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REGIS CHRISTIANISSIMI

ac totius Galliarum imperii

Monotypographeiim

in musicis ab henri il erectum.

Hanc sedem modulis, Henricus lege sacravit

Illius asternum quis neget esse decus.

Ils commencèrent à imprimer de la musique vers 1550, avec des caractères sortis de la fonderie de Guillaume Le Bé, beau-frère de Ballard. Ce graveur, après quelques essais infructueux, s'était décidé à suivre les errements de son collègue Hautin et comme lui, il avait établi ses poinçons de musique de manière que chaque note retint avec elle son fragment de portée. En adoptant ces caractères, la société Le Roy-Ballard se mettait en mesure de concurrencer efficacement les autres imprimeurs de musique français ; elle ne devait pas tarder à les éclipser presque entièrement.

Après avoir obtenu, au mois d'août 155 1, un privilège général pour l'impression et la vente de tous livres de musique 3, les deux associés

( 1 ) Je crois cependant que cette famille appartient à la Bourgogne. — (2) Piganiol, Description de Paris (Paris, 1765. In-8), Tome v, p. 3y5. — (3) Voici ce privilège, qui figure au feuillet 16 du second livre de chansons : « Extraict du privilège. Il est permis à Adrian le Roy, & Robert Balard, imprimer ou faire imprimer, & exposer en vente tous livres de musique, tant instrumentale que vocale, qui seront par eux imprimez. Et ce pour le tëps de neuf ans, a compter du iour qu'ilz seront parachevez d'imprimer, jusques à neuf ans finizet accompliz. Et sont faittes défenses à tous Imprimeurs, Libraires, & autres, d'iceulx imprimer, ne exposer en vente, sur peine de confiscation des ditz livres : Ensemble d'amende arbitraire, & detous deppens, dommages et interestz comme plus a plain est contenu es lettres de Priuilege, Sur ce, Données a Fontainebleau le quatorziesme jour d'Aoust. L'an de grâce Mil cinq cens cinquante & un. Et de nostre règne le cinqiesme, Signées Par le Roy en son conseil, Robillart. » C'est cela que Weckerlin a pris pour la charte des Ballard.

avaient commencé dès 1552, l'année même, qui, sans doute, vit mourir Pierre Attaingnant, à publier, à l'imitation de celui-ci une suite délivres de chansons, également à quatre parties, dont la Bibliothèque nationale possède huit volumes s'échelonnant jusqu'en 1557:

Premier livre de chansons, /en quatre volvmes, novvelle-/ment composées en musique a quatre parties, par M. Pierre Certon : maistre des enfants de la S. Chapelle du palays, a Paris. /(Marque 2) /A Paris /De l'imprimerie, d'Adrian le Roy, & Robert Balard, imprimeurs du Roy, /rue S.Iean de Beauuais, a l'enseigne de S. Geneuieue. 1552. Auec priuilege du Roy pour neuf ans. (In 8 obi. 16 f. BN, VnV 184.) Second livre de chansons, /novvellement mises en mv-/sique a quatre parties, par bons & scauans Musiciens,/ Imprimées en quatre volumes./ (Même marque)/ A Paris/... 1554. (^n 8 obi. 16 f. BN, Vra? 185.) Tiers livre... volumes./ (Même marque)/ A Paris ... 1554. (In

8 obi. 16 f. BN, Vm7 186.) Quart livre de chansons/composées a quatre parties par bons et excellents musiciens,/ Imprimées en quatre volumes./ (Même marque)/ A Paris... 1553 (In 8 obi. BN, Vin? 187.) Cinquiesme livre... 1556. — Sixiesme livre... 1556. — Septiesme livre... 1557. — Huitiesme livre... 1557. (In 8 obi. ié f. chacun. BN, Vm7 188 à 191.)

On a vu par la souscription du premier des livres de chansons, dont je viens de détailler la collection, que Le Roy etBallard se qualifiaient, déjà en 1552, d'imprimeurs du roi ; cela montre que ce volume avait été publié non pas en 1552 mais en 1553 avant Pâques, car c'est par des lettres de provision du 16 février 1553 (n. s.) que le roi Henri II, ayant égard à leurs « bons et agréables services », octroya aux deux associés la charge de ses imprimeurs de musique « tant vocalle que instrumentalle 1 ». Cette fonction leur fut confirmée par des lettres patentes de Charles IX, du 27 avril 1568 2, puis par un brevet du roi Henri IV, du 18 avril 1594 3. Ces différents diplômes leur allouaient en outre des gages annuels de 120 livres, dont le payement leur suscita maintes difficultés 4.

(1) BN, Ms. fr. 22077, pièce 2 (Doc. n0" 23). — (2) BN, Ms. fr. 22077, Pièce 6 (Doc n" 49). — (3) BN, Ms. fr. 22077, pièce 9 (Doc. n° 73). — (4) Cf. Documenta, n°' 29, 46, 48, 60, 61, etc.

L'association de Robert Ballard et d'Adrien Le Roy semble avoir atteint très rapidement un haut degré de prospérité, si l'on en juge par la quantité considérable des éditions qu'ils ont mises au jour. Vers 1561, ils avaient changé d'enseigne et adopté celle du Mont Parnasse. Le séjour des Muses convenait évidemment beaucoup mieux à leur commerce, souvent fort éloigné des choses saintes, que le parrainage de la chaste bergère, patrone de Paris ; car s'il est vrai qu'il ont publié un grand nombre de messes, de motets et de cantiques, le flot des chansons, parfois plus qu'égrillardes qu'ils ont éditées, aurait suffi à démentir toute velléité de leur part de se couvrir du voile de la dévotion. De 1569 à 1587, en effet, ces imprimeurs ont donné une suite de vingt-cinq livres de chansons *, plusieurs fois rééditées par eux et parmi lesquelles figurent certains couplets, qui n'effarouchaient peut-être pas la décence de nos pères, mais dont la hardiesse crue paraîtrait aujourd'hui intolérable.

Dans le nombre de leurs impressions les plus remarquables ou les plus curieuses, il convient de citer les trois suivantes :

1. Missae/tres iacoboarcadet/Regio musico, & illustris. Cardinalis a Lotharingia sacello praefecto/ auctore, nunc primum in lucem éditas, cum quatuor/ & quinque vocibus, ad imitationem modulorum : ... Lvtetiae/Apud Adrianum le Roy, & Robertum Ballard, Régis Typographos,/ in vico Sancti Ioannis Bellouacensis, sub intersignio/ diuae Genouefes./ 1557./ Cum priuilegio Régis, ad decennium. (In-f° *)•

2. Balet comiqve/ de la Royne, faict/ avx nopees de mon-/ sieur le Duc de Ioyeuse &/ madamoyselle de Vau-/ démon t sa sœur./ Par/ Baltazar de Beavioyeulx,/ valet de chambre dv/ Roy, & de la Royne sa mère./ (Marque n° 4)/ A Paris,/ Par Adrian le Roy, Robert Ballard, & Mamert/ Pâtisson, Imprimeurs du Roy. /M.D. LXXXII./ Avec privilège. (In- 8. 8 f. n. ch., 75 f. ch., 1 f. n. ch. pour l'extrait du privilège accordé, le 13 février 1582,11 « Maistre Lacques Patin, peintre ordinaire du Roy. »

Ce Ballet, qu'on peut considérer comme le premier essai du genre de représentation appelé plus tard opéra, eut un grand retentissement. Les principales figures, au nombre de huit,

(1) Cf. R. Eitner, Bibliographie der Musik, pp. 177 à i8r. — (2) Ibid., p. i5o.

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en ont été gravées par J. Patin, ainsi que seize médaillons, dont quelques-uns ne correspondent pas à l'annonce du titre; on y voit, par exemple, au f° 70 v°, un cerf au lieu d'une écrevisse; au f° 72 v°, une huître à la place d'un sanglier. On remarque également en assez grand nombre les fameuses lettres grises des Ballard et des figures grotesques terminant les lignes de plusieurs portées. La Bibliothèque nationale possède quatre exemplaires de ce curieux ouvrage, sur lequel on trouvera quelques renseignements complémentaires dans le Manuel de Brunet 4.

3. Les Psalmes et cantiques qu'on chante, en la chapel-/le de la Congrégation à certains jours. [A la fin, p. 36 :] A Paris,/ de l'imprimerie d'Adrian le Roy/ et Robert Ballard, imprimeurs du Roy,/ en musique./ M. D. LXXXIII. (In-4. Car. rom. ; Musique. 36 p. BN, Rés. B. 165 3 2).

La Congrégation dont il s'agit ici est la célèbre Confrérie des Pénitens, fondée par Henri III ; il en sera plus amplement question dans la notice de Jamet Mettayer.

Presque toutes les productions de Ballard et Le Roy sont ornées de l'une de leurs marques, qui sont au nombre de quatre à ma connaissance : i° la plus fréquemment employée représente le cheval Pégase, au centre d'un ovale ornementé, et imité de celui qui figure dans la marque des deux Wecheî ; la plupart du temps, l'ovale renferme aussi les noms et l'adresse des associés et quelquefois la devise de Charles IX : Pietate et Justifia, qui rappelle sans doute leur qualité d'imprimeurs du roi. Elle est reproduite dans le recueil de Silvestre (n° 412), sans la devise. — 2° Une autre de leurs marques offre les figures allégoriques de la Fortune et de la Valeur dans un cartouche orné d'attributs musicaux, avec la devise : Virtuti fortuna cedit ; elle est également reproduite dans Silvestre (n° 777). — 30 Une troisième marque contient, dans un cadre fleuronné, le monogramme des associés, accompagné de la même devise. Le monogramme est formé du chiffre 4, dont la branche de droite se termine par une croix fleurdelisée, tandis que la branche inférieure, traversant une couronne royale, forme au dessous de celle-ci le trait vertical de la lettre L, puis le trait vertical de droite de la lettre A et

(1) Torn. I, col. 716. — (2) Décrit par P. Lacombe, dans : Livres d'heures imprimés au xve et au xvie siècle... (Paris, 1907. In 8), n° 473.

le trait vertical de gauche des lettres B et R entrelacées. (Voy. Silvestre n° 776). — 40 La dernière marque enfin représente Apollon au milieu des Muses et dominé par le cheval Pégase, avec ou sans la devise de la seconde marque.

Robert Ballard mourut en 1588 ou dans les premiers mois de Tannée 1589, car le 8 août de cette dernière année, Adrien Le Roy faisait donation de tous ses biens à la veuve de son associé, Lucrèce Le Bé, et à leurs enfants l. Cette dernière continua de donner ses soins à l'association, au nom de Pierre Ballard, son fils aine, et c'est probablement à elle que s'applique le brevet de 1 5 94 2, bien qu'il soit au nom de son fils. Elle ne paraît s'être définitivement retirée des affaires qu'après l'année 1606.

Ballard (Pierre I) Imprimeur et libraire (1607-1638) — Imprimeur du Roi pour la musique (1 594-1638) . Rue Saint Jean de Beauvais, au Mont Parnasse.

Fils du précédent et de Lucrèce Le Bé, Pierre Ballard aurait été pourvu de la charge d'imprimeur du roi dès le 18 avril 1594 3, s'il fallait prendre à la lettre la mention qui le concerne dans le brevet délivré par Henri IV à Adrien Le Roy, mais il y a tout lieu de penser que, par suite de nécessités de famille, il n'exerçait pas encore à cette époque et que ce brevet s'appliquait en fait à sa mère, gérante de l'imprimerie. Cette probabilité devient une quasi certitude, si l'on consulte le livre de la Confrérie de saint Jean

'Évangéliste \ on y rencontre Lucrèce Le Bé payant encore la cotisation en 1606 5, et Pierre Ballard n'y apparaît qu'en 16106. Il faut fixer à l'année 1607 les débuts de cet imprimeur, car un certificat du

îaître de la chapelle du roi atteste que dès le 7 février, il figurait :omme imprimeur sur l'état de cette chapelle7; en second lieu, :'est le 25 mars de la même année qu'il fut personnellement nanti

>ar Henri IV de la charge de son seul imprimeur pour la musique8 ; enfin, au commencement de l'année suivante, il assistait au mariage le son beau-frère, Jean Coullon, avec la qualification d'imprimeur

rdinaire de la musique du Roy 9.

(1) Cf. Renouard, Doc, p. 173 — (2) Voy. Documenta. n° 73 — (3) Ibid. — (4) BN, Ms. fr. 21872, provenant de la chambre syndicale de la librairie de Paris. (5) Ms. cité, f" 25 V". — (6) Ibid., f 33. — (7) BN, Ms. fr. 22077, pièce 11 (Doc. N° 85). — (8) Ibid, pièce 10 (Doc. N" 86). — (9) J. Ecorcheville, Actes d'état civil de musiciens insinués au Châteletde Paris (Paris, 1907. In-4), p. 9.

JO GEORGES LEPREUX

Pierre Ballard obtintles 7 juillet 16111 et 29 novembre 1633 2 des lettres de Louis XIII le confirmant dans son emploi et dans les gages y attachés. Après avoir fait enregistrer les plus récentes au Parlement de Paris 3, l'imprimeur de musique de sa Majesté devait avoir tout sujet d'espérer jouir en paix de ses privilèges, lorsque, dans les premiers jours de l'année 1635, il eut vent d'une entreprise hardie qui se perpétrait contre lui.

