, ordonne que Jérôme deMarnef attestera par serment la véracité de ses dires. Or, si l'on rapproche de cette circonstance une autre décision de la Cour, analysée déjà par P. Renouard ' et par laquelle il apparaît que tous les meubles de cet imprimeur du roi avaient été saisis; si l'on considère que ses presses se ralentissent au point de ne plus fournir qu'une seule impression en 1575 "2, il ne semble pas trop osé de croire qu'il quitta définitivement Paris vers cette époque. Son absence est confirmée en 1577, par la procuration qu'il donnait, le 4 décembre, à son beau- frère et ancien collaborateur, Aubin Olivier, graveur et conducteur des engins de la Monnaie de Paris, pour passer un titre nouvel d'arrentement sur la maison du Pot d'Étain, où il avait exercé son art3 et qui, avec d'autres immeubles qu'il possédait, avait sans doute échappé au séquestre dont les biens des fugitifs étaient frappés, par suite de ce fait probable que sa femme, Louise Noisieux, dite d'Aussonne 4, était restée à Paris avec ses enfants.
L'imprimeur du roy ès-mathématiques, — il conserva toujours ce titre honorifique, bien qu'il n'exerçât plus et qu'il eut été remplacé dans ces fonctions, vers 1575, par Pierre Le Voirrier ou Jean Jamet Mettayer, — avait, paraît-il, trouvé un refuge à Genève ;
blement faict par ledict Marnef devant l'un des huissiers en icelle de la vérité du contenu au mémoire avec ledict papier-journal et collation faitte d'iceux seront rendus audit de Marnef avec les livres contenus au Mémoire et papierjournal par luy baillez audict le Royer, et sy nombre d'iceux n'est complet jouxte et conformément audict mémoire et papier-journal, luy en seront baille/ et délivrez d'autres bons et non suspects de ceux qui ont estes saisis sur ledict. le Royer et à luy appartenans, de pareille valleur et estimation que ceux qui se trouveront défaillir du nombre et quallité portez audict Mémoire et papier-journal et avoir esté vendus par ledict le Royer, en quoy faisant en sera et demeurera déchargé envers tous celluy en la garde duquel lesdicts livres saisis ont estes mis et baillez. » (A.N., XiA ^03, f° 366. — B.N., Ms. fr. n. a. 8061, f° 620 v°.)
1 1 ) Documents, p. g3 — (2) Iofranci / Offvsii Germani/ Philomatis, de divi/na Astrorum facultate, In laruatam Astrologiam. / Ad /Serenissimam Christianissimamq Galliae/ Reginam./ Quod pauci intelligent, multi reprehendent. [Grande marque du Potier et en bas la devise : Sola...] Parisiis,/ Ex Typographia Iohannis Royerij in Mathematicis/ Typographi Regij./ 1570./ Cum Priuilegio. (ln-4 7 ff. ch. et 1 n.ch. pour l'Index qui se termine par ces mots : « Absolvtvm annoDomini millesimo, quingentesimo, septuagesimo, Die vero vigesimaseptima Nouembris. » Figures de géométrie et tableaux dans le texte. B. N., V. 1906.) ~ (3) Cf. P. Renouard, Doc, p. 174.- (4) Ibid.
352 GEORGES LEPREUX
il y avait embrassé, croit-on, la profession d'apothicaire1 et y mourut dans les dernières années du xvie siècle.
Il est fort regrettable que Jean Le Royer ait abandonné prématurément la typographie : à en juger par ses débuts, on peut supposer qu'il aurait acquis une grande notoriété et brillé d'un assez vif éclat; les ouvrages cités plus haut en font foi, mais je ne reviens à eux que pour rappeler la marque typographique dont ils sont ornés et dont la reproduction a été donnée par Silvestre (nos 916, 1046 et 1147). Cette marque en format plus ou moins grand, représente le Christ devant un tour à potier ; on y lit en haut ou en bas la devise : Stante et currente rota, ou cette sentence : Sola Dei mens, Justitiœ Norma.
Le Voirrier (Pierre) Imprimeur (1575-1587). Imprimeur du Roy pour les mathématiques (1 575-1 587).
Rue Saint-Jacques, à l'Ecu de la Bourgogne.
Bien qu'au dire de La Caille, Pierre Le Voirrier ait été l'un des plus habiles imprimeurs de son temps, ce que je ne conteste pas, on manque absolument de renseignements sur lui et il est fâcheux que ce typographe du roi n'ait pas pris plus de souci de s'assurer la place qui lui revient dans la mémoire de la postérité. Ses productions sont à peine connues, car il ne les a généralement pas signées ; sa qualité même d'imprimeur du roi pour les mathématiques ne résulte d'aucun document officiel connu ; on ne sait même pas au juste quand il commença à imprimer.
Un pénible labeur, c'est-à-dire la recherche et la confrontation de toutes les impressions non signées de 1570 à 1590 au moins, permettrait seul d'identifier et de classer son œuvre. Je n'ai pas rencontré deux des ouvrages que La Caille lui attribue4 mais je peux décrire un autre volume que cite le même auteur :
Appian Alexandrin, historien grec, des Guerres des Romains liures XL traduicts en François par feu maistre Claude de Seyssel, premièrement Euesque de Marseille, & depuis Archeuesque de Thurin : reueuz & corrigez. Plus y sont adioustez deux liures, nouuellemeut traduicts de Grec en François, par le Seigneur d'Auenelles. Le contenu en ce liure est enseigné en la page suiuante. [Marque de G.Jullien,
(1) P. Renouard, Doc, p. 174. — (2) Hist. de l'impr., p. 162.
Typus Amicitiae]. Chez Guillaume Iullian, près le Collège de Cambray, à l'enseigne de l'Amitié. M.D.LXXX. [A la fin:] A Paris,/ De l'Imprimerie de Pierre le Voirrier. Imprimeur du Roy es-Mathématiques. 1580. (In-8.,2off. n. chc, 496 ff. ch. B. N., J. 12490.)
On dit que Le Voirrier n'exerça pas au delà de Tannée 1584 *, voici pourtant un livre qu'il a exécuté pour Pierre L'Huillier, en 1587 :
Psalmi / Davidis / vvlgata editione, / calendario hebraeo, syro,grasco, latino, / argvmentis et commentariisgenvinvm et prima-/ rium Psalmorum sensum, Hebraïsmos que locupletiùs, quam/ priore editione aperientibus, / a G. Genebrardo TheologoParisiensi, /diuinarum, Hebraïcarumque literarum professore Regio instructi. / Tertiaeditio. / [Grande marque de L'Huillier n° 1] Parisiis, / Ex officina P. l'Huillier, via Iacobasa, sub signo Oliuas. / M.D.LXXXVIII. Cvm privilegio Régis. [A la rin : Excudebat Petrus le Voirrier, in Mathematicis Typographus Regius, Parisiis, tertio Calend. Nouemb. Anno Domini millesimo quingentesimo octuagesimo septimo. (In-f°., Titre r. et n.,48op. ch. Priv. à l'Huillier, marchand libraire juré, du 28 août 1586. B.N., A. 1053.)
Il y a tout lieu de penser que ce n'est point là l'œuvre dernière de cet imprimeur du roi et par conséquent les dates extrêmes de son exercice ne peuvent être considérées que comme provisoires, faute de mieux,
L'Huillier (Pierre) Allas Luillier. [Lullerius]. Libraire à Paris (1 566-1 588), à Blois (1589), et imprimeur à Saint-Denis (1590- 1594) et à Paris (15 94-1 6 11). Libraire et imprimeur ordinaire du Roi (1 594-161 1) Rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Coquille (1566); — même
rue, à l'enseigne de l'Olivier ; via Jacobasa, sub signo Olivas
(1 566-1 589); — au Mont Saint-Hilaire, à la Cour d'Albret,
ou prés les Carmes (1594-161 1).
(i)Voy. notamment P. Renouard, Impr. Paris, p. 245.
354 GEORGES LËPREUX
De même que les historiens de l'imprimerie ont fait deux Sébastien Cramoisy d'un seul et même homme, de même ils ont dédoublé Pierre L'Huillier et eu ont tiré un Pierre I, qui aurait exercé jusque vers 1602 et un Pierre II, reçu imprimeur et libraire du roi en 1610. L'erreur provient de La Caille et elle a été répétée depuis avec une persévérance déroutante par les meilleurs historiens de la spécialité. Il n'y a eu qu'un seul Pierre l'Huillier, cela n'est pas douteux, ainsi qu'on le verra par la suite de cette notice, et son exercice s'est prolongé jusqu'en 161 1, ou plutôt l'on trouve encore à cette date des impressions sorties de ses ateliers, bien qu'il eut cessé d'exister en 16 10.
Pierre L'Huillier ne fait son apparition dans l'histoire de l'imprimerie qu'en 1566, après avoir épousé, dans les derniers mois de l'année 1565 4, Marie de Roigny. fille de Jean, imprimeurlibraire, et de Jeanne Badius, propre tille de Josse Badius 2. Il s'installa dans une maison de la rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Coquille, 3 mais il remplaça a très bref délai cette enseigne par celle de l'Olivier, qui offre une allusion évidente à son nom de famille ''. Très satisfait probablement de ses débuts, P. L'Huillier passa, le 24 juilllet 1568, un bail de neuf ans pour le même local, moyennant un loyer annuel de 180 livres tournois 3.
L'exercice de cet imprimeur du roi se partage en deux périodes bien distinctes : pendant la durée de la première, qui va de 1566 à 1589, il fut simplement libraire ; pendant le cours de la seconde, il cumula cette proression avec celle de typographe. Il était nécessaire de faire cette distinction, parce que P. L'Huillier a toujours été présenté jusqu'ici comme typographe et libraire dès
(i)Son premier enfant, d'après La Caille (ex. annoté, B. N., Ms, fr. 22 io3. f" 1 36} naquit le ior septembre 1 566 : c'est le prétendu Pierre il L'Huillier. — (2) Ibid. — (3) De la vraye, / realle et corpo-/ relie présence de / Jésus Christ au Sainct / Sacrement de /l'Autel / Contre les fausses opinions, & modernes Hère- / sies, tant des Luthériens, Zuingliens, & Westphaliens, que Caluinistes. / Par M. Edmond Avger, de / la Compagnie, de Iesvs... // A Paris, / Chez Pierre L'Huillier, rue S. Jacques, / à l'enseigne de la Coquille. / M. D. LXVI./ Avec privilège. (In-8. 238 p. ch. B. N-, D. 24.403). — (4) Liber / de regno / dei, de qvo christvs / loqvvtvs per dies / quadraginta, / Per F. Melchiorem Flauium mino- / ritam Theologum & Euan- / geliscum concionatorem... [Marque n° 1] Parisiis, Oliua Pet. l'Huillier, via Jacobaea. i566. Cum priuilegio Régis. [A la fin] : Excvdebat Parisiis Annetus Briere typographus, stipendis non. viri Pétri l'Huillier Bibliopolae : Ann. Do. M. D. LXVI, Idibus Nouemb. (ln-12. 128 ff. ch., 3 ff. n. ch. au commencement et à la fin. B. N., D. 11.882). — (5) Cf. P. Renouard, Doc, pp. 176-177.
l'instant de ses débuts ; or, il est facile de démontrer l'inexactitude de ce dire : de 1566 à 1589, en effet, on ne le trouve jamais que qualifié marchand libraire et les livres qui sortirent alors de son officine portent souvent à leur dernière page Yexcndebat de quelque imprimeur : Annet Brière 4, en premier lieu, et ensuite, Jean Le Blanc. Un grand nombre de ses productions n'a pas, il est vrai, de signature d'imprimeur, mais il suffit de confronter ces ouvrages avec ceux qui sont signés pour se convaincre que tous ont été exécutés par l'un ou l'autre de ces imprimeurs. Un arrêt du Parlement, du 7 décembre 1 571, est d'ailleurs instructif à cet égard, puisqu'il est rendu h. la requête de Jean Le Blanc et de Jean Bienné, imprimeurs, en compagnie de Jacques Dupuis, Pierre L'Huillier et Guillaume Chaudière, libraires jurés, qui avaient avec les premiers des traités d'impression pour plusieurs ouvrages, dont ils demandaient tous ensemble de pouvoir poursuivre le parachèvement, sans être tenus d'observer à l'égard des compagnons, les prescriptions de l'édit sur la réformation de l'imprimerie donné à Gaillon au mois de mai précédent 2.
Ceci élucidé, il y aurait grand intérêt à étudier d'un peu près la production de ce libraire, mais, outre que cela pourrait mentraîner fort loin, je ne suis pas bibliographe et je le regrette. Il m'est permis tout au moins de remarquer que, soit par suite de ses convictions personnelles, soit dans l'intérêt de ses affaires, P. L'Huillier sut pratiquer dans des temps troublés la politique du juste milieu, en se tenant aussi bien à l'écart des excès des ligueurs que de ceux du parti contraire. Fidèle avant tout à la cause royale, dès que la journée des barricades eut décidé Henri III à se réfugier à Chartres, puis à Blois, L'Huillier n'hésita pas à rejoindre la cour dans cette dernière ville : il y rencontra Jamet Mettayer et plusieurs autres de ses confrères, mais c'est avec le premier qu'il fraya surtout, ainsi que l'attestent nombre d'impressions exécutées là sous leurs noms géminés 3. Toutefois, quand au bout de quelques
(1) Voy. note 4 ci-contre. — (2) Voy. Doc. n° 5j. — (3) Voy. par exemple : Oraison / fvnebre faicte avx obsèques de la Royne / mère dv Roy. / Par/Messire Regnault de Beaune Patriarche, & Arche / uesque de Bourges, Primat d'Aquitaine, En pre/sence du Roy, de la Royne, de Madame la Princesse/ de Lorraine, des Princes de Bourbon, Cardinaux, / Ambassadeurs, Prélats & autres Seigneurs &/ Dames, à Blois le iiij jour de Feuricr, 1589. / [Fleuron] A Bloys. / Pour Iamet Mettayer Imprimeur du Roy, / & P. l'Huillier Libraire Iure. /
OSO GEORGES LEPREUX
mois, le roi se rendit à Tours, L'Huillier ne l'y suivit pas : il s'était attaché à la fortune d'Henri de Navarre. Pour mieux servir ce prince, il prit la détermination de se faire imprimeur et, ne pouvant rentrer à Paris, il s'établit à Saint-Denis, où ses presses ne furent occupées qu'à la propagation de la bonne parole en faveur du Béarnais. Les impressions de L'Huillier à cette époque sont tantôt datées de Saint-Denis * et tantôt sans indication de lieu 2, tantôt encore elles offrent des noms de ville supposés, de Melun notamment 3.
P. L'Huillier rentra dans Paris, en même temps que le roi Henri IV et, peu de jours après cet événement, lui, qui n'avait encore que le titre de libraire du roi, fut pourvu de celui d'imprimeur de Sa Majesté et adjoint à Jamet Mettayer et à Fédénc II Morel, pour exercer cette charge « à communs fraiz, profiz, et gaiges », par un arrêt du Conseil d'État du 20 avril 1594 4. Le même arrêt stipulait que les trois typographes pourraient imprimer tous les arrêts, déclarations, édits et ordonnances du Conseil et du Parlement, mais il leur défendait de le faire l'un sans l'autre ; aussi voit-on, à partir de ce moment, toutes les impressions officielles revêtues de leurs trois noms, sans qu'il soit possible, autrement que par une étude comparative et très minutieuse de leurs
M.D.LXXXIX. / Auec Priuilège du Roy. (Petit in-8, 54 p. ch. B.N., Lb« 826.) Cf. aussi : P. Porcher, Notice sur les imprimeurs et libraires blésois... (Blois, 1895, in-16), pp. 70 à 83.
(1) Voy. entre autres : A./ Epistre envoyée par M. Claude de Morenne, curé de S. Mederic, aux catholiques de la ville de Paris./ A S. Denys en France./ Chez P. f'Huillier, libraire ordinaire du Roy./ M.D.XCIII. (In-8 24 p. ch. BVP. Rec. Valençay, t. L, n" 800). — B. / Déclaration / dv Roy svr la / fin de la trefve / [Arm. de France et de Navarre] AS, Denys en France./ De l'imprimerie de P. l'Huilier, / Libraire ordinaire du Roy./ 1594/ Auec Priuilège de sa Majesté. In-8 41 p. ch. B.N., Ms. fr. n. a. 7776 (Fontanieu, 421), f" 413-438. — ;2) Voy. notamment : A. / Advis / avx françois, / sur la déclaration / faicte parle Roy, en l'Eglise de S./ Denys en France, le XXVe / iour de Iuillet, 1 5g3. [Vignette typographique] M.D. XCI1I. (Pet. in-8, 37 p. ch. B. N., Ms. fr. 3984, f° 201.) — B. / Cl. de Morenne, ecclesiae D. Mederici parochus, Jac. Juliano, ecclesiae S. Lupi et Egidii parocho, s. (In-8 S. d. [i5g3] i5 p. ch, B.V.P., Rec. Valençay, t. L, n° 799.) — (3) Voy. : Lettre escrite par les depvtez des princes,/ Officiers de la Couronne, & autres Seigneurs catholiques / qui recognoissent le Roy, pour la Conférence / faicte à Suresne, & autres lieux / Avx depvtez de l'assemblée / qui est de présent à Paris, du XXIII. / Iour de Iuing, ï5q3. [Armes de France et de Navarre, deux couronnes au dessus et une en dessous] A Melvn./ M.D.XCIII (Petit in-8, 34 p. ch. B.N., Ms. fr. 3984, f 72.) — Il ne faut pas confondre les impressions de L'Huillier avec celles faites à Melun, à la même époque, par Claude Bruneval. — (4) Voy. Doc. n' 74.
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typographies respectives, de faire la part de ce qui appartient en propre à chacun d'eux. Quelques impressions portent cependant la souscription exclusive de l'un ou de deux d'entre eux, mais cela n'empêchait pas qu'elles fussent faites pour le compte de la communauté.
A la mort de Jamet Mettayer, dans les premiers jours de l'année 1605, L'Huillier sollicita le roi de consacrer par de nouvelles lettres patentes la décision rendue par le Conseil en 1594, en limitant à deux le nombre des imprimeurs de Sa Majesté. Des lettres du 12 février 1605 lui donnèrent satisfaction sur ce point1 et elles ont l'avantage de démontrer de la façon la plus évidente, que leur bénéficiaire est bien le même Pierre L'Huillier, que celui de 1594 et par conséquent, que celui établi à Paris dès 1566, qu'on retrouve au début du xvne siècle exerçant la même charge d'imprimeur du roi ; il touchait alors au terme de sa carrière et il allait disparaître quelques années plus tard, presque en même temps que le souverain qu'il avait servi avec tant de dévouement. P. L'Huillier décéda en effet vers la fin de l'année iéio, car non seulement il ne figure plus à partir de cette époque sur la recette des deniers de la Confrérie de Saint-Jean l'Evangéliste, mais encore son nom paraît pour la dernière fois à côté de celui des deux autres imprimeurs de sa Majesté, sur une impression officielle faite par ces derniers au début de 161 1 "2. De son mariage avec Marie de Roigny, il avait eu plusieurs enfants que La Caille énumère comme suit : « Pierre, né le Ier septembre 1566 ; Charles né le 22 septembre 1567; Geneviève, née le 31 juillet 1569; Jean, né le 15 juin 1572; Louis, né le 28 may 1574; Marc, né le 7 décembre 1575 ; Michel, né le 3 may 1577; Marie, née le 19 juin 1578; François, né le 12 avril i58o3».Je n'ai pas connaissance qu'aucun d'entre eux ait suivi la carrière paternelle.
On dit que c'est à cet imprimeur du roi que l'on est redevable de la distinction des lettres U et V, I et J, voyelles et consonnes : je n'en crois rien pour ma part, car j'ai pu constater qu'il a toujours et partout indifféremment employé les unes et les autres. Il est facile d'ailleurs de s'en rendre compte par l'examen des livres qut j'ai déjà cités et de ceux dont il me reste à dire un mot, en dépit de mon intention bien arrêtée d'être bref en fait de bibliographie. Je
(1) Voy. Doc. n° 84. — (2) Cf. les Actes Royaux, in-8e B.N., F. 46923, pièce 11. — (3) Exempl. annoté, B.N., ms. fr. 22io3, f° 1 36.
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ne peux pourtant passer sous silence la querelle qu'André Chevet, cosmographe du roi, chercha à P. L'Huillier au sujet d'une phrase insérée par François de Belleforest, dans son Histoire des neuf rois Charles1. A la page 639, Belleforest s'exprimait ainsi : « Or iaçoit que i'aye très amplement discouru de ceste Isle [Malte] en une Cosmographie par moy faicte à la requeste d'André Theuet, de laquelle s'il se dit Autheur, chacun sera aduerty, que le nom et l'honneur m'en seroit dérobbé, que y ay employé mon temps et estudeet recollection des bons autheurspour l'ornernentd'vn si grand œuvre : quoy que donc i'en aye parlé en ce liure, si est-ce que pour cela ie ne resteray d'en esplucher icy quelque chose pour le contentement du lecteur, et ornement de l'histoire... » Se jugeant diffamé par ce passage, André Thevet ne demandait rien moins que de faire saisir tous les exemplaires de l'ouvrage, ainsi que cela résulte d'un arrêt du Parlement du 17 août 1568 2, mais il est
(1 ) L'Histoire / des nevf roys / Charles de France: contenant la for-/tune vertu, et heur fatal des Roys, / qui sous ce nom de Charles ont mis / à fin des choses merueilleuses. / Le tout comprins en dix-neuf liures, avec la table sur / chacune histoire de Roy. / Par François de Belle-Forest Commingeois. / [Marque n° 1] A Paris, /A l'Oliuier de P. L'Huillier, rue S. Iacques. / i568. / Auec priuilege du Roy. /[A la fin:] Imprime a Paris par Iean Le Blanc, pour Pierre L'Hvillier. (In-f». 5 ff. n ch. dont un blanc, 684 p. ch., 19 ff. de ta. n. ch. B.N., Lb3:îi.) L'achevé d'imprimer est du i5 juillet 1 568 ; le privilège à P. L'Huillier du ier août 1 566. —(2) Du 17e aoust 1 568. « Veue par la Court la requeste à elle présentée par M' André Thevet, cosmographe du Roy, tendant par icelle à ce qu'il luy fust permis faire saisir, arrester et mettre en main tierce toutes les feuilles du livre faict par un nommé frère François de Belleforest, Religieux, intitulé: Les Neuf Roys Charles, contenans plusieurs injures et propos scandaleux contre l'honneur dudict suppliant, qui seroient trouvez entre les mains de Pierre L'Huillier imprimeur d'icelle, ensemble les livres que l'on trouveroit tant d'une part que d'autre qui estoient jà reliez et cependant et jusques ad ce que autrement par la dicte Court fust ordonné sur l'appel pendant en icelle de certaine sentence donnée par le lieutenant criminel du Chastelet de Paris entre les dictes parties, que deffenses fussent faictes audict Lhuillier et autres de n'en plus imprimer ne débiter sur peine d'amende arbitraire et punition corporelle et que pour avoir par ledict de Belleforest mis et couché les dicts mots scandalleux audict livre et ledict Lhuillier pour les avoir imprimez, vendus et débitez, mesmes depuis le procès intenté par devant ledict Lieutenant criminel du Chastelet et promesse par eux faicte de ne les plus imprimer et débiter, ils fussent condamnez à faire amande honorable et en chacun mil livres parisis un seul et pour le tout applicables aux pauvres ou bien sur ce ordonner que les dictes parties viendront plaider au premier jour. Veues les conclusions du Procureur général du Roy sur ce et tout considéré. / La dicte Court ordonne que les parties seront ouïes au premier jour sur leurs differens et cependant a icelle Court faict inhibitions et deffenses à l'imprimeur de passer outre à l'impression du feuillet six Cens trente neufiesme et aux libraires de l'exposer en
GALLIA TYI'OGKAPHICA 35q
probable qu'il n'obtint pas gain de cause, puisque tous les exemplaires connus de ce livre contiennent le passage incriminé.
