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CHAPITRE II NOTICES SUR LES IMPRIMEURS DU ROI

Anisson (Jean) Imprimeur-libraire (169 1-170/]). Directeur de l'Imprimerie royale (1 691- 1707). Imprimeur ordinaire du Roi (1699-1707).

Rue de la Harpe, à la Fleur de Lys de Florence.

Natif de Lyon, où il avait vu le jour en 1644 et où il exerça l'imprimerie et la librairie à partir de Tannée 1672, Jean Anisson vint s'établir à Paris en 1691, non sans avoir surmonté maintes difficultés.

Les Anisson étaient, croit-on, originaires du Dauphiné l : le père de Jean était Laurent Anisson, seigneur d'Hauteroche 2, qui avait acquis le fonds des héritiers de cet Horace Cardon, libraire lyonnais, dont, au dire de Nicolas Jullieron, «la diligence, accompagnée d'une merveilleuse industrie, a fait passer le nom de la France, et surtout celuy de la ville de Lyon, jusques aux Indes Orientales et Occidentales, tant par le moyen des livres qu'il a envoyez en ces loingtaines contrées, que pour les coppies qu'il en a receu : en l'impression desquelles il a tesmoigné par les effects, que ny le courage, ny l'industrie, ny les moyens ne luy manquent jamais quand quelque œuvre de mérite se présente pour estre mis en lumière3». Ces traditions de généreuse initiative passèrent aussi à ses successeurs, car Laurent Anisson, à son tour, « releva hardiment le drapeau de l'imprimerie lyonnaise 4 » et, grâce à son

(1) E. Coyecque, Introduction à l'inventaire de la collection Anisson, p. lu. — (2) D'après un arrêt du Conseil d'Etat du Roi (A. N, V6 487) du 21 octobre 1664, Laurent Anisson avait acquis le domaine de Haute-Roche, sis en la paroiss '. d'Oullins, le 20 juillet 1 655, de Charles Noirat et Catherine Raberin, son épouse moyennant le prix principal de 1 2.3 12 livres. — (3) Requête présentée au Roy... (Paris, Pierre Mettayer. M. DC. XVIII. In-4. BN, Ms. fr. 22.071, pièce 5q), p. 4. — (4) A. Vingtrinier, Hist. de l'impr. à Lyon... (Lyon, 1894. In-8), p. 370.

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mérite, devint consul de la ville de Lyon, en 1670, deux ans avant sa mort l.

Jean et Jacques Anisson succédèrent à leur père, en associant à leur entreprise Jean Posuel, leur beau-frère, et résolurent d'étendre plus largement encore que ne l'avait fait Laurent, le champ de leurs opérations. Dès 1681, Jean Anisson essayait, mais en vain, de s'établir à Paris 2 ; sans plus de succès, Jean Posuel renouvela cette tentative en 1683 3 ; enfin, en 1685, les associés lyonnais crurent un instant avoir atteint leur but. Un certain abbé Féret, oncle de Posuel et son mandataire, était parvenu à se rendre secrètement acquéreur, moyennant 2400 livres, d'une « prétendue charge de libraire suivant la cour, qu'un nommé Hérissant 4 avoit à vendre 5. » Le contrat dressé en blanc avait été revêtu, après coup, du nom et de la signature de Posuel, mais quand on le signifia au syndic de la Communauté des libraires et imprimeurs de Paris, celui-ci Targua de nullité et les choses en restèrent là. Les Anisson avaient donc encore une fois échoué ; ils rencontraient d'ailleurs à leur établissement à Paris, l'hostilité très nette de la majorité des libraires et des imprimeurs de cette ville, qui, dans deux publications 6, dont l'une s'adressait aux gens de lettres, marquaient en termes virulents les motifs de leur opposition et faisaient un longexposé de griefs démesurément grossis par leur indiscrète jalousie.