Un sieur Nicolas Métru, organiste et maître de chant à Paris, avait obtenu le 25 avril 1633 4 des lettres patentes du roi, lui permettant « de faire, par tout imprimeur et libraire qu'il voudra, imprimer, vendre et distribuer toutes sortes de musique tant vocalle que instrumentalle qu'il a faite ou fera cy-après, ou qui seront de son invention, pendant le temps de cinq ans. » Il s'était empressé de demander l'enregistrement de ces lettres au Parlement de Paris, qui, par un arrêt du 21 juin suivant5, avait accueilli sa requête, « à la charge défaire imprimer, vendre et distribuer ses œuvres par un imprimeur et marchand libraire de cette ville de Paris », mais il est vraisemblable, d'après la teneur des lettres patentes du 29 avril 1637, dont il est parlé plus bas, qu'au lieu d'exécuter telle quelle la décision du Parlement et de s'adresser à un imprimeur-libraire, il avait essayé de débaucher au moins un ouvrier de Ballard, pour exécuter son plan de concurrencer ce dernier dans l'impression de la musique.

Pierre Ballard s'en plaignit aussitôt au Conseil d'État du roi et obtint de lui l'autorisation d'assigner son adversaire6. Contrairement aux habitudes du Conseil à cette époque, le procès fut rapidement solutionné et, par un arrêt du 3 juillet 1635 7 il était fait défenses à

(1) BN, Ms. fr. 22077, pièce 12 (Doc N" 89). — (2) Ibid., f° 28 (Doc. N° 1 12). — (3) Du 16 janvier 1634. «Veu parla cour les lettres patentes données à Saint- Germain -en-Laie le vingt neufiesme novembre mil six cens trente trois, signées Louis, et plus bas par le Roy, de Loménie, et scellées sur simple queue du grand sceau de cire jaulne, par lesquelles et pour les causes y contenues, ledict seigneur confirme Pierre Ballard à Testât et office de son imprimeur de musicque tant vocalle que instrumentalle, pour enicelluy continuer par ledict Ballard seul les services aux gages, franchises et exemptions dont jouissent les officiers commensaux dudict seigneur Roy et de sa chapelle de chambre, du nombre desquelz il retient ledict Ballard, conformément aux Lettres du vingt cinquiesme may mil six cens vingt sept. Les dites Lettres. Requeste par ledict Ballard présentée à ladite Cour afin de veriffication desdites lettres du mois de novembre. Conclusions du procureur général du Roy et tout considéré. Ladicte Cour a ordonné et ordonne que lesdictes Lettres seront registrées au greffe de la Cour pour jouir par l'impétrant de l'effect et contenu en icelles (A. N. X A 2074, f* à la date (Registre non folioté). — (4) Arch. Nat., Ve 106 (Doc. Nc 1 2 1 ). — (5) Ibid. — (6) Arrêt du27avril i635, A. N, V6i04 (Doc, Nc 120).— (7) Arch. Nat ; V6 106 (Doc. N° 121.)

Métru de troubler l'imprimeur du roi dans l'exercice de sa charge, ni« de contrefaire les lettres grises nottes, caractères et autres choses inventées par ledit Ballard, ni aussi d'entreprendre l'impression delà musique et s'aider desdites lettres du vingt-cinquième avril 1633, à peine de tous dépens, dommages et interests dudit Ballard » ; il était ordonné de plus que celui-ci, suivant ses offres, serait « tenu d'imprimer les dites compositions de musique dudit Métru et lui bailler cent exemplaires de chacune composition gratuitement, sans frais et dépens de l'instance.»

L'imprimeur de musique du roi s'exécuta de bonne grâce, car on rencontre postérieurement un certain nombre d'ouvrages de Métru publiés par lui ; mais à la suite de cet arrêt, Louis XÏII octroya à Pierre Ballard, le 29 avril 1637 *, de nouvelles lettres patentes qui sont fort intéressantes à lire. En effet, elles indiquent en détail la véritable situation du typographe vis-à-vis du prince et, contrairement à ce que l'on a écrit jusqu'ici, on y voit, non pas l'imprimeur usant de quelque subterfuge pour augmenter ses privilèges, mais le monarque très épris, pour des raisons personnelles, de la nécessité d'un monopole presque exclusif entre les mains des Ballard, parce que, est-il dit dans ces lettres, « s'il était indifféremment permis à un chacun d'imprimer delà musique, il y aurait à craindre que les œuvres faites pour notre service ne fussent publiées, et que se rendans communes et publiques par la liberté de l'impression, nous ne fussions privez du contentement particulier que nous en recevons journellement. » Voilà le grand mot lâché et je ne vois pas bien maintenant comment on pourrait soutenir encore que les Ballard ne défendaient que leurs intérêts privés.

Désireux de justifier la faveur royale, Pierre Ballard n'avait pas hésité à s'imposer de lourds sacrifices pour augmenter considérablement le matériel de son imprimerie musicale : c'est ainsi qu'il avait acquis, pour une somme de cinquante mille livres environ, les poinçons et les matrices de Le Bé; il y avait réuni tout un stock d'autres poinçons et matrices provenant de Nicolas Devilliers, de Philippe Danfrie, de Nicolas Duchemin et d^un nommé Logis 2,

(1) BN,Ms. fr. 22077, f° 29 (Doc. n° 1 25). — (2) Cf. Observations sur le traité historique et critique de Monsieur Fournier le jeune, sur l'Origine et les Progrès des Caractères de fonte, pour l'impression de la Musique. Par MM. Gando père et fils. — A Berne, et se trouve à Paris, chez Moreau, Libraire-Imprimeur de la Reine et de Mer je Dauphin, rue Galande. M.DCC.LXVI. (In-4, 27 p. ch., plus 3 f. d'impression musicale. BN, Vp 3452), p. 10, note 1.

GEORGES LEPREUX

Il suivit les errements paternels dans la plupart de ses impressions, où dominent les notes gothiques, c'est-à-dire en losange et il n'employa que fort rarement un nouveau caractère de l'invention de Philippe Danfrie *, qu'on appela musique de copie ou d'écriture', les notes de ce graveur sont légèrement arrondies dans le haut et la queue est placée derrière la note, au lieu d'être centrale ; c'était un acheminement vers la notation moderne. On peut voir un exemple de cette dernière impression dans le livre intitulé :

Discours au vray du Ballet dansé par le Roy, le 29 janvier 16 17. A Paris, par Pierre Ballard. 1617. In-4. Ouvrage rare, dont un bel exemplaire parut à la vente Guyot de Villeneuve, en 1901 2.

Je ne citerai pas d'autre production de Pierre Ballard et je me borne sur ce point à renvoyer le lecteur à la Biographie universelle des musiciens, de Fétis et à l'excellente Biographisch-Bibliographisches, de Robert Eitner. Je ne parlerai pas non plus des marques employées par cet imprimeur, car elles ne diffèrent pas de celles de son père et elles ont continué d'ailleurs à figurer, avec peu de variantes, sur les éditions de tous les Ballard qui suivent. Je termine cette notice par quelques indications familiales, après avoir noté que, d'après Gando3, P. Ballard semble être mort au mois de novembre 1639. Cette date n'est que celle de l'inventaire des effets mobiliers délaissés par le défunt, effets dont la vente fut effectuée le 5 décembre et jours suivants4. En réalité, P. Ballard a dû décéder dans les premiers jours du mois d'octobre 1639 5 ; il avait cessé d'exercer sa profession dès le commencement de l'année 1638 6.

Pierre Ballard a été marié plusieurs fois : il eut pour première femme Sansonne Coullon, avec laquelle il assista, en 1608, au mariage du frère de celle-ci7; d'un second mariage avec Françoise Mondine8, il laissa plusieurs enfants, notamment un fils, Robert, qui lui suc-

(1) Voy. sur ce remarquable imprimeur, fondeur et graveur, l'excellente notice de M. E. Picot, intitulée : Note sur l'enlumineur parisien Guillaume Richardière et sur son beau-père Philippe Danfrie. (Paris, 1889. In-8. Extr. du Bull, de la soc. de l'Hist .de Paris, 1889.) — (2) Cf. Catalogue de la Bibliothèque de feu M. Guyot de Villeneuve... Deuxième partie (Paris, 1901, in-8), p. 96, n* 983. — (3) Observations... p. 10, note 1. — (4) Arch. nat., V6 i53, Arrêt du Conseil du 8 janvier 1641 (Doc. n° 1 36). — (5) Cf. Lettres de provision du 24 octobre 1639 (Doc. n° 1 3 2). — (6) Arrêt cité du 8 janvier 1641. — (7) J. Ecorcheville, op. cit., p. 9. — (8) BN, Ms. fr. 22103 (La Caille annoté), f° io3.

GÀLLIA TYPOGRAPHICA j3

céda; enfin en troisièmes noces, il avait épousé Anne Guiot1, dont il eut aussi postérité. On rencontre en effet dans l'un des portefeuilles de pièces originales de la Bibliothèque nationale2, le contrat de mariage d'un de ces enfants : « Claude Ballard, marchand bourgeois de Paris, y demeurant rue Saint-Jean-de-Beauvais. » A cet acte comparaissent entre autres : « Robert Ballard, commissaire de l'artillerie, imprimeur seul de la musique du Roy, son frère; Père Ballard, prestre religieux de Tordre de Cisteaux, aussy frère ; Thomas le Vascher, bourgeois de Paris, frère utérin ; noble homme Simon de Sequeville, antien eschevin de Paris, beau-frère, à cause de deffuncte Marie Ballard, sa femme; Pierre Bobeline, marchant de Paris, aussi beau-frère, à cause de Marguerite Ballard, sa femme; Claude Vignon, peintre ordinaire du Roy, aussi beau-frère, à cause de Geneviefve Ballard, sa femme3... »

Ballard (Robert II). Imprimeur et libraire (1638-1673). — Imprimeur ordinaire du Roi pour la musique (1638-1673). Rue Saint-Jean de Beauvais, au Mont Parnasse.

Né à Paris, fils du précédent et de Françoise Mondine, Robert II Ballard ne fut officiellement reçu comme maître imprimeur dans la Communauté que le 4 janvier 1640 4, mais, déjà veuf en 1638 5, il était sans doute établi libraire depuis plusieurs années. Ses affaires, semble-t-il, ne furent pas heureuses dans ce commerce, car on le voyait, au commencement de cette dernière année, harcelé par des créanciers et même sous le coup d'un emprisonnement pour dettes 6. Peut-être pour essayer de le tirer d'embarras, peut-être par ce qu'atteint d'une maladie grave, il se trouvait hors d'état de continuer à diriger son entreprise, plus probablement pour ces deux motifs réunis, son père lui avait confié la gérance de l'établissement de

(1) « Par devant Jacques de Saint-Vast et Guillaume Janot, gardenottes, contrat de mariage entre : Noble homme Pierre Ballard, commissaire ordinaire de l'artillerie et imprimeur de la musique du Roy, demeurant à Paris, rue Saint Jehan de Beauvais, près le Puis Certain, paroisse S. Etienne du Mont. Et Anne Guiot, vefve de Phelipe le Vacher, vivant violon ordinaire de la chambre du Roy, demeurant à Paris, rue de la Pelleterye, parroisse S. Jacques de la Boucherie. Témoins : Léon Ballard, bourgeois de Paris, frère dudit Pierre... Mettent en commun : le futur époux, 3ooo livres; la future épouse, i5oo. Le surplus de leurs biens devant rester propre à chacun. Du 27 avril 1625. (A. N, Y. 1 65, f° 243. Publié par J. Ecorcheville, op. cit., p. 9 ). — (2) Ms. fr. 26,660, f° 176. — (3) Contrat passé le 6 juillet 1 65^, devant Prieur et Touret, notaires au Châtelet de Paris. - (4) BN, Ms. fr. 21842, 2° Pie, f° 123 (Doc. n° 1 33). - (5) A. N., V6 128, arrêt du 16 avril i63S (Doc. n° 127). — (6) Ibid.

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typographie musicale. Ayant obtenu le 8 janvier de cette même année 1638, un brevet de survivance à la charge d'imprimeur du roi pour la musique l, Robert II Ballard y avait associé sa bellemère, Anne Guiot, par un contrat du 22 de ce mois2, « pour jouir des émoluments et droictz en provenant par moitié conjoinctement, en contribuant par elle par moitié aux frais. » Il apparaît cependant que le mal fut plus fort que le remède, et l'imprimeur du roi se vit contraint d'adresser une supplication au Conseil d'Etat pour en obtenir un répit. Un arrêt du 16 avril 16383 lui accorda un délai de trois ans pendant lequel il ne pourrait « estre contrainct ny inquiété par ses dictz créantiers pour aucune cause que ce soit. »

La mort de son père et la part d'héritage qui lui revint par la suite permirent sans doute à Robert II Ballard de sortir d'embarras plus tôt qu'il ne l'avait prévu et il obtint, le 24 octobre 1639, des lettres patentes de Louis XIII, qui le confirmaient dans la charge d'imprimeur de sa Majesté4. Le 4 janvier suivant, ainsi qu'on l'a vu plus haut, il était admis comme maître dans la Communauté et en 1644, il était à la tête d'un matériel composé de trois presses, sur l'une desquelles on imprimait à ce moment les Œuvres de M. de Balsac^, tandis qu'on tirait sur une autre des airs de musique. Il occupait alors trois compagnons et pas d'apprenti6.