D'autres registres du Parlement renferment encore des arrêts concernant P. L'Huillier et sa production : j'indique notamment l'arrêt du 21 avril 1584 4, qui enregistre le privilège que cet imprimeur du roi avait obtenu pour la publication d'un curieux ouvrage de Guillaume de Saluste2; un autre du 15 mars 1596 3 ponant enregistrement de lettres patentes de Henry IV, en
vente sur peine d'amande arbitraire et à l'autheur de le faire ou parfaire d'imprimer sur mesme peine jusques à ce que par la Court autrement en ayt esté ordonné et sera ladicte feuille saisie et apportée au greffe par un des huissiers. » (A. N., XIa 1623, fu 487. — B. N., Ms. fr. n. a. 8068, f° 482).
(1) Du 216 jour d'avril 1584. « Veues par la Cour les lettres pattentes du Roy données à Paris le septiesme jour d'avril mil cinq cens quatre vingt quatre soubzsignées par le Roy en son Conseil, Hubert, obtenues par Pierre Lhuillier, marchand libraire juré en l'Université de Paris, par lesquelles ledict seigneur luy donne permission et privilège de pouvoir imprimer ou faire imprimer un livre intitulé La Seconde Sepmaine ou Enfance du Monde, composé par Guillaume de Saluste, sieur de Castas, baron de Coulogne, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy de Navarre, en telle marge et caractère et tant de fois que bon semblera audict suppliant ; icelluy liure vendre et débiter durant le temps et terme de dix ans à compter du jour que ledict livre sera parachevé d'imprimer, avec deffences à tous libraires et imprimeurs d'icelluy livre imprimer ne faire imprimer, vendre ne débiter en ceste ville ou ailleurs, sinon du gré, vouloir et consentement dudict impétrant sur les peines portées par les dictes lettres, — la requeste présentée par ledict Lhuillier tendant à la vérification des dictes lettres et certiffication des docteurs en Théologie qui ont veu ledict livre cy-attaché, — et tout considéré. / La dicte Cour en entérinant les dictes lettres a ordonné et ordonne que ledict impétrant jouira de l'erTect etcontenu en icelles. » (A. N., X,A i685, f» 3g. — B. N., Ms. fr. n. a 8o85, f° 154.) — (2) La seconde / semaine / de G. de Salvste seignevr / dv Bartas. / Reueue par l'Autheur. / Av Roy de Navarre. / [Marque n" 2]. A Paris, / A l'Oliuier de P. l'Huillier, rue S. Iacques. / Avec privilège du Roy. / (In-4, 4 ff. n ch. slti, 104 ff. ch. 2 ff. n. ch. B. N. Rés. Ye 53g. L'achevé d'imprimer est de « Septembre M.D.LXXXIIII. » On remarque parmi les pièces liminaires une pièce de vers français adressée à l'auteur par H. Estienne et des vers latins au même, signés: « Federicus Morellus P[rofessorj T[ypographus] R[egius] » — (3) Du XV0 mars ibçô. « Veu par la Cour les lettres pattentes du Roy données à Paris le iel' mars dernier signez par le Roy en son Conseil, De la Grange, et scellées, obtenues par Sébastien Nivelle, Guillaume Chaudière, Guillaume De La Noue, Michel Sonnius, Jean Corbon et Claude Cappelle [sic, pour Chappelet], tous libraires en l'Université de Paris, par lesquelles ledict Seigneur leur permet, ensemble à Jamet Mestayer et Pierre Lhuillier, ses imprimeurs et libraires ordinaires, associez à présent avec eux, vendre et débitter tous les Bréviaires, Missels, Diurnaux, Offices et Heures reveus, corrigez et arrestez aux derniers Conciles de Trente, vendus par la vefve Jacques Kerver et ses enfans, et ceux qu'ils en ont imprimez en vertu des privillèges des Saincts Pères et des feuz Roys Charles et Henry derniers déceddez dans le temps de deux ans et outre leur permet vendre et débiter
36o GEORGES LEPREUX
vertu desquelles Jamet Mettayer et Pierre L'Huillier entrèrent, de par la volonté royale, en participation avec la Société des Usages, qui avait succédé aux privilèges de Jacques Kerver pour l'impression des livres liturgiques édités en conformité des prescriptions du Concile de Trente1 ; enfin, deux arrêts des 26 avril 1597 2 et Ier septembre 1600 3 qui concernent les œuvres juridiques de Louis Carondas le Caron.
ceux desdicts Bréviaires, iMissels, Diournaux, Offices et Heures de la nouvelle réformation de nostre sainct père le Pappe et autres, l'espace de dix ans, assavoir ceux qui seront des volumes appeliez in-folio, carto, et decimo-sexto seullement, sans imprimer les petits Bréviaires appeliez in-trente-quatre que le dict Seigneur a permis imprimer, vendre et débiter, à tous autres imprimeurs et libraires, avec deffences à touttes personnes pendant ce temps d'en imprimer, vendre et débiter aucuns, comme il est plus amplement porté par les dittes lettres. Requeste présentée à ladicte Court par lesdicts Nivelle, Chaudière, De La Noue, Sonnius, Corbon, Cappellet, Mestayer et L'Huillier, tendante afin de vériffication desdites lettres, — Conclusions du Procureur Général du Roy, et tout considéré. / Ladicte Cour a ordonné et ordonne que lesdites lettres seront registrées ez registres d'icelle, ouy le Procureur général du Roy, pour jouir par les impétrans de l'effect et contenu en icelles. » (A. N., XIA 1742, f° 1 37 v°. — B. N., Ms fr. n. a. 8094, f° 145 v°).
(1) Voy la notice de cet imprimeur dans le tome II de la présente série. — (2) Du XXVIe avril 1597. « Veu par la Cour les lettres pattentes du Roy données à Paris le quatorziesme de ce mois, signées, Henry, et plus bas, parle Roy, Potier, et scellées, par lesquelles inclinant à la supplication de Pierre L'Huillier et Jamet Mestayer, ses imprimeurs et libraires, où il leur donne et augmente le pouvoir et privillège d'imprimer et vendre les livres et ordonnances de feu Maistre Louis Carondas le Caron, jusques à neuf ans, à commencer du jour qu'ils auront esté achevez avec deffences à tous autres sur les peines et selon qu'il est plus au long contenu es dictes lettres, — requeste par eux présentée à ladicte Court affin d'enthérinement d'icelles, — conclusions du Procureur général du Roy, et tout considéré. / Ladicte Cour a enthériné et enthérine aux suppliants lesdictes lettres pour jouir de l'effect et contenu en icelles, selon leur forme et teneur. » (A. N.,XIA 1749, f° 254— B. N., Ms. fr. n. a. 8095, f° 175 v°.) — (3) Du Ier septembre 1600. « Veu par la Cour les lettres patentes données à Paris leseiziesme jour de febvrier mil cinq cens quatre-vingt-dix-neuf, signées Henry, et plus bas, par le Roy, Ruzé, et scellées de cire jaulne, par lesquelles et pour les causes y contenues permect à Sébastien Nivelle, Pierre Lhuillier, Jean Mestayer et Claude Morel, marchands libraires imprimeurs en cette ville, imprimer ou faire imprimer le Code Henry augmenté avecq les annotations de Me Louis Carondas, lieutenant général à Clermont, non par cy-devant imprimé, en telle marge, carracterres et tant de fois que bon leur semblera pendant et durant neuf ans et à compter du jour qu'il sera parachevé d'imprimer, faisant deffenses à touttes personnes de l'imprimer et de l'exposer en vente, changer ou traficquer du publicq ou partkullier à peyne de confiscation, six cens livres d'amande ny les insérer en autre livre ou volume sans leur consentement, ainsy que plus au long contiennent lesdites lettres. Requeste par eux présentée à ladicte Cour affin d'enthérinement d'icelles. Tout considéré. / Ladicte Cour ayant esgard ausdictes lettres et icelles enthérinant, a ordonné et ordonne que
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Les éditions de Pierre L'Huillier sont en général soignées et d'une typographie aussi belle que le papier dont il faisait usage ; au point de vue de la correction elles sont assez recommandables et semblent rendre superflu le conseil que donne l'éditeur au bas de l'un de ses feuillets d'errata1. Ces éditions offrent presque toutes, sur le titre, la marque de ce libraire, l'Olivier, représenté sous différents aspects : on le voit d'abord (marq. n° i) pourvu d'une abondante frondaison, dans laquelle s'entrelace une banderole, formant un huit de chaque côté ; on y lit la devise : Oliva fructifera in domo Dei, tirée du psaume LI ; sur le côté droit figure un écusson incliné, renfermant le monogramme de L'Huillier, composé des trois lettres P. H. L., dans cet ordre, surmontées d'une croix de Lorraine dont le trait vertical se termine en haut par une croix de Saint-André, le tout dans un encadrement plus ou moins enjolivé. La marque n° 2 n'a pas d'encadrement ; l'Olivier s'y élève majestueusement vers le ciel et dans la partie inférieure du tronc s'incruste le monogramme que je viens de décrire.
Lottin (Augustin-Martin) Libraire (1746) et Imprimeur (175 2-
1793). Imprimeur-libraire du Roi (1752-1792).
Rue Saint-Jacques, près S. Yves, au Coq ; via San-Jacobaea, propè asdes S. Yvonis, sub signo Galli. (1746-1768) ; — même rue, au Coq et au Livre d'or (1769-1784).
Fils aîné de Philippe-Nicolas Lottin, imprimeur-libraire, et de Marie-Marguerite Lemercier, Augustin-Martin naquit à Paris le 8 août I7262etyfit ses études au collège de Beauvais 3 ; il s'appliqua ensuite à acquérir les connaissances nécessaires pour exercer la même profession que son père. Reçu libraire dans la
les supplians jouiront de Teffect et contenu en icelles selon leur forme et teneur. » (A. N., X'A 1771, f° 1 v». — B.N., Ms. fr. n. a. 8098, f- 188.)
(1) Ioannis Les- / laei scoti, episcopi / rossen.libri dvo: / Qvorum vno, / Pi* afflicti animi con-/solationes, divinaque remédia : / Altero, / Animi tranqvilli mvni-/mentum & conseruatio, Continentur... // Parisiis, / Ex Officina Pétri L'Huillier, via Iacobaea, sub / signo Oliuae. / 1574. / Cvm privilegio Régis. (Pet. in-8, 123 ft. ch. si 1. B. N , Rés. D. 1729S. — Au dernier feuillet : Errata quœ typographi negligentia inciderunt, et à la suite des errata : Reliqua prudens lector facile supplebit.) — (2) Lottin, II, p. 116. — (3) Notice sur la vie et les écrits d'Augustin-Martin Lottin, dans: Répertoire de librairie, par Ravier (Paris, 1807, in-8), p. i3o.
GEORGES LEPREUX
Communauté le 9 février 1746 *, cela ne l'empêcha pas de continuer à travailler pendant quelques années encore, dans l'imprimerie de Jean-Baptiste III Coignard, qui, le 8 mars 1752, démissionna en sa faveur de la place qu'il occupait parmi les trentesix imprimeurs de Paris 2. A. -M. Lottin fut alors autorisé, par un arrêt du Conseil privé du 20 mars de la même année 3, à représenter devant la Chambre syndicale ses titres et capacités pour l'obtention de cette place : reconnu idoine à la remplir, il fut enfin habilité à s'y faire recevoir, par un autrearrêtdu Conseil privé du 24 avril 17524. Sa réception figure dans le registre de la Communauté à la date du 8 août suivant 5, ainsi que le discours qu'il crut devoir prononcer en la circonstance et dans lequel il fait un juste éloge de son prédécesseur 6.
A. -M. Lottin n'a pas eu les honneurs du syndicat, mais il n'en occupe pas moins une place importante dans l'histoire de l'imprimerie de Paris: il la doit non seulement à son habileté professionnelle et aux travaux historiques et littéraires, qui lui ont valu une grande notoriété parmi les bibliographes, mais encore aux charges très convoitées dans sa corporation dont il avait été investi. Le 10 septembre 1760, en effet, il avait été nommé imprimeurlibraire de Monseigneur le Duc de Berry 7 et quelques années plus
(1) Lottin, II, p. 1 16. L'arrêt du Conseil privé du 20 mars 1752 dit par erreur: le 29 mars. — (2) Cf. l'arrêt du Conseil du 20 mars 1752. — (3) Voy. Doc. n° 3 16. — (4) Voy. Doc. n<> 317. — (5) B.N., Ms. fr. 2i858, f° 168. Il donna à cette occasion 3oo livres pour les affaires de la Communauté. — (6) Ce discours, qui a été reproduit en partie par P. Delalain (Libr. et impr. de l'Ac. Fr., pp. 87-88), se trouve également à la B.N., dans le ms. fr. 22109, f° 58. — (7) « Nous, Duc de la Vauguyon, Pair de France, Prince de Carenci, etc., Lieutenant général des armées du Roi, Chevalier, Commandeur de ses ordres, Gouverneur de Messeigneurs les Ducs de Bourgogne et de Berry, premier gentilhomme de leur r Chambre, Grand-Maître de leur Garde-Robe etc., à tous ceux qui ces présentes 1 lettres verront, salut. Sur le bon et fidèle rapport qui nous a été fait de la personne du sieur Augustin-Martin Lottin, imprimeur et libraire delà ville de Paris, de ses bonnes vie et mœurs, religion apostolique, catholique et romaine, 1 de son habileté et expérience dans l'art de l'imprimerie et dans la science de la ! librairie, enfin sur l'expérience que nous avons par nous-mêmes de sa probité et de ses talens, et voulant lui donner une preuve de notre estime et de notre amitié pour lui, nous l'avons retenu et retenons sous le bon plaisir du Roi pour imprimeur et libraire ordinaire de Monseigneur le DucdeBerry. En foi de quoi nous lui avons accordé le présent brevet que nous avons signé de notre main, fait contresigner par le secrétaire de nos commandements et y avons fait | apposer le sceau de nos armes. Donné en notre appartement du Château de Versailles le dixième jour de septembre 1760. Signé, Le Duc de la Vauguyon, et
tard, le 30 décembre 1765, celui du Dauphin * ; le Ier mars 1768, il était devenu celui de la Ville de Paris -, et enfin, le 1 8 septembre 1775 ,
plus bas, par Monseigneur, signé, Loquet. Et à côté la sceau y est apposé.» B.N., Ms. fr. 22078, pièce 127.)
(1) « Nous, Duc de laVauguyon, Pair de France, Prince de Carency, Lieutenant général des armées du Roy, Chevalier, Commandeurde ses ordres, Gouverneur pour sa Majesté des Ville et Château de Cognac, etc., Gouverneur de la personne de Monseigneur le Dauphin, Premier gentilhomme de sa Chambre et Grand- Maitre de sa Garde-Robe, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Sur le bon et fidel raportqui nous a été fait de la personne du sieur Augustin- Martin Lottin... (comme dans le précédent brevet)... pour lui: nous l'avons retenu et retenons par ces présentes, sous le bon plaisir du Roi, pour imprimeur et libraire ordinaire de Monseigneur le Dauphin et lui permettons d'en prendre le titre et la qualité. En foi de quoi, nous lui avons accordé le présent brevet que nous avons signé de notre main, fait contresigner par le secrétaire de nos commandemens, et y avons fait apposer le cachet de nos armes. Donné en notre appartement du Château de Versailles le trente décembre 1765. Signé, Le Duc de la Vauguyon, et plus bas, par Monseigneur, Loquet. Et à côté est apposé le sceau. > (B.N., Ms. fr. 2 2078, pièce 1 32.) — (2) « A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Armand-Jérôme Bignon, Chevalier, Seigneur et Patron de la Meaufle, Seine le Saunay, Lillebelle et autres lieux, Commandeur, Prévôt, Maître des cérémonies des ordres du Roi, Conseiller d'État, Bibliothécaire de Sa Majesté, l'un des quarante de l'Académie françoise et honoraire de celle des Inscriptions et Belles-Lettres, Prévôt des Marchands, et les Échevins de la ville de Paris, salut. Savoir faisons que vu la requête à nous présentée par Pierre-Gilles Le Mercier, imprimeur-libraire ordinaire de la ville, contenant qu'il y a plus de cent trente années que ses ancêtres et lui ont l'honneur d'être successivement imprimeurs ordinaires de la Ville, entr' autres Pierre Rocolet, Damien Foucault, Pierre Le Mercier, Pierre-Augustin Le Mercier et ensuite le suppliant, qui tous ont donné des marques de leur zèle et de leur attachement pour le service de la Ville. Que le suppliant se trouvant avancé en âge et aiant un neveu nommé Augustin-Martin Lottin, imprimeur de Monseigneur le Dauphin, il osoit espérer de la bienveillance du Bureau de l'admettre et recevoir en survivance. A ces causes, requéroit qu'il nous plût accorder sa survivance audit Augustin-Martin Lottin en la place d'Imprimeur-libraire ordinaire de la Ville, lequel âgé de 42 ans établis et a donné et donne actuellement des preuves de sa capacité dans l'exercice de l'art de l'imprimerie qu'il a exercé sous les yeux du suppliant pendant vingt années; ladite requête signée Charon, procureur en ce Bureau. Vu aussi le Brevet accordé au suppliant par le Bureau le 16 novembre 1728. Conclusions du Procureur du Roi et de la Ville. Nous avons de son consentement reçu, mis et institué ledit Augustin-Martin Lottin en la commission d'imprimeur-libraire ordinaire de la Ville, pour par lui en jouira titre de survivance, et lorsqu'elle aura lieu.dudict sieur de Pierre Gilles Le Mercier et de la même manière qu'il en jouit et en a bien et duement joui ou dû jouir et avons donné acte audit Augustin-Martin Lottin, pour ce présent, du serment par lui présentement fait de bien et fidèlement exercer ladite commission et de garder et observer les ordonnances, et règlemens. En témoin de quoi nous avons fait sceller ces présentes du scel de la Prévôté des Marchands. Ce fut fait et ordonné au Bureau de la Ville de Paris le premiermars 1768, signé, Taitbout, et à côté est apposé le sceau. » (B.N., Ms. fr. 22078, pièce 1 33. )
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en récompense de son zèle à fournir la bibliothèque particulière du roi, Sa Majesté l'avait autorisé à prendre la qualification, purement honorifique toutefois, de son imprimeur-libraire1. Cette dernière distinction était en outre le témoignage de la reconnaissance de Louis XVI pour celui qui l'avait initié aux secrets de la typographie et avec le concours duquel Sa Majesté avait imprimé, en 1766, un petit livre assurément fort rare, puisqu'il ne fut tiré qu'à 25 exemplaires 2.
Bien qu'il garde le plus complet silence à cet égard dans le Catalogue Chronologique des libraires et imprimeurs de Paris, dont il est l'auteur, il semble que A. M. Lottin se soit à peu près retiré des affaires en 1784, pour s'adonner sans doute d'une façon plus entière à l'élaboration de cet ouvrage. Une chose plus déconcertante encore, c'est que l'année précédente, il avait livré aux enchères sa précieuse bibliothèque3, où abondaient les ouvrages et documents relatifs à l'histoire de l'imprimerie : ces matériaux lui devaient être pourtant plus nécessaires que jamais à cette époque. Il y a là un mystère que je suis hors d'état d'élucider. Toujours est-il que le 5 juillet 1784, sursa requête, un arrêt du Conseil d'État lui adjoignit son cousin, Jean Roch Lottin de Saint-Germain pour exercer conjointement avec lui sa vie durant et pour lui succéder en cas de décès '\ Ces mesures préventives restèrent sans effet, car tous les privilèges étaient abolis et complète la liberté des presses, lorsque Lottin l'aîné mourut le 6 juin 1793 5 ; il ne laissait de son mariage avec Catherine-Françoise Boullanger, fille de Louis, libraire à Paris, décédée, le 26 janvier 1763 °. à l'âge de trente ans, qu'un seul
(1) Voy. Doc. n" 333.— (2) Maximes morales et politiques tirées de Télémaque, imprimées par Louis-Auguste, Dauphin. Versailles, De l'imprimerie de Monseigneur le Dauphin, dirigée par A. -M. Lottin, 1766. (Pet. in-8.) — (3) Catalogue des livres de la Bibliothèque de M*** Dont la Vente commencera le Lundi 28 Avril 1783, & continuera sans interruption, les jours suivans, depuis trois heures de relevée jusqu'au soir, à l'Hôtel de Bullion, rue Platrière. — A Paris, chez Charles-Guillaume Le Clerc, Libraire ; Quai des Augustins, à la Toison d'Or. M.DCC.LXXXIIL (In-8, xvi-52 p. pour la Théologie et le Droit; 40 p. pour les Sciences et Arts ; 48 p. pour les Belles-Lettres ; 44 p. pour l'Histoire ; 44 p. pour les Paralipomènes historiques, Antiquités, Histoire littéraire et Bibliographie. A la fin : De l'Imprimerie de J. Desaint, Imprimeur du Châtelet, rue S. Jacques. B. N., A 2629. Ce catalogue contient 24i8numéros.) — (4) Voy. Doc, n° 33g. — (5) Notice sur la vie et les écrits d'A.-M. Lottin, p. 1 33. — (6)Épitaphe latine composée par A.-M. Lottin. (Exemplaire dans le ms. fr. (B. N.) 22109, f° 169. 1 f. impr. in-4.) Lottin a composé desépitaphes dans le même genre (Cf. le même ms.) pour son père et pour sa mère, et une autre, très touchante,
enfant vivant, sur huit qu'il avait eus d'elle : André-Augustin, reçu libraire à Paris le 15 mai 1787 l et qui ouvrit plus tard un établissement typographique dans la rue d'Enfer en la Cité. Tous ses autres enfants étaient morts en bas âge, sauf une fille, Marie-Sophie, décédée le 19 novembre 1779, épouse d'Eugène Onfroy, libraire à Paris "2.