Cependant les Anisson eurent bientôt leur revanche. Ils avaient pris soin d'intéresser à leur cause les savants bénédictins de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés et même, en 1685, Jacques Anisson avait accompagné l'un d'eux, dom Mabillon, en Italie, où le célèbre religieux s'était rendu pour faire l'acquisition de livres et de manuscrits destinés à la Bibliothèque du roi T ; ils avaient aussi donné

(1) Vingtrinier, op. cit., p. 371. — (2) Défense des libraires de Paris, ci-après indiquée , p. 2.— (3) Ibid.,même page.— (4) Jacques Hérissant avait obtenu une charge de libraire privilégié suivant la cour, par lettres de provisions du Grand Prévôt de l'Hôtel, du 7 décembre 1679 (A.N, V6 713, Arrêt du Conseil du 2 avril 1689.) — (5) Défense des libraires de Paris..., p. 2. — (6) A. Défense des libraires de Paris contre l'entreprise Des nommez Anisson frères, Posuel et Rigaud, Libraires de Lyon associez. (S. 1. n. t. n. d. In-4. 10 p. ch. BN, Ms.fr. 22071, pièce 169. Cet exemplaire porte la date de 1 690 à l'encre).— B. Les Imprimeurs & Libraires de Paris à Messieurs les Gens de Lettres. (S. 1. n. t. n. d. In-4. 4 p. cn- BN, Ms. fr. 22071, pièce 170. Date de 1690 ajoutée à l'encre.) — (7) Cf. L'abbé J. Vanel, Les Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés et les savants lyonnais, d'après leur correspondance inédite (Paris Lyon, 1894. Gr. in-8). Chapitre V, dont voici le sommaire : « Une maison de librairie lyonnaise et la Bibliothèque

leur mesure par la difficile publication d'un remarquable ouvrage de Du Cange, le Glossariiim ad scriptores mtàix et infimes graecitatis1, que, paraît-il, les libraires parisiens, bien qu'ils prétendissent le contraire, n'avaient pas osé éditer, et qui n'est pas aussi rempli de fautes que ces derniers l'ont proclamé, en insinuant dédaigneusement que c'était un « glossaire de grec barbare et non un glossaire de bas grec 2. » Bref, à n'en pas douter, tout cela valut à Jean Anisson, non seulement un établissement d'imprimeur-libraire, à Paris, mais encore la direction de l'Imprimerie royale du Louvre et qui plus est, l'une de ces charges si ardemment convoitées d'imprimeur ordinaire de Sa Majesté.

Dès les premiers jours de l'année 1691, en effet, Jean Anisson arrivait à Paris, muni de provisions royales du 15 janvier 3, qui lui conféraient la charge de directeur de l'Imprimerie royale du Louvre, en remplacement de feu Sébastien Mabre-Cramoisy ; il était en outre porteur d'un arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du 18 du même mois 4, prescrivant de le recevoir au nombre des libraires et imprimeurs de la capitale, « nonobstant toutes ordonnances, statuts, arrests et règlemens à ce contraires, auxquels sa Majesté déroge expressément et sans tirer à conséquence 5. » Je n'ai pas à m'occuper ici de la carrière de Jean Anisson, comme directeur de l'Imprimerie royale, dont il prit en charge le matériel le 29 janvier 1691 G, on trouvera tous les détails utiles sur ce point dans les ouvrages de Duprat et de Bernard, je ne le retiens ici que comme imprimeur de Paris revêtu de la qualité d'imprimeur du roi. Il obtint cette dernière charge, en remplacement de son compatriote Michallet, décédé, par lettres de provision du 12 octobre 1699 7, qui,

du Roi ; Le Père Mabillon et les Anisson ; L'Archevêque de Reims, Mgr. Le Tellier, et les conservateurs de la Bibliothèque Royale ; Mission en Italie et maladie de Jean (sic, au lieu de Jacques) Anisson à Rome ; Froideur vis-à-vis des libraires lyonnais ; plaintes et retards sur le règlement des comptes; Etablissement à Paris, grâce à la protection des Bénédictins de Saint-Germain (pp. 1 i5-i6o). » On y trouve un assez grand nombre de lettres de Jean Anisson.—

(1) Cf. l'intéressante notice de M. H. Omont : Le Glossaire grec de Du Cange. Lettres d'Anisson à Du Cange relatives à l'impression du Glossaire grec. (Paris 1892. In-8. 38 p. Extr. delà Revue des Études grecques, a. 1892, p. 212-249.) —

(2) Défense des libraires de Paris, et Adresse aux gens de lettres, citées plus haut. — (3) Ces lettres sont reproduites par A. F. Duprat, Hist. de l'Impr. Impériale... (Paris, 1861. In-8), p. 535. Il y en a une copie à la Bib. Nat., dans le Ms. fr. 22078,' pièce 88. — (4) Voy. Doc. N& 234.— (5) Ibid. — (6) Coyecque, Introd. à l'invent. de la Coll. Anisson, p. LV. — (7) Arch, Nat., Reg. O1 43 (Doc. N° 243).

comme celles du 15 janvier 169 r , lui conservaient les privilèges de son père à l'échevinage de Lyon et son droit de bourgeoisie en la même ville.