« Son mérite et ses belles qualitez, dit La Caille 7, l'ont fait passer par les plus considérables charges de cette ville de Paris, ayant été Grand Juge consul, Administrateur des Hospitaux, Adjoint de sa Communauté en 1648, ensuite Syndic en 1652 jusqu'en 1657. » Lottin8 précise les dates exactement et nous montre Robert II Ballard élu Adjoint de sa Communauté le 8 mai 1648 et remplissant ces fonctions jusqu'au 14 mai 1652, époque de son élévation à la charge de Syndic, qu'il occupa effectivement jusqu'en 1657 et dans laquelle, dit la Biographie Michaud, il prétendit se perpétuer9. Toujours d'après Lottin, Robert devint Consul le 29 jan-

([) BN, Ms. fr. 22077, P'èce i5 (Doc, n° 126). — (2) A. N., V6 1 53. Arrêt du Conseil du 8 janvier 1641 (Doc. n° 1 36). — (3) A. N., V6 128 (Doc. n» 127). — (4) A. N., XIA 8654, f° 6 v° (Doc. n° 1 32). — (5) Les Œuvres diverses du sieur de Balzac. [Armoiries de l'auteur]. A Paris, par P. Rocolet, Impr. & Libr. ordin. du Roy & de la Ville. M.DC.XLIV. Avec privilège de sa maiesté. [A la fin : ] De l'Imprimerie de R. Ballard. (In-4. 3 f. n. ch. slt. 543 p. ch. Portr. de J. L. Guez de Balzac gravé par N. Borb. — BN, Rés. mZ 19). — (6) BN. Ms. fr. 18600, f° 681 (V. aussi ma notice : Une enquête sur Vimprimerie de Paris en 1644). — (7) Hist. de l'impr., p. 294. — (8) T. II, p. 5. — (9) Il sera traité de tout ce qui concerne les syndics dans le quatrième volume de cette série.

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vier 1650 et Juge Consul le 30 janvier 1666. Aucun de ces auteurs n'ajoute que ce typographe remplit également, comme son père, les fonctions de Commissaire de l'artillerie et la charge deNoteur de la Chapelle du roi, qui lui avait été conférée le 18 septembre 1666 4, en remplacement de Nicolas Jarry, décédé, et qu'occupèrent dans la suite tous ses descendants.

La plupart de ces honorables fonctions sont trop extratypographiques pour que je m'y arrête, mais on ne me pardonnerait pas aussi facilement de passer sous silence toute la production de cet imprimeur, qui ne se borna pas, comme ses prédécesseurs, à l'impression presque exclusive de la musique. En ce qui concerne celle-ci, on peut consulter les ouvrages déjà cités de Fétis et d'Eitner; pour le surplus, il y a de grands noms à évoquer et je ne puis les taire.

Voici d'abord un ouvrage, qui ne trouve place ici qu'à raison de la matière traitée et des discussions auxquelles il a donné lieu :

Jacobi Mentell {sic), patricii, castro-theodoricensis, de vero typographie origine parasnesis, ad sapientissimvm virvm D. Bernardum a Malinkrot, Monasteriensem Decanum. [Marque des Ballard n° 4] Parisiis, ExOfficina Roberti Ballard, Architypographi rei Musices Régis, ad signum ParnassiMontis, in vico Sancti Ioannis Bellouacensis, M. DC. L. (I11-4, 2 f, n. ch. slt. 119 p. ch. Titre r. et n. BN, Q. 1326. j

Il serait curieux de savoir par suite de quelles circonstances, R. Ballard fut appelé à imprimer et à vendre ce volume, si éloigné des choses de la musique et dans la souscription duquel il se qualifie d'architypographe; c'est un secret qu'aucun document ne m'a révélé, mais c'est le témoignage des efforts que faisait l'imprimeur de la musique du roi, pour ne pas se cantonner dans une spécialité, où ni lui, ni ses successeurs n'ont trouvé la fortune. Quelques années plus tard, R. Ballard traitait avec notre grand Corneille au sujet d'un privilège obtenu par le poète, le 30 décembre 1653 : (< Ledit Sr Corneille a cédé et transporté son droit du Privilège cy-dessus, au sieur Ballard, marchand libraire à Paris, suivant l'accord fait entr'eux-. » Ballard ne paraît au titre que comme libraire, l'ouvrage ayant été imprimé à Rouen par Laurens Maurry :

(1) BN, Ms. fr. 22077, f" 22 (Doc. n" 196). — (2) Pièces liminaires de l'ouvrage.

JÔ GEORGES LEPREUX

— L'Imitation de Jésus Christ Traduite en Vers François par P. C. Enrichie de Figures de Taille-douce sur chaque Chapitre. Livre troisième. [Vignette]. A Paris, Chez Robert Ballard seul imprimeur de la Musique du Roy, rue S. Jean de Beauuais, au Mont Parnasse. M.DC.LIIII. Avec privilège du Roy. (In-12 180 p. BN, D. 17063.)

Le succès de cette traduction fut considérable, car on connaît plus de douze éditions successives de l'ouvrage1; aussi, en 1669, Ballard traitait-il avec le même auteur d'une édition de Y Office de la Sainte-Vierge, pour lequel l'illustre poète avait obtenu un privilège daté de Saint-Germain-en-Laye le 24 novembre 1669 : (( Ledit sieur Corneille a cédé et transporté son droit du privilège cy-dessus au sieur Ballard, les sieurs Ioly, de Luyne, & Billaine, marchands libraires à Paris, pour cette impression seulement, suivant l'accord fait entre eux2 » Au mois de janvier suivant, l'ouvrage paraissait sous le titre que voici :

L'Office delà Sainte Vierge, tradvit en francois, tant en vers qv'en prose. Avec les septPseaumes Pénitentiaux, les Vespres & Compiles du Dimanche, & tous les Hymnes du Bréviaire Romain. Par P. Corneille. [Fleuron] A Paris, chez Robert Ballard, seul Imprimeur du Roy, pour la Musique, rué* S.Jean de Beauvais, au Mont Parnasse. Et au Palais. Chez Thomas Iolly, à la Salle des Merciers, a l'Enseigne de la Palme. M.DC.LXX. Avec Approbation des Docteurs, & Privilège du Roy. (In-12 6 ff. n. ch. Slt., 528 p. ch., 2 f. pour le Privilège. BN, Rés. B. 4420.)

On est moins surpris de voir sortir des presses de cet imprimeur un certain nombre des ballets et des fêtes de cour écrits par Molière et l'on peut noter à son actif les suivants, qui parurent de 1664 à 1671, savoir : le Mariage forcé, les Plaisirs del'Isle enchantée, la Princesse d'Elide, le Ballet des Muses, le Grand divertissement royal de Versailles, le Divertissement royal, le Divertissement de Chambort, le Bourgeois gentilhomme, Psiché, le grand ballet de Psiché, le Ballet des ballets. On trouvera la description de toutes ces pièces dans la Bibliographie Moliéresque de P. Lacroix 3.

(i) Cf. Picot, Bibliographie Cornélienne, n°s 123 à 1 35. — (2) Pièces liminaires de l'ouvrage. — (3) Nos 290 et 192 à 204.

Telle est la part de Robert II Ballard dans le mouvement littéraire de son temps ; il a aussi, malheureusement pour lui, laissé quelques traces dans les débats j udiciaires de l'époque et il est essentiel que j'en dise un mot, ne fut-ce que pour remettre les choses à leur place. En effet, toujours fidèle au système de dénigrement et de calomnies généralement adopté à rencontre des Ballard, et non moins porté à raisonner des choses sans avoir en mains les documents vraiment sérieux, Weckerlin, — je m'en tiens à lui, parce qu'il s'est fait en la circonstance le rééditeur des articles de la Biographie Michaud, — ■ Weckerlin rapporte, dans son Histoire de l 'impression musicale l qu'à l'occasion d'un privilège obtenu par Jacques de Sanlecque pour l'impression du plain-chant et d'un procès qui s'engagea avec Robert II Ballard à ce sujet, ce dernier fit tous ses efforts « pour écraser le fils de Sanlecque ». A l'appui de cette thèse, il cite des lambeaux de phrases, copiées par lui ou de Lafage dans Fournier le jeune 2, qui, lui-

(1) pp. 27-29 : « En 1 63g, Jacques de Sanlecque fils obtint un privilège confirmé par un arrêt du Parlement, pour l'impression du plain-chant durant dix ans. Robert Ballard II, fils de Pierre, fit tous ses efforts pour écraser le fils de Sanlecque, dont le père mourut pendant l'interminable procès qui s'engagea. Le Bé fils s'était rendu partie intervenante, il mourut également avant la fin du procès. De Sanlecque fils publia divers écrits pour la défense de sa cause ; il appelle Ballard : « Hydre à sept chefs de Venvie, qui depuis plusieurs années m'a dévoré quantité de curieux dessins sur la musique ! » Cela devait être dur à digérer ! Plus loin, Sanlecque s'exprime ainsi, toujours en parlant de Robert Ballard II : « Ce qui rend encore plus absurde et insupportable la prétention de ce particulier, c'est qu'il n'en excepte même pas ceux qui ont gravé ou fondu les caractères ou planches dont il imprime, à la fabrique et confection desquels ni lui ni ses prédécesseurs n'ont jamais agi ni su agir. » Ballard, de son côté, n'y allait pas non plus demain-morte ; il avança que de Sanlecque fils n'était pas de la religion catholique, apostolique et romaine concluant que « vu l'ignorance des autres imprimeurs, lui seul doit être chargé des impressions de musique, à cause du désordre qui arriverait dans icelles impressions, si d'autres que lui s'en mêlaient, vu qu'elles ne seraient remplies que de fautes, de discours impies, lascifs, contre les bonnes mœurs et contre la foi catholique, au lieu que lui seul n'imprime que des choses saintes, comme messes, mottets, magnificats et autres choses propres et nécessaires à chanter dans les églises durant le service divin. » De Sanlecque, dans sa réponse, renvoya les lecteurs aux publications de Ballard, pour faire voir que celui-ci n'était pas si attaché au service divin qu'il ne se prêtât aussi à celui deVénus et de Bacchus. On n'avait en effet qu'à ouvrir les Chansons pour boire et pour danser, publiées par Robert Ballard II pour trouver des choses morales !! Le procès en question se prolongea pendant sept ou huit ans, même aucun document ne nous apprend s'il a jamais été terminé par un jugement. » — (2) Traité historique et critique sur l'origine et les progrès des caractères de fonte, Pour l'impression de la musique, Avec les Épreuves des nouveaux Caractères de Musique, Présentés aux imprimeurs de France Par M. Fournier le jeune. — A Berne, et se trouve à Paris, Chez Barbou

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même, les avait extraites, non pas, comme le dit Weckerlin, de mémoires en défense, mais d'un ouvrage bizarre et bien postérieur de l'un des Sanlecque, dont il sera parlé en son temps *. Il n'y a qu'un malheur dans tout cela, c'est que l'auteur de Y Histoire de Vimpression musicale s'est uniquement préoccupé de reproduire les invectives de Sanlecque, dont l'expression violente jure quelque peu avec le rôle de victime qu'on veut lui faire jouer, et qu'il n'a pas cherché à se rendre compte du véritable objet du procès dont il parlait.

Or, il ne s'agissait dans l'espèce ni de plain-chant ni de persécution dirigée contre l'un ou l'autre des Sanlecque; Ballard se défendait tout simplement contre une tentative de ces derniers. En effet, à peine Robert II Ballard venait-il de recevoir les provisions du 24 octobre 1639, lui conférant la charge d'imprimeur du roi, que ses adversaires, jaloux peut-être d'obtenir eux-mêmes de pareilles fonctions, attaquaient son titre et formaient opposition devant le Parlement à l'exécution des lettres royales. Sur des conclusions assez inattendues du Procureur général, la cour avait accepté d'examiner au fond la prétention des opposants et leur avait permis en attendant d'exercer la typographie musicale 2. La décision du Parlement

Imprimeur-Libraire, rue & vis-à-vis la Grille des Mathurins. M.DCC.LXV (In-4 4.-47 p.ch., plus 1 f. d'impression de petite musique. BN, Inv. Rés. V. 1793.) —

(1) V. T. III de la présente série de la Gallia Typogr.: notice des Sanlecque.—

(2) Arrêt du Parlement du i3 mars 1640, ainsi conçu: « Entre Robert Ballard, imprimeur de la musique du Roy, demandeur enrequeste du vingt huict janvier dernier, à ce que les deffendeurs opposans soyent déboutés de l'opposition des lettres patentes du Roy obtenues par le demandeur le vingt-quatre octobre dernier, le dict arrest en datte du dix-sept novembre audict an, d'une part. Et Jacques de Sanlecque père et fils, graveurs et fondeurs de caracterres et lettres d'imprimeries, imprimeurs et marchandz libraires en cette ville de Paris, deffendeurs et opposans audict arrest, d'autre part... Le Procureur général du Roy dict que Ballard se prétend seul imprimeur en livres de musique suivant les lettres à luy accordées par sa Majesté, vériffiées en cette Cour, et empêche que Sanlecque, fondeur de lettres de musique, ne face ladicte fonction, est opposant à l'arrest de vérification de Ballard. sur lequel suivant l'ordonnance il faut appoincter les parties endroict. Pendant l'instruction de l'instance, Ballard demande que deffences soient faictes à Sanlecque de faire impression, il est raisonnable que les parties facent imprimer chascun en leurs maisons./ La Cour ordonne que l'appoinctement sera reçeu et ce faisant, conformément à iceluy, sur ladicte opposition a appoincté les parties en droict à escrire, produire, bailler contredictz et salvations dans le temps de l'ordonnance; et pendant l'instruction de l'instance, a permis et permet aux parties d'imprimer ou faire imprimer chascunes en leurs maisons les livres de musique jusqu'à ce qu'aultrement par la Cour en ait esté ordonné. » (A. N, XIA 5641, 10e arrêt du i3 mars 1640).