Jetons à présent un coup d'œil sur la production de cet imprimeur du roi : elle est intéressante sans doute, mais plus remarquable par son importance numérique que par la beauté de son exécution typographique. On pourrait la diviser en deux catégories, dont l'une comprendrait ses œuvres personnelles et l'autre les ouvrages d'auteurs divers. C'est ainsi que je vais
- procéder, très rapidement et très sommairement d'ailleurs, en commençant par la seconde catégorie, dans laquelle je me bornerai à passer en revue les quelques conflits d'ordre judiciaire, auxquels donnèrent lieu plusieurs ouvrages entrepris par Lottin l'aîné. Pour le surplus de ses éditions, il est facile de se reporter soit au catalogue de sa bibliothèque qui les énumère presque toutes, soit aux nombreux catalogues officinaux qu'il a publiés et dont la Bibliothèque Nationale possède à peu près la collection complète. L'impression d'un Bréviaire de Noyon fut la plus grosse mésaventure qu'ait eu à subir A. -M. Lottin et cela dans les premières années de son exercice. Il avait passé, en 1756, avec l'évêque de ce diocèse, Jean-François de laCropte de Bourzac, un traité par lequel il était stipulé, entre autres choses, que toutes les épreuves seraient revues et corrigées par un certain chanoine Cuquigny, de Noyon, et le tirage effectué sur le bon à tirer de celui-ci ;
i mais il paraît que le bon chanoine avait d'autres soucis que celui de corriger convenablement les épreuves d'un livre qui réclamait pourtant ses soins les plus attentifs. Lorsque le Bréviaire sortit de la presse :{, on eut le regret de constater qu'il contenait plus d'un million de fautes de tout genre.
pour sa première fiancée, Agathe-Marie-Françoise (iras, morte le 25 juin 1753. Klle était une petite nièce du premier historien de l'imprimerie de Paris, Jean de La Caille.
(1) Cf. Cat. chron., t. II, p. 116. — (2) Ibid., II, p. 1 33 . — (3) Breviarium Noviomense DD. Joann. Francise, de la Cropte de Bourzac autoritate editum. Parisiis, Lottin l'ainé. 1758, 4 vol. in-12. (Cat. de la Bibl., Lottin, n" 87.) C'est sans doute un exemplaire unique de cette édition et il serait curieux de savoir où il est allé reposer après la vente de la bibliothèque de son imprimeur.
366 Georges lépreux
Il est superflu d'ajouter que Tévêque de Noyon jugea qu'un pareil livre ne pouvait être mis entre les mains de son clergé ; il refusa donc d'en prendre livraison et mit en cause le chanoine Cuquigny, qui, de son côté, non content de vouloir soulever à ce propos tout le chapitre contre son évêque, sous le faux prétexte que le corps canonial n'avait pas été consulté sur Ja nécessité et les conditions de cette impression, essaya dans un Mémoire de discréditer Lottin. Il semble, dit en effet ce dernier, dans un factum en réponse1, « qu'on ait voulu insinuer de la part du sieur Cuquigny que la plupart de ces fautes étoient des fautes d'impression ; mais pour laver le sieur Lottin de cette imputation, et dissiper tous les nuages que l'on voudroit répandre sur son talent, il surit de jetter les yeux sur le Mémoire à consulter pour M. F Évêque de Noyon, où l'on expose (p. 4) que les millions de fautes qui dénguroient toutes les pages, étoient des altérations (dans le texte des saintes Ecritures et des Saints Pères), des transpositions, des obmissions, des contradictions, etc. Ce n'étoit donc pas des Fautes Typographiques qui puissent être mises sur lecomptede l'imprimeur, mais bien des erreurs dans la composition ou rédaction du Bréviaire. » L'évêque de Noyon, on le voit, s'était bien rendu compte que son imprimeur n'avait rien à se reprocher et ce fut pour la forme qu'il résista "2 à la demande de dommagesintérêts de ce dernier ; en fait, il désintéressa Lottin de ses pertes et le chargea d'une nouvelle impression du Bréviaire 3, dont il supporta personnellement toutes les dépenses.
(1) Mémoire Pour le S' Augustin-Martin Lottin, l'Aîné, Libraire & Imprimeur de M. le Duc de Berry, Intervenant & Demandeur. Contre M. l'Evêque de Noyon, le Chapitre de Noyon, & le Sr Cuquigny, Chanoine. Défendeurs. [A la hn :] De l'imprimerie d'Augustin-Martin Lottin, l'aîné, Libraire & Imprimeur de Monseigneur le Duc de Berry, rue S. lacques, près S -Yves, au Coq. 1763. (In-4, 8 p. ch., B. N., 40 Fm. ig835.). — (2) Précis pour M. l'Évoque- Comte de Noyon, Pair de France, Intimé, Défendeur & Demandeur. De concert avec les Doyen, Chanoines et Chapitre de Noyon, aussi Intimés, Défendeurs & Demandeurs. Contre le Sieur Cuquigny, Chanoine, Appelant, comme d'abus, Demandeur & Défendeur. Et contre le Sieur Lottin, Imprimeur ; Demandeur en dommages & intérêts. [A la fin :] De l'Imprimerie de G. Desprez, Imprimeur du Roi. 1763. (In-4. 34 p. ch., la dernière ch. 6 par erreur. B. N., 4" Fm. 23260.). — (3) Breviarium Noviomense, Illustrissimi & Reverendissimi in Christo Patris DD. Joannis-Francisci de la Cropte de Bourzac, Episcopi-Comitis Noviomensis Paris Francise, auctoritate, necnon Venerabilis ejusdem Ecclesiae Cap i tu h consensu, editum Pars... [Armoiries de l'Evêque] Parisiis, Excudebat Augustinus Martinus Lottin, Bibliopola & Typographus serenissimi Ducis Bituricensis, via San-Jacobœâ, propè œdes S. Yvonis, sub signo Galli M.DCC.LXIV. Cum Privilegio Régis. (In-4, 4 v°l- Frontisp. gr- par Baron. B. N.y B. 4813.)
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Quelques années plus tard (1768), Lottin poursuivait un libraire de Toulouse, Noël-Etienne Sens1, au préjudice duquel il avait fait saisir cinquante-cinq ballots renfermant 8500 exemplaires d'un livre intitulé : Nouvelle bibliothèque portative des Prédicateurs, qu'il prétendait être une contrefaçon d'un ouvrage du P. Hyacinthe de Montargon, religieux capucin 2, dont il avait acquis le privilège suivant contrat passé devant Bellanger, notaire à Paris, le 8 avril 1754. Un premier jugement condamna par défaut le libraire toulousain à 300 livres d'amende, 150 livres dédommagesintérêts et prononça au profit de Lottin la confiscation de tous les exemplaires saisis. Condamné de nouveau sur son opposition, par jugement contradictoire3, Sens fit appel de cette sentence et publia
(i) Il fut plus tard (1785) imprimeur à Toulouse. — (2) Dictionnaire Apostolique, à l'usage de MM. les Curés des Villes & de la Campagne, & de tous ceux qui se destinent à la Chaire.. (Plusieurs éditions. Voy. Quérard, T. VI, p. 23o.) — (3) «. Nous Conseiller d'Etat... après qu'il en a été délibéré par nous sur les pièces et dossiers remis en nos mains par les parties, recevons le sieur Sens opposant à notre jugement par défaut du cinq juillet dernier, faisant droit sur sadite opposition, et au principal, disons que le privilège accordé par sa Majesté au sieur Lottin le 2J5 septembre 1767, ensemble les édits et déclarations du Roi, arrêts de son Conseil, ordonnances et autres règlements qui concernent la librairie et imprimerie de France, notamment l'article CIX de l'arrêt du Conseil d'Etat du Roi du 28 février 1723 seront exécutés selon leur forme et teneur ; en conséquence ordonnons que les 55 ballots d'impression mentionnés aux procès-verbaux de visite et saisies faites les 12 mars et i3 avril 1768 dans les magasins du sieur Sens et renfermant partie d'une édition, format in- 12, du Dictionnaire Apostolique, qui est contrefaite au préjudice du Sr Lottin, seront et demeureront confisqués au profit dudit Sr Lottin, seul propriétaire du privilège, d'après lequel les véritables éditions dudit ouvrage ont été faites; à l'effet de quoi, ordonnons qu'ils seront transportés aux frais et dépens dudit Sr Lottin, en la Chambre Syndicale à Paris, pour, après ouverture, et vérification faites des dits ballots, sur les originaux des dits procès-verbaux de saisie qui seront pareillement envoyés de Toulouse en ladite Chambre Syndicale, être les dits ballots saisis, remis audit Sr Lottin ; à faire les dites représentations et remises seront le sieur Dembaux, gardien, et tous greffiers et huissiers contraints, même par corps, quoi faisant ils en seront et demeureront, chacun à leur égard, bien et valablement quittes et décharges ; faisons défenses au sieur Sens de récidiver sous les peines portées par les règlements ; et, attendu la contra\ ention par lui commise, le condamnons en l'amende prononcée par iceux, que nous avons néammoins par grâce, et pour cette fois seulement sans tirera conséquence, modérée à la somme de cent livres... Fait à Paris en notre Hôtel, ce premier avril mil sept cent soixante neuf. Signé, De Sartine. » Ce jugement a été imprimé sous le titre suivant : Jugement rendu par M. de Sartine, Conseiller d'Etat, Lieutenant Général de Police de la Ville, Prévôté & Vicomte de Paris, Commissaire du Conseil en cette partie ; Qui ordonne que les cin juante-cinq Ballots d'une Edition in- 12 du Dictionnaire Apostolique, saisis sur leS Sens, Libraire à Toulouse, seront et demeureront confisqués au profit
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un factum1 dans lequel il se montre tout particulièrement acerbe et, avec une inconséquence singulière, se livre à une dénigration en règle de l'ouvrage qu'il avait contrefait, ne l'ayant sans doute trouvé recommandable qu'autant qu'il s'agissait pour lui d'en tirer profit. Bref, Lottin lui répondit de bonne encre"2 et ensuite je n'ai plus trouvé de documents concernant cette affaire, qui dut se terminer au Parlement par un arrêt de confirmation.
En 1777, « après vingt-cinq ans d'une conduite irréprochable dans l'exercice d'une profession aussi délicate qu'honnête, après trente-un ans d'un commerce continu dans un genre diamétralement opposé à tout ce qui peut attaquer la Religion, les Mœurs ou l'État3», Lottin se trouva sous le coup d'une accusation, — bien tardive, l'impression étant antérieure de sept ans et demi, — qui l'émut d'autant plus que le Lieutenant civil ou criminel du Châtelet de Paris ne s'était pas fait faute d'étriller l'imprudent imprimeur, « en lui enjoignant d'être plus circonspect dans l'avenir et de se conformer aux réglemens 4 ». Il s'agissait de la Philosophie de la nature5 de Delisle de Sales, élucubration indigeste et malsaine, qui avait valu à son auteur une détention perpétuelle, mais au lieu du sombre et humide cachot romantique, on lui avait aménagé une prison dorée0, tandis que le censeur du livre, l'abbé Chrétien, et l'imprimeur étaient l'objet de toutes les avanies et de toutes les
du Sr Lottin l'aîné, Imprimeur-Libraire à Paris, seul Propriétaire du Privilège dudit Ouvrage ; fait défenses audit Sr Sens de récidiver, et en outre le condamne en l'Amende et aux Dépens. Du 1 Avril 1769. [A la fin :] L.-F. De La Tour, Imprimeur de la Police, 1769. (In-4, 8 p. ch., B. N., Ms. fr. 22075, pièce 114.).— (1) Sommaire Pour le sieur Etienne Sens, libraire en la Ville de Toulouse, Demandeur & Défendeur. Contre le sieur Lottin l'aîné, Imprimeur-Libraire à Paris, Défendeur & Demandeur. [A la fin :] De l'Imprimerie de Quillau, rue du Fouarre, à l'Annonciation. (In-4, 8 p. ch., B. N., Ms. fr. 22075, pièce 116.). — (2) Mémoire signifié, Pour le sieur Augustin-Martin Lottin, l'aîné, Libraire- Imprimeur Ordinaire de Monseigneur le Dauphin, à Paris, Demandeur et Défendeur. Contre le Sieur Etienne Sens, Libraire à Toulouse, Partie saisie, Défendeur & Demandeur. [A la fin :] De l'Imprimerie d'Augustin-Martin Lottin l'aîné, Libraire-Imprimeur Ordinaire de Monseigneur le Dauphin & de la Ville, rue S.Jacques, près de S. Yves, au Coq, à Paris. 1768. (In-4, JI P- °h- B- N., Ms. fr. 22075, pièce 1 15.) — (3) Précis pour le sieur Augustin-Martin Lottin, l'aîné, Imprimeur-Libraire du Roy & de la Ville, Appellant d'une Sentence rendue au Châtelet de Paris, le 21 mars 1777. [A la fin :] De l'Imprimerie de Lottin l'aîné, Imprimeur-Libraire du Roy & de la Ville, rue S. Jacques, près de S. Yves, au Coq et au Livre d'or; Mai, 1777. (In-4, I2 P- ch- B- N-> Ms- fr- -2102' pièce 7.) — (4) Sentence du 21 mars 1777. — (5) Philosophie de la nature. Amsterdam (Paris, Lottin), Arkstée, 1770. 3 vol. in-12. — (6) Cf. Ch. Nisard, Mem. etcorresp. hist. et litter. (Paris, i858. In-8), pp. 181-184.
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sévérités de la justice. Je ne suis pas renseigné sur la fin de l'aventure, qui reposait toute entière sur des substitutions et des interpolations de textes faites à l'insu de l'imprimeur et du censeur, mais je rencontre, l'année suivante, Lottin, devenu très méfiant visà-vis des auteurs, se débattant contre l'un d'eux, Me Louis-François de Calonne1, pour lequel' il avait imprimé un ouvrage d'agriculture2 et qui se refusait à en prendre livraison et à en régler la dépense, parce que l'imprimeur avait fait figurer sur le titre son nom et son adresse, au dessous de celle de l'auteur, rue de Bièvre3.
Les parties finirent par se mettre d'accord devant un arbitre. Je passe donc et je termine par l'indication d'un petit livre : la Messe grecque de Saint-Denys, dont il semble qu'il y ait eu deux éditions, d'après le Catalogue de la bibliothèque de Lottin : jen'enai rencontré qu'une à la Bibliothèque nationale 4. Cette messe était célébrée chaque année le jour de l'octave du saint dans l'abbaye de Saint-Denis ; elle a fait l'objet d'un article intéressant reproduit par la Semaine religieuse de Paris b, et d'une communication du savant M. Omont a la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile de France 6.
(i)Dans la France littéraire (11, p. 26), Quérard l'appelle Cl. Fr. de Calonne, et dans les Supercheries (i, col. 8 1 3), de Calonne tout court.— (2) Essais d'agriculture sur la nature et la progression des pépinières, par un Cultivateur de Vitry-sur-Seine. — (3) A. / Mémoire pour établir qu'un Auteur qui a obtenu le privilège de son ouvrage, & qui a le droit de le faire vendre chez lui, est obligé de souffrir le nom d'un Libraire au-dessous de son adresse, lorsqu'il en est convenu. — Mémoire sur délibéré pour le Sr Augustin-Martin Lottin l'aîné, Libraire & Imprimeur du Roy, & Ordinaire de la Ville, Défendeur & Demandeur ; Contre Maître Louis-François de Calonne, Avocat au Parlement de Paris, tenant le Siège de la Justice à Vitry-sur-Seine, Demandeur & Défendeur. (S. 1. n. t. n. d. In-4 i 8 p. ch. B. N., Rés. F. 1101. On lit, écrit à l'encre sur la première page: « Exemplaire unique. L'affaire étant en arbitrage, ce mémoire n'a existé qu'en épreuve. » — B. / Mémoire Pour établir qu'un Auteur qui a obtenu le Privilège de son Ouvrage, & qui a droit de le vendre chez lui, n'est pas obligé de souffrir le nom d'un libraire au-dessous de son adresse. [Pour L. F. de Calonne, contre A. M. Lottin.] A Paris, De l'Imprimerie de L. Jorry, rue de la Huchette. M.DCC.LXXVIII. (In-4, 2Ô P- ch-> B- N-» 4° Fm- 5o56.) — (4) Messe grecque, en l'honneur de S. Denys, apôtre des Gaules, premier évêque de Paris, et de S. Rustique et S. Eleuthère, Martyrs : Selon l'usage de l'Abbaye de S. Denys en France, Pour le jour de l'Octave de la Fête solennelle de S. Denys, Au XVI. jour d'octobre: Avec la Messe Latine qu'on chante à S. Denys le jour de la Fête Os: dans l'Octave [Arm. royales.] — A Paris, chez Augustin-Martin Lottin, laine, Imprimeur du Roy & de la Ville, rue S. Jacques, au Coq & au Livre dor. M.DCC.LXXVII. A la fin du volume la souscription de l'imprimeur est en grec. (In-12, XLVi et 72 p. en. Plain-chant noté. B. N., Inv. 4470.)— (5) Année 1909, 26 sem., p. 683. — (6) La coutume de cette messe, faisait remarquer G. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 24
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En ce qui concerne l'œuvre personnelle de Lottin, je prie le lecteur, pour ne pas allonger démesurément cette notice, de se reporter aux indications qu'a données Quérard, dans la France littéraire et surtout à celles qui figurent dans un opuscule de Boulard { : on y verra notamment qu'en dehors même de son Catalogue chronologique des libraires et imprimeurs de Paris, dont j'ai donné plus haut la description 2, cet imprimeur avait inséré dans le Mercure et dans le Journal des savants, plusieurs dissertations historiques sur l'imprimerie, qui témoignent surtout de sa passion pour l'art auquel il s'était consacré tout entier corps et âme 3. Malgré de nombreuses défaillances, ces divers travaux méritaient la confiance et le crédit qu'on leur a fait pendant plus d'un siècle, mais, battus en brèche depuis nombre d'années par d'incessantes découvertes bibliographiques et par la révélation de documents que livrent petit à petit des archives inexplorées et inexplorables de son temps, ils perdent chaque jour de leur valeur et de leur intérêt et n'apparaîtront plus bientôt que comme la lueur vacillante d'une érudition surannée.
Le travail le plus important et le plus considérable de Lottin est resté manuscrit et paraît être perdu : c'était un catalogue chronologique de tous les livres imprimés à Paris depuis la découverte de l'imprimerie. L'auteur, dit son biographe Boulard, « n'avait épargné pendant vingt ans ni travaux, ni dépenses pour cet ouvrage, sur lequel il a laissé 136000 notes. » Cette perte est fâcheuse sans doute, mais il ne faut pas la regretter outre mesure, en se laissant fasciner par les 136000 notes annoncées. Tout d'abord, on doit reconnaître que ce chiffre est relativement faible devant la supputation du nombre infiniment plus considérable des impressions parisiennes et, en second lieu, il semble qu'on ait un point de repère sur la valeur de cet ouvrage, dans le Catalogue des livres imprimés au Louvre, qu'avait dressé le même auteur et qui fut publié
M. Omont, paraît remonter à la fin du xn' siècle et on la trouve pour la première fois consignée dans un cérémonial . de S. Denys, du xm° siècle, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque Mazarine (ras 52(5). Mais cette messe est complètement différente de celle qui a été imprimée en 1 65S et réimprimée en 1777 et 1779, à l'usage des fidèles qui venaient en pèlerinage à l'abbaye pendant les fêtes de S. Denys. (Bull, de la Soc. de I'Hist. de Paris, t. XXIII,
(1) Notice sur la vie et les écrits d'Augustin Martin Lottin l'aîné, Libraire et Imprimeur a Paris. — (2) Voy. supvà, p. 1 5, n° 37. — (3) Ces divers articles découpés ont été réunis dans le ms. 22103 (B. N.), fns 77 à 1 10.
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par son fils en 1793 l : or, ce catalogue était tellement incomplet, que les recherches du P. Adry, d'Auguste Bernard et de quelques autres, ont permis d'en augmenter avec facilité de plus du double le nombre des articles.
11 ne me reste plus avant de quitter mon vénérable et estimé prédécesseur dans les travaux d'histoire typographique, qu'à rappeler la marque du Coq que cet imprimeur a fait figurer sur presque tous les ouvrages sortis de son officine. Sous son allure bourgeoise de brave tyran de la basse-cour, ce coq se rencontre tantôt sur le titre et tantôt au feuillet final des productions de Lottin ; il apparaît aussi fort souvent au centre d'un bandeau passepartout, dans le genre chinois très en vogue à cette époque, dessiné par N. Audran et gravé par Le Brun. Pour les impressions dépendant de sa charge d'imprimeur du roi, Lottin remplaçait tout simplement son coq par un écu fleurdelisé, même dans le bandeau dont je viens de parler.
Enfin au point de vue purement typologique, et c'est par là que je termine cette notice, je signale deux albums édités par Lottin et dont je trouve mention dans le catalogue de sa bibliothèque : N° 910, Modèle des caractères de l'Imprimerie de Lottin, l'aîné. Paris, 1761. In-8. — N° 917, Modèle des caractères de l'Imprimerie de Lottin, l'aîné, composés par J. G. Texerat le jeune. Paris, 1781. Pet. in-12.
Mabre-Cramoisy (Sébastien) Imprimeur-Libraire (1 659-1687.) — Imprimeur ordinaire du Roy (1651-1687).
Rue Saint-Jacques, aux Cigognes; Via Jacobasa, sub Ciconiis.