Jean Anisson installa sa boutique et son imprimerie dans la rue de la Harpe et il y pendit l'enseigne de la Fleur de Lys de Florence, en souvenir de sa maison de Lyon 4. S'il fallait en croire Duprat 2 l'accroissement de ses affaires particulières ne permettant plus à Anisson de consacrer à la direction de l'imprimerie du Louvre le temps et les soins nécessaires, il aurait offert sa démission au roi dans les premiers mois de l'année 1707 et une ordonnance du 16 février de la même année lui aurait donné pour successeur, « Claude Rigaud, son beau-frère, ancien libraire à Lyon, qu'il s'était associé en 1705 . » Mais ces renseignements, également reproduits par A. Bernard 3, ne sont qu'à peu près exacts. Tout d'abord, le Claude Rigaud en question n'était pas le beau frère, mais le neveu de J. Anisson; en second lieu, Anisson avait démissionné de sa place d'imprimeur à Paris, par acte passé devant Boisseau, notaire en cette ville, le 14 mars 1704 4 et, en vertu d'un arrêt du Conseil d'État du 7 avril de la même année, C. Rigaud avait été admis à le remplacer5. Ce n'est donc pas en raison de l'accroissement de ses affaires particulières que Jean Anisson se désista, le 7 février 1707, de sa charge de directeur de l'imprimerie du Louvre6, dans laquelle il fut remplacé par le même neveu. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, Anisson avait atteint l'âge de 63 ans et devait éprouver le besoin très légitime de se reposer un peu. Au surplus, depuis le 24 septembre 1700, l'ancien libraire de Lyon était le député de cette ville au Conseil de Commerce7, siégeant à Paris ; il avait pris à co^ur d'y défendre avec activité les intérêts de ses commettants et l'on peut se rendre compte de la place importante qu'il a tenue dans cette assemblée, tant par la lecture des délibérations du Conseil 8, que par celle de sa correspondance °. Après une vie bien remplie, Jean Anisson décéda à

(1) Voy. Gallia Typogr., Lyon. — (2) Op. cit., p. 80— (3) Hist. de l'impr. roy. du Louvre (Paris, 1867. In-8), p. 83. — (4) Arch. Nat., V6 796, arrêt du Conseil du 17 mars 1704 —(5) Ibid. — (6) Coyecque, Introd. citée, p. lvi. — (7) P. Bonassieux, Appendice de l'Invent. analyt. des procès-verbaux du Conseil de Commerce, p. lvii. — - (8) P. Bonassieux, Conseil de Commerce et Bureau du Commerce, 1700-1791. Inventaire analytique des procès- verbaux. (Paris, 1900. In-4), passitn. — (9) Cf. Boislisle, Correspondance des Contrôleurs Généraux (Paris, In-4), qui renferme de nombreuses lettres d'Anisson et en

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Paris le 13 novembre 1721 * laissant quatre enfants pour se partager sa succession.

' Les Anisson reprirent la direction de l'Imprimerie royale après la mort de Claude Rigaud et ils la conservèrent sans interruption jusqu'en 1793 2.

L'œuvre typographique de Jean Anisson, comme imprimeur du roi, se confond avec celle qu'il accomplit en sa qualité de directeur de l'imprimerie du Louvre ; on peut consulter sur ce point le catalogue chronologique des éditions de cet établissement, qui a été donné par Auguste Bernard 3. Comme imprimeur et libraire privé, il a édité une grande partie des œuvres de Bossuet, plusieurs opuscules de Cicéron, le Dictionnaire étymologique de la langue française de Ménage, et une grande quantité d'autres ouvrages. Il avait comme marque la Fleur de lis florentine entourée d'une couronne de feuillages et de rubans; on en rencontre l'un des plus beaux exemplaires dans l'ouvrage suivant :

Epistolarum B. Pauli apostoli triplex expositio... Authore R. P. Bernardino a Piconio, Minorita Capucino... — Parisiis, Apud Joannem Anisson typographie Régime Praefectum MDCCIII. (In f\ BN, A. 1294).