était-elle excellente au point de vue des libertés publiques ? C'est possible et même probable, mais là n'est pas la question. En droit, comme officier de la maison du roi, Ballard échappait à la juridiction du Parlement, la procédure suivie contre lui était entachée de nullité et l'arrêt rendu se trouvait caduc ; il s'adressa donc au Conseil privé et son pourvoi fut admis sans difficulté l. Voilà l'affaire dans toute sa simplicité et j'ai peine à concevoir l'ampleur qu'on a voulu lui donner2, d'autant que, n'ayant aucun motif à faire valoir à l'appui de leur opposition, les Sanlecque éludèrent tous débats par des moyens dilatoires ; puis l'un deux vint à mourir et le survivant transigea sans doute, de telle sorte que la cause ne fut jamais définitivement jugée.

Robert II Ballard continua donc comme devant à être seul imprimeur du roi pour la musique; en 1666, il s'adjoignit son fils aîné dans la direction de son entreprise, tout en restant en nom, et enfin, dans les premiers mois de l'année 1673, ^ passa de vie à trépas 3, la date de 1679 donnée par Lottin étant inadmissible.

De son mariage avec Marie Pvobinot, probablement fille de l'imprimeur Antoine Robinot, Robert II avait eu plusieurs enfants, parmi lesquels Christophe, qui suit, et Pierre (II) appartiennent seuls à l'histoire de l'imprimerie.

Ballard (Christophe). Imprimeur et libraire (1666-1715). Imprimeur ordinaire du Roi pour la musique (1672-1715). Rue Saint-Jean-de-Beauvais, au Mont Parnasse.

Fils aîné du précédent et de Marie Robinot, né à Paris vers 16404, Christophe Ballard apprit son art dans les ateliers paternels et fut admis comme maître dans la Communauté le 17 juin 16665; il est probable que, dès cette époque, il prit la direction de l'entreprise, bien que son père restât en nom, celui-ci trouvant d'amples occupations dans les nombreuses charges et fonctions qu'il remplissait; dans tous les cas, au mois de mai 1673, Christophe était le chef incontestable et signait les productions de l'imprimerie. Le

(1) Cf. l'arrêt du Conseil du 8 janvier 1641 (Doc. N° 1 36). — (2) Tout au moins de la part des historiens modernes ; elle est au contraire très explicable s'il s'agit de Fournier le jeune, qui précisément, dans un intérêt personnel, luttait contre les Ballard et leur prétendu monopole. — (3) Voy. les lettres du 11 mai 1673 accordées à son fils (Doc. N° 208). — (4) BN, Ms. fr. nouv. acq. 400, f° 43.— (5) BN, Ms. fr. 21843, f° u3 v° (Doc.n" 194).

80 GEORGES LEPREUX

il du même mois de mai 1673, ^ recevait des lettres de provision d'imprimeur du roi pour la musique l, en remplacement de son père décédé; ces lettres venaient confirmer le brevet de retenue, dont il avait été gratifié le 25 octobre 16722, du vivant même de Robert II Ballard et en la survivance de celui-ci, et enfin, le 31 mars 1674, ^ était pourvu par le roi du titre de noteur de sa chapelle3.

Sous l'impulsion vigoureuse qu'il sut lui donner, la maison du Mont Parnasse doubla bientôt d'importance et parvint à son apogée : on voit, par les résultats de l'enquête de 1700, que Christophe Ballard possédait alors quatre presses en activité et qu'il occupait neuf compagnons et deux apprentis4. Il ne se contenta pas d'imprimer les opéras de Campra, de Desmarets, de Destouches, deLulli, de Mouret et plusieurs autres, ainsi qu'un nombre considérable d'ouvrages de divers auteurs, parmi lesquels on remarque plusieurs ballets de Molière, tels que Y Idylle et les Festes de V Amour et de Bacchus et le Malade imaginaire* \ YAstrée, tragédie de La Fontaine, représentée par l'Académie royale de musique, en 1691 ; le Triomphe de V amour , ballet dû à la collaboration de Lulli et de Quinault, dont le traité d'impression a été publié il y a quelques années6; le Carnaval de Venise, de Regnard, ballet également représenté par l'Académie royale de musique (1699); il voulut aussi être auteur, ou plutôt compilateur, et publia, sous son propre nom, divers recueils de chansons avec les airs notés, savoir :

Nouvelles parodies bachiques mêlées de vaudevilles ou rondes de table. Recueillies et mises en ordre par Christophe Ballard, seul Imprimeur de Musique & Noteur de la Chapelle du Roy. [Armoiries royales]. — Paris, Rue Saint Jean de Beauvais, au Mont Parnasse. MDCC. (In- 12, 3 vol. Le troisième daté MDCCII. BN, Yf. 5879).

Brunettes ou petits airs tendres, avec les doubles et la basse continue' ; mêlées de chansons à danser ; Recueillies par Christophe Ballatd... Roy. —A Paris.... MDCCIII, MDCCIV, MDCCXI. (In-12. 3 vol. BN, Ye 10617-10619).

Tendresses bachiques ou Duo ou trio mêlez de petits airs, tendres et à boire, des meilleurs auteurs ; Avec une Capilo-

(1) BN, Ms. fr. 22077, f° 26 (Doc. n° 208). — (2) BN, Ms. fr. 22077, pièce 18 (Doc. n° 206). — (3) BN, Ms. fr. 22077, f° 22 v° (Doc n° 209).— (4) BN, Ms. fr n. a. 400, f° 4'3. — (5) Cf. P. Lacroix, Bibliographie Moliéresque, n°s 207 et 208. — (6) Voy. Doc. 11° 219.

GALLIA TYPOGRAPHICA 8l

tade ou Alphabet de chansons à deux Parties. Recueillies... Roy. — A Paris... Tome I. MDCCXII. (In-12. BN, Ye 10615).

Usant de ses privilèges et de son droit d'imprimeur du roi, Christophe Ballard édita quelques ordonnances et autres actes royaux1; enfin, il eut des intérêts dans diverses publications faites par ses collègues, notamment dans la belle édition de la Bible, traduction de Lemaistre de Sacy, entreprise par Guillaume Desprez, avec lequel il eut à plaider contre des contrefacteurs2. Ce procès n'est pas d'ailleurs le seul qu'il ait soutenu et fréquemment on le vit dans les prétoires de la justice, le plus souvent comme demandeur. Une première fois, il avait comparu en qualité de délinquant devant le juge de police, pour avoir omis de se plier aux règles du dépôt légal et, par sentence du 10 mars 1676, il avait été condamné à remettre dans les trois jours les exemplaires de diverses impressions 3. En 1690, il agissait comme demandeur à l'encontre d'un sieur de Baussen, qui prenait « la qualité de musicien et compositeur de musique de feue Mademoiselle de Guise » et qui s'était permis, avec l'aide de Foucault, probablement Hilaire, « marchand papetier de cette ville de Paris », de faire graver et vendre divers airs de musique avec ou sans privilège 4. Je ne connais pas malheureusement l'issue du procès ; je ne sais pas non plus quel était ce compositeur, dont les biographies musicales ne citent même pas le nom, mais qui figure en qualité de graveur sur nombre de publications des Ballard. En 1690, Christophe Ballard avait maille à partir avec Frédéric Léonard et plusieurs autres au sujet de la liquidation et de la vente du matériel de l'imprimerie de feu François Le Cointe5. En 1694, il soutenait un procès pénible contre son frère, Pierre Ballard, qui voulait marcher sur ses brisées, et dont j'aurai l'occasion de reparler plus amplement dans la notice de ce dernier6. En 1707 et 1708 enfin, il plaidait contre Jean-Baptiste Lulli, non pas le célèbre compositeur, mais son fils 7. Ce dernier procès doit retenir

(1) Cf. notamment : BN., Actes Royaux, F. 236i3, n°8 5 1 5, 817, 1000; F. 2 3 o 1 5 , n°s 635, 672, etc. — (2) Voy. infra la notice de Guillaume I Desprez. — (3) Cf. BN, Ms.fr. 22079, pièce 52. — (4) Arrêt du Conseil du 28 juin i6go(Doc. n* 232). — (5) Voir la notice de cet \*-- imeur dans le t. III de la présente série.— (6) Tome II de cette série - ij*ié à Paris le 6 août i665, pourvu le 7 février 1695 de la charge de survendant de la musique du roi, en remplacement de Boësset ; décédé à Paris vers 17 12. •

G. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 6

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plus particulièrement l'attention et mérite que j'entre dans quelques détails à son sujet.

On sait que Robert II, puis Christophe Ballard furent les imprimeurs de tous les opéras de Lulli, en vertu des cessions successives que ce dernier leur avait faites du privilège général qu'il avait obtenu pour une durée de trente années, par lettres royales du 20 septembre 1672. Après la mort de l'illustre musicien, les droits à ce privilège avaient fait l'objet d'un partage entre sa veuve et ses enfants ; l'un de ceux-ci, Louis, avait vendu sa part à Christophe Ballard, tandis qu'au contraire Jean-Baptiste, l'aîné de ces enfants, peu satisfait sans doute de ne posséder qu'une portion restreinte de l'héritage paternel, fit tout son possible pour augmenter la sienne au détriment du typographe royal. Il acquit d'abord les parts de deux de ses sœurs, puis il sollicita et obtint un nouveau privilège, par lettres de provision du 22 avril 1707, pour la réimpression de tous les opéras de son père, sous la condition cependant qu'il en donnerait au moins deux par an au public : c'est l'origine du procès que nous allons voir se dérouler. Aussitôt nanti de son privilège, J.-B. Lulli fils se rendait chez Ballard, auquel il était obligé de s'adresser pour ces réimpressions et lui posait des conditions auxquelles ce dernier ne pouvait souscrire : il exigeait notamment que l'imprimeur, abandonnant les ouvrages en cours d'exécution, se mit immédiatement à l'impression de deux opéras pour remplir avant la fin de l'année les conditions de son privilège, puis, fixant lui-même son prix, il n'entendait payer que dix livres la feuille d'impression, au lieu du tarif ordinaire de douze livres ; et enfin, il prétendait avoir à demeure dans l'imprimerie un représentant, qui fut présent à la composition et au tirage et qui pût, en cas d'absence, apposer un scellé sur les portes et les fenêtres de l'atelier. Sur le refus de Ballard de se soumettre à de pareilles exigences, Lulli le faisait assigner incontinent (2 mai 1707) devant le Conseil privé du Roi, pour voir dire que « faute par ledit Ballard d'acquiescer à ces demandes, il lui serait permis [à Lulli] de faire fondre des caractères de musique et de faire imprimer les opéras dont il avait le privilège, par tels imprimeurs que bon lui semblerait. » En même temps, Lulli manœuvrait de façon à étouffer toute défense, en essayant de surprendre hâtivement un arrêt de défaut. Cependant le Conseil soucieux d'une bonne justice, confia à un commissaire rapporteur la mission d'examiner de plus près le dossier et d'entendre les parties ; d'autre part, celui-ci crut devoir tra-

vailler à les rapprocher et leur soumit un projet de transaction, qu'après tiraillements, elles se résignèrent à signer.

Cette transaction portait que Ballard imprimerait par an deux opéras pour Lulli, à raison de quatre mois pour chaque opéra, à commencer par celui de Proserpine et que les formes seraient rompues après le tirage de chaque feuille, dont Ballard ne pourrait tirer plus grand nombre et que pour la sûreté réciproque des parties, la première feuille de chaque exemplaire serait paraphée par chacune d'elles. Le Conseil homologua ce compromis par un arrêt du 27 juin 1707 *.