Fils de Pierre xMabre, courrier ordinaire du roi en Flandres, et de Marie Cramoisy, fille elle-même de Sébastien Cramoisy, le célèbre imprimeur dont j'ai retracé plus haut l'existence 2, et de Marie Chailloux, Sébastien Mabre-Cramoisy naquit à Paris vers 1637 et fut l'enfant chéri de son grand-père, qui, aussitôt ses études terminées, « l'esleva et l'instruisit » dans la profession typographique. A peine avait-il atteint l'âge de 14 ans, que son aïeul, soucieux de lui conserver tous les avantages de sa propre situation, supplia le roi de lui accorder le titre de son imprimeur-libraire en survivance, ce qui lui fut octroyé par des lettres-patentes du 17 décembre
(1) Cf. Quérard, V, p. 363. — (2) Voy. suprà, pp. 156-176.
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165 11, dont l'enregistrement fut ordonné par arrêt du Parlement du 21 mars 1653 2. En 1659 seulement, Mabre-Cramoisy se fit recevoir dans la Communauté3, puis, le 27 novembre 1660, des lettres- patentes du roi le nommèrent Directeur de l'Imprimerie Royale duLouvreen la survivance de son grand-père4. Compagnon fidèle de ce dernier, Mabre-Cramoisy resta son associé jusqu'au moment de son décès et, sauf de rares exceptions, leurs deux noms figurèrent sur tous les livres édités par l'un ou par l'autre pendant ce laps de temps.
A partir de l'année 1669, le petit-fils de Cramoisy exerça seul et il se montra le digne successeur de son maître, non seulement dans les impressions particulières de sa maison, mais encore dans l'impulsion artistique qu'il sut donner à l'Imprimerie Royale et dans l'habileté de sa direction. Aussi n'est-on pas peu étonné de lire, dans un mémoire adressé au roi, en 1814, et signé de presque tous les imprimeurs de Paris, la phrase que voici: « En 1701, le petit-fils de Sébastien Cramoisi, ayant provoqué sa destitution par des fautes extrêmement graves, on chercha, pour le remplacer, un sujet plus digne de confiance, dont les biens offrissent une garantie
(1) Voy. Doc. n° 1 65. — (2) Du 21 mars i653. « Veu par la Cour les lettres pattentes du Roy données à Paris le 17 décembre 1 65 1 , signées, Louis, et plus bas, par le Roy, de Guénégaud, et scellées sur simple queue du grand sceau de cire jaune, par lesquelles ledit Seigneur ayant esgard aux bons et fidelz services à luy rendus et au Roy deffunct d'heureuse mémoire son père, par Sébastien Cramoisy, son libraire et imprimeur ordinaire, directeur de son Imprimerie royalle en son Chasteau du Louvre et ancien Consul et Eschevin de sa bonne ville de Paris, auroit donné et octroyé à Sébastien Marbre {sic), petitfilz dudit Cramoisy et à sa très humble supplication, ledit estât et office de son imprimeur ordinaire que tient et exerce ledit Cramoisy, son ayeul, lequel à cette fin s'en seroit desmis es mains dudit Seigneur Roy au proffict dudit Marbre à la condition de survivance, pour ledit estât et office avoir, tenir et doresna. vant exercer, en jouir et user par lesdits Cramoisy et Marbre à la survivance et en l'absence l'un de l'autre, ainsy que plus au long est porté par lesdictes lettres. [Requeste présentée] à la Cour par ledit Sébastien Marbre afin d'entérinement desdictes lettres, ce faisant qu'il fust reçu audit estât et office d'imprimeur ordinaire dudict seigneur Roy, Directeur de l'Imprimerie Royalle du Louvre en survivance dudit Cramoisy, Conclusions du Procureur Général du Roy, tout considéré. / La Cour a ordonné et ordonne que lesdictes lettres seront registrées au greffe d'icelle pour jouir par l'impétrant de l'effect et contenu en icelles à la survivance dudit Cramoisy, son ayeul, en faisant par luy le serment en tel cas requis et accoustumé de bien et fidellement exercer ledit office, par devant le Conseiller rapporteur du présent arrest. » (A. N., Xlà 838g, sans f°, à la date. — B. N., Ms. fr. n. a. 8127, p. 286.) — (3) Vov. Doc. n* 174. — (4) Cf. Duprat, Hist. de l'Impr. Imp., p. 53o, où ces lettres sont reproduites in extenso.
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suffisante en cas de malversation. Le choix de Louis XIV tomba sur Jean Anisson1».!! est certes permis jusqu'à un certain point de ne pas connaître l'histoire, mais il est intolérable que cette ignorance puisse servir de prétexte à d'atroces calomnies. Il y avait longtemps en 1701, que Mabre-Cramoisy avait cessé de vivre, puisque la date de son décès remonte à l'année 1687, et sa gestion de l'Imprimerie du Louvre avait été si bien appréciée que ce fut sans doute, écrit A. -F. Duprat 2, « en témoignage de ces bons services, que M. de Pontchartrain, alors surintendant des bâtiments royaux, laissa provisoirement à sa veuve la direction de l'Imprimerie Royale, fonctions qu'elle conserva jusqu'en 1 6 9 1 . » Sébastien Mabre- Cramoisy, dit de son côté La Caille 3, « s'est fait distinguer par la grande quantité de livres qu'il a imprimez dans l'Imprimerie Royale, dont le catalogue feroit un volume. Il n'épargna rien pour la beauté de l'impression des livres, tant pour les caractères, le papier et les tailles-douces, et l'on peut dire de luy qu'il a été l'un de ceux qui a porté l'art de l'imprimerie à sa perfection, ce que sa veuve continue avec la mesme exactitude et beauté dans la mesme Imprimerie Royale, que Sa Majesté luy a conservée, en considération de son mérite et de celuy de sesancestres, dont la mémoire durera autant que les livres qu'ils ont imprimez. »
Il n'y a rien à retrancher de cet éloge et il peut s'appliquer aussi bien aux travaux particuliers de cet imprimeur du roi et de sa veuve, qui, à ma connaissance, ne laissèrent qu'un fils, Sébastien-Joseph Mabre-Cramoisy : suivant acte reçu par Jacques Despriez et Pierre de Beaufort, notaires à Paris, le 7 mars 1687, il avait acquis des héritiers de Jean Viette, une charge de « Conseiller du Roy esleu en l'eslection de Paris », qu'il exerça jusqu'à son décès. Ses enfants, « Pierre-Sébastien Mabre-Cramoisy, majeur, et ses frères et sœurs » non dénommés, vendirent cet office, moyennant 30.000 livres, à Jean Du Val, bourgeois de Paris, pour son fils Charles, par acte devant Guérin et son confrère, notaires à Paris, du 20 avril 17 1 9 4. Sébastien-Joseph Mabre-Cramoisy avait fait
(1) Mémoire adressé au Roi par les imprimeurs de la Ville de Paris. De l'Imprimerie d'Everat rue du Cadran, n' 16. (In 4 16 p. B. N., Rés. F. 719, pièce 1 14, p. 3) = Également bien renseignée, la Biographie Michaud dit de son côté, dans son article sur Cramoisy : « Le petit-fils de Sébastien Oamoisy s'acquittant mal de son emploi, fut remplacé en 1701 »! — (2) Histoire de l'Impr. imp., p. 73. - (3) Hist. de l'impr., p. 196. — (4) B. N., Ms. fr. 28268 (P. O. 1784) Ve Mabre.
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enregistrer ses armes qui portaient : « Coupé d'argent et de sable à trois colonnes de l'un en l'autre posées en pal et partie d'argent et un ancre de sable posé en pal et un chef d'azur chargé de troL estoilles d'or1. »
Fort habile imprimeur, très versé dans les langues grecque et latine, Mabre-Cramoisy était en même temps un bon littérateur et même un poète à l'occasion. On trouve dans le volume de l'année 1650 de la Bibliographie du P. Jacob, une pièce de vers latins qu'à l'âge de treize ans, étant encore sur les bancs du collège de Clermont, il avait écrite en l'honneur de ce bibliographe, et on lit avec plaisir, en tête des livres qu'il a imprimés, des pièces de vers et des épîtres dédicatoiresde sa composition, qui font honneur à sa plume. Que de beaux modèles il avait d'ailleurs sous les yeux, puisqu'il fut le premier éditeur de presque toutes les oraisons funèbres prononcées par l'immortel Bossuet2. Au surplus, la liste serait longue des ouvrages de choix que propagèrent les presses de ce typographe, mais, sans nous y arrêter, c'est au Palais qu'il nous faut le suivre, dans les divers démêlés qu'il eut avec ses confrères.
On sait, et j'ai déjà dit 3 qu'en 163 1, le Cardinal de Richelieu avait rétrocédé le privilège général qu'il avait obtenu du roi pour l'impression et la vente des usages réformés d'après le Concile de Trente, à une compagnie de libraires, dont Sébastien Cramoisy s'était trouvé pour ainsi dire le chef et le directeur ; peu de temps après la mort de son aïeul, Mabre-Cramoisy parvint à réunir entre
(i)B. N. Pièces Orig. 1784. — (2) Voy. notamment : A. / Oraison funèbre de Henriette Marie de France, Reine de la Grand' Bretagne. Prononcée le 16 Novembre 1669 en présence de Monsieur Frère unique du Roi, & de Madame, en l'Église des Religieuses de Saincte Marie de Challiot, où repose le Cœur de sa Majesté. Par Monsieur l'Abbé Bossuet, nommé à l'Évesché de Condom. [Arm. de la défunte.] A Paris, Chez Sébastien Mabre-Cramoisy, Imprimeur du Roy, rue S. Jacques, aux Cigognes. M.DC.LXIX. (In-4. 54 p. ch. Slti. B. N., Ne. 122 1.) - B. / Oraison funèbre de Henriette Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans, Prononcée à Saint-Denis le 21. jour d'Aoust 1670. Par Messire Jacques Bénigne Bossuet, Conseiller du Roi en ses Conseils, Évëque de Condom, Précepteur de Monseigneur le Dauphin, [Marq. n0 2J A Paris, Chez Sébastien Mabre-Cramoisy, Imprimeur du Roy, rue S. Jacques, aux Cigognes. M.DC.LXX. (In-4, 53 p. ch. B. N., Ln27. 15472.) — (3). Voy. suprà, pp. 159, 1 65 et 168. — (4) « Nous soussignez, cy-devant associez en la Compagnie des Usages Réformez, reconnaissons avoir cédé et transporté, comme par le présent écrit nous cédons et transportons au sieur Sébastien Mabre-Cramoisy, l'un de nos dits associez, le privilège que nous avons obtenu du Roy en l'année 1660, pour l'impression des usages réformez en Testât qu'il se comporte et sans aucune garantie de nostre part pour la validité d'iceluy : duquel privilège nous avons baillé copie collationnée audit Mabre-Cramoisy, promettans luy en donner l'original qui
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ses mains toutes les parts et tous les droits de ses co-associés dans le privilège 4 ; il y trouva par surcroit un procès engagé par l'ancienne société contre Jean Hénault, imprimeur à Paris. Le 7 septembre 1671, en effet, la Compagnie avait fait saisir sur ce dernier des feuilles d'un Bréviaire à hymnes nouvelles, qu'il était en train d'imprimer et dont il s'était refusé d'exhiber le privilège qu'il prétendait avoir obtenu à cet effet; il n'avait même pas craint, au cours du procès, de mettre sous la presse un Diurnal romain avec les hymnes nouvelles, dépendant du privilège de la Compagnie et pour voiler cet attentat aux droits d'autrui, il s'était imaginé d'ajouter au titre les mots : Ad usum societaîis Jesu, ce qui était une fourberie, disaient ses adversaires, attendu que les Jésuites se servaient du bréviaire ordinaire *•. Les choses en étaient là, lorsqu'un arrêt de règlement rendu par le Conseil d'État prononça, le 18 février 1673, ^a révocation de tous les privilèges généraux *2 et mit la paix entre les parties, mais en infligeant à l'adversaire de Jean Hénault une perte sèche et en rendant infructueuses les dépenses qu'il avait faites pour désintéresser ses anciens co-associés.
Mabre-Cramoisy fut plus heureux, en 1679, contre deux personnages, les sieurs La Chevallerie et La Vienne, qui, mettant à profit leurs relations à la cour, avaient obtenu, on ne sait pourquoi ni comment, le privilège de faire imprimer et vendre pendant six ans, un édit du roi sur les duels rendu au mois d'août de la même année. Or, le Directeur de l'Imprimerie du Louvre était lui-même en possession depuis le 15 avril 1677, d'un autre privilège de trente ans pour l'impression du Recueil des Édits, Déclarations et autres pièces concernant les Duels et Rencontres ; il avait en outre imprimé le nouvel édit de 1679, (< sur l'ordre etla copie que lui en avait donnés le Procureur général au Parlement :{ », il obtint
est égaré, si nous le recouvrons. Consentons que ledit Mabre-Cramoisy jouisse pleinement dudit privilège, sans qu'aucun de nous y puisse rien prétendre à l'avenir, en quelque manière et sous quelque prétexte que ce puisse estre, reconnoissans que nous avons tous esté en général et en particulier satisfaits de luy pour la cession dudit privilège, comme nous en estions convenus. Et en cas que ledit Sieur Mabre-Cramoisy désire de nous un acte devant notaires, nous le luy fournirons à sa première réquisition. Fait à Paris le quatorze may mil six cent soixante-douze. Signé : Georges Josse., D. Béchet, Le Petit, Le Bé, Clopejau, Billaine, Marie Cramoisy veuve d'Edme Martin, Du Puis, Piget. » (B. N., Ms. fr. 22071 , pièce 94. p. 7.)
(1) Éclaircissement du fait dont il s'agit entre Sébastien Mabre-Cramoisy, Imprimeur du Roy & Directeur de l'Imprimerie Royale du Louvre, Et Jean Hénault, Imprimeur et Libraire Juré. (S. 1. n. t. n. d. In. -4, 7 p. ch. B. N., Msfr. 22071, pièce 94.) - (2) B. N., F. 23633, pièce 48. - (3) Arrêt qui suit.
donc sans peine la révocation du privilège accordé à ses adversaires *. De même, en 1684, il fut confirmé dans tous ses droits pour l'impression des livres de l'Ordre de Citeaux 2, à l'encontre de Frédéric Léonard, avec lequel il avait eu d'ailleurs déjà maille à partir, en 1664, au sujet d'une Ordonnance sur les Eaux et Forests 3. Je ne cite enfin que pour mémoire une petite difficulté qu'il eut avec son confrère, Etienne Chardon, accusé par lui d'avoir débauché à son détriment deux ouvriers de l'Imprimerie Royale 4.
Je passe à présent aux marques de cet imprimeur du roi : en cette dernière qualité, Mabre-Cramoisy , sur les nombreux documents officiels qu'il a imprimés, a fait usage d'un cliché qui lui est bien personnel, tout en offrant seulement la représentation de l'écu royal. Comme imprimeur privé, il s'est servi dans les premiers temps des tailles-douces de son aïeul, c'est à dire les cigognes se nourissant l'une l'autre dans les airs, avec les scènes de piété filiale aux quatre coins de la devise : Honora patrem tuum et matrem tuam 5, mais à partir de l'année 1670, tout en conservant les cigognes, il supprima le cadre et la devise dont je viens de parler et les remplaça par un serpent qui, en se mordant la queue, forme un cercle continu, symbole de l'Éternité 6.
Après la mort de son mari, Françoise Loir 7 continua les affaires de son imprimerie et de sa librairie ; elle fut même agréée pour lui succéder en qualité de Directrice de l'Imprimerie royale, mais elle
(1) Arrêt du Conseil du 3o octobre 1679. Voy. Documenta, n° 217.— (2) Voy.les arrêts du Conseil des 19 novembre 1680 et 20 janvier 1684, Documenta n08 218 et 222. — (3) Voy suprà, p. 3i5. — (4) Éclaircissement du fait dont il s'agit Entre Sébastien Mabre-Cramoisy Imprimeur du Roy, Directeur de son Imprimerie Royale du Louvre, & Garde des Poinçons & Caractères de sa Majesté. Et Estienne Chardon Maistre Imprimeur à Paris. (S. I. n. t. n. d. In-f° 3 p. ch. B. N., Ms. fr. 22078, pièce 90.) Ce documentest daté à l'encre 1696 et M. Coyecqué (Inv. de la Coll. Anisson, I, p. 190), semble accepter cette date, bien qu'elle soit absolument inexacte, puisque Mabre-Cramoisy est mort en 1687. On peut cependant préciser à peu près l'année pendant laquelle cette pièce vit le jour ; elle commence en effet par ces mots : « Chardon reçu maistre imprimeur il y a un an ou deux.. » ; or Estienne Chardon fut reçu le 1 1 septembre 1 683 (Lottin); par conséquent le document en question est de 1684 ou 1 685- — (5) Voy. suprà, p. 175. — (6) Un bel échantillon de cette marque figure notamment sur le titre de l'ouvrage suivant : — Oraison funèbre de messire Hardouin de Perefixe de Beaumont, Archevesque de Paris, commandeur et chancelier des ordres du roi, proviseur de Sorbonne le 4. jour de Février 1671. Par Monsieur Gaudin, Docteur de la Maison de Sorbonne, Chanoine & Officiai de Paris. [Marque] A Paris, Chez Sebastien Mabre-Cramoisy, Imprimeur du Roi, rué Saint Jacques, aux Cicognes. M.DC.LXXI (In-4, 54 p. ch. B. N., Ln27 16029.) — (7) Fille d'un orfèvre sur le Pont au Change. (B.N., Dossiers bleus. 221.)
ne paraît pas avoir su diriger ces diverses entreprises avec toute l'habileté nécessaire et elle dut se retirer en 1691, tant sa situation se trouvait obérée; on a même prononcé le mot de banqueroute1 ; je n'ai pu découvrir aucune preuve formelle de ce fait.
Rééditant deux affirmations erronées de Lottin : « N.... Cramoisy est morte en 1696 2 », Deschamps les aggrave en disant : « Mabre- Cramoisy avait épousé la fille de Sébastien II, qui prit à la mort de son époux la suite des affaires, elle fut agréée comme libraire et directrice de l'Imprimerie royale du Louvre en 1687 et mourut le 17 janvien696 3 ». On sait déjà que Mabre-Cramoisy était le fils et non pas l'époux d'une fille de Cramoisy ; quant à sa veuve, Françoise Loir, elle ne mourut pas h la date qu'invente Deschamps; ses jours se prolongèrent jusqu'en 17 17. La preuve de cette circonstance résulte d'un acte de partage du 30 avril 17 18, dont voici l'intitulé : « Acte de partage des biens et effets des successions de feu sieur Jean-Baptiste Loir, marchand orphèvre jouaillier à Paris, et damoiselle Françoise Loir, à son décedz veuve de sieur Sébastien Mabre-Cramoisy, imprimeur-libraire ordinaire du Roi. Entre Nicolas Loir, escuyer, capitaine exempt des gardes du Roy en la Prévôté de son Hôtel et Grande Prévôté de France. Et damoiselle Louise Loir, femme authorisée par justice au reffus de Maistre Anthoine Doyen, avocat en Parlement, ancien nottaire au Chastelet de Paris, par sentences dudit Chastelet des 6 octobre 17 17 et 9 décembre 17 17. Lesdits sieur Loir et damoiselle Doyen, frère et sœurs, héritiers chacun pour un tiers dudit deffunt Jean-Baptiste, leur frère et encores héritiers chacun pour moitié par bénéfice d'inventaire de ladite damoiselle Mabre-Cramoisy, leur sœur, suivant les lettres par eux impétrées en Chancellerie le 15 dudit mois de décembre 17 17, insinuées le même jour et enthérinées par sentence dudit Chastelet de mesme date, laquelle damoiselle Mabre-Cramoisy étoit héritière pour l'autre tiers dudit feu Jean- Baptiste Loir, ledit partage fait double entre les parties sous leur seing privé le 20 avril 17 18 ''. » On lit dans cet acte 3 que Jean-Baptiste Loir est décédé le 7 mai 1716 ; sa sœur Françoise, c'est à dire la veuve de Sébastien Mabre-Cramoisy, ayant été
( 1 ) B. N., Ms. fr. n. a. 25 1 1 , p. 9 : « Elle fit banqueroute et abandonna l'Imprimerie royale le g août 1600. » — (2) II, p. 1 i 7. — (3) Jean Poche, Quelques adresses, p. 23. — (4) B. N., Pièces Orig., 1733, Loir, f° 19. — (5) Ibid., au f° 20.
378 GEORGES LEPREUX
habile à se dire et porter héritière de sa succession pour un tiers, il est clair qu'elle vivait encore à cette époque et qu'elle n'est morte qu'avant le 30 avril 1718.
Les traits de l'imprimeur du roi, dont je viens de retracer la biographie nous ont été conservés dans une gravure de Vermeulen ; on peut en voir un exemplaire dans les' collections du département des Estampes, à la Bibliothèque nationale.
Mallard (Olivier) [Mallardus] Libraire et imprimeur (15 3 3-1 545).
Imprimeur du Roi (15 38- 1545).
Rue de la Juiverie, au Pot cassé ; via Judaïca, sub signo Vasis erîracti.
Olivier Mallard— et non Maillard, ainsi que l'indiquent La Caille et Lottin, pour ne citer qu'eux, — doit presque toute sa notoriété à cette circonstance qu'il succéda à Geofroy Tory et qu'il continua d'utiliser le matériel de celui-ci, illustrations et marques comprises.
Dans le courant du mois de décembre 1533, entre le 14 et le 25, Mallard avait épousé Perrette Le Hullin, veuve de l'illustre maître du Pot cassé 4, et il était resté établi avec elle dans la maison de la rue de la Juiverie, où, quatre ans auparavant, son prédécesseur avait pendu sa célèbre enseigne. Tel est à peu près tout ce que l'on saurait de certain sur les débuts de cet imprimeur, si la bibliographie n'apportait pas, sauf pour les deux premières années de son établissement, un secours efficace à la détresse de la documentation. Je ne crois pas que Ton connaisse un seul livre édité par le successeur de Tory avant l'année 1536, mais il ne faudrait pas en conclure qu'il soit resté inactif pendant tout ce laps de temps, peut-être même serait-il possible d'attribuer à ses presses quelques volumes, sans nom d'imprimeur, publiés par Galliot Du Pré, par exemple, pour lequel il a incontestablement travaillé 2. Quoi qu'il en soit les progrès de la typologie comparée nous réservent des découvertes intéressantes en bibliographie.