Attaingnant (Pierre) Imprimeur et libraire (15 28-1 5 5 2). Imprimeur du Roi pour la musique (15 38-1 5 52).

Rue de la Harpe, près l'église Sainct-Cosme; — rue de la Harpe, devant le bout de la rue des Mathurins, près l'église Sainct- Cosme ; — in vico Cytharee, in officina libraria dicti Attaingnant, vico Mathurinorum directe opposita ; — in vico Cythareœ ad templum Sanctorum Cosmos et Damiani.

En sa qualité d'imprimeur de musique, Pierre Attaingnant est honoré d'un article dans la Biographie universelle des Musiciens, de Fétis (T. I, p. 160-161), mais la notice qui lui est consacrée par l'éminent musicographe ne saurait compter parmi les meilleures ; elle est peu exacte et fort incomplète. Tout d'abord le nom de ce typographe y figure sous la forme incorrecte à'Attaignant, adoptée d'ailleurs précédemment par La Caille et par Lottin et qu'on s'étonne

outre (T. II, p. 47g) un important mémoire sur l'état du commerce en général, rédigé par lui. — (i) BN, Ms. fr. 29569 (Dossiers bleus, vol. 24), Anisson. — (2) Cf. à ce sujet l'Introduction de M . Ccyecque déjà citée. — (3) Hist. de Pimpr. roy. du Louvre, p. i5o-i58.

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de retrouver encore dans les ouvrages de P. Renouard et de Claudin. Il ne peut pas cependant subsister d'hésitation sur ce point, car, quoiqu'en dise Fétis, jamais Pierre Attaingnant n'a dans les souscriptions des ouvrages sortis de ses presses, écrit son nom autrement qu'avec un n entre Yi et le g et quand cetn ne s'y trouve pas, on voit sur Yi l'accent qui marque la suppression de la consonne en question. Si dans quelques documents manuscrits, on rencontre ce nom orthographié Attaignant ou Atteignant, il ne faut accuser que la négligence apportée par les scribes de l'époque dans la transcription exacte des noms propres, mais, dans les lettres de privilège qu' Attaingnant a insérées dans quelques-unes de ses impressions 4, il a toujours eu soin d'imprimer son nom avec un n; enfin, c'est bien ainsi qu'on le trouve écrit dans les pièces officielles du dernier tiers du xvie siècle2.

Il est probable que Pierre Attaingnant était parisien de naissance et qu'il avait appris l'art de la typographie dans l'atelier de Philippe Pigouchet; dans tous les cas, il devint le gendre de ce dernier et, par la même occasion, le beau-frère de Poncer. Le Preux, mari de Germaine Pigouchet 3. Dès avant 15 14, il était établi libraire, mais, bien qu'il possédât un matériel d'imprimerie ou tout au moins de dominoterie, il ne semble pas avoir exercé à cette époque l'état de typographe. En effet, aux termes d'un contrat notarié du 13 janvier 15 14 4, il avait donné en location h Jean de la Roche son matériel composé « d'une presse garnye de platine de fer, trois frisquettes, une casse», etc., moyennant quarante sols parisis et le droit de faire exécuter par cet imprimeur, en déduction du prix de location convenu, «des dominos ou excominimens ou pardons ou autre choze semblable ». Il s'était même réservé la faculté de reprendre son matériel, à charge de prévenir le locataire quinze jours d'avance, mais il ne paraît pas avoir usé de cette clause et ce

(1) « Le Roy a done priuilege de troys ans aud. Attalgnât» (Vingt et neuf châsons musicales.. i53o. BN, Rés. Vm7 171) — « Receu auons lhumble supplication de nostre bien ame Pierre Attaingnant imprimeur libraire demourant a l'université de Paris... Donne a Sainct Germain en laye le dix huitiesme de juing lan de grâce mil cinq centz trente-ung... » (Ouvrage sans titre, contenant des messes. Bibl. de Vienne, Autriche.) — (2) Lettres de Henri III, du 11 avril 1575, conférant à Pierre Attaingnant l'état et charge d'huissier en la cour des Monnaies ; lettres du même, du 3 décembre 1575, conférant la même charge à Robert Moreau, par suite du « trespas de Pierre Attaingnant, dernier paisible possesseur d'icelle. » (A. N, Z,B 553). — (3) Cf. Coyecque, Rec. d'actes notariés, noc 620 et 768. — (4) Ibid, n° 14.