Faisant honneur à ses engagements, Ballard avait imprimé dans le délai stipulé l'opéra de Proserpine et, en dépit de quelques fâcheux incidents, tous les exemplaires en avaient été paraphés par les deux parties dans la maison même de Lulli. Le calme semblait donc être à peu près revenu, mais ce n'était qu'une apparence, et Lulli guettait dans l'ombre l'occasion favorable d'atteindre son adversaire... Le 19 janvier 1708, il faisait saisir par le commissaire La Vergée, un exemplaire non paraphé de l'opéra en question ; cette saisie était opérée entre les mains d'un sieur Jacques Pinaut, seigneur de Magrest, receveur du domaine et bois de la généralité de Limoges, demeurant rue Neuve-des-Petits-Champs2. Le 28 janvier suivant, nouvelle saisie d'un semblable exemplaire entre les mains d'une revendense stationnant sur les quais3. Entre temps, Lulli

(1) Arrêt du 11 juin 1708 (V. Doc. n° 263). — (2) Cf. les Mémoires ci-après indiqués. — (3) « L'an 1708, le samedi 28 janvier, heure de midi, en l'hôtel et par devant nous Martin Boursin... est comparu Jean-Baptiste de Lully, écuyer et surintendant de la musique de Sa Majesté : Lequel, en continuant les plaintes par lui ci-devant rendues à rencontre de Christophe Ballard, imprimeur, nous a dit qu'au préjudice du privilège qu'il a plu au Roi d'accorder à lui sieur plaignant de faire réimprimer tous les ouvrages de défunt M. de Lully, son père, et de la transaction passée entre ledit sieur plaignant et ledit Ballard, homologuée par arrêt du Conseil du 27 juin de Tannée dernière 1707, ledit Ballard débite dans le public des exemplaires de l'opéra de Proserpine nouvellement imprimée conformément audit privilège, lesquels exemplaires ne sont pas paraphés de lui sieur plaignant et ainsi qu'il est porté et convenu par ladite transaction ; que le jourd'hui heure présente ledit sieur plaignant, passant sur le quai de l'École, a trouvé une femme étalant des livres sur le parapet dudit quai, laquelle exposoit en vente à un particulier un opéra de Proserpine en musique, nouvellement imprimé, non relié, en cinq cahiers; que s'étant adressé à ladite femme qu'il a appris se nommer Suzanne Peigné, veuve d'Antoine Joron, revendeuse de livres, et lui ayant demandé de qui elle tenoit ledit opéra, elle lui a fait réponse qu'elle l'avoit acheté ce jourd'hui 10 heures du matin d'un homme qui avoit un manteau d'écarlate, moyennant un écu ; qu'ayant fait entendre à ladite veuve Joron qu'elle n'étoit pas en droit d'acheter, vendre et débiter de pareils

84 GEORGES LEPREUX

répandait dans le public des bruits si calomnieux contre les Ballard, que Christophe, assisté de son fils, crut devoir faire rédiger une protestation en règle contre ses agissements1, puis assigner le surinopéras, et qu'attendu la contravention, il alloit faire procéder par voie de saisie, ledit sieur plaignant auroit sur le champ requis notre transport à l'effet d'être présent à la saisie qu'il entendoit faire faire, mais nous, commissaire n'étant pas en notre logis, Claude Brice, notre clerc, s'y étant transporté, ledit sieur plaignant, après lui avoir fait entendre ce que dessus, il auroit fait apporter ledit opéra en notre logis, qu'il nous a représenté et requis qu'il fut procédé à la saisie d'icelui. [Signé :] J.-B. de Lully. — Sur quoi, ledit opéra à nous représenté portant pour titre sur la première page recto : Proserpine, tragédie, après avoir été de nous paraphé, avons fait saisir ledit opéra par Nicolas Chambolin, huissier à verge au Châtelet de Paris, mandé et requis à cet effet et icelui saisi du consentement du sieur plaignant, est demeuré entre nos mains. [Signé :] Chambolin; J.-B. de Lully; Boursin. » (A. N., Y. 12335. Publié par E. Campardon, dans : L'Académie royale de musique... (Paris, 1884, in-8), t. II, p. 1 54i55.)

(1) Du 3o janvier 1708, trois heures de relevée, en l'hôtel de nous Louis Pierre Regnard..., sont comparus Christophe Ballard, seul imprimeur du Roi pour la musique, demeurant rue Saint Jean de Beauvais, et Jean-Baptiste Christophe Ballard son fils, imprimeur libraire à Paris, et reçu en survivance en ladite charge, qui nous ont rendu plainte et dit que le sieur Jean-Baptiste Lully, surintendant de la musique du Roi, a\ant obtenu un privilège Tannée dernière portant permission de faire imprimer, vendre et débiter les opéras et autres œuvres de musique du feu sieur Lully, son père, à condition d'en faire imprimer deux par chacune année, et se voyant obligé d'avoir recours audit Christophe Ballard père, qui seul a pouvoir d'imprimer en musique, il affecta dès lors de faire aux dits plaignants des propositions ridicules et inouïes dans l'imprimerie, tendantes à les rebuter et obtenir, sur leur refus d'imprimer lesdits opéras, un nouveau privilège pour les faire imprimer lui-même et détruire celui que Sa Majesté et les Rois ses prédécesseurs ont accordé auxdits plaignants et à leur aïeul ; que dans le procès intenté à cette fin au Conseil contre ledit Christophe Ballard père, ledit sieur Lully étant près de succomber, attendu l'injustice de ses prétentions, fut contraint de passer une transaction par laquelle il s'obligea de livrer par chacune année audit Christophe Ballard père, la copie de deux opéras dudit sieur Lully père, pour être imprimés en la manière ordinaire ; laquelle transaction fut homologuée par arrêt du Conseil ; que pendant le cours de l'impression de l'opéra de Proserpine, qui a seul été imprimé en conséquence le sieur de Lully, pour parvenir au but dont la transaction l'avoit éloigné, a suscité mille chicanes aux plaignans et a tâché de leur donner tous les dégoûts imaginables ; qu'après que les exemplaires dudit opéra de Proserpine lui ont été livrés, en exécution de ladite transaction, il a malicieusement répandu dans le monde et dit, en présence de personnes de probité, que les plaignans étoient des fripons qui avoient tiré à leur profit un nombre d'exemplaires dudit opéra de Proserpine au delà de celui qui devoit être livré et paraphé; qu'ils les vendoient et faisoient journellement vendre, ce qui empêchoit la vente que ledit sieur de Lulli devoit faire dudit opéra ; que depuis, ledit sieur de Lully, cherchant adonner quelque couleur à cette calomnie, s'est vanté qu'il avoit saisi plusieurs exemplaires vendus par les plaignans; que même samedi 28 du présent mois, après avoir aposté un particulier qui vers le midi vendit pour trois livres un exemplaire imparfait dudit opéra à une femme

tendant de la musique devant le Conseil d'État du Roi1 Enfin, le ii juin suivant, cette haute juridiction rétablissait la paix entre les deux adversaires en annulant toutes les procédures faites ainsi que les procès-verbaux de saisies, en ordonnant l'exécution de la transaction rappelée ci-dessus et en faisant défense à Lulli « d'afficher, vendre ny faire vendre ses Opéra par autre que par un imprimeur ou libraire », ceci sur l'intervention du Syndic et des Adjoints de la Communauté des libraires et imprimeurs de Paris2.

Ce curieux procès a suscité naturellement un certain nombre de factums et de mémoires 3, dont la lecture est des plus suggestives, mais il est bon de se rappeler en en prenant connaissance que ce genre d'écritures était beaucoup moins fait en général pour éclairer la justice que pour amuser la galerie et mettre les rieurs de son côté. Ces factums étaient d'ailleurs criés et vendus sur la voie publique par des colporteurs, les camelots de l'époque.

Malgré l'accroissement de ses affaires, Christophe Ballard trouva encore le temps de se dépenser au service de ses collègues : nommé

revendeuse de livres étalant sur le quai de l'École, ledit sieur de Lully se transporta audit lieu, une ou deux heures après, accompagné d'un huissier et dudit particulier soi-disant clerc du commissaire; que ledit sieur de Lully fit saisir ledit exemplaire, lequel il emporta et dont il remboursa le prix à la revendeuse; qu'ensuite il fit faire un prétendu procès-verbal de saisie chez maître Boursin, commissaire, dans lesquels saisie et procès-verbal il charge les plaignans des mêmes calomnies semées dans le public contre eux; et comme lesdits plaignans ont livré audit sieur Lully l'impression entière dudit opéra sans en retenir une seule feuille par devers eux, que d'ailleurs ledit sieur de Lully a reçu d'eux quatre exemplaires qui n'ont pas été paraphés et qu'il a refusé d'en parapher deux autres appartenans aux ouvriers dudit Christophe Ballard père, les plaignans ont droit de présumer que ledit sieur de Lully s'est servi de quelqu'un de ces six exemplaires non paraphés ou de quelque première feuille superflue, qui aura pu demeurer double lorsque les premières feuilles ont été paraphées, pour lonner quelque fondement à son accusation calomnieuse. Pourquoi les plaignans ryant intérêt de se justifier aux yeux du public et de détruire ces bruits injurieux à leur réputation, qui ne sont appuyés que sur les artifices et la mauvaise volonté dudit sieur Lully, ils nous ont rendu la présente plainte. [Signé:] !. Ballard, Ballard fils, Regnard. (A. N., Y. 10829. Publié par E. Campardon, ip. cit., pp. i55-i 56. Cet auteur n'a rien dit du procès qui s'agitait entre les )arties).

(1) Arrêt du Conseil du 27 février 1708 (V. Doc. n° 263). — (2) Ibid. — (3) A. Factum pour Christophe Ballard, seul imprimeur du Roi pour la musique, contre Jean-Baptiste Lully... (S. 1. n. t. n. d. In-f", 29 p. ch. BN, Ms. fr. 22072, )ièce 7). — B. Mémoire... (pour le même contre le même, S. 1. n. t. n. d. In-f°, 4 p. ch. BN, même ms., pièce 8). — C. Mémoire présenté au Conseil par le sieur Lulli, avec des notes servant de réponse au même mémoire (S 1. n. t. n. d. In-f°, i3f. ch. BN, même ms., pièce 9).

86 GEORGES LEPREUX

adjoint au syndic de sa Communauté le 30 mai 1690, il fut ensuite élu syndic lui-même le 12 mai 1698 et remplit ces fonctions, à la satisfaction générale, jusqu'au 10 septembre 1701 l,

La Caille fait mourir ce typographe en juin 171 5, à l'âge de 74 ans2; d'après Lottin, il serait décédé avant le 30 août de la même année3; je ne sais pas pourquoi il indique cette dernière date. Il convient de les rectifier toutes deux en disant : avant le 28 mai 171 5, car à ce moment les documents officiels emploient l'expression : feu Christophe Ballard 4.

Ballard (Jean-Baptiste-Christophe). Imprimeur et libraire (1694- 1750). Imprimeur ordinaire du Roi pour la musique (1695-1750).

Rue Frementelle (auj. Fromentel), au petit Corbeil, près le Puits Certain (1 694-1715). — Rue Saint-Jean de Beauvais, au Mont Parnasse (1716-1750).

Fils du précédent et de Marie Lamielle5, Jean-Baptiste-Christophe (et non Jean-Baptiste-Chrétien, comme l'indique R. Eitner dans le 1 er volume de sa Biogr. Bibliogr.) naquit à Paris vers 1 663 6 et fut reçu maître dans la Communauté le 8 juin 16947. ^ ouvrit aussitôt un nouvel établissement dans la rue « Frementelle », mais, au dire de Jacques Collombat, dans une requête au Conseil8, il ne s'agissait là que d'une simulation. Pierre [II] Le Mercier, maître imprimeur à cette adresse, décédé en 1693, ayant laissé « six filles nubiles », celles-ci voulurent continuer à tenir son imprimerie, nonobstant les règlements. « Estant appuyées, dit Collombat, d'un frère 9 et d'un beau-frère 10, imprimeurs et anciens adjoints de la Communauté, elles tinrent quelque temps imprimerie sous leur nom, en qualité de sœurs associées, mais J.-B. Ballard, fils unique, héritier de Christophe Ballard, son père, avec lequel il est associé et dont il gère toutes les affaires, s'étant fait recevoir maistre imprimeur pour l'intérest commun, comme on a remarqué, pour diminuer le nombre des trente-six imprimeurs, sans aucun dessein de s'établir,

(i) Voir son exercice comme syndic dans le t. IV de la présente série. — (2) Ex. annote, BN, Ms. fr. 22io3, f° io3. —(3) T. II, p. 5. - (4) Cf. Doc. n05 276 et 277. — (5) Lacaille, loc. cit. — (6) BN, Ms. fr. n. a. 400, f° 44. — (7) La Caille, loc. cit. — (8) Au Roy et à Nosseigneurs du Conseil. (S. 1. n. t. n. d. In-P, 12 p. ch. — Mémoire pour Jacques Collombat et autres. — BVP. 635o f°, portef. 10.)— (9) Pierre-Augustin Le Mercier. — (10) Gilles Paulus-Du- Mesnil.

ces filles de feu [Le] Mercier avaient cru convenable pour elles et pour luy de mettre et de tenir leur imprimerie sous le nom de Ballard fils. On ne sçait pas les conventions particulières de cet accommodement, on sçait seulement que la réception prochaine d'adjoint de la Communauté fut alors promise à Ballard par le crédit et les intrigues du sieur [Le] Mercier et de Dumesnil, leur beaufrère. La chose fut bien concertée, mais mal exécutée ; car ces filles, accoutumées d'agir en souveraines, ne voulurent pas s'assujettir à faire des traitez sous le nom de Ballard pour raison des affaires et des impressions qu'elles entreprenaient... 4 » Il est possible et même probable que tout cela est exact, pour partie du moins, n'empêche que Ballard a exécuté dans le local de la rue Fromentel des impressions sous son nom personnel. L'enquête même de 1700 ne révèle aucun subterfuge; elle indique J.-B.-C. Ballard comme le titulaire officiel de l'établissement du Petit Corbeil et elle y constate la présence de six presses desservies par onze compagnons 2.