(1) Le 14 décembre i533, Perrette Le Hullin, veuve de Geofroy Tory, prenait à bail pour g ans, une maison de la rue de la Juiverie, appelée la Halle de Beauce. (Cf. P. Renouard, Doc., p 265.) Le 25 du même mois, Olivier Mallard, devenu le mari de cette veuve, contre-signait avec elle le bail en question. (Ibid. — Voy. aussi Documenta, n03 4 et 5.) — (2) Voy. infrà, p. 38o, note 1.
GALL1A TYPOGRAPHICA 879
Cette dernière science nous apprend que le 19 janvier 1535 (1536 n. s.), Mallard mettait au jour une nouvelle à la main relative aux affaires de Turquie l ; nous retombons ensuite dans la nuit de l'ignorance et c'est seulement un peu plus d'un an après, que cet imprimeur réapparaît avec une nouvelle brochure, portant la date du 22 janvier 1536, qu'il faut lire 1537, puisque le millésime de Tannée, suivant la méthode chronologique de l'époque, n'était modifié qu'à Pâques. Cette plaquette n'est pas moins intéressante pour le bibliographe que pour l'historien; elle démontre en outre qu'à ce moment, Mallard n'avait pas encore été désigné comme imprimeur de sa Majesté, mais il ne devait pas tarder à le devenir, car deux ouvrages, parus en 1538, lui donnent cette qualification °2, de même qu'un arrêt du Parlement, dont je trouve l'extrait auverso du titre du second de ces opuscules3. Malheureusement, l'imprimeur n'a pas eu le soin d'y ajouter la date et je ne l'ai pas rencontrée pour ma part dans les registres du Parlement que j'ai dépouillés.
(1) Copie d'une lettre de Constantinople, de la victoire du grand Sophy contre le grand Turc. Paris, Olivier Mallard, à l'enseigne du Pot cassé, rue de la Juifverie. In-4. Goth. de 4 f. (A. Bernard, Geofroy Tory, 2e Ed., p. 60). — (2) Le Concile/ des dievx svr les très-/heureuses, & tresmagnificques nopees de / treshault & trespuissant prince, lames / par la grâce de dieu roy descoce, & / de treshaulte dame & princesse / madame Magdalene tille / aisnée du Roy / Faict par Charles de la Hueterye. [Marque du Pot cassé] Auec priuilege du Roy pour ung an./ [Au verso du dernier feuillet, la même marque et en dessous :] Imprime a Paris, le xxii iour de Ianuier / mil cinq cens trente-six / Par M. Oliuier Mallard. / Au pot casse. (Pet. in-8. 12 ff. n. ch. Sign. A, Aii, C. — B. N. , Inv. Rés. Ye 4237.) - (3) A. / Ad Do. Philibertum / Babovm angolistnensem / Episcopum, Isagoge in iuris ciuilis sanc-/tionem, Authore Ioanne Gilloto / Briennësi, caussarum in supre / ma Parisiorum curia / patrono. [Petite marq. du Pot cassé] Vaenit O. Mallardo Regio Typographo ac/librario, Sub signo Vasis Effracti. / Parisiis. / Cum Priuilegio. (In-8. 1 f. n. ch. slti, 36 ff. ch.,4 n. ch. A la fin : Excusum Parisiis I. Idus Decemb. 1 5 38- B. N., F. 5275.) — B./ Ioannis Gilloti Brie/ nensis, cavssarvm, in sv-/ prem Parisiorum curia patroni, De Iurisdi-/ctione & Imperio libri duo, ad Lo. Fran-/ ciscum Oliuarium Alenconicum/ Cancellarium / Eiusdem, Isagoge in iuris ciuilis sanctionem. [Grande marq. du Pot cassé ] Vaenit O. Mallardo Regio Typographo ac/ librario, Sub signo Vasis effracti./ Parisiis./ Cum Priuilegio. S. d. In-8, 5 ff. n. ch. slti 86 ff. ch. B. N , F. 5274.) — (4) « Supremse Parisiorum curiae decretum. Concessum est Olivario Mallardo Regio typographo ac ibrario, hos duos de Iurisdictione & Imperio libros. et eum qui titulus est, Isagoge in juris civilis sanctionem, excudere vaenalesq. proscribere, cœteris autem omnibus calcographis ac bibliopolis interdictum, aut excudere, aut ab alio quoeunque excusos vaenum proponere, idque intra proximum quadriennium. — Sanctio. — Si quid adversus ea factum erit librorum publicatione, arbitrariaque muleta vindicabitur. »
GEORGES LEPREUX
En 1539, Olivier xWallard imprimait pour Galliot Du Pré un assez important traité sorti dé la plume de l'évêque de Senlis, Guillaume Parvi *, puis en 1240, il éditait, à frais communs, avec Jean Loys, l'œuvre d'un théologien de Tournai, Louis Féable , mais l'ouvrage provient des presses du Tilétain2.Les impressions les plus remarquables du successeur de Geofroy Tory, et celles qui d'ailleurs se rapprochent le plus de la manière de ce maître, furent des livres d'heures édités en 1541 et 1542, dontP. Lacombe a donné la description dans son Catalogue de livres d'Heures3. Je ne retiens ici que l'une d'entre elles 4, imprimée en 1542, par ce qu'elle fournit des renseignements d'ordres divers. On y rencontre d'abord l'indication d'un privilège pontifical 3, qui frappe d'excommunication, — on n'y allait pas alors de main morte, — ceux qui contreferaient ce livre, et celle d'un privilège octroyé par le roi 5, en renouvellement d'autres concessions accor-
(1) La Forma/tion de lhomme et / son excellence, & ce quil doibt accomplir pour auoir Para dis, / Compose par feu de bon-/ne mémoire, Guillaume/ Parui, docteur en theo/logie, naguaires dece/de, Euesquede Së/lis, & confesseur /du Roy./Auec plusieurs bonnes doctrines, & /enseignemës vtiles & nécessaires a tous / chrestiens, Le tout compose par ledict / Reuerend. ainsi quil apert au deuxiesme / feuillet. / Avec privilège. / On les vend a Paris en la grande salle / du Palays, en la bouticque de / Galiot du Pre Libraire iu/re de Luniversite / de Paris. / i538. [Au recto du dernier feuillet :] Imprime a Paris, Par M. Oliuier / Mallard, libraire, & Impri-/meur du Roy, Pour Galiot / du Pre, libraire iure / de luniversite. Le XV. Iour de Feburier. / M.D.xxxviii. (Pet. in-8, 7 f. n. ch., 157 f. ch. et 3 f. n. ch. pour la ta. Grav. au trait. B. N., Rés. D. 17409.) — (2) Ludouici Fide/lis Nervii, Theolo-/giœ Professoris de Militia Spiri/tuali libri quatuor. / Opus nunc primùm editum. [Marque de J. Loys] Parisiis 1540 / Apud Ioannem Lodoicum, & Oliuerium Mal/lard librariu Regiû sub signo vasis effracti. [A la fin :] Parisiis. Excvdebat Ioannes Lodoicvs Tiletanvs. M.D.XL. (Pet. in-8, 7 f. n. ch. dont un blanc, 414 f. ch. et 2 n. ch. pour Errata. B. N., Inv. D. 17279.) — (3) Voy. p. 240, n° 420; p. 241, n° 42 1 ; p. 243, n° 424.
(4) Horae, in laudem beatiss. virgi-/nis maria?, Ad vsum Roma-/num. Officium : Triplex. / Parrhisiis, apud Oliuerium Mallard / impressorem Regium. / Menti bonae devs / occvrrit. [Marque du Pot cassé] Cum priuilegio Summi Pont. Et / Régis Christianiss. ad Dëceniu, & / vitra, vt in calce hui9 Operis patet. [Au verso du dernier feuillet:] Parrhisiis, ex officina Olive/rii Mallard, regii impressoris, / ad insigne Vasis effracti, anno sa/lu. M.D.XLII, mense augusti. [Au dessous, la marque du Pot cassé et ces vers :]
/ Effracti, lector, subeas insignia
Vasis
Egregios flores ut tibi habere
Queas.
(In-S, i52 f. n. ch., sign. A-T par 8. Grav. au trait, genre Tory. Une grande planche pliée représentant le Triomphe de la Vierge. B. N.. Rés. B. 2i3o3). —
(5) Au recto du dernier feuillet : « Sanctiss. Dominus in Christo Papa Clemens VIL Et Christianiss. Rex Franciscus primus, Oliuerio Mallardo Bibliopolae, ac j typographo Regio Parrhisiis habitanti morem gerere volentes, Sanxerunt Ne
dées antérieurement pour dix ans, puis pour six ans, ce qui en reporte l'origine à l'année 1526; date très exacte, car on voit dans les Heures imprimées par Geofroy Tory, en 1527 *, que le premier privilège lui fut donné par des lettres de François Ier, datées de Chenonceau le 5 septembre 1526. On constate encore dans les Heures éditées par Mallard, qu'il a reproduit intégralement toutes les marques, devises et fioritures dont faisait usage cet imprimeur et que je n'ai pas à décrire ici, car elles le seront dans les lignes que je lui consacre plus loin.
La carrière d'Olivier Mallard, comme imprimeur et libraire à Paris, semble avoir pris fin avec l'année 1544 : le 2 janvier 1545 en effet, une sentence du Parlement de Paris ordonnait qu'on le recherchât 2, pour s'être entremis dans un commerce de livres défendus. Ce n'était pas la première fois d'ailleurs qu'il avait maille à partir avec la justice et déjà, en 1543, le Parlement lui avait interdit la vente de certain livre, sous peine d'amende et de punition corporelle 3.
Le successeur de Geofroy Tory s'était-ii réellement retiré à Rouen, ainsi qu'on l'en soupçonnait ? Le fait n'est pas invraisemblable, car une famille d'imprimeurs du même nom a fleuri dans cette ville de 1538 à 1592 4 et même, l'un d'entre eux, Jean Mallard avait pris, en 1542, le Pot cassé pour enseigne. Or, s'il faut en croire Esprit- Philippe Mallard, imprimeur à Avignon en 1737 5, Jean et Thomas
quis alius ab ipso Mallardo infra deceniû imprimat, aut quouismodo imprimi curet, seu vaenundet huiusmodi Coronamenta, cum suis omnibus aliis quibuscunque figuris Exemplaria Horis Beatae mariae ceterisque libris imprimendis seruientia, Sub pœna Sententie Excômunicationis ab ipso Papa late. Et edicto regio sub pœna Mulcte Vigintiquinque Marcharum Argenti, Cum intégra confiscatione voluminum omnium contra Mandatum aliquatenus impressorum. Vitra Decennium, Rex ipse prorogationem Sex annorum, Et iterum Quatuor etiam Annorum addidit : vt in Diplomatibus ipsis ab hoc obtentis, latissime patet. » (1) Cf. P. Lacombe, op. cit., p. 204, n° 362. - (2) Cf. P. Renouard, Doc, p. i83. — (3) Du 29 mars 1542 ( 1 543 , n. s.) « Ce jour, la Cour, pour aucunes causes et considérations à ce la mouvans, a inhibé et défendu à Olivier Maillard, imprimeur, et autres libraires de ce ressort d'exposer en vente un petit livre, imprimé par ledit Maillard, intitulé : De VObeyssance quon doibt à justice et la patience qu'il convient avoir quand on est condamné à tort, livre de Platon intitulé Criton, tourné de grec en françois par S. Vall [embert] et ce sur peine d'amende telle qu'il appartiendra et punition corporelle. » (A N., Xu i55o, f" 352 V<>. - B. N , Ms fr. n. a. 8046, f° 20.) — (4) Voy. Gallia Typogr., t. III, Normandie. — (5) Dans une requête adressée par lui au Conseil privé à l'effet d'être admis à exercer l'imprimerie à Marseille. (Arrêt du 14 août 1739, A. N.. V6 923.)
382 GEORGKS LEPREUX
imprimeurs à Rouen, étaient les propres frères d'Olivier ; Thomas eut un fils, portant le même prénom, qui exerça pendant quelque temps la typographie à Lyon 4, puis s'établit à Avignon, où il eut comme descendants Michel et François Mallard et enfin, Esprit- Philippe, fils de ce dernier, qui, en 1738, se fit recevoir libraire à Marseille.
Je ne donne, bien entendu, toute cette descendance, que sous les réservesqui s'imposent, vu la précarité du titre sur lequel elle s'appuie. Dans tous les cas, vers 1545, Olivier Mallard, de Paris, auquel je reviens à présent, était remplacé par Michel de La Guierche, à l'enseigne du Pot cassé 2 ; en ce qui concerne son matériel et son fonds, il est présumable que, mis sous la main de justice après le départ dûment constaté de leur propriétaire, ils furent vendus et adjugésà divers acquéreurs. Cela seul expliquerait la dissémination de ce matériel en plusieurs mains, notamment en celles de Jacques Kerver, imprimeur à Paris et de Richard Cottereau, libraire à Chartres.
Mettayer (Jamet ou Jean Jamet) Alias Mestayer [Messorius, Metayerius (Lat.) ; Giametto Metaieri (Ital.)J. Imprimeur et libraire à Paris (1573-1588) — [à Biois, 1589; à Tours, 1 589- 1 594] — de nouveau à Paris (1594-1605). Imprimeur du Roi pour les mathématiques (1580). Imprimeur ordinaire du roi (1583-1605).
A l'image Saint-Jean, ou près les Boucheries Sainte-Geneviève,
devant le Collège de Laon.
Les anciens historiens de l'imprimerie de Paris nous font connaître trois Mettayer : Jean, Jamet et Pierre, tous trois frères et: imprimeurs du roi, au dire de La Caille et de Lottin ; les auteurs modernes ne nous ont plus conservé que deux frères : Jean et Jamet, après avoir reconnu à Pierre la qualité de fils de ce dernier. Je dois à mon tour convier le lecteur à une nouvelle modification de ces données et à ne plus voir dans Jean et Jamet qu'un seul et même personnage; mais, par compensation, je le prie d'ajouter à la liste des imprimeurs parisiens, un autre Mettayer, Michel,
(1) Voy. notamment l'ouvrage signalé par J. Baudrier, dans sa Bibliographie Lyonnaise, t. I, p. 2 56. — (2) M. T. Ciceronis ad M. Brutum Orat. — Paris, apud Mich. de la Guierche, sub signo Vasis effracti, in vico Jacobeo. In-4. S. d. (i545) B. N., X. 1801.
GALMA TYPOGRAPHICA 383
blié jusqu'ici par tout le monde, sauf par Jean Poche qui a egistré l'une de ses adresses. J'ai maintenant à justifier ces diverses tentions et je vais m'y employer dans les trois notices suivantes, ean Mettayer, d'après La Caille, que tous les auteurs ont copié, ait été imprimeur du roi et aurait exercé son art en 1574 (1573, Lottin) et en 1586 (Lottin ajoute : 1599); P. Renouard le fait rcer de 1557 à 1586.
Jamet Mettayer, frère puiné du précédent, dit-on, imprimait à Paris en 1586, à Blois en 1589, à Tours en 1591-1593 ; à ces dates données par La Caille, Lottin ajoute cellede 1602, et P. Renouard, condensant toutes les informations antérieures, fixe l'exercice de cet imprimeur de 1546 (d'après Silvestre) à 1602.
Il importe tout d'abord de faire remarquer: i° que les dates de 1546 et 1557 ne sont aucunement justifiées, le nom de Mettayer n'apparaissant pour la première fois qu'en 1573; 2° qu'on ne rencontre aucune impression portant simultanément les noms de Jean et de Jamet Mettayer; 30 qu'aucun document ne nous révèle l'existence de ces deux prétendus frères. Mais il y a plus : quelqu'un qui devait être bien renseigné, Bienvenu Cordelier, le correcteur de l'imprimerie, insérant une pièce de vers dans l'un des ouvrages édités chez Mettayer, en 1585 4, dédie ce morceau, non pas à Jean ou à Jamet, mais à Jean Jamet, le dernier mot restant invariable comme s'il s'agissait d'un nom patronymique, ce qui veut dire que Jean Mettayer n'était autre que le personnage connu sous le nom de Jamet. Enfin, le privilège est donné àjean Mettayer et la souscription du titre porte Jamet Mettayer : il n'y a donc là qu'un même individu qui s'appelle Jean Jamet Mettayer et qui seul a exercé de i 1573 à 1605, ainsi que nous allons le voir.
(0 Brief/ discovrsde la /magnifique réception / faicteparla maieste dv roy / Henry troisième, Roy de France & et de Pologne, / aux Ambassadeurs des puissans & libres Poten- / tats, Suisses, Grisons, & leurs Coalliez, députez à / iurer l'alliance accordée entre sadicte Majesté / & lesdits Seigneurs des ligues, non imprimé ius- / ques à présent, à cause de la maladie & longue / absence de l'Autheur. / Par Charles Tatt, gen- / tilhomme,& citoyen de Coire pays / des Grisons [Fleuron] A Paris, Chez Iamet Mettayer, Imprimeur du Roy, demeurant deuant le collège de Laon, / près des Carmes. / i583. (In-4, 38 p. ch. et 1 f. n. ch. pour le privilège donné à « Iean Mettayer, maistre imprimeur à Paris», le 23 novembre 084. Au V" du titre : portrait de Henry III. A la page 38, une pièce de vers « Benevenvsii Cordelier Ioannis Iamet typographii Regij correctoris », commençant par une capitale ornée, la lettre Q, d'un style emblématique bien remarquable. — B. N., L f34 206.)
384 GEORGES LEPREUX
On ne connaît pas le lieu d'origine de cet imprimeur et l'on a même fort souvent hésité sur l'orthographe de son nom : Maittaire (qu'on dit appartenir à la même famille) écrit Mestayer ou Métayer, Firmin-Didot, dans son Essai sur la typographie1, donne l'orthographe Mattayer; il n'y a pourtant pas d'hésitation possible sur ce point, car, non seulement la presque totalité des impressions porte Mettayer, mais encore, ainsi que le fait remarquer le docteur Giraudet 2, c'est cette orthographe qui résulte des différentes signatures manuscrites que le savant bibliographe tourangeau a relevées lui-même sur divers documents authentiques.
J'appellerai donc désormais cet imprimeur Jean Jamet, et plus simplement Jamet Mettayer , en adoptant ses ultimes préférences.
Je fixe les débuts de Jamet Mettayer à l'année 1573, 9ue donne Lottin et qui résulte de la souscription d'un livret 3, indiqué à tort par La Caille comme étant de 1574: cette rectification nous met tous les trois d'accord sur la date initiale de l'exercice de cet imprimeur, mais je me sépare d'eux quant à la qualification même d'imprimeur qui lui est attribuée. Je crois effectivement qu'il n'était alors que simple libraire, comme Mathurin Challange, avec lequel il était associé dans la maison de la rue du Mont Sainte- Geneviève, à l'image Saint-Jean. En réalité, l'ouvrage en question a été imprimé par Gabriel Buon incontestablement. On voit non seulement le monogramme de ce typographe dans les bandeaux qui ornent le haut des deuxième et troisième feuillets, mais encore on peut remarquer que le caractère italique employé pour cette impression est identiquement le même que celui dont il a fait usage dans plusieurs éditions personnelles à lui *.
(1) Paris, 1 8 5 1 , in-8 (Extrait du tome XXVI de l'Encyclopédie moderne) p. 8o3. — (2) Une association d'imprimeurs et libraires réfugiés à Tours au xvie siècle (Tours, 1877, In-8), p. 3g. — (3) La / Margverite : / avtrement la ieunesse / dv seignevr dv savssay, / Adrian de Gadou, de Thimerais, / pays Chartrain. / Plus l'Hermitage dudit auteur. / Dédie a tresillvstre, et magnanime / Prince, monseignevr le dvc de niver- / nois, prince de mantove. Fleuron] A Paris, / Par Iean Mettayer, & Mathurin Challange, rue / du mont S. Geneuiefue deuant le Collège de / L'an, à l'image Sainct Iean. / 157 3. / Avec privilège. (In-8. 20 f. ch. B. N., Rés. p. Ye.25i.) — (4) Voy. notamment: Le / premier livre / des paysages dv seignevr / du Saussay, Adrian de Gadou, de Thimerais, / Païs Chartrain. / A tresillsvtre [sic] prince / Monseigneur le Duc d'Alencon frère du Roy. [Marque de BuonJ A Paris, / Pour Gabriel Buon, demourant au cloz Bruneau, / à l'enseigne sainct Claude. / i5y3. / Avec privilège. [A la fin de:] Le songe dv savssay svr / le trespas de uaessire Adrian
Il est permis d'ailleurs de se demander si Jamet Mettayer est resté dès ce moment établi à Paris, car je n'y rencontre aucun livre revêtu de sa souscription *. Tout porte à croire au contraire que déjà dans les bonnes grâces du roi, il en avait obtenu un brevet d'imprimeur dans la ville de Tours, puisqu'en 1577 et 1580, les monuments typographiques nous révèlent et sa présence dans cette ville et le titre dont il était pourvu -. Dès 1579, on retrouve Mettayer à Paris, dans le même local qu'auparavant ; il y imprime, avec les caractères de Gabriel Buon déjà signalés plus haut, une tragédie sociale de Gabriel Bounin :\ puis, en 1580, il exécute pour Nicolas Chesneau un magnifique ouvrage grec et latin, à la fin duquel il s'intitule imprimeur du roi pour les mathématiques4. C'est à ma connaissance l'unique souscription où il ait fait état de ce titre, bien que d'après P. Renouard5, il ait eu cette qualité en 1575 (?).
de Gallot Cheuallier /de l'ordre du Roy, Cappitaine de cinquan- / te lances de sa maiesté, Seigneur / de Fontaines la Guion. / Imprime à Paris, par Gabriel Buon. / Auec pnuilege. / i by3. (In-8. 29 et 6 f. n. ch. B. N., Rés. p. Ye. 252-253.) (1) Georges Draude signale bien dans sa Bibliographia exotica(p. i5o):«Henri de Saint Léger, Traité contenant les secrets du premier livre sur l'espée, seule mère de toutes les armes,... Paris, J. Mettayer, 1573. in-4" », mais je n'ai pas eu la chance de mettre la main sur ce volume, dans nos Bibliothèques de Paris. — (2) A. / Edict dv roy svr / la pacification / des trovbles / de ce Royaume. [Arm.de France et de Navarre] A Tours, / Chez Iamet Mettayer Imprimeur/ ordinaire du Roy. / M.D.LXXV1I. / Auec privilège dudict seigneur. (Pet. in-8. 42 p. ch. Édit donné à Poitiers en septembre 1577. B. N., F. 46858, pièce 4.) B. / Vindiciae / secvndvm libertatem ecclesiae gallicanae, / et defensio regii statvs gallo-francorvm. / Ne auferas de ore meo verbum veritatis. Psalm. 119 L. S. A. R. [Arm. royales] Turoni, / Ex olhcina lametii Metayerii, Typographi Régi). / M.D.LXXX. (Pet. in-8. 538, p, sll.,B. tkjJJtëUqo.) — (3) Tragédie/ svr la défaite, et/occision de la piatî'e et/ la picqvoree et bannissement/ de Mars, à l'introduction de la Paix, & saincte lustice,/ Le tout dédié à l'Altesse de Monseignevr fils de France,/ frère unique du Roy, Duc d'Anjou, Alençon,/ Berry, &Touraine,/ Par Gabriel Bovnin Conseiller, <Sc/ Maistre des Requestes ordinaire/ de son Hostel. [Fleuron, avec deux vers grecs] A Paris,/ Par Iean Mestayer, demourant a l'image à. Iean,/ deuant le Collège de Laon./ 1579./ Avec privilège dv roy. (In-8. 12 f. ch. B. N-, Inv. Vf. 1014.) — (4) Ettito^yj tcdv t\ç rov/ 7rpo<pY)TYjv Hoaiav.../ Procopii, Sophistse Christiani, variarum in Esaiam Prophetam commen-/tationum epitome : cum praeposito Evsebii Pamphili/ fragmento, de vitis prophetarum :/ Ioanne Cvrterio interprète./... [Marque de N. Chesneau] Parisiis,/ Apud Nicolaum Chesneav : via Iacobœa./ sub Quercu viridi./ M. D. LXXX./ Cvm privilegio Régis. [A la fin :] Parisiis/, Excudebat loannes Mestayer, in Mathematicis/ Typographus Regius, sumptibus honestis-/simi viri Nicolai Chesneau, Anno/ Domini, 1 58o. (In-f°, 19 f. n. ch. Ski, 724 p. ch., 17 f. d'index n. ch. B. N., Inv. C. 246.) - (5) Impr. Paris., p. 268.
G. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 25
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A partir de cette époque, en même temps qu'il se montre typographe de plus en plus habile, Jamet Mettayer s'insinue chaque jour davantage dans la faveur royale. Il imprime et édite, en 1583, les belles Heures de Notre Dame à l'usage des Pénitents de l'Annonciation * (congrégation fondée par Henri III lui-même, qui, en 1588, l'en nomma l'imprimeur officiel2) et, en 1584, un livre du P. Auger, relatif à la même Congrégation3; en 1586, un Office de la Vierge 4 et un Psautier 5 portent sa souscription comme imprimeur du roi, ainsi que plusieurs édits et ordonnances royales 6 ; en 1587, je trouve de lui une nouvelle à la main 7 ; puis, en 1588, son chef-d'œuvre, le Bréviaire romain 8, ouvrage d'une exécution typographique tout-à-fait remarquable.
Les événements politiques vinrent alors mettre à l'épreuve le
(1) Hevres de nostre/ dame, a l'vsage de rome,/ selon la reformation de nostre/ S. Père Pape Pie V,/ Pour la Congrégation Roiale des Pen-itens de/ l'Annonciation de nostre Dame./ Le contenu de tout ce livre est en la page suiuante./ [Grav. en taille-douce] A Paris,/ Chez Iamet Mettayer, Imprimeur du Roi, près les boucheries/ de saincte Geneuiefue, deuant le Collège de Laon./ M D. LXXXIII./ Avec privilège dv roi. (Gr. in-4. tit. r. et n. B. N., Inv. B. i653.) Voy. sur ce livre : P. Lacombe, Livres d'heures, p. 278, n° 473. •— (2) Voy. Doc. n" 67.— (3) Metanœologie.Sur lesuget [sic] de l'Archicongregation des Penitens de l'Annonciation de nostre Dame, & de toutes telles autres deuotieuses assemblées, en l'Eglise sainte./ A Paris,/ Chez lamet Mettayer, par le commandement exprès, & priuilege du Roy. M.D.LXXXIIII. (In-4. 6 f . n. ch., 226 p. ch., 9 f. n. ch. B. N., Lb M 217.) — (4) L'office/ de la vierge/ marie, a l'vsage de/ l'Eglise Catholique, Apostolique & Romai-/ne, auec les Vigiles, Pseaumes graduels, Peni-/tentiaux, & plusieurs prières, & Oraisons./ Par le commandement du Roy. [Image de la Vierge.] A Paris,/ Chez Iamet Mettayer Imprimeur du Roy,/ deuant le Collège de Laon./ M.D.LXXXVI. Gr. in-4. Titrer, et n. B. N., Inv. B. 1654.) — (5) Le Pseaultier de/ David, contenant/ cent cinquante Pseaumes./ Avec les cantiqves: avsqvels les/ accens requis et nécessaires pour bien prononcer chacun/ mot, sont diligemment obseruez. [Vignette représ, le Roi David.] A Paris,/ Chez Iamet Mettayer Imprimeur du Roy,/ deuant le Collège de Laon./ M. D. LXXXVI. (In-4. 6 f . n. ch. pour la table, 235 f. ch. Impress. r. et n. B. N., Res. B. 22 1 ) — (6) Voy. notamment: B. N., F. 46875, pièce 24. — (7) Le vray/ discovrs/ contenant av vray/ le progrets, condvite, et/execution de la victoire obtenue par/ Monsieur de la Valette en Dauphiné,/ cotre les Suisses Protestas, qui y estoiêt/ entrez pour les Huguenots. [Arm. de France et de Navarre] A Paris./ Chez Iamet Mettayer Imprimeur du/ Roy, demeurant deuant le/ Collège de Laon./ 1587./ Avec privilège. (Pet. in-8, 8 f. n. ch. B. N., Lb34 367.) — (8) Breviarivm/ Romanvm,/ Ex decreto Sacrosancti Concilij/ Tridentini restitutum/ Pii V Pont- Max, ivssv editvm/ Cum Kalendario Gregoriano, à S. D. N./ Sixto PP. V. aliquot sanctorïi Festis aucto/ Auec les Rubriques traduites en François,/ par lecomandemèt exprès du Roy, pour l'usage de ses religieuses Congrégations./ A Paris/ Chez Iamet Mettayer,/ Imprimevr dv Roy. M.D.LXXXVIII. (In-f°. 2 vol. Frontisp. gravé. B. N., B. 543).
loyalisme de l'imprimeur de sa Majesté. Loin d'imiter l'exemple de Fédéric II Morel, qui ne devait pas tarder à mettre ses presses au service des « Guysars», Jamet Mettayer alla, sans hésiter, rejoindre Henri III à Blois, pour l'ouverture des États Généraux, et pendant toute la session de cette assemblée, il travailla activement avec Pierre L'Huillier à imprimer les actes officiels et à répandre dans le public tous les écrits de nature à servir la cause royale *. Aussi, lorsque le roi transféra sa résidence à Tours, Mettayer l'y suivit encore et, comme son séjour dans cette ville pouvait, selon les apparences, être de longue durée, il y transporta ses meubles, ses presses et un matériel assez considérable pour être en état de faire face à tous les événements. On verra bientôt qu'il eut dans cette ville au moins quatre presses en état de fonctionner.
Après l'assassinat d'Henri III, Jamet Mettayer donna au nouveau souverain les preuves d'attachement, de fidélité et de zèle, dont il s'était montré prodigue envers le précédent monarque et bientôt il en fut récompensé par l'octroi de lettres royales, qui le confirmaient dans son office d'imprimeur et de libraire du roi et que le Parlement, alors à Tours lui-même, enregistra le 17 janvier 1590 2 ; par un autre arrêt de ce jour, voulant aussi reconnaître les bons services de cet imprimeur, le Parlement lui accorda la charge de scelleur de ses expéditions et celle de concierge du palais, en lui recommandant d'avoir bon œil pour qu'il ne s'y commette aucun larcin 3.
Il n'est pas indispensable que je m'étende bien longuement sur cette période de l'existence de Jamet Mettayer, tous les renseignements désirables à ce point de vue se trouvant consignés dans diverses notices d'érudits et de bibliographes tourangeaux4, auxquels on doit notamment la mise en lumière de quelques documents extraits des archives locales. On connaît ainsi plusieurs des opérations commerciales de Mettayer pendant qu'il résidait à Tours 5 et
(1) Consultez à ce sujet: R. Porcher, Notice sur les imprimeurs et libraires blésois. 2' Ed. (Blois, i8g5. In-12.) — (2) Voy. Doc. n°68. — (3) Voy. Doc, n° 69 — (4) A./ Une association d'imprimeurs et de libraires de Paris réfugiés à Tours au xvi' siècle, par le Dr E. Giraudet (Tours. 1877. In-8 viu-68 p.) — B./ La Typographie en Touraine. 1467-1830. Par le O L. Clément de Ris (Pans. 1878. In-8. iv-u6p. Extr. du Bull, du Bibliophile.) — C./ Boulay de la Meurthe. Notes sur les imprimeurs et les libraires de Tours pendant la ligue. (Dans. Bull, de la Soc. Archéol. de Touraine, an 1902, pp. 563-570.) — (5) Voy. Doc. nos 71 et 72.
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es relations peu amènes qu'il entretenait avec certains habitants de cette localité l ; mais c'est surtout en ce qui concerne la production de notre imprimeur que j'engage le lecteur à se reporter à ces intéressants travaux ; il pourrait les compléter encore au moyen de divers recueils de la Bibliothèque nationale qui renferment une grande quantité d'opuscules imprimés à Blois et à Tours par le typographe du roi dont je m'occupe 2.
Dès que Henri IV eut fait son entrée dans Paris, et bien qu'il fût alors très occupé par l'impression de la célèbre Satyre Ménippée 3, Jamet Mettayer apporta le plus grand empressement à rentrer lui aussi dans la capitale, ainsi qu'il en fournit le renseignement dans son explication du mot Higuiero d'Inferno 4 mais il n'y amena alors qu'une partie de son matériel, juste de quoi continuer le travail commencé. Au mois de juin suivant (1594), il retourna à Tours pour le règlement de ses affaires etcédaà Maurice Bouguereau, imprimeur dans cette ville, les deux presses, « ustanciles, formes et toutes sortes de lettres » qu'il y avait laissé 5. — Pourquoi cette grande hâte de revenir à Paris ? C'est qu'évidemment Mettayer redoutait de se voir supplanté par Fédéric II Morel dans les bonnes grâces du roi, aussi pour trancher dans le vif de cette situation, présenta-t-il au Conseil d'État, d'accord avec Pierre L'Huillier, une requête dans laquelle il semblait contester à son rival le droit de se dire encore imprimeur de sa Majesté et concluait dans tous les cas à sa révocation pour avoir « toujours demeuré audit Paris et imprimé plusieurslivres diffamatoires contre l'honneur de Dieu et de Sa Majesté. » Le 20 avril 1594, un arrêt du Conseil6 prit le sage partid'ordonner que les trois imprimeurs conserveraient leurs charges, mais sous la réserve de l'exercer « ensemblement à communs fraiz, profitz et gaiges. . . sans qu'ils puissent imprimer l'ung sans l'autre. » Le Conseil ordonnait en outre que si l'une de ces trois charges devenait vacante par suite du décès de l'un des titulaires, elle demeurerait supprimée. On verra bientôt comment Fédéric II Morel, et Mettayer lui-même probablement, surent
(1) Voy. Doc. n° 70. — (2) Voy. au Département des Imprimés : F. 40858, F. 46888, F. 46890-46891, F. 47025.— Au Département des Manuscrits : f. fr. 1 559 1 recueil de documents sur la ligue. Consulter également les recueils de la collection Valençay, à la Bibliothèque de la Ville de Paris : tomes 36, 41, 42> 45,46, 47, 48, 5o, 5i. — (3) Cf. Poirson, Histoire du règne de Henri IV (Paris, i865. In-8), t. 11, p. 692 et suiv. — (4) Cf. Brunet, Manuel, t. V, col. 143. (5) Voy. Doc. n° 75. — (6) Voy. Doc. n° 74.
GALLIA TYPOGRAPHICA 38g
tourner la difficulté et assurer à leur descendance la pérennité de leur charge.
Jamet Mettayer, à partir de ce moment, ne se livra plus qu'aux paisibles travaux de son art et la mort seule vint en interrompre le cours, soit dans les derniers mois de l'année 1604 l, soit plutôt tout au début de 1605 2. Il laissait un fils, Pierre, qui suit, et une fille, Jeanne, mariée au libraire Marc Orry et dont la descendance allait incessamment occuper les plus hauts postes de l'État. Aucun auteur ne nous a fait connaître le nom de l'épouse de Mettayer et par conséquent de la mère de ces enfants, mais, d'après certaines indications recueillies dans les registres du Parlement 3, j'ai tout lieu de croire que cette femme s'appelait Catherine Guymier, fille elle-même sans doute du libraire Pierre Guymier.
Pendant les dernières années de son exercice, la production de cet imprimeur n'a pas laissé que d'être importante : on peut citer avec éloges un ouvrage de Nicolas de Thou, évêque de Chartres, dont l'exécution est assez remarquable \ mais il convient surtout de souligner que c'est seulement de cette époque, — il n'avait employé jusque laque des fleurons ou des tailles-douce en rapport avec l'objet du livre, — que date la marque typographique, dont font mention les divers auteurs. Je ne la rencontre en effet pour la première fois que sur un ouvrage daté de 1597 5* Cette marque représente, on le sait, une fleur de lis héraldique, surmontée de la couronne royale et entourée d'un encadrement ovale contenant la devise : Arte omni praestantior , et en bas le monogramme de Mettayer : un grand 4 tourné en sens inverse,
(1) II imprima encore cette année, notamment: Caes. Avg. Cottae/ Casteldvnensis/ poemata./ Ad amplissimvm V./ Achilem Harlœvm Equitem/ Torquatum Regni Curie Principem. [Marq. de la Fleur de lis] Parisiis, Apud Iamet Mettayer/ Typographum Regium./ M.DC. IIII. (Pet. in-8. 4 f. n. ch. dont un blanc, 45 f. ch. B. N., Yc. 8192.)- (2) Cf. Doc. n»84. — (3) A. N., XIA i633, f» 336. Du 20 octobre ■S71, Défaut obtenu en la Cour par «Jehan Mestayer et Catherine Guynier, sa femme, et Nicolas Guynier, demandeurs... Contre Jacques Guynier, Jacques Chassebras, » etc. — (4) Brief /recveil et/ explication de/ la messe et dv/ diuin seruice y faict/ Faictes ce en ma commémoration./ Luc XXII. [Arm. de Nie. de Thou.] A Paris,/ Chez Iamet Mettayer, & Pierre/ L'Huillier, Imprimeurs &/ Libraires du Roy./ M. D. XCVII. (In-4. 173 f. ch. et un blanc pour les « Faultes ». Titre r. et n. B. N., B. 1 523.) — (5) Theonomagivm,/ Siue/ Sanctificatio diuini nominis, libris/ quator illustrata./... Collectore/ Clavdio Seqvarto, Lutetiano./ Canonica Rotomagensi. [Marque indiquée] Parisiis,/ Apud lametivm Mettayerivm,/ Typographum regium/ M. D. XCVII./ Cvm Privilegio. (Pet. in-8. 7 f- n. ch., 228 p. ch., 3 f. d'index n. ch. B. N., D. 1 1 849.)
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bâtonné à gauche sur le trait horizontal, recroisillé sur le milieu du trait vertical qui traverse en bas la lettre M, accostée d'un I à gauche et d'un point à droite et qui se termine sur deux V en sens inverse *. La fleur de lis couronnée fait évidemment allusion à la charge d'imprimeur du roi que remplissait notre typographe. Cette marque existe en différentes grandeurs. Sur les impressions officielles, Jamet Mettayer fit presque toujours usage d'un bois gravé représentant les armoiries de France et de Pologne ou de Navarre, au-dessus desquelles on voit la lettre H, dont les jambages servent à l'entrecroisement de deux palmes ; le collier des ordres du roi est à l'entour et au dessus figure la couronne royale, dont le bandeau porte la devise de Henri III : Manet ultima cœlo.
Mettayer (Pierre) Imprimeur et libraire (1 595-1638). Imprimeur ordinaire du Roi (1596-1638).
Près des Boucheries Sainte Geneviève, à l'Image S. Jean.
En dépit des dispositions impératives arrêtées en 1594 par le Conseil d'Etat pour la limitation du nombre des imprimeurs royaux2, il semble bien qu'il y ait eu avec le roi lui-même quelques accommodements. Ce n'est pas sans surprise en effet que déjà en 15963, on constate que Pierre Mettayer prenait le titre d'imprimeur de sa Majesté. Fils du précédent, avec lequel il avait partagé l'honneur et les périls d'accompagner le roi à Tours, il est évident qu'il possédait des droits à un traitement de faveur, mais quand et à quelles conditions ce traitement lui fut- il octroyé ? Voilà ce que ne m'a révélé aucun document. La seule explication possible d'un état de choses aussi anormal est qu'en 1596, Jamet Mettayer, comme le fera plus tard Fédéric II Morel, éprouva le désir d'assurer à son fils la transmission de sa charge et sut trouver le moyen de tourner le danger qu'opposaient aux vœux de sa sollicitude paternelle les termes de l'arrêt de 1594, en édictant la suppression de son office dans le cas où il viendrait à décéder. Il est
(1) Voy. Recueil Silvestre, n° 494. — (2) Voy. Doc. n° 74. — (3) Edict dv Roy,/ de l'attribvtion /de trois deniers pour liure sur les qua-/tre millions de liures de l'ancienne / Taille & Creùes incorporées aux Re-/ceueurs & Controolleurs des Tailles / en chacune Eslection & Tablier des/ Receptes desdites Tailles, outre leurs / autres gages et droicts./ Vérifié en la Chambre des Comptes, le/ 12. Juillet 1596. [Arm. de France et de Nav.] A Paris,/ Par Pierre Mettayer, Imprimeur,/ & Libraire ordinaire du Roy. M.D.XCVI./ Auec Priuilege de sa majesté. (Pet. in-8. 20 p. B. N., F. 46899, pièce i5.)
GALLIA TYPOGRAPHICA 3o,I
donc probable qu'en 1596, il sollicita du roi des lettres de survivance en faveur de son fils Pierre et que c'est en vertu de lettres octroyées dans ces conditions que ce dernier prit alors le titre d'imprimeur du roi. Il est fort regrettable que ces lettres ne nous soient point parvenues, ou du moins que je ne les aie pas rencontrées, mais j'ai la conviction que les choses se sont passées ainsi que je viens de le dire.
Quoi qu'il en soit, après avoir aidé son père dans la direction de son atelier en Touraine, Pierre Mettayer, dès son retour à Paris, songea à se procurer un établissement : dans le cours de Tannée 1595, plus probablement qu'en 1596, il paya le droit d'ouverture de boutique 4, mais aucune impression de l'époque ne m'a indiqué son adresse ; il exerçait sans doute dans le même local que Jamet Mettayer, tout en ayant boutique au Palais, « en la Galerie par où l'on va à la Chancellerie. » Après la mort de son père, auquel il succéda, croit-on, dans la maison de l'Image Saint-Jean, il eut quelques difficultés non seulement au sujet d'une impression faite par Jamet pour la Cour des Aides et dont il triompha finalement2, mais encore avec Fédéric III Morel et Pierre L'Huillier, qui, s'il fallait s'en rapporter aveuglément à des lettres patentes du roi du 12 février 1605 3, demandèrent et obtinrent la suppression de sa charge. En fait cependant, Pierre Mettayer continua à l'exercerconcurremment avec eux, puisque l'on rencontre nombre de documents imprimés par lui en cette qualité en 1605 '', 16083, 16096, 16107 et que même, en cette dernière
(i)B. N., Ms, fr. 21872, f° 365 v\ — (2) Voy. Documenta, 1^87. — (3) Cf. Documenta n» 84.— (4) Voy. notamment : Arrest du Conseil d'Estat et commission dv Roy pour la recherche des abbus et maluersations commises depuis vingt-cinq ans es Eauës & Forests de ce Royaume : Ensemble des Amendes, restitutions, interests, confiscations, & autres deniers adiugez, retenuz, diuertis ou receliez à sa Majesté depuis ledit temps. [Arm. roy.] A Paris, chez P. Mettayer Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy. M. D. C.V. Pet. in-8. i3 p. ch. B. N., F. 47028, pièce 20.) — (5) Voy. notamment : Déclaration dv Roy, svr le restablissement des Clercs, Commissaires, & Contrerolleurs pour sa Majesté, des ports & portes de ceste ville de Paris... [Arm. Roy.] A Paris, Chez Pierre Mettayer , Imprimeur et Libraire ordinaire du Roy. M.DCVIII. (Pet. in-8 i3 p. ch. B. N., F. 46919, pièce i3.) — (6) Voy. par exemple : Edict povr la svrvivance des Offices de Secrétaire du Roy, maison & Couronne de France [Arm. Roy.] A Paris, Chez P. Mettayer, Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy. M.DCIX. (Pet. in-8. 8 p. ch. B. N., F. 46921, pièce 8.) - (7) Voy. notamment: Déclaration du Roy, sur les Edits de Pacification. [Arm. Roy.] A Paris, Chez F. Morel, P. L'huillier, & P. Mettayer, Imprimeurs & Libraires ordinaires du Roy. M. DC.X. (Pet. in-8, i3 p. ch. B. N., F. 46922, pièce 8.)
3g2 GEORGES LEPREUX
année, il est qualifié imprimeur du roi dans l'arrêt du Conseil d'État du 8 novembre iéio, relatif à ses difficultés avec Pierre De La Mare1. En 1620, le roi déclara solennellement qu'il ne reconnaissait pour ses imprimeurs que Fédéric III Morel et Pierre Mettayer2 et enfin, après la mort de ce dernier, survenue le 3 ou le 11 janvier 1639 3, sa charge fut définitivement supprimée, ayant été par anticipation donnée à Antoine Estienne.
Pierre Mettayer avait, suivant La Caille, épousé Jeanne Bourgeois le 4 juillet 1628 4 ; P. Renouard lui donne pour femme Marguerite Bernard, d'après le même auteur 5 ; il est possible qu'il ait été marié deux fois et cependant, malgré ce luxe d'épouses, je ne crois pas qu'il ait laissé de descendants ; aucun dans tous les cas n'a suivi la carrière paternelle, car Michel Mettayer, qui suit, ne paraît pas être son fils.