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n'est que de longues années plus tard qu'il exerça par lui-même la profession d'imprimeur.

Chargé en l'année 1525 l, par le Chapitre de Noyon, de l'impression du Bréviaire de ce diocèse, c'est a des presses Rouennaises qu'il confia l'exécution de ce travail, mais contrairement à la teneur du récépissé ci-dessous, c'est la partie d'été de ce bréviaire qui fut imprimée en 1525, sous le titre suivant :

— Breviarium secundum usum insignis ecclesieNoviomensis... Impressum vero impensis honesti viri Pétri Attaingnant, anno Domini millesimo quingentesimo vicesimo quinto. Vénale reperies Parisiis in vico Cythareo in officina libraria dicti Attaingnant, vico Mathurinorum directe opposita. Pars Estivalis. (BN, Vélins 161 5).

Quant à la partie d'hiver, également possédée par la Bibliothèque nationale (Vélins 1614), elle est datée de 15 16 et ne porte aucune mention du libraire Attaingnant. Il y a cependant identité absolue entre les deux parties quant aux caractères employés et il n'est pas douteux qu'elles soient l'œuvre du même typographe. On n'y remarque une différence que sur le titre, dont les lignes imprimées en rouge dans le volume de 15 16, se trouvent tirées en noir dans celui de 1525, et réciproquement. On en pourrait conclure que les frais de l'impression étaient partagés avec l'imprimeur, comme ils l'étaient avec Poncet Le Preux et que deux tirages ont été faits de ce bréviaire, qui se singularisent par la différence du titre. Dans ce cas, les deux volumes de la Bibliothèque nationale ne seraient pas du même tirage.

Je ne m'appesantirai pas davantage sur cette menue question de bibliographie, aussi bien Pierre Attaingnant, peu connu comme imprimeur en lettres et comme libraire, ne doit-il sa notoriété qu'à la spécialité à laquelle il ne tarda pas à s'adonner presque entièrement : l'impression musicale. Cependant, avant de quitter le Bréviaire de Noyon, qu'il me soit permis de noter qu'Attain-

(1) Du 18 avril i52Ô. Reçu par Germaine Pigouchet, femme de Poncet Le Preux, libraire, bourgeois de Paris, momentanément absent, et par Pierre Ataignant, imprimeur de livres, à Paris, au Chapitre de Noyon, représenté par Jean Poupart, prêtre chanoine de Noyon, de 100 livres tournois, somme restant due sur les 400 1. t. constituant le prix des bréviaires commandés le 14 juillet i525, « desquelz breviayres ledit Poupart a confessé avoir esté receu par lesd. deChappitre seize vings demys teras d'hiver, ainsi que contenu est oudit marché. « (Goyecque, loc. cit., n° 620.)

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gnant en fit une nouvelle édition en 1546, sous le même titre que la précédente, avec cette souscription : Venit Parisiis in vico Cytthare apud Petrum Attaingnant musice calcographum, nonprocul a Sanctorum Cosme et Damiani templo ; — et qu'en 1541, avec son gendre, Hubert Jullet, il avait édité un missel à l'usage du même diocèse :

— Missale ad usum insignis ecclesie Noviomensis... Venit Parisiis apud Petrum Attaingnant & Hubertum Jullet, musice typographos, commorantes in vico Cythare, non procul a divorum Cosme et Damiane templo, in domo Mathurinorum vico directe opposita1.

A cette adresse de la rue de la Harpe, qu' Attaingnant occupa pendant toute sa vie, avait demeuré autrefois l'imprimeur Philippe Pigouchet, son beau-père et son prédécesseur; Claudin et Ph. Renouard tout au moins l'affirment, mais est-ce bien sûr? On voit en effet qu' Attaingnant indique la situation de sa maison en face de la rue des Mathurins, c'est-à-dire du même côté ou sur le rang de l'église Saint-Côme et Saint-Damien, tandis qu'il semble que Pigouchet demeurait de l'autre côté de la rue, devant Saint-Cosme, dit-il dans plusieurs souscriptions. Tous deux cependant ont occupé un local appartenant au collège de Dainviile ; ce qui pourrait expliquer la confusion, si contusion il y a.