En 1715, J.-B.-C. Ballard succéda à son père; il alla s'installer dans l'immeuble de la rue Saint-Jean de Beauvais et continua l'enseigne du Mont Parnasse et la marque de Pégase. Pourvu depuis le 2 octobre 1695 de ^a charge d'imprimeur du roi pour la musique en survivance de son père3, ou, suivant son expression, en qualité de coadjuteur (coadjutor 4), J.-B. -Christophe Ballard n'avait pas jugé à propos de faire enregistrer à cette époque ses lettres de provision; il dut, en conséquence, après la mort de son père, se pourvoir auprès du roi : des lettres de surannation du 28 mai 171 5 le confirmèrent dans son emploi 5, en même temps que d'autres lettres du même jour lui assuraient aussi la succession paternelle comme noteur de la Chapelle de Sa Majesté6.

Ce Ballard est l'un de ceux qui ont le plus imprimé et celui peut-être dont les affaires ont été le plus brillantes. Après avoir soutenu victorieusement avec son père contre J.-B. Lulli fils le procès de 1708- 1709, il avait acquis tout le fonds, très considérable, des opéras de ce dernier et de Lulli père et, bien que la gravure en taille-douce commençât à le concurrencer très sérieusement dans l'impression musicale, il put maintenir encore le prestige de

(1) Requête citée dans la note 8 ci-contre. — (2) BN. Ms. fr. n. a. 400, f* 44. — (3) Cf. Doc. n" 240. — (4) V. plus bas le Missel de Meaux. — (5) Voy. Doc. n° 276. — (6) Voy. Doc. n° 277.

sa maison. I! n'avait pas eu besoin pour cela de se servir de ces petits moyens assez ridicules, que lui prête Weckerlin *, et qui auraient consisté, de la part de son père et de la sienne, à effrayer les autres imprimeurs en ne joignant à leurs publications qu'un fragment de privilège ! C'est encore là une calomnie sans fondement sérieux : il est vrai que ces deux Ballard n'ont parfois publié qu'un extrait de leurs privilèges, comme c'était leur droit et ainsi que le faisaient beaucoup d'autres imprimeurs, mais j'atteste que pour ma part j'ai le plus souvent rencontré le privilège, c'est-à-dire les lettres de 1673, 1695 et I7I5> reproduite entier et sans la moindre omission, dans les nombreux ouvrages de ces deux imprimeurs que j'ai eu sous les yeux et en particulier dans ceux qui sont cités plus bas, ainsi que dans la notice précédente.

Continuant les travaux particuliers de son père, J.-B, Christophe a également publié un certain nombre de recueils, où la compilation joue sans doute le plus grand rôle, mais qui n'en sont pas moins précieux pour cela. Ce sont par ordre chronologique :

La Clef des chansonniers ou reçu eil des vaudevilles Depuis cent ans et plus, notez, et recueillis pour la première fois Par J.-B. Christophe Ballard, seul Imprimeur du Roy pour la Musique & Noteur de la Chapelle de Sa Majesté. Tomel (et tome II). Au Mont Parnasse, à Paris, rue Saint-Jean de Beauvais. MDCCXVII. Avec Privilège du Roy. (In-12, 2 vol. BN, Ye 10628-10629).

Tendresses bachiques ou Duo et Trio mêlez de petits airs, tendres et à boire, des meilleurs auteurs. Recueillies, & mises en ordre par Jean-Baptiste-Christophe Ballard, seul Imprimeur de Musique & Noteur de la Chapelle du Roy. Tome IL — A Paris, Rue Saint-Jean de Beauvais, au Mont Parnasse. MDCCXVIIL (In-12 BN, Ye 10616. Le tome I est de Christophe Ballard et a été indiqué dans la notice précédente).

Les Rondes, chansons à danser; Suite des dix Volumes d'Amusements Recueillis et mis en ordre Par le sieur Ballard, seul Imprimeur du Roy... Tome I (et tome II). [Armes Royales]. A Paris, au Mont Parnasse, rue Saint-Jean de Beauvais. MDCCXXIV. Avec Privilège de Sa Majesté. (In-32, 2 vol. BN, Ye 10663-10664).

(i)Hist. de l'impr. mus., p. 3o.

Les Menuets chantants, sur tous les tons ; notez pour les instruments ; suite des douze Volumes d'Amusements, Recueillis & Mis en ordre Par le sieur Ballard, seul Imprimeur du Roy... Tome I (et tome II). [Armes royales]. A Paris, au Mont Parnasse, rue Saint-Jean de Beauvais. MDCCXXV. Avec Privilège de Sa Majesté. (In-12, 2 vol. BN, Ye 14707- 14708).

Etrennes d'Horace, pour l'an M.DCC.XLI. Chansons, Prises des Pensées de ce Poëte ; Et recueillies Par le Sr Ballard. — [Armes royales]. Au Mont Parnasse. A Paris, rue Saint- Jean de Beauvais. Avec approbation et privilège du roi. (In- 12. BN, Ye 35240).

Les chansons de ce dernier recueil sont en général assez bien tournées et, ainsi que l'annonce le titre de l'ouvrage, toutes offrent la paraphrase d'une pensée d'Horace, comme par exemple : Nerno contentus (Sat. I), Immortalia ne speres (Od. 7, 1. 4), Cura peculi (Ars poet.), Musis amicus (Od. 26, 1. 1), etc. Ballard nous apprend dans un avis au lecteur, à la fin du volume, qu'il a recueilli quatorze volumes in-12 & Amusements de musique, sans compter « un nombre d'autres recueils » ; qu'il a encore donné un volume in-4 de Parodies spirituelles en forme de cantates, un Opéra spirituel in-8, un autre volume enfin de la forme de ce dernier contenant les Sept Pseaumes et les Grandes Antiennes avant Noël. « Tous ces volumes ensemble, ajoute-t-il, réunissent dans différents ordres presque tout ce qu'il y a eu d'airs et de vaudevilles choisis jusqu'à présent, extraits des originaux qu'il a rassemblés avec beaucoup de soin. » Il est regrettable qu'on ne trouve aucun de ces derniers ouvrages dans nos grandes bibliothèques publiques, non plus qu'un catalogue du fonds des Ballard. Il en existe cependant, car, plus heureuse que la Bibliothèque nationale, la Bibliothèque de Cambrai notamment possède dans un volume in-folio (Manuscrits, n° 19), contenant différentes messes éditées par les Ballard, un catalogue de la librairie musicale de J.-B.-C. Ballard, daté de 1744 et imprimé à la suite d'une messe intitulée : Laudate pueri Dominum ; ce catalogue indique un grand nombre de compositions, inconnues pour la plupart.

Si nous faisons à présent un pas en arrière dans l'existence de J.-B.-C. Ballard, nous le verrons pendant plusieurs années, hôte assidu du temple de Thémis, s'escrimant en des combats judiciaires, puis remontant ci son Parnasse, meurtri et désolé.

90 GEORGES LEPREUX

Je ne reparlerai pas ici du procès Lulli, dont il a été amplement question plus haut et pour lequel J.-B.-C. Ballard semble s'être entraîné par un corps-à-corps avec un autre compositeur, nommé Campra1. Par un traité du 27 novembre 1700, ce musicien avait cédé à Ballard tous ses droits, non seulement sur Topera d'Hésione, qu'il était alors sur le point de faire jouer, mais encore « sur les opéras, motets, divertissements, symphonies et autres ouvrages qu'il composeroit à l'avenir », moyennant le paiement par l'éditeur d'une somme de 2000 livres pour chaque opéra et la remise gratuite de trente exemplaires imprimés, et pour les autres ouvrages, la valeur en argent de deux cents exemplaires et la remise de quinze exemplaires en nature. Le compositeur s'engageait de son côté à fournir à son imprimeur, aussitôt après l'exécution de chaque pièce et avant sa réapparition en public, toutes les modifications que l'accueil de celui-ci l'aurait amené à faire à ses partitions, de façon que Ballard pût mettre en vente des exemplaires corrects et complets de ses œuvres2. Tout alla bien pendant quelque temps, mais lorsque Campra eut fait jouer, le 28 octobre 1703, son opéra-ballet intitulé Les Muses, qui fut horriblement sifflé au cours de cinq représentations consécutives, la partition dut être refaite de fond en comble, ainsi que le livret, et Ballard, qui l'avait imprimée sous sa première forme, n'ayant pas été mis en mesure, avant la reprise, de corriger son édition, celle-ci lui resta pour compte3. Après avoir épuisé les moyens de conciliation, le typographe royal s'adressa à la justice, en demandant d'une part la résolution du contrat pour inexécution des conditions et d'autre part, la décharge du paiement des 2000 livres dues à l'auteur, en même temps que ce dernier serait condamné à lui rembourser les frais d'impression et de reliure, contre la remise qui lui serait faite de tous les exemplaires invendus 4. Il obtint gain de cause sur toute la ligne et ses relations avec le compositeur semblent n'avoir pas trop souffert de cet intermède judiciaire.

En 1709, J.-B.-C. Ballard plaida contre le Chapitre de Meaux,

(1) André Campra, né à Aix en Provence en 1660, mort à Versailles en 1744. — (2) Mémoire, Pour Jean-Baptiste-Christophe Ballard, seul Imprimeur du Roy pour la Musique. Contre André Campra, cy-devant Maître de Musique de Notre- Dame (S. 1. n. t. n. d. In-f° 4 p. ch. BN, Recueil Thoisy, 38, no 237). - (3) V. à la Bibliothèque de l'Opéra ces remaniements (Cf, Cat. de la Bibl. de l'Opéra, par Th. de Lajarte. — Paris, 1878. In-8. T. I, p: 100.) — (4) Mémoire cité, pour J.-B.-C. Ballard...

à l'occasion d'un acte sous seings privés qu'il avait passé, le 5 juillet 1707, avec le cardinal de Bissy, évêque de ce diocèse, et qui contenait cession d'un privilège royal obtenu par ce prélat, le 19 avril précédent, pour l'impression de « tous les Bréviaires, Diurnaux, Missels, Rituels, Antiphonaires, Manuels, Graduels, Processionnaux, Epistoliers, Pseautiers, Directoires, Heures, Catéchismes, Ordonnances, Mandements, Statuts synodaux, Lettres pastorales et Instructions à l'usage de son Diocèse pendant le temps de dix années consécutives, à compter de la date desdites lettres. » Comme il s'agissait d'imprimer tout d'abord le Missel de Meaux, ouvrage dispendieux et sans grand profit pour le typographe, il avait été stipulé que ce dernier recevrait une gratification de deux mille cinq cents livres et qu'il serait en outre chargé de l'exécution successive de tous les usages de ce diocèse1. Ballard se mit à l'œuvre incontinent et bientôt après paraissait ce livre d'église, dont la parlaite exécution est vraiment digne de soutenir le parallèle avec les impressions de la bonne époque :

Missale sanctae ecclesiae meldensis, illustrissimi et reverendissimi in christo patris D. D. Henrici de Thyard de Bissy, permissione divina et sanctae sedis apostolicasgratiaepiscopi meldensis, regiasanctioribus consiliis auctoritate, acvenerabilis capituli meldensis consensu, editum. — [Armoiries de Tévêque]. — Luteciae Parisiorum, Apud J.-B. Christophorum Ballard, Illustrissimi ac Reverendissimi Episcopi Meldensis Typographum ; necnon Regias Musicas Monotypographi Coadjutorem, prope Puteum Certum. M.DCC.IX. Cum privilegio Régis (In-f°. Titre r. et. n. 730 et cxn p. SU. BN, B. 199).

Malheureusement, à peine ce bel ouvrage était- il terminé, que Ballard apprenait coup sur coup de flagrantes violations du traité rappelé ci-dessus : d'une part, Frédéric Allard, imprimeur à Meaux, exécutait dans cette ville le Bréviaire du diocèse, d'autre part, Louis Sevestre, à Paris même, imprimait le Graduel. Transporté d'une juste indignation, le typographe de la musique du roi faisait saisir sans délai, partout où il pouvait les rencontrer, les impressions de

(1) Au Roy, et à nosseigneurs de son Conseil. (S. l.n. t. n. d. In-f°. 8 p. ch. BN, Ms. fr. 22074, pièces 74 et 79). Requête de Ballard.

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ses rivaux, puis il soumettait sa disgrâce à l'appréciation du Conseil d'État du Roi1. Il est probable qu'étant donné la personnalité des parties en cause, un arrangement leur fut suggéré, qui satisfit Ballard, car non seulement je n'ai rencontré ni dans les archives du Conseil ni parmi les arrêts imprimés, la solution judiciaire inévitable autrement, mais encore on voit Ballard exécutant, à quelques années de là, l'impression de divers livres liturgiques du diocèse de Meaux.