L'examen des productions de cet imprimeur ne m'a rien révélé d'intéressant au point de vue de sa biographie, je me borne donc à citer une édition d'un livre du P. Lessius, de la Compagnie de Jésus, qui a été omise par le savant bibliographe de cette société 6 et l'Histoire de Navarre du parisien André Favyn 7. Ni l'un ni l'autre de ces ouvrages ne nous montre la marque de Pierre Mettayer, le premier ne portant au titre que le monogramme de la Compagnie de Jésus et le second, l'adresse seule de l'imprimeur, mais on sait qu'il continua de temps à autre d'employer la fleur de lis et la devise paternelles 8 et que sur quelques rares ouvrages, il surmonta sa
(1 ) Cf. Documenta, n° 87. — (2) Cf. Documenta, n'g^. — (3) La date du 3 janvier est donnée par Lottin (II, p. 124) et par l'abbé Brute (Chron. des curés de S. Benoît, p. 57), comme étant celle de son inhumation en l'église St Benoit, ce qui placerait son décès au 2 janvier. La date du 1 1 janvier est donnée par P. Renouard (Impr. par., p. 269.), je ne sais d'après quelles sources. — (4) B. N., Ms. fr. 2 2io3 (Ex. annoté) f» 147, n° 814. — (5) Impr. par., p. 269. —
(6) De perfectionibvs moribvsqve divinis libri XIV. Quibus pleraque sacrae Theologiae mysteria breuiter ac dilucidè explicantur : Auctore Leonardo Lessio Societatis Iesv, S. Theologiae Professore. [Monogr. de la Compagnie de Jésus]. Parisiis, Apud P. Mettayer Typographum ac Bibliopolam Regium M. DC. XX. (In-4. 9 ff. n. ch., 592 p . ch., 8 ff . n. ch. pour table. B. N., D. 3638.) —
(7) Histoire de Navarre, Contenant l'Origine, les Vies & conquestes de ses Roys, depuis leur commencement iusques a présent, Ensemble ce qui s'est passé de plus remarquable durant leurs règnes en France, Espagne, et ailleurs. Par André Favyn Parisien Aduocat en Parlement. A Paris, Chez Laurent Sonnius ruëStlacques au Coq et compas d'or. Pierre Mettayer Impr' ordc du Roy, en sa boutique au Palais à la galerie des prisonniers. Pierre Cheuallier au mont St Hil re à la Court d'Albert. Avec privilège du Roy. L. Gaultier sculpsit. 1612. (In-f». 1340 p. SU. B. N., Lk2 m56.) — (8) Henrici Blacvodei parisiensis
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souscription d'un cube, avec la devise : Reclus ubique. A vrai dire, je n'ai pas eu personnellement l'heur de rencontrer cette dernière marque, maiselle figure dans le recueil de Silvestre (nos 722 et 925) et P. Delalain Ta également enregistrée dans son catalogue du Cercle delà librairie 4.
Comme imprimeur du roi, P. Mettayer a édité un très grand nombre d'actes royaux et d'arrêts du Conseil 2, puis, vers la fin de sa carrière, ne se trouvant pas encore satisfait du vaste domaine que ses privilèges lui permettaient d'exploiterpresque exclusivement, il se mit à imprimer et à publier des nouvelles à la main, article très recherché à ce moment, tant la curiosité publique était avivée par les expéditions du roi ; l'imprimeur de Sa Majesté prit même tant de goût à ce commerce qu'il essaya de le monopoliser entre ses mains et d'empêcher le célèbre gazetier Renaudot de jouir lui-même de ses propres privilèges. Mettayer sut convaincre sans doute le bailli du Palais, que ces sortes d'impressions rentraient dans les fonctions de sa charge et, dans tous les cas, il en obtint la permission de faire saisir les presses et les gazettes de Renaudot. Un arrêt du Conseil du 14 juin 1633 3 ramena bientôt tout ce monde à une plus saine appréciation des droits véritables de chacun.
Qu'il me soit permis de rappeler, avant de quitter Pierre Mettayer, qu'en 161 1 déjà, d'accord avec le relieur du roi, Clovis Eve, il avait essayé de confisquer à son profit le monopole des Usages réformés du Concile de Trente, après avoir, en qualité de cessionnaire de la première Compagnie des Usages, obtenu du roi un nouveau privilège de douze ans, mais sur l'opposition de la Communauté des libraires et imprimeurs et sur les énergiques réclamations du Clergé et de l'Université, un arrêt du Conseil d'Etat du 23 décembre ién 4 avait prononcé la révocation de ce privilège.
Somme toute, on peut dire de Pierre Mettayer que s'il fut un imprimeur assez habile et un libraire non moins entreprenant qu'avisé, il eut le tort de chercher l'accroissement de ses affaires
bachalavrei medici elogia In ï-cholis Medicorum in-4. Candidatorum Medicinae gratiam habita Anno Domini 1608. 17. Kalendas lunij. [Marq. de la Fleur de lis.] Lvtetiae. Apud Petrum Mettayer, Typographum Regium. 1608. Cum priuilegio Régis. (Pet. in-8. 68 p. ch. SU. B. N., X. 18253.)
(1) 2' Ed., p. 62. — (2) Voy. notamment à la B. N., les recueils suivants: P. 46923, 46925, 46926, 47033, 47035, 4703 6 à 47042, 47049 à 47054, etc. — (3) Voy. Documenta n« 108. — (4) Voy. Documenta n« 90.
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au détriment des autres, au lieu d'exercer ses facultés à la publication de quelques œuvres utiles et inédites.
Mettayer (Michel), Imprimeur et libraire (1647-1666). Imprimeur
ordinaire du Roi (1647- 1666).
En l'Ile Notre-Dame, à l'Image Saint-Jean, proche le Pont Marie (1647-1648). — En l'Ile Notre Dame, sur le Pont Marie, au Cigne (1649);.! la coupe (1650). — [ASaint-Germain-en-Laye, 1649.] — Rue de laHuchette, àla Croix Blanche (1664-1666) ; même rue, à l'enseigne du Temple (1667) ; même rue, à la Bastille (1668).
Ainsi que je l'ai déjà dit, j'ignore absolument si un lien de parenté quelconque unissait cet imprimeur aux deux précédents. Il a passé complètement inaperçu de La Caille, puis de Lottin, et seul, Jean Poche (Deschamps) lui consacre ces deux lignes tout à fait insignifiantes : « Michel Métayer ou Mettayer, non cité, imprimeur ordinaire du Roi et libraire. En 1649, demeure en l'Isle Nostre-Dame, sur le Pont Marie, au Cygne1. »
En fait, le nom de Michel Mettayer est bien connu des collectionneurs de Mazarinades, par de nombreuses pièces imprimées qui rentrent dans cette catégorie de pamphlets, mais on ne sait rien de sa personnalité et je regrette fort de n'être pas en mesure d'élucider bien des points obscurs de son existence. Enfin, je vais faire de mon mieux.
Dès la première trace que je trouve de cet imprimeur, en 1647, je le rencontre auprès du Pont Marie, à l'Image Saint-Jean - et déjà il se qualifie d'imprimeur ordinaire du roi. En vertu de quel brevet, dans quelles conditions exerçait-il cet honorable emploi ? C'est ce que je n'ai pu découvrir ni dans les archives du Parlement ni dans celles du Conseil d'État. Toujours est-il qu'en 1648, il est toujours à la même adresse et s'intitule alors « Premier imprimeur ordinaire et extraordinaire du Roy 3 ! »
(1) Quelques adresses, p. 118. — (2) Déclaration dv Roy, portant qve sa maieste a entendv comprendre les présidents Trésoriers Ceneraux {sic) de France Aduocats, & Procureurs de sa Majesté des Bureaux des Finances en l'exception de la réuocation des Priuileges contenus en son Edict du mois de Nouembre 1640. soubs les termes d'officiers des covrs sovveraines.... [Arm. roy.] A Paris, chez Michel Mettayer, Imprimeur ordinaire dv Roy, demeurant en l'Isle Nostre Dame à l'Image de S. lean proche le Pont Marie. M. DCXLVII (In-4. 6 f. ch. B. N., F. 236ii, pièce 474 > — (3) Déclaration dv roy, portant qve les officiers de la Cour de Parlement, Chambre des Comptes, Grand Conseil, & Cour des Aydes de Paris, jouiront cy-après durant neuf années, commençansau
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En 1649, il a déménagé et s'est installé sur le Pont Marie même, à l'enseigne du Cygne ! ; à la fin de cette année, il imprime à Saint-Germain-en-Laye un assez grand nombre de documents, avec le matériel dont il usait à Paris et je reconnais, en tête de divers d'entre eux, l'un de ses bandeaux portant son initiale M. De ce séjour de Michel Mettayer à Saint-Germain-en- Laye, il sera plus amplement question dans une autre partie de cet ouvrage °2 ; je me contente de noter ici qu'en 1650, il était de retour à Paris et que sa présence y est affirmée par un opuscule intéressant pour l'histoire financière de la grande cité 3. Un fait singulier se produisit alors : l'éclipsé totale de cet imprimeur du roi, qui ne reparut qu'en 1661 ! Qu'est-il devenu et qu'a-t-il fait pendant ces onze années ? Problème difficile à résoudre, mais qui n'est peut-être pas tout à fait insoluble, si Ton veut bien se rappeler que par un arrêt du 24 octobre 1648 4, que j'ai déjà cité, le Parlement de Paris avait autorisé les autres typographes du roi à faire saisir ses presses et caractères, dans le cas où il continuerait à imprimer les documents réservés à ces derniers. Or, les presses de Michel Mettayer n'étaient guère occupées qu'à ce genre de labeur, à en juger par les quelques monuments typographiques signés de lui pendant la première partie de son exercice. Il faut donc présumer, ou qu'il cessa de travailler pendant quelques années, ce que je ne pense pas, ou qu'il n'exécuta durant ce laps de
premier jour de la présente année 1 648 & finissans au dernier décembre i656 de la dispense de la rigueur des quarente jours que chacun Officier doit suruiure après le controlle de la Quittance de résignation de son office... [Arm. de France et de Navarre.] A Paris, Par Michel Mettayer, Premier Imprimeur ordinaire &extraordinaire du Roy, en l'Isle Nostre Dame, près le Pont Marie. M.DC.XLVIII. Auec priuilege du Roy. (In-4, 6 p. ch. B. N., F. 2 3 6 1 1 , pièce 904.)
(î) Edict dv roy, portant création de devx Offices héréditaires et domaniaux, de Receueurs, &deux Contrôleurs des Consignations, alternatifs & triennaux en toutes ses Cours de Parlement, Grand Conseil.., [Arm. de France et de Nav.] A Paris, chez Michel Mettayer, Imprimeur ordinaire du Roy, demeurant en l'Isle Nostre Dame sur le Pont Marie, au Cigne. M.DC. XLIX. (In-4. 16 p. ch. B.N., F. 236ii, pièce 370.)— (2)Voy. le tome V de la présente série. —(3) Mémoires présentez a Nosseigneurs de Parlement, pour monstrer que les dix-huict Députez nbmez pour la conseruation des Rentes de l'Hostel de Ville peuuent s'assembler quand ils iugeront nécessaire; pour se raporter les vus aux autres les desordres qu'ils auront remarquez dans chaque nature de rente et pour en arrester le cours, et y chercher coniointement le remède. [Panier de fleurs.] A Paris, Chez M. Mcttaver, Imprimeur ordinaire du Roy, en l'Isle N. Dame sur le Pont Marie, à la Coupe. M.DC.L. (In-4. 9 P- ch. B. N., Lb37 1434.) -(4) Voy. Documenta, n° 161.
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temps que des travaux de ville. J'adopte d'autant plus volontiers cette dernière manière de voir, que dans un arrêt du Conseil d'État du 21 mars 16611, il est dénoncé comme n'ayant point d'imprimerie ou comme « n'imprimant que des billets d'enterrement et des gazettes burlesques, que des catéchismes et des alphabets, que des factums ou d'autres pièces volantes de même nature », ce qui explique que nous n'ayons rien de lui pendant plusieurs années.
Dans tous les cas, cette année 1661 marqua la résurrection de l'imprimerie de Michel Mettayer, mais, circonstance qui dénote la précarité de ses affaires, depuis cette époque jusque la fin de son exercice, en 1 668, ce typographe ne cessa pour ainsi dire pas de déménager ou de changer d'adresse et d'enseigne, tout en continuant d'ailleurs à résider dans la rue de la Huchette, où il avait fixé ses pénates: s'il est, en 1664, vis-à-vis de TY grec, à l'enseigne de la Croix Blanche 2, on le trouve, en 1 666, dans une maison voisine3; en 1667, vis-à-vis la Fleur de Lys, à l'enseigne du Temple 4 ; en 1 668, vis-à-vis de l'Y grec, à l'enseigne de la Bastille 5. Toutefois, il continue de se qualifier imprimeur ordinaire du roi avec une persistance d'au-
(1) Voy. Documenta, n° 177. — (2) Déclaration dv Roy, Portant règlement gênerai sur le fait et négoce des Lettres de Change, de tous les Billets payables qui se tirent de tous les endroict [sic) de la Chrestienté. Registrées en la Cour de Parlement le 26 du mois de Ianuier 1664. [Ala fin :] A Paris, chez M. Mettayer, Imprimeur demeurant rue de la Huchette à la Croix blanche, attenant à l'enseigne de la Bastille, vis-à-vis l'Y grec. 1664. (ln 4- 4 P- cn- B. N., F. 23612, pièce 733.) — (3) Arrest contradictoire dv conseil prive du Roy, donné en favevr de Messievrs les Officiers de la Connestablie & Mareschaussée de France, à la Table de Marbre du Palais, Portant Confirmation des Édits & Déclarations du Roy, donnez en faveur dudit Siège, touchant les malversations des Officiers & Archers de la Mareschaussée contre le Grand Conseil. [Arm. de France et de Navarre] A Paris. Chez Michel Mettayer, Imprimeur, & Libraire ordinaire du Roy demeurant rue de la Huchette, attenant à 1a Croix blanche, vis-à-vis la Fleur de Lys. M. D.LX VI {sic). — (In-4. 11 p. ch- B. N., F. 23635, pièce 800). —
(4) Instrvction a la langve italienne pour l'apprendre sans les Règles de la Grammaire. Avec vn recueil de Chansons accomodées aux Airs François, & un Traitté de la Poésie Italienne pour les plus Curieux. Par Placide professevr en Droict, Maistre, & Interprette des Langues de son A. R. Madame de Gvise. [Arm. de France et de Navarre] A Paris, Chez M. Mettayer, Imp. du Roy, rue de la Huchette, à l'enseigne du Temple. Et chez l'Autheur rué S. N. du Chardonneret au Pied de Biche. (In-16. 120 p. SU. B. N., X. 9409. — Privilège du 5 février 1667 a Placide Catanusi et permis de faire imprimer par « Michel Mettayer, imprimeur et libraire ordinaire du Roy ».) —
(5) Arrest dv Conseil d'Estat du Roy. Portant Règlement pour le (sic) cômerce et des Foires par tout le Royaume de France et le (sic) Priuileges pour les Marchans. Du ^Septembre 166S. [Arm. de France et de Navarre] A Paris, Chez M. Mettayer, Imprimeur Ordinaire du Roy, demeurant rue de la Huchette, où
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tant plus déconcertante, qu'en 1661 , comme on l'a vu, il avait été pour ce fait l'objet de nouvelles poursuites de la part des autres imprimeurs du roi, qu'il lui avait été interdit de se servir de ce titre et d'exécuter aucune des impressions appartenant à cette charge. Mettayer ne tint jamais aucun compte de cette interdiction, ce qui laisse supposer qu'il avait en haut lieu de puissants protecteurs et qu'il était légitimement titulaire d'un brevet d'imprimeur royal : cette qualité lui est d'ailleurs donnée officiellement, en 1667, dans un privilège émanant de la Chancellerie.
On voudra bien excuser tout le décousu et les imprécisions de cette notice, ma bonne volonté s 'étant trouvée paralysée par l'absence de documents.
Michallet (Etienne) Imprimeur-libraire (1669-1699). Imprimeur
ordinaire du Roi (1687-1699).
Rue Saint-Jacques, à l'Image Saint-Paul, proche la Fontaine Saint-Severin ; via Jacobaea, sub signoSanctiPauli, propre Fontem Sancti Severini.
Né à Lyon l vers 1630 2, Michallet s'initia dans cette ville au commerce de la librairie et fut bientôt en relations d'affaires « avec les principaux libraires des plus grandes villes de l'Europe3»; il avait dépassé l'âge de trente ans, lorsqu'il prit la résolution d'ouvrir à Paris un établissement d'imprimerie et de librairie. A cet effet, il se rendit dans la capitale en 1 663 et, conformément aux règlements alors en vigueur, il y commença, le 17 janvier de l'année suivante, un nouvel apprentissage de quatre années, dont il accomplit la première chez Siméon Piget et les trois autres chez Pierre Le Petit. Après avoir terminé ce stage indispensable, Michallet voulut s'installer et requit le syndic de l'admettre à la maîtrise ; il se heurta à un refus absolu, fondé sur la défense édictée par un arrêt du Conseil d'État du 16 décembre 1666 de recevoir aucun nouveau maître ; il eut beau soutenir qu'un autre arrêt du même Conseil du 17 février 1667 ava^ ^ev^ cette interdiction, en réglementant les
pend pour enseigne la Bastille, attenant de la Croix blanche, vis-à-vis l'Y grec. M.DC.LXVIII.(ln-4. 3 p. ch. B.N., F. 23636, pièce 63 1.)
(1) Arrêt du Conseil du 26 juin 1669 indiqué ci-après, et B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 209. — (2) D'après la supputation de son âge (69 ans) au moment de son décès. — (3) Arrêt du Conseil du 26 juin 1669. (Documenta, N° 202.)
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conditions à remplir pour être admis à la maîtrise 4, il ne parvint pas à vaincre la résistance des officiers de la Communauté. Michallet ne se tint pas pour battu et, s'étant pourvu par requête auprès du Conseil d'État du Roi, il fut renvoyé devant le Lieutenant général de police « pour être ordonné ce qu'il appartiendra 2». Il est probable que les choses n'allèrent pas toutes seules devant ce magistrat, car c'est seulement le 24 juillet 1676 que Michallet fut autorisé par une ordonnance du lieutenant de police de La Reynie à retourner « devers les Syndic et Adjoints pour luy estre pourvu3 », et le 27 octobre suivant, qu'il fut admis dans la Communauté4.
Profitant sans doute d'une autorisation tacite, l'ancien libraire de Lyon n'en avait pas moins, depuis quelques années déjà, ouvert son établissement dans la rue Saint-Jacques, à l'Image Saint-Paul. D'après une déclaration faite par sa veuve lors de l'enquête de 1700, cette installation remontait à l'année 1669 5, pourtant j'ai vainement cherché quelque produit de ses presses à cette époque ; les premières impressions que j'aie rencontrées avec sa souscription ne remontent pas au delà de l'année 1672 6 mais à partir de ce moment, elles se succèdent avec une abondance qui ne me permet pas d'entrer dans le détail. Il n'y a d'ailleurs pas matière à de grands regrets au sujet de cette abstention, car Michallet n'est pas un imprimeur-libraire qui se soit signalé par des éditions remarquables: il était l'homme de petites et bonnes affaires et c'est surtout à la propagande des livres de dévotion et de mysticisme qu'il s'appliqua avec une ardeur sans égale. On était au surplus à l'époque où Louis XIV, orientant sa politique vers l'unité de religion, acheminait le pays à accepter sans trop de secousses le nouveau régime qu'il lui préparait en cette matière. Michallet fut l'un des imprimeurs qui se prêtèrent avec le !
(1) Il fallait être congru en langue latine, savoir au moins lire le grec et posséder deux presses garnies avec tout le matériel accessoire nécessaire à leur fonctionnement. — (2) Voy. l'arrêt du 26 juin 1669 (Doc. n°202). — (3) B.N. Ms. fr. 2i856 f° i5. — (4) Ibid., f°i5 v°. Michallet donna à cette occasion pour les affaires de la Communauté, « cinq louys d'or en espesse vallant cent soixante quinze livres». — (5) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 209. — (6) Voy. notamment: A. / De l'amour de nostre-seignevr Iesus-Christ,... Par Henry-Marie Bovdon, Docteur en Théologie, & grand Archidiacre d'Evreux. [Fleuron] A Paris, Chez Estienne Michallet, rue Saint-Jacques, à Tlmage Saint-Paul, proche la fontaine Saint-Severin. M.DC.LXXII. (In-12. 396 p. sll. B.N., D. 18283.) - B. / Les œuvres spirituelles de S. François de Borgia. Traduites de l'espagnol en François [Fleuron] A Paris... M.DC.LXXII. (In-12. 157 p. ch. SU. B.N., Rés. D. 17297.)
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plus d'activité et de dévouement aux vues du souverain : non content d'utiliser presque exclusivement ses presses à cet objet, il devint bientôt le grand entrepreneur des livres à l'usage des nouveaux convertis et, comme ses ateliers ne suffisaient pas à la production intense qu'on exigeait de lui, sa femme fut envoyée à diverses reprises à Lyon pour y faire exécuter les impressions que Michallet ne pouvait effectuer à Paris 4.