Tandis que l'impression musicale florissait en Italie, dès les premières années du xvie siècle, par les soins du célèbre Octave Petrucci de Fossembrone, typographe à Venise, on ne la voyait apparaître en France que vers l'année 1525, grâce au talent de Pierre Hautin, qui en avait, paraît-il, taillé les premiers poinçons à Paris. Mais à la différence de ce qui se faisait en Italie, où le procédé de Petrucci nécessitait deux tirages, l'un pour les portées et l'autre pour les notes, l'habileté du graveur français avait réduit l'impression à un seul tirage, en réunissant sur le même poinçon la note et un fragment de portée. Attaingnant, pour sa part, a le mérite d'avoir tout de suite compris de quelle utilité serait pour son pays le nouveau genre d'impression et il se hâta d'acquérir de Pierre Hautin un assortiment, qui dut être considérable, de fontes et peutêtre de matrices de ses types de musique. Aussitôt après il se mit

(1) Cf. Chanoine E. Morel, Les livres liturgiques imprimés avant le xvn* siècle à l'usage des diocèses de Beauvais, Noyon et Senlis (Paris iqo3. In-8) p. i3.

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à l'œuvre et sut donner au public toute une suite d'éditions musicales, dont la bonne exécution ne le cède pas au nombre. Moins élégantes que celle de Petrucci, elles s'en distinguent cependant par une plus grande netteté.

Dès 1527, d'après Brunet J, Attaingnant aurait fait paraître un livre de chansons, mais comme cet ouvrage n'est cité que d'après un catalogue anonyme 2, qui ne m'inspire pas grande confiance, j'aime mieux fixer à l'année 1528 les débuts de cet imprimeur de musique 3. La date de 1528 a du moins le mérite d'être certaine, car elle résulte de l'opuscule suivant que chacun peut compulser :

Trete et quatre chasos musicales / a quatre parties imprimées a Paris le XXIII. iour de ianuier mil V. C./ XXVIII. par Pierre Attaingnàtdemourant a la rue de la Harpe près le/glise sainct Cosme desquelles la table sensuyt/... Ténor... (In-8 obi., 16 f. n. ch. 4.)

Les trois autres parties : Contratenor, Bassus, Superius ont le même nombre de feuillets. Toutes les paroles des chansons sont imprimées en gothique.

Chaque année suivante vit paraître un ou plusieurs de ces livres, contenant de vingt-cinq à quarante-deux chansons d'auteurs divers, toujours à quatre parties, mais, en dépit de leur multiplicité probable, ils sont tous devenus d'une insigne rareté et l'on n'en rencontre guère d'exemplaires en dehors de notre Bibliothèque nationale5.

Les bibliographes de la musique, en France, ont numéroté ces livres de un à onze : rien n'autorise à les suivre dans cette voie, non plus qu'à voir dans l'un ou l'autre de ces livrets des réimpressions d'autres plus anciens ; il suffit de constater qu'ils s'échelonnent de 1528 a 1534 et que quelques-uns ne sont pas datés. Il n'en va pas de même toutefois d'une autre série de chansons, qui comprend trente-cinq livres, imprimés de 1538 à 1549 et numérotés par le typographe lui-même. Le premier livre, daté de 1538 et contenant vingt-cinq chansons, n'est connu que par un exemplaire unique, qui appartient à la Bibliothèque de Wolfenbùttel 6 ; il a été réim-

(1) Manuel, t. III, col. 1 1 16. — (2) Avignon, 1778. — (3) Fétis indique également un livre de Motets en 1527, ce doit être une erreur, car j'ai lu sur ce même livre ladate de 1529, qui est celle du privilège (B.N., Vm' i83.) — (4) B.N., VmT 175. —(5) Vin? 171 à 1 83. — (6) Catalogue des Manuscrits (Wolfenbùttel, 1890. In-8), n°93i.

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primé en 1546 par le même typographe et repose dans cet état, avec les trente-quatre autres livres de la collection à la Bibliothèque de Munich l ; le onzième figure en outre dans la Bibliothèque de Vienne, en Autriche 2. Les livres un à cinq, sept, neuf et treize portent, sauf la réimpression du livre premier la souscription suivante : Imprimées par Pierre Attaingnant et Hubert Jullet, libraires et imprimeurs de musique du Roy, demourant à Paris, en la rue de la Harpe près leglise S. Cosme. Les autres n'ont que la signature du seul Pierre Attaingnant.