L'imprimeur royal de musique n'était pas encore sorti des embarras que lui causait cette affaire, qu'une procédure bien autrement grave était dirigée contre lui, puisqu'elle ne tendait à rien moins qu'à lui enlever le droit d'imprimer, sous le fallacieux prétexte qu'il n'avait pas établi d'imprimerie conforme aux règlements et, comme je l'ai dit plus haut, qu'il servait de prête-nom aux demoiselles Le Mercier. Cette nouvelle instance était introduite devant le Conseil d'Etat par trois libraires de Paris, Guillaume-Amable Valleyre, Jacques Collombat, et Charles Huguier, à la recherche d'une place d'imprimeur, et sous le nom desquels on trouvera tous les détails relatifs à ce procès. Je me borne à noter ici qu'ils succombèrent dans leurs prétentions vis-à-vis de Ballard et que celui-ci, après une vigoureuse défense 2, fut maintenu, par un arrêt du 13 janvier 17 10 3, dans sa « maîtrise, art et profession d'imprimeurlibraire », qu'il exerça jusqu'à la fin de sa vie.

SiJ.-B.-C. Ballard n'eut pas la douleur de voir la débâcle complète de son imprimerie musicale, il en put toutefois pressentir la fin. A partir de Tannée 171 3, plusieurs musiciens, tels Philidor père, Leclerc et autres, obtinrent le privilège de faire imprimer leurs œuvres au moyen de la taille douce et cela permit aux graveurs non seulement de se perfectionner dans leur art, mais aussi de se multiplier de plus en plus, et même le nombre en étant devenu considérable, des marchands papetiers en avaient profité pour établir des magasins de musique. Ballard avait essayé de réagir contre ces deux dernières catégories de concurrents, en les faisant assigner devant le lieutenant général de police, « pour voir dire qu'il jouiroit des prérogatives de son privilège et que défenses seroient faites aux compositeurs et graveurs de faire imprimer leur musique ailleurs que chez lui, et aux marchands d'en faire aucun commerce »,

(1) Requête citée page précédente, note 3. — (2) Au Roy, Et à Nosseigneurs du Conseil. (A la fin :) A Paris. De l'Imprimerie de Gilles Lamesle, rue du Foin, 1709. (In-8. 8 p. ch. BN, Ms. fr. 22065, pièce 76). — (3) A. N, V6 818. Voy. Doc. au T. IV de la présente série.

GALLIA TYPOGRAPHICA g3

mais il avait succombé, avec dépens à sa charge; les graveurs avaient été maintenus dans le droit d'imprimer, vendre et distribuer toute sorte de musique et les marchands dans celui d'en vendre *.

Comme son père et comme son aïeul, J.-B.-C. Ballard fut élu adjoint (28 juillet 1706), puis syndic (8 août 1722-8 mai 1724) de sa Communauté 2, et de même que le second, il devint consul, le 29 janvier 1718 et juge-consul, le 29 janvier 1726 3. Enfin, il était le doyen des juges- consuls et celui des syndics de la Communauté des Imprimeurs, lorsqu'il décéda le 5 mai 1750 4. Le billet de fairepart de sa mort nous a été conservé : on y lit que ses funérailles eurent lieu le 6 mai, à 6 heures du soir, en l'église Saint-Étienne du Mont, sa paroisse, où il fut inhumé. L'invitation à cette cérémonie est faite au nom de son fils, qui suit ; de M. Trumeau, avocat, son gendre ; et de Madame Boivin, sa fille 5.

On me permettra, en terminant cette biographie, de citer une note de police élogieuse, malgré sa concision, pour l'imprimeur du Mont-Parnasse ; c'est, dit-elle tout simplement, « un honnête homme qui n'est point suspecté et ne vend que de la musique 6 ».

Ballard (Christophe-Jean-François). Imprimeur et libraire (1742- 1765). Imprimeur du Roi pour la musique (1750-1765).

Rue Saint-Jean de Beauvais, à l'Image de Sainte-Cécile (1742- 1759) ; — rue des Noyers (1760-1765).

Fils du précédent, né à Paris, vers 1701, C.-J.-F. Ballard fut reçu libraire le 10 avril 1741 7 et imprimeur le 6 décembre 1742 8, en vertu de deux arrêts du Conseil d'Etat du Roi des 30 juillet et 24 septembre 1742. Le premier de ces arrêts l'autorisait à représenter ses titres et à faire valoir ses droits à une place d'imprimeur conformément aux règlements 9 ; le second l'habilitait à occuper la place de François-Hubert Muguet, l'un des trente-six imprimeurs de Paris, naguère décédé10. Son père exerçant encore à cette époque, Christophe-Jean-François ouvrit un nouvel établissement à l'Image

(1) Cf. les Mémoires de Loiseau, cités plus bas, p. 97. — (2) Sur son syndicat, voy. le T. IV de la présente série. — (3) Lottin, II, p. 5. — (4) Affiches de Paris, a. 1750, n° 36, et Lottin, loc. cit. — (5) B. N, Ms. fr. 26660 (Pièces Originales, 176). — (6) BN, Ms. f. 22106, f° 227. — (7) Lottin, II, p. 6. — (8) Il donna à cette occasion 3oo livres pour les affaires de la Communauté. (BN. Ms. fr. 2i858, P24.) — (9) A. N, V6 93 3 (Doc. n° 297). - (10) A. N, V6 g35 (Doc. n° 298).

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de Sainte-Cécile, mois il ne fut nanti de la charge d'imprimeur du roi pour la musique que par des lettres de provision datées du 6 mai 1750 4, c'est-à-dire du lendemain même de la mort de son père. Cependant, par une prudence qui pourra paraître exagérée, ce dernier avait eu soin, trente-cinq ans auparavant, de lui assurer sa survivance et avait obtenu du roi, le 28 mai 17 15 2, des lettres de provision, dont celles de 1750 n'étaient en somme que la confirmation. Des lettres royales du même jour, 6 mai 1750, l'avaient pourvu, en remplacement de son père, de la charge de Noteur de la Chapelle de Sa Majesté 3.

L'arrivée aux affaires de C.-J.-F. Ballard marque la décadence aussi rapide que définitive de sa maison ; il n'avait ni l'esprit d'initiative, ni l'activité, ni le talent qu'il eut été nécessaire de déployer pour pouvoir lutter encore contre l'envahissement des nouveaux procédés d'impression musicale, qui menaçaient de le submerger entièrement. C'était d'ailleurs, d'après une note de police4, « un homme paresseux et sans beaucoup de génie » et le signalement physique qui suit, correspond dans sa première partie à cette appréciation du moral, car il était, ajoute-t-elle, « gros, d'une taille de cinq pieds trois pouces, le visage marqué de petite vérole, la barbe et les sourcils bruns ». Il a toujours, dit encore cette note, « été assez suspect et quand il trouve quelque bon coup, il en profite ; il a été fort lié avec Grange 5 et Saillant6 qui luy en ont procuré ; c'est malgré cela un honnête homme. Il a eu anciennement une affaire pour Clousier avec Voltaire et a eu à ce sujet sa boutique fermée ».

Je ne sais pas à quel incident fait allusion cette dernière phrase, n'en ayant trouvé nulle autre trace, car je ne pense pas que ce puisse être au sujet de l'impression des ballets de La Princesse de Navarre ou du Temple de la Gloire. Pour le surplus, les exemples ne manquent pas de l'engourdissement physique et moral de l'imprimeur de musique du roi. Insensible comme le roc à la marche du temps et du progrès, il eut à subir des assauts multipliés de la part de ses rivaux et il n'en persista pas moins à suivre jusqu'au bout les errements démodés de ses ancêtres et à conserver leurs notes et leurs signes archaïques, notes et signes qui apparaissent

(1) Voy. Doc. n° 3i2. — (2) Voy. Doc. n" 278. — (3) B. N, Ms. fr. 22077, fo 23 v° (Doc. n° 3i3). — (4) BN, Ms. fr. 22106, f» 228. — (5) Jean-Augustin Grange, imprimeur et libraire (Voir sa notice dans le t. II de la présente série).— (6) Charles Saillant, libraire de 1740 à 1786 (Lottin).

même encore dans des impressions où, semble-t-il, il eut dû se préoccuper de faire mieux que quiconque. On trouve un échantillon remarquable de cette insouciance dans un volume, précieux à d'autres titres qu'à celui de l'impression musicale :

— Spectacles donnés à Fontainebleau pendant le séjour de Leurs Majestés en l'année 1762... — De l'imprimerie De Christophe Ballard, seul Imprimeur du Roi pour la Musique & Noteur de la Chapelle de Sa Majesté. M.DCC.LXII. (In-8, 2vol.BN, Rés. p. Yf. 47).

Etait-ce un défi ? Ballard avait cependant à cette époque des motifs sérieux de réfléchir aux graves dangers qui menaçaient sa situation. Tout d'abord une déclaration royale du 24 décembre 1762 4 venait de prescrire, dans son article 2, que tous les privilèges illimités étaient réduits à quinze années de jouissance, à compter du titre de concession. Cela l'atteignait directement et allait le mettie bieniôt, s'il eut vécu davantage, dans la nécessité de solliciter le renouvellement de ses lettres de 1750. En second lieu, il avait à faire face à deux attaques d'autant plus alarmantes pour lui qu'elles étaient absolument légitimes et fort bien étayées.

En 1756, Pierre-Simon Fournier, dit le jeune, graveur et fondeur de grand mérite, avait pris la résolution d'ouvrir une imprimerie, dans laquelle il se proposait de joindre l'impression musicale à la typographie ordinaire. Il tenait à mettre au service du public les beaux caractères de musique dont il venait d'achever la gravure et la fonte. La Chambre syndicale des libraires et imprimeurs s'était mise au travers de ce projet, en opposant au fondeur son défaut d'apprentissage. Celui-ci s'était alors adressé à la Chancellerie et lui avait soumis un long mémoire 2, dans lequel il réfutait l'erreur de la Chambre, en démontrant que tous les anciens fondeurs, depuis Garamond jusqu'à Pierre Cot, avaient exercé l'art de la typographie, en même temps que celui de la gravure et de la fonte. Ses démarches de plusieurs années n'ayant abouti à aucun résultat, Fournier avait pris le parti d'en référer au Conseil d'Etat et il avait obtenu gain de

(1) Déclaration du Roi, Concernant les Privilèges en fait de Commerce. Donnée à Versailles le 24 Décembre 1762, Registre en Parlement. (A la fin :) A Paris, de l'imprimerie royale. M.DCC.LXIII. (In-4. 4 p. ch. BN, F. 23627, pièce io5.)— (2) BN, Ms. fr. 221 17, pièce 18 (copie).

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cause. Un arrêt du 25 mai 1762 4 ordonna que « par grâce spéciale et sans tirer à conséquence », il serait reçu imprimeur surnuméraire de la ville de Paris, « même à l'effet d'imprimer toutes sortes d'ouvrages de musique ». Fournier fit signifier cet arrêt à la Chambre syndicale, en la sommant de le recevoir en qualité de maître imprimeur ; il se heurta à un nouveau refus !

Tout en se déclarant prête à obéir au Conseil, cette Chambre adressait au roi une supplique 2, pour que Fournier ne soit pas dispensé des formalités réglementaires d'examen et autres ; elle excipait en outre d'une opposition queBallardlui avait fait signifier et dont voici les termes : « Le sieur Ballard s'oppose formellement par ces présentes à ce que les officiers de la librairie ne reçoivent aucun imprimeur, soit comme surnuméraire soit avec exercice actuel, pour l'impression de la musique, au préjudice tant de sa charge de seul imprimeur à cet égard que de son droit et privilège exclusif et qu'ils n'enregistrent aucun arrêt, privilège et lettres patentes qui partagent ou donnent atteinte au sien et qu'il s'y oppose aussi en tant que de besoin, protestant en cas qu'ils passent outre de les rendre garants et responsables de toute perte, dépens, dommages et interests, de se pourvoir contre eux où et ainsi qu'il appartiendra et de tout ce qui est à protester en pareil cas ».

Fournier n'insista pas davantage pour le moment, mais il publia un traité relatif à l'impression de la musique 3, dans lequel il montre d'une part toute la supériorité de ses nouveaux caractères pour ce genre d'impression et d'autre part l'impuissance de Ballard de s'opposer à ses entreprises sous le prétexte d'un monopole abusif. Il profita en outre de la circonstance pour esquisser un historique de l'impression musicale, dans lequel, à côté d'excellentes choses, abondent les erreurs et aussi, comme il fallait s'y attendre de la part d'un compétiteur, un parti-pris de dénigrement continuel et parfois injuste à l'égard des auteurs de son adversaire.

La mort de Ballard, puis la sienne (8 octobre 1768) mirent fin à la tentative de Fournier le jeune, mais celle d'un autre fondeur, Pierre-François Loiseau, fut plus féconde en résultats, en ce sens que si, par un arrêt du Parlement du 27 juillet 1764 4, Ballard fut encore maintenu en possession de sa charge de seul imprimeur du

(1) BN, même ms., pièce 33 (copie). — (2) BN, même ms., pièce 34 (copie). — (3) Voy. supra, p. jj, note 2. — (4) Cité déjà par Lottin, II, p. 242.

roi pour la musique, du moins tous les autres typographes furent expressément autorisés à imprimer de la musique.