Le zélé typographe fut bientôt l'objet de toute la faveur royale : en 1677, il obtenait un privilège de vingt-cinq ans pour un certain nombre d'ouvrages de son fonds2 ; en 1687, il était pourvu, en
(1) Mémoire envoyé par le roi à M. Le Bret, intendant de Lyon, le i3 février 1687 : « Le Roy voulant sçavoir quels livres ont esté imprimez en la ville de Lyon pour le compte des libraires et imprimeurs de Paris qui ont fourny les livres que Sa Majesté a fait distribuer dans les provinces aux nouveaux catholiques et ceux qui ont aussi esté imprimez sur les ordres du sieur Clément, il est nécessaire que vous en envoyez incessamment Testât, dans lequel vous mettrez le titre de chaque livre, l'imprimeur ou les imprimeurs qui en ont fait l'impression, le nombre qu'il en a esté fourny, à qui les exemplaires ont esté livrez et en quel temps, et à quel prix chaque feuille du livre, c'est à dire à combien la rame pour l'impression, et combien ils ont vendu chaque livre relié en parchemin avec colle ou sans colle et combien ceux qui ont esté reliez en veau. Il est peut-être nécessaire que vous sachiez que Valfray, imprimeur de Lyon, est un de ceux qui a esté le plus employé et qu'il a mesme imprimé quelques-uns de ces livres par les ordres du sieur Rollin de Lyon. Guillemeau, de la mesme ville, a aussi travaillé. Les Anisson ont esté aussi employez. La femme de Michallet, libraire de Paris, a fait divers voyages à Lyon, où elle a fait imprimer plusieurs livres. Il sera aussi nécessaire de demander en mesme temps au sieur Rollin un double du compte qu'il doit avoir avec le sieur Clément qui est à Paris pour les livres que luy Rollin a fait imprimer à Lion, sur les ordres du sieur Clément, dans lequel il mettra pareillement avec le titre des livres, le nombre de chaque sorte qu'il a envoyez à Paris ou ailleurs sur les ordres dudit sieur Clément. Al'esgard de la connoissance des autres libraires et imprimeurs de Lyon qui peuvent avoir imprimé ou fourny des livres pour les nouveaux catholiques et pour le compte des libraires de Paris ou pour les sieurs Rollin et Clément, outre les trois imprimeurs compris dans ce mémoire, il sera de vostre prudence pour avoir cette connoissance de prendre les voyes que vous jugerez les plus seures et les plus promptes, et s'il y a un scindic des libraires à Lyon, qui soit estimé homme de bien et capable de sa profession, il pourra beaucoup mieux qu'un autre vous informer plus exactement et plus diligemment de ce que vous aurez à demander sur ce sujet. Il est important d'aporter en cela toute la diligence possible et de prendre par escrit les déclarations de tous les imprimeurs et libraires qui auront esté employez par ceux de Paris ou par les sieurs Clément et Rollin et de prévenir par ce moyen et par toute la diligence qui vous sera possible les expédiens qu'ils pourroient prendre entre eux pour vous empescher de connoistre la vérité, et afin qu'aucun d'eux ne puisse se dispenser de vous la déclarer, vous pourrez si vous le jugez ainsi à propos obliger ceux dont la sincérité vous pourroit estre suspecte, de vous représenter leurs livres journaux. « ( A. N. O^o, f° 98.) — (2) Voy. Documenta, n° 2 i3.
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remplacement de feu Sébastien Mabre-Cramoisy, d'une charge d'imprimeur ordinaire de Sa xVTajesté l et le roi lui faisait même accorder peu de temps après, un privilège exclusif pendant six ans pour l'impression d'une ordonnance assez importante relative à la réglementation delà procédure devant le Conseil2 ; enfin, en 1689, un privilège plus lucratif encore lui était octroyé pour la publication des ordonnances royales concernant la marine 3, nonobstant les réclamations de ses collègues4.
Michallet, on vient de le voir, avait succédé à Mabre-Cramoisy dans la charge d'imprimeur du roi; il avait été concurremment avec, lui pendant quelques années, l'imprimeur-libraire de la Compa- : gnie de Jésus, il hérita en totalité de cette clientèle, tout particulièrement féconde et recherchée à cette époque. Un livre célèbre du P. Deschamps lui occasionna même devant le Parlement, quelques difficultés dont on rencontre l'exposé et la solution dans un arrêt I du 18 novembre 1688 5. Malgré sa longueur et son intérêt très- I
(;) Voy. Documenta, no 2 25. — (2) Voy. Documenta, n° 226. — (3) Voy. Documenta, n°228. '— (4) Voy. à la B. N., dans le ms. fr. 22078 pièce 5o, le brouillon d'une lettre de protestation des autres imprimeurs du roi. — (5) « Sur ce qui a esté remonstré à la Cour par le Procureur Général du Roy que le succès qu'eut en l'an 1 653 le livre intitulé Le secret du Jansénisme ayant persuadé qu'il seroit utile d'en renouveller présentement l'impression, on l'a imprimé une seconde fois depuis quelques mois sous le titre de Tradition de V Eglise Catholique et de la Jaulce Eglise des hérétiques du dernier siècle sur la doctrine de Jansénius touchant le libre arbitre et la grâce, et comme le P. Dechamp, jésuiste, qui est autheur de cet ouvrage establissant avec beaucoup de fondement la déférence que l'on est obligé d'avoir pour les Conciles provinciaux tel qu'estoit celuy de la province de Sens tenu à Paris en l'an i52g, dont il se sert advantageusement pour son dessein, a distingué deux aucthoritez dans les Conciles ; il dit dans la page 38 1 de ce livre que ceux qui estoient même généraux n'avoient celle de ces authoritez qui estoit souveraine, et à laquelle on ne pouvoit résister sans se déclarer ouvertement hérétique sinon lorsque le Saint Siège avoit confirmé et comme scellé leurs arrêts : cette proposition et les manières différentes dans lesquelles on peut interpretter les termes dans lesquels elle est conceue, ont donné lieu à quelques personnes de croire qu'elle estoit contraire à la décision du Concile de Constance, aux censures de la faculté de Théologie de Paris, aux arrests de la Cour et enfin à la déclaration présentée au Roy par les députez du Clergé de France en l'an 1682, concernant la source véritable du pouvoir des Conciles et comme ce prétendu droit de leur donner en les confirmant l'infaillibilité du Saint Esprit selon la mesure qu'il plaist à la libéralité des papes de leur en distribuer, est l'un des principaux arguments dont les auteurs ultramontains se sont servy depuis les différents du Concile de Basle avec le pape Eugène, pour prouver que le pape est au dessus du Concile, Le Procureur Général du Roy a estimé qu'il estoit nécessaire de s'esclaicir plus particulièrement de la vérité, afin de supplier ensuite la Cour d'employer s'il estoit besoin l'authorité
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relatif, je reproduis intégralement ce document, parce qu'il apporte au sujet de deux livres cités dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus quelques renseignements inédits et de nature à compléter les notes un peu indécises du savant Père Sommervogel l.
Après avoir indique que Michallet avait été nommé, le 1er janvier 1697, marguilher de Saint-Séverin. sa paroisse, Lottin ajoute qu'il mourut avant 1703 -; Deschamps en conclut que ce typographe du roi mourut vers 1702 J, mais, se contredisant unpeu plus loin, il cite un ouvrage publié par sa veuve en 1700'. La vérité est que Michallet mourut avant le 12 octobre 1699, puisque Jean
qu'il plaist au Roy de luy donner pour maintenir en cette occasion ces vérités certaines et si fortement estabhes dans le royaume touchant le pouvoir que les Conciles généraux reçoivent immédiatement ue Dieu et pour conserver en mesme temps l'authorité vénérable du Saint Siège selon la juste idée que ces termes font concevoir aux personnes esclairées et mesme celle des Papes dont le suffrage qui est le premier et le principal pour l'establissement et pour la deffence de la vérité, est d'un si grand poids et mérite une si grande vénération dans les matières où il s'agit de 1a toy et de la discipline de l'Eglise, comme il a appris que le P. Dechamp informé de 1 opinion que cet endroit de son livre donnoit à quelques personnes de ses sentimens , i'avoit lait retrancher dans les exemplaires qui restoient en estât d'estre débitées etqu'afin d'oster toute sorte de prétexte de luy imposer aucune chose sur l'authorité des Conciles généraux et la confirmation des autres, il luy a mis entre les mains le 17° de ce mois un acte escrit et signé de sa main par lequel il déclare qu'il n'a jamais eu dessein de donner atteinte à l'authorité que Dieu donne immédiatement aux Conciles généraux qui représentent son Eglise et que sous les termes du Saint Siège, il a entendu et entend parler du Pape avec les églises de son patnarchat qui confirment les décrets des Conciles par l'acceptation qu'ils en font, et par le consentement unanime qu'ils y donnent, et qu'il a répète verballement la mesme chose en présence de Monsieur le Premier Président et de iuy Procureur Général. Le Père Dechamp ayant fait tout ce que l'on pouvoit désirer sur ce sujet, le Procureur Général du Roy n'a qu'a iuy donner les louanges que mente la pureté de sa doctrine, son zèle pour le service du Roy et son aifection pour l'intérest du royaume, et à demander à la Cour l'exécution du jugement que le Père Dechamp a prononcé luy-rnesme sur son livre, lequei en l'estat ou il l'a nus ne peut estre que très utile au bien de la religion. Luy retiré, veu le livre intitulé Tradition de l'Eglise Catholique et de la fautce Eglise des neretiques du dernier siècle sur la doctrine de Jansemus touchant le libre arbitre et la grâce, ainsy qu'il a esté changé par les soins du P. Dechamp, l'acte du 17e de ce mois contenant sa déclaration, conclusions du Procureur Général, la matière mise en délibération. / La Cour ordonne que ledit livre sera débité en la manière qu'il a esté changé par les soins dudit Père Dechamp, fait derfences a Michallet et à tous autres marchands libraires et imprimeurs de le vendre et de l'imprimer d'une autre manière, et qu'à cet effet les premiers exemplaires, s il en reste encore entre ies mains dudit Michalet qui n'ayent pas esté changez, seront apportez au grerfe de la Cour pour y estre suprimez. » (A. N., X.1A 8403, i> 3o3. — B. N., Ms. fr. n. a. 8140, f° 35o V.) (ij Tome 11, col. 1867, n° 11. — (2J IL p. 124. — (3) Quelques adresses, p. 62. — (4) lbid., p. 1 18.
G. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 26
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Anisson fut pourvu à cette date de la charge d'imprimeur du roi devenue vacante par son décès1. Sa veuve, dont j'ai vainement cherché à connaître le nom de famille, continua pendant quelque temps l'entreprise de son mari, puis elle vendit, en 1702, tout son matériel typographique et son fonds de librairie à Jean-Baptiste- Alexandre Delespine2. C'est elle qui fut rencontrée par les enquêteurs de l'année 1701, auxquels elles déclara qu'elle possédait quatre presses, dont une démontée, et qu'elle employait quatre compagnons et un apprenti, nommé Jean Moreau3.
Dans son Inventaire des Marques du Cercle de la Librairie'*, P. Delalain a catalogué trois marques dont se servit Michallet : i°, le buste de Saint Paul, tenant une épée et l'Evangile ; 20, le Saint Esprit ; 30, unesphèrearmillaire tenue par une main sortant des nuages, avec la devise : Universitas rerum utpulvis in manu Jehovae, qui, toutes deux appartenaient aux Huguetan, de Lyon, mais je crois bon de faire remarquer que Michallet n'a fait figurer que très rarement ces diverses représentations sur le titre de ses livres ; il a de préférence employé d'insignifiants fleurons, pendant les premières années de son exercice, et plus tard, il ne les a presque toujours ornés que des initiales de son nom, deux M superposées dont le jambage du haut forme la lettre E, initiale de son prénom. Ce sont ces initiales qui figurent sur l'édition originale qu'il avait donnée des Caractères de La Bruyère 5 ; on voit un simple fleuron sur le discours de réception de ce grand moraliste à l'Académie française 6.
Migon (Etienne) Imprimeur à Paris (1645-1647); au Château de Richelieu, en Touraine (1653-1656). Imprimeur ordinaire du Roi pour le fait delà Milice (1645-165 6).
Rue Neuve des Fossés, à l'entrée du faubourg Saint-Germain,
près la porte Dauphine, au Gant Royal (1645 -1647).
Cet imprimeur est inédit, puisqu'il ne figure ni dans La Caille ni dans Lottin, mais il n'est pas absolument ignoré, car Deschamps lui a consacré quelques lignes 7 et veut à toute force qu'au lieu de Migon, son véritable nom, il s'appelle Mignon, Migeon ou
(1) Voy. suprà, p. 55. — (2) Voy. suprà,p. 189. — (3) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 209. — (4) 2e Ed., p. Û2. — (5) Voy. J. Le Petit, Bibliographie des éditions originales, p. 428.— (6) Discours prononcé dans l'Académie françoise par Mr de la Bruyère Le Lundy quinzième Juin M.DC.XCIII. Jour de sa réception. A Paris, Chez Estienne Michallet. premier Imprimeur du Roy, rue S. Jacques, à l'Image S. Paul. M.DC.XCIII. Avec permission. (I11-4. 20 p. ch.B.N., X. 3771). - (7) Quelques adresses, p. 118: « Mignon (Estienne) professeur en Mathématiques. Impri-
Michon ; il invente même dans ce but un colophon qui n'a jamais existé que dans son imagination et, suivant sa méthode, il édifie sur cette base, volontairement erronée, des notices tendancieuses, dans lesquelles il essaie * de mettre en défaut Brunet, son maître et notre maître à tous. Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce dernier a raison et que Deschamps... se trompe.
Les documents nous apprennent que, le 28 décembre 1644, Etienne Migon, «professeur es mathématiques », obtint du jeune roi Louis XIV : i° un privilège pour «mettre en lumière un livre intitulé Le Mareschal de Bataille, composé et recueilli par le sieur de Lostelneau, Maréchal de Bataille de nos Camps et Armées et Sergent Major de nos Gardes Françoises » ; 20 le droit « de tenir presses et imprimerie aux lieux où il sera demeurant et avoir des imprimeurs chez soy pour imprimer ledit livre... avec les caractères qu'il a inventez » ; 30 la qualité d'imprimeur ordinaire de Sa Majesté « pour les bataillons et ordres de bataille 2 » .
meur ordinaire du Roy pour le faict de la Milice ; reçu en iG33. Demeurait en 1 65 3 en la rue de la Harpe. La Caille et Lottinle nomment Michon; M. Brunet l'appelle Migon ; au colophon des Morales cCEpictéte, son nom est bien écrit Mignon.» (1) Voy. la note précédente et Dict. de Géogr. V° Ricolocus. — (2) « Louis par la grâce de Dieu Roy de France ei de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Nostre cher et bien amé Maistre Etienne Migon, Professeur es Mathématiques, nous a fait dire et remonstrer que par le commandement du feu Roy, nostre très honoré Seigneur et Père de glorieuse mémoire et par le nostre, il a entrepris de mettre en lumière un livre intitulé Le Mareschal de Bataille, composé et recueilly par le sieur Lostelneau, Mareschal de Bataille de nos Camps et Armées, Sergent Major de nos gardes Françoises. Mais d'autant que ce livre est tout remply de bataillons et ordres de batailles qu'il prétend imprimer avec des caractères de plomb comme on fait la lettre, au lieu que jusqu'à présent tous ceux qui ont imprimé de semblables figures les ont toujours fait graver en bois ou en cuivre, ce qui est de la pure invention dudit Migon, et qui servira grandement à l'intelligence de cet ouvrage, à cause de la diversité des couleurs dont chaque figure sera imprimée, à sçavoir les Mousquetaires de rouge, les Piquiers de noir, et la Cavalerie de jaune, ce qu'on ne pourroit jamais faire si lesdites figures estoient gravées en cuivre. Et comme cette manière d'imprimer ses Bataillons est toute nouvelle, et qu'on n'a point encore rien veu de semblable, il n'a pu trouver aucun imprimeur qui ait pu travailler audit ouvrage, par ce qu'ils n'ont point de caractères propres, et qu'il ne s'est trouvé aucun fondeur de lettres qui leur en ait pu fondre, pour ne sçavoir pas la forme qu'ils doivent avoir, n'y ayant que ledit Migon qui puisse donner l'invention d'en faire les poinçons et matrices et qui sçache la proportion et grandeur que doivent avoir iceux caractères; mesme lesdits imprimeurs, bien qu'il leur ait voulu composer lesdits Bataillons et Ordres de batailles avec les susdits caractères, et leur rendre toutes les formes prestes à tirer des dites couleurs, ont fait difficulté d'apporter en son logis des presses d'imprimerie et d'y travailler, sous prétexte de nos
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Muni de ces lettres patentes, Migon organisa son atelier, fondit les « caractères de son invention », qui n'étaient autre chose
ordonnances et défenses à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient, d'avoir chez eux presses à imprimer, excepté aux imprimeurs, sur les peines portées par icelles : c'est pourquoy ledit Migon n'a pu avancer l'impression dudit livre, duquel à cette occasion, Nous et le public sommes demeurez privez jusqu'à présent ; à quoy désirant pourvoir, à fin qu'un travail si utile, non seulement pour Nous, mais encore à toute nostre noblesse et généralement à tous ceux qui portent les armes pour nostre service, ne demeurent infructueux. A ces causes, Nous, de l'avis de la Reine régente nostre très honorée Dame et Mère, avons, par ces présentes signées de nostre main, permis audit Migon exposant de tenir presses et imprimerie aux lieux où il sera demeurant et avoir des imprimeurs chez soy pour imprimer ledit livre intitulé Le Mareschal de Bataille, avec les caractères qu'il a inventez pour nous en faciliter l'intelligence et d'imprimer les Mousquetaires de rouge, les Piquiers de noir et la Cavalerie de jaune, et de composer luy-mesme lesdits Bataillons et ordres de Batailles avec les susdits caractères pour les faire tirer desdites couleurs par les imprimeurs qu'il avisera. Ausquels imprimeurs permettons de porter au logis dudit expossant presses d'imprimerie et d'y aller travailler audit livre cy-dessus, sans qu'ils puissent encourir la rigueur de nos ordonnances ny ledit exposant, desquelles nous les avons pour ce regard dispensé et dispensons, pour iceluy livre estre vendu et distribué par tout nostre Royaume, pays, terres et seigneuries de nostre obéyssance durant le temps et espace de cinq années à commencer du jour qu'il aura esté achevé d'imprimer pour la première fois. Pendant lequel temps nous défendons à tous imprimeurs libraires, graveurs et autres, de quelque qualité et condition qu'ils soient, de troubler ny empescher ledit Migon exposant, ny les imprimeurs ou autres qu'il employera à travailler audit livre cy-dessus, de l'imprimer, graver, contrefaire, augmenter ou diminuer, vendre et débiter sans le congé et permission dudit Migon, ou de ceux qui auront droit de luy, à peine aux contrevenans de six mil livres d'amende, le tiers applicable à Nous, autre tiers à l'Hostel de Dieu de Paris et l'autre audit exposant, confiscation des exemplaires et tout ce qui aura esté contre-fait et de tous ses despens, dommages et interests, à la charge de mettre deux exemplaires d'iceluy en nostre Bibliothèque et un es mains de nostre très-cher et féal chevalier, Chancelier de France, Comte deGien, et commandeur de nos ordres, le sieur Séguier, avant que de l'exposer en vente, à peine d'estre descheu du présent privilège. Et de plus, pour encore davantage reconnoistre l'invention, le travail et la despense dudit Migon exposant, Nous, de l'avis que dessus, après qu'il nous est apparu estre de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, l'avons retenu et retenons par ces mesmes présentes en la qualité de nostre imprimeur ordinaire pour les Bataillons et Ordres de Batailles ; voulons et entendons qu'il puisse tenir des ouvriers à ses gages et qu'il imprime ou face imprimer toutes sortes de Bataillons et Ordres de Batailles, avec le discours nécessaire pour l'explication de chaque figure, sans qu'autres de quelques qualité et condition qu'ils soient se puissent ingérer d'imprimer desdits Bataillons et Ordres de Batailles avec de semblables caractères que ceux que ledit Migon a inventé, sur les mesmes peines de six mille livres d'amende, à la charge qu'il ne pourra s'immiscer en aucune autre sorte d'imprimerie que ce soit, sur les peines portées par nosdites ordonnances. Si donnons en mandement... Car tel est nostre plaisir... Donné à Paris le vingthuictième jour de décembre, l'an de grâce mil six cens quarante-quatre et de
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que des carrés et des losanges obtenus par le même procédé que les lettres d'imprimerie, et il se mettait au travail de l'impression, lorsque tout-à-coup le Syndic et les adjoints de la Communauté, auxquels ne tardèrent pas à se joindre les imprimeurs du roi, tentèrent de l'en empêcher. Migon excipa de son bon droit, on ne voulut pas le reconnaître ; il s'adressa alors au Parlement et demanda l'entérinement de ses lettres de privilège, ses adversaires formèrent opposition a leur enregistrement ; mais bientôt convaincus de l'inutilité de leurs efforts, à la suite de la communication judiciaire qui leur fut faite des lettres patentes du roi, ils renoncèrent tous à leur obstruction et, par un arrêt du 4 septembre 1646 4, la Cour proclama les droits du nouvel imprimeur de Sa Majesté. D'autre part cependant, pour donner quelque satisfaction au Syndic, le Parlement ordonna que Migon ne pourrait entreprendre d'autres travaux que des impressions relatives aux batailles et à la guerre, ni faire aucun apprenti, et pour rassurer les autres imprimeurs du roi, qu'il ne pourrait prétendre aux droits et émoluments attachés à leurs charges.
nostre régne le deuxiesme, Signé, Louis. (Imprimé dans les pièces liminaires de Le Mareschal de Bataille, décrit plus loin.)
( 1 ) « Du 4 septembre 1 646. Veu par la Cour les lettres patentes du Roy données à Paris au mois de décembre 1644, signées Louis, et sur le reply, par le Roy la Royne régente sa mère présente, Phelipeaux, par lesquelles et pour les causes y contenues ledit Seigneur a permis et permet à Estienne Migon, professeur en mathématiques, de tenir presses etavoirdes imprimeurs chez soy pour imprimer un livre intitulé Le Mareschal de bataille, avec les caractères qu'il a inventé, et pour en faciliter l'intelligence, d'imprimer les mousquetaires de rouge, les picquiers de noir et la cavallerie de jaune, et de composer luy-mesme lesdits bataillons et ordres de batailles avec les susdits caractères, pour les faire tirer desdictes couleurs par les imprimeurs qu'il advisera, auxquelz imprimeurs est permis porter au logis dudit Migon, presses d'imprimerie et d'y aller travailler audict livre, sans qu'ilz ny ledit Migon puissent encourir la rigueur des ordonnances, desquelles pour ce regard ils sont dispensez pourestre iceluy livre, vendu et distribué par tout le Royaume, durant le temps et espace de cinq années à commencer du jour qu'il aura esté achevé d'imprimer pour la première fois, avec detfences pendant ledict temps à tous libraires, imprimeurs, graveurs et autres de quelque qualité et condition qu'ilz soient de troubler ny empescher ledit Migon ou autres qu'il emploiera à travailler audit livre, de l'imprimer, graver, contrefaire, augmenter ou diminuer, vendre et débiter sans le congé et permission dudit Migon, ou de ceux qui auront droit de luy, à peine de six mil livres d'amende, confiscation des exemplaires et de tout ce qui aura esté contrefaict, et de tous despens, dommages et interests, à la charge de mettre deux exemplaires d'iceluy en la bibliothèque dudit seigneur et une es mains du Chaneellier de France, avant que de l'exposer en vente, et outre pour reconnoistre l'invention dudict travail et la despence dudit Migon, ledit Migon est retenu en la qualité d'imprimeur ordinaire dudict Seigneur Roy pour les bataillons et ordre de batailles, veut et entend qu'il puisse tenir