La déduction la plus remarquable qu'on puisse tirer du texte de ces souscriptions c'est que la Liste des Imprimeurs du Roi, dressée et imprimée vers 1690 3, fait erreur, lorsqu'elle indique qu'Attaingnant aurait été créé imprimeur de Sa Majesté en 1541 seulement. Il l'était déjà en 1538, suivant le premier de ces livres, et ce doit être l'année même de sa nomination, car, en 1537, il rééditait un livre de chanson de Clément Janequin, qu'il souscrivait ainsi : Réimprimées par Pierre Attaingnant et Hubert Jullet imprimeurs et libraires de musique demouras a Paris en la Rue de la Harpe près leglise S. Cosme. Meuse Mayo ijjy 4. J'ai cherché à fixer exactement la date de la nomination d'Attaingnant à la charge d'imprimeur du roi et, faute de documents en France, j'ai eu recours à l'obligeance de M. le Directeur delà Bibliothèque royale de Munich : celui-ci m'a fort aimablement répondu qu'aucun des livres de notre typographe de musique appartenant aux collections de cette ville, ne contenait de privilège royal ni de marque typographique.

Telle est, avec quelques livres de Motets (1 529-1 534), un livre de « Danceries a six parties », De Consilium (1543) et un Recueil de sept Messes (1532), toute la production connue d'Attaingnant. On peut trouver dans les ouvrages de R. Eitner 5 la Bibliographie détaillée de la plupart des impressions de ce typographe et, dans la

(1) Voy. R. Eitner, Bibliographie der Musik..., pp. 5y, 58, 67, 68, 78, 82, 89, 96,99, 101, io5, 1 1 1 et 112.- (2) Ibid., p. 82. — (3) B.N., Ms. fr. 22078, pièce 85. Lottin qui semble s'être inspiré de ce document, a également donné la date de 1541. — (4) Bibl. de Wolfenbuttel, cat. cité, n°565. — (5) Bibliographie der musik-sammelwerke des xvi und xvn Jahrhunderts. Im verein mit Frz. Xav. Haberl, Dr A. Lagerberg und C. F. Pohl bearbeteit und herausgegeben van Robert Eitner — Berlin, Verlag von Léo Liepmannssohn. 1877. (In-8, ix-964 p.) — Biographisch-Bibliographisches Quellen-Lexikon der Musiker und Musikgelehrten der Christichen Zeitrechnung bis zur Mitte des neunzehnten Jahrhunderts von Rob. Eitner.— Leipzig, Breitkopf et Hœrtel. 1900-1904. (In-8, 10 vol.)

belle collection publiée par H. Expert, la reproduction de quelquesuns de ses livres de chansons {.

D'après Lottin, Attaingnant serait mort en 1557 et d'après Fétis, en 1556. Ph. Renouard reporte avec raison cet événement à une date antérieure à 1553. Je pense qu'on peut en effet fixer l'époque de son décès à la fin de l'année 1552, puisque c'est au mois de févriersuivant que la charge d'imprimeur royal pour la musique fut transférée à Adrien Le Roy et à Robert Ballard 2.

Devenue veuve, la fille de Pigouchet continua l'établissement de son mari : en 15 53, elle éditait ou rééditait un livre de vingt-six chansons :i ; en 1571, elle exerçait dans le même local de la rue de la Harpe :\ et peut être est-il permis de supposer sans trop de présomption qu'elle avait eu l'aide d'un fils, prénommé Pierre comme son père. On a vu plushaut'J qu'en 1575, celui"ci avait obtenu une charge d'huissier en la Cour des Monnaies: cela laisserait croire que sa mère étant décédée en 1574, il avait pris le parti d'abandonner la profession d'imprimeur et fait vendre tout le matériel. Les autres enfants connus d'Attaingnant sont deux filles : l'une, Marie, d'abord femme de Pierre Alleaume, bonnetier, convola en secondes noces le 26 décembre 1553, avec le libraire Gilles Gourbin °; l'autre, Germaine, avait épousé l'imprimeur Hubert Jullet 7, qui fut l'associé de son beau-père de 1538 à 1543 environ.

Ballard (RobertI). Imprimeur et libraire (15 50-1 588). Imprimeur

du Roi pour la musique (1553-15 88).

Rue Saint Jean de Beauvais, à l'enseigne de Sainte Geneviève; in vico Sancti Johannis Bellovacensis, sub intersignio divas Genovefes (15 50-1 560) ; — Même rue, à l'enseigne du Mont Parnasse (1561-

Robert Ballard est le chef de toute une dynastie d'imprimeurs qui, jusqu'à la Révolution, s'adonnèrent plus particulièrement à la typographie musicale. Presque tous ont été comblés de titres et d'honneurs

(1) Les maîtres musiciens de la Renaissance française. Éditions publiées par M. Henry Expert sur les manuscrits les plus authentiques et les meilleurs imprimés du xvie siècle, avec variantes, etc. Trente et une chansons musicales... (Attaingnant, (520,) Paris, Alphonse Leduc, éditeur. 1897 (Gr. in-4, 117 p.) — Les maîtres... Clément Janequin, Chansons... Attaingnant, i52g). Ibid., id. 1898 (Gr. in-4. 123 p.) — (2) Voy. Doc, no23. — (3)Bibl. de Coussemaker. — (4) Cf. Ph. Renouard, Doc, p. 3. — (5) Voy suprà, p. 58, note 2. — (6) Cf. Ph. Renouard, Doc, pp. 41 et ni. — (7) Ibid., p. 102.

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notamment de la charge d'imprimeurs du Roi: on leur doit une telle quantité d'impressions musicales, qu'un de leurs biographes a pu dire sans trop d'exagération, que le catalogue complet de leur fonds formerait à peu près toute la bibliographie de la musique française depuis l'année 1552 jusqu'au milieu du xvme siècle; cependant pour employer une expression courante aujourd'hui, les Ballard ont une bien mauvaise presse 1 On ne s'est pas contenté de leur faire grief d'un état de choses dont ils subissaient bien plus les conséquences qu'ils ne l'avaient créé, et d'écrire leur histoire sous une forme qui se rapproche davantage d'un réquisitoire que du récit impartial et calme des événements, on a été en ces derniers temps jusqu'à déchirer leurs parchemins et à ne plus faire de ces hommes, pour la plupart de mérite, que des imposteurs presque grotesques.

« Excipant de privilèges qui, au fond, n'ont jamais existé, la famille Ballard, dit la Biographie Michaud 4, a prétendu exercer en France le monopole de l'impression des livres de musique. » L'auteur de l'article veut bien cependant condescendre à reconnaître que plusieurs des Ballard ont été réellement investis par divers rois de France de la charge de seuls imprimeurs de musique pour le service de leurs Majestés. Dans la Biographie universelle des Musiciens 2, Fètis ne varie guère le thème précédent ; enfin Weckerlin tente d'écrire une Histoire de l'impression de la Musique 3, dont, sans aucun souci de remonter aux sources, il emprunte les principaux éléments à des factums du xviii0 siècle. Pis que cela, sans connaître le premier mot de la question, confondant privilège d'imprimer avec charge d'imprimeur du roi, il dénie que les Ballard aient jamais été investis de cette dernière prérogative et donne un démenti formel àFournier le jeune, àFétis, à Schmid et à tous ceux qui les ont copiés ! Copié lui-même naturellement par les amateurs de besogne toute faite Weckerlin, a fait école, aussi n'est-on pas étonné de retrouver dans certaines encyclopédies les fâcheuses allégations de cet auteur présentées comme le dernier mot de la science.

Il est aisé de comprendre que je ne vais pas m'attarder à discuter tout cela pied à pied; l'éloquence des textes authentiques que je publie dans les Documenta vaut mieux que ma prose et je me repose sur

(1) Tome II, p. 681. Art. signé : J.-A. de L. (Lafage). — (2) Tome I, p. 23 1. — (3) J.-B. Weckerlin, Opuscules sur la chanson populaire et sur la musique (Paris, 1874. ln-8), contenant un article intitulé : Histoire de l'impression de la musique principalement en France. (32 p. Sans titre. Une planche.) Cf. sur les Ballard, les pp. 22-27.

eux du soin d'édifier entièrement le lecteur. Je reprends donc ma plume de biographe.

On n'est fixé ni sur l'origine de Robert I Ballard *, ni sur les débuts de son entreprise ; on sait seulement qu'il s'associa son frère utérin, Adrien Le Roy, luthiste remarquable nu dire de ses contemporains, et que tous deux s'établirent rue Saint-Jean de Beauvais, à l'enseigne de Sainte Geneviève, dans une maison située près de l'École de droit. On voyait encore dans la boutique, en 1765 *, l'inscription suivante, qui rappelait l'époque de la fondation de l'imprimerie des Ballard :

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