Les caractères de musique de Loiseau étaient d'ailleurs bien supérieurs encore à ceux de Fournier le jeune et ils avaient reçu l'approbation des musiciens les plus éminents de l'époque, comme en témoigne une attestation, qui dut singulièrement impressionner les juges et dont voici la teneur textuelle : « Nous soussignés, après avoir pris communication de l'épreuve des caractères de musique, gravés et fondus par le sieur Loiseau, graveur et fondeur d'imprimerie, et après avoir mis en parallèle, une épreuve des caractères de musique du sieur Ballard, que le sieur Loiseau nous a aussi présentée, lesquelles deux épreuves nous avons examinées avec la plus scrupuleuse attention ; certifions à qui il appartiendra, que non seulement ledit sieur Loiseau n'a pas contrefait la musique dudit sieur Ballard, mais qu'au contraire il l'a gravée d'une manière toute autre, et qui lui est bien supérieure, la musique dudit sieur Loiseau imitant parfaitement les plus beaux manuscrits de musique, et étant aussi belle que celle gravée au burin, dont jusqu'à présent nous avons été obligés de nous servir, le public s'étant dégoûté depuis longtemps de la musique du sieur Ballard ; et nous pensons que la musique dudit sieur Loiseau doit d'autant plus mériter la protection des magistrats, qu'elle joindra à l'avantage d'une exacte correction, celui d'être imprimée à moins de frais que la musique gravée au burin ; en foi de quoi nous avons délivré au sieur Loiseau, notre présent certificat, pour lui servir en tant que de besoin sera. [Ont signé :] Francœur, surintendant de la musique du Roi ; Rebelle, surintendant de la musique du Roi ; Dauvergne, maître de chapelle de la musique du Roi ; Philidor, compositeur de musique ; De Mongeot, maître de musique de l'Eglise de Paris ; Doriot, maître de musique de la Sainte-Chapelle ; Dugué, maître de musique de Saint-Germain l'Auxerrois. »

Les divers renseignements ci-dessus, relatifs à la poursuite de Loiseau, sont extraits de plusieurs mémoires judiciaires échangés par les parties en cause l. Cette affaire a été complètement passée

(1) i° A Nosseigneurs de parlement, en la grand'chambre. Supplie humblement Pierre-François Loyseau, graveur et fondeur en caractères, à Paris. [En haut du titre, en-dessous d'un bandeau :] De l'Imprimerie de Grange. 176.}. (In f«. 4 f. ch. BN, Rés. F. 718, pièce 47.) — 20 Mémoire Pour le Sieur Loiseau, Graveur et Fondeur de caractères d'imprimerie. Contre le Sieur Ballard, Imprimeur du Roy, & Noteur de la Chapelle de Sa Majesté. TFn haut du titre, G. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 7

0,0 GEORGES LEPREUX

sous silence par Weckerlin et les autres musicographes, parce qu'ils se sont contentés de paraphraser le Traité de Fournier, lequel comme on le comprend, s'était bien gardé d'évoquer l'œuvre d'un concurrent plus habile que lui.

C.-J.-F. Ballard vécut encore assez de temps pour assister à l'effondrement de ce qu'on avait à tort considéré depuis de longues années comme un monopole de sa famille : il mourut à Paris le

5 septembre 1765 *. Un billet d'invitation à ses funérailles se trouve dans les collections de la Bibliothèque nationale 2 ; il porte que l'imprimeur du roi pour la musique est décédé dans sa maison de la rue des Noyers et que l'inhumation aura lieu le

6 septembre, à sept heures du soir, dans l'église Saint-Benoît ; il est envoyé de la part de son fils et de sa femme. Cette dernière, née Marie- Anne-Geneviève Paulus-Du-Mesnil, était fille de l'imprimeur Gilles Paulus-Du-Mesnil ; elle continua tant bien que mal l'entreprise de son mari, avec l'assistance de son fils, qui suit, et mourut dans les dernières années du dix-huitième siècle.

Ballard (Pierre-Robert-Christophe). Imprimeur-libraire (1779- 1812). — Imprimeur ordinaire du Roi pour la musique (1765- 1789).

Rue des Noyers (1765-1788); rue des Mathurins (1788-1797);

rue Jean-Jacques Rousseau (1798-1812).

Dernier des Ballard dont j'aie à m'occuper, il est curieux de constater qu'il porte les trois prénoms principaux de ses aïeux. Aussitôt après le décès de son père, il fut pourvu de la charge d'imprimeur du roi pour la musique, par lettres de provision du 14 novembre 1765 3, confirmées par d'autres lettres de suran-

sous un bandeau :],De l'Imprimerie de Grange, rue de la Parcheminerie (In-4. 1 f. bl. 9 p. ch. et 1 n. ch. pour Errata. BN, Rés, F. 718, pièce 48.) — 3° Précis Pour le sieur Ballard, Seul Imprimeur du Roi pour la Musique, & Noteur de la Chapelle de Sa Majesté, Défendeur. Contre le Sieur Loiseau, Fondeur de Caractères, Demandeur. [A la fin :] De l'Imprimerie de Ballard, Seul Imprimeur du Roi pour la Musique, & Noteur de la Chapelle de Sa Majesté, rue des Noyers. 1764 (In-4, 6 p. ch. BN. Rés. F. 718, pièce 49). — 40 Réponses Du Sieur Loiseau, Graveur et Fondeur de Caractères d'Imprimerie. Aux Observations que le Sieur Ballard, Imprimeur, a ajouté au Précis qu'il a imprimé et distribué contre le Sieur Loiseau. [A la fin :] De l'Imprimerie de Grange, rue de la Parcheminerie. 1 765 (In-4. 4 P- BN, Rés. F. 718, pièce 5o).

(1) Lottin, II, p. 6. — (2) Ms. fr. 26660 (Pièces Originales, 176). — (3) A.N, Ol 109, f° 218 V° (Doc. n° 324.)

CALMA TYPOGRAPHICA QQ

nation du 20 janvier 1767 *, mais il n'exerça par lui-même qu'à dater de Tannée 1779. Reçu libraire le 29 mai 1767 2, il ne fut en effet autorisé à tenir imprimerie que par un arrêt du Conseil d'État du 6 septembre 1779 3 et encore avait-il été spécifié par le Conseil qu'il n'exercerait que concurremment avec sa mère, sa vie durant, « et qu'arrivant le décès de ladite veuve Ballard ou sa démission en faveur de son fils, ledit Ballard fils seul possédera la place de ladite veuve Ballard, sa mère, sans néanmoins être obligé de se faire recevoir de nouveau audit état d'imprimeur, à la charge par lui de subir actuellement les examens prescrits par les règlements. »

Cependant, dès 1777, il souscrivait en son propre nom les productions de l'imprimerie, ainsi qu'on peut s'en rendre compte notamment par un certain nombre de pièces 4 de Despréaux, pensionnaire du roi, sur lesquelles, de 1777 à 1780, il s'intitule : « seul Imprimeur de la Musique du Roi, des Menus Plaisirs de Sa Majesté, et de Monseigneur et Madame la Comtesse d'Artois. »

La Révolution vint à brève échéance enlever à cet imprimeur du roi ses prérogatives et dès lors il végéta pendant plusieurs années n'occupant plus guère ses presses qu'à des travaux de ville et à des affiches de théâtre. Il s'intitulait, en 1800, imprimeur du Théâtre de la République et des Arts et il avait, à cette époque, transféré ses ateliers dans la rue Jean-Jacques Rousseau. C'est là, qu'il était installé, lorsque le décret impérial du 5 février 18 10 réglementa sur de nouvelles bases le régime de l'imprimerie et de la librairie et réduisit momentanément à soixante le nombre des imprimeurs à Paris.

Noté par la police de l'empereur comme « un homme très estimable, ayant éprouvé des pertes par l'effet d'un vol, et ayant de bons sentiments5 », P.-R.-C. Ballard fut maintenu en possession de son état par l'arrêté du 27 janvier 181 1, mais l'année suivante, le 23 novembre 1812, il passait de vie à trépas6. Il était, au moment de son décès, le doyen des imprimeurs de Paris, et l'un de ses confrères, M. Everat, provoqua au mois de décembre suivant

(1) A.N, O1 112, p. 549 (Doc. no 325).— (2) Lottin, II, p 6. — (3) A.N, Vf> 1091 (Doc. n° 3 35). — (4) Berlingue, parodie d'Ernelingue, en 5 actes ; Romans, parodie de Roland, en 3 actes ; Momie, opéra burlesque, parodie d'Iphigénie, en 3 actes ; Prologue pour l'ouverture du Théâtre de Trianon ; Christophe et Pierre-Luc, parodie de Castor et Pollux, en 5 acies (Pièces in-8 BN, Rés. p. Y f. 43.) — (5) Arch. Nat., F18 420. — (6) Gazette de France du 25 novembre

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une souscription parmi les typographes de la capitale pour lui élever un monument 4.

De son mariage avec une fille du libraire Pierre-Nicolas Delormel, il avait eu un fils portant, comme songrand-père, les prénoms de Christophe-Jean-François, qui lui succéda, en vertu d'un décret du 3 mai 18132, reçut de Louis XVIII, le 6 août 1814, le titre d'imprimeur du roi3 et mourut le 16 octobre 18254. Il avait épousé Mmc veuve Vinchon, qui continua d'imprimer et décéda au mois de novembre 1829, laissant un fils de son premier mariage, Auguste- Jean-Baptiste Vinchon. Celui-ci, peintre célèbre et distingué, prix de Rome en 18145, s'occupa beaucoup plus de son art que de l'imprimerie trouvée dans l'héritage de sa mère. Il mourut aux bains d'Ems (duché de Nassau) le 16 août 1855 6, après avoir cédé aux frères de Mourgues son établissement, qui devint, en 1882, la propriété de la Société des Imprimeries Réunies.

Baudry (René) Imprimeur et libraire (1634-1678). Imprimeur du

Roi, puis Seul imprimeur du roi, choisi pour les impressions

des Aides de France et Droits y joints (1634-1678).

Tenant son imprimerie rue Quicquetone [alias Ticquetonne] par

privilège du Roi (1634- 1666) ; — sur le quay des Augustins, entre la

rue des Augustins et la rue Pavée (1 667-1668) ; — dans la ruelle de

Nevers, proche la rue Dauphine, derrière l'Image Saint-Pierre (1669-

Ainsi que cela résulte d'un arrêt du Conseil d'Etat du 21 mars 16617, le titre d'imprimeur du roi fut contesté à René Baudry, qui n'avait droit, a-t-on prétendu, « d'avoir imprimerie que pour servir les comédiens en l'impression de leurs affiches et que pour imprimer d'autres ouvrages approchants de cette manière, et qu'on appelle dominoterie... » La jalousie confraternelle était seule capable de susciter des chicanes aussi peu fondées, on va le voir.

Fils du libraire Guillaume Baudry 8, René était probablement compagnon ou apprenti formé chez l'imprimeur Nicolas Callemont,

(1) Crapelet, De la profess. d'impr., p. 41. — (2) P. Delalain, L'impr. et la libr. à Pans de 178g à 181 3 (Paris S. d., in-8), p. 7. — (3) Crapelet, loc. cit. — (4) Weckerlin, Hist.de l'impr. mus., p. i3. — (5) Bellier de la Chavignerie et Auvray, Dict. gén. des artistes de l'Ecole franc.. T. II (Paris, i885, In-8), p. 692.

— (6) Revue univ. des arts, T. I (Paris, 1 855, in-8), p. 475. — (7) Voy. Doc. ^177.

— (8) Lottin, II, p. 8.

GALLIA TYPOGRAPHICA IQI

lorsque celui-ci décéda en 163 1 ; trois ans après cet événement, Baudry épousait Agnès Dhuiques1, la veuve de son patron présumé, et obtenait du roi, par lettres patentes du 20 novembe 16342, la continuation du privilège qu'avait eu Callemont de demeurer en tel quartier de Paris que bon lui semblerait, d'y exercerl'imprimerie et d'orner sa boutique d'un tapis aux armes royales. Baudry conserva pendant de longues années l'installation de son prédécesseur dans la rue Tiquetonne, qui allait alors de la rue Saint-Denis à la rue Montmartre ; il y était encore, lorsqu'à l'avènement de Louis XIV,, il crut prudent de solliciter un nouveau privilège, qui lui fut accordé par lettres patentes du 22 octobre 1643 3. Bien lui en prit, car, quatre années s'étaient à peine écoulées, que les autres imprimeurs du roi, ou du moins ceux qui prétendaient l'être exclusivement, — Antoine Estienne, Sébastien Cramoisy, Pierre Rocolet, Pierre Le Petit et Jacques Langlois, — l'assignaient au Parlement de Paris pour usurpation de fonctions.

L'affaire était pendante depuis de nombreuses années devant cette juridiction, car le défendeur avait produit ses lettres de privilège et ses adversaires n'avaient pas « ozé faire juger ledit procez4 »; ils avaient trouvé plus expédient d'exercer contre lui et plusieurs autres de nouvelles poursuites devant le Conseil d'Etat 5. Quoique n'ayant pas obtenu contre Baudry l'injonction faite aux défendeurs, de produire dans la quinzaine les lettres en vertu desquelles il se disait imprimeur du roi et en remplissait les fonctions, les demandeurs, notamment Antoine Estienne, lui avaient fait signifier, le 8 avril 1661 G, un commandement d'avoir à remettre ses pièces, des défenses d'exécuter les impressions relatives au service du roi et assignation au Châtelet de Paris en paiement de six cents livres de dommages-intérêts. Fatigué de toutes ces vexations, Baudry prit résolument le parti d'en appeler au roi 7 ou à son conseil. Je ne connais pas, à mon grand regret, le résultat de cette nouvelle procédure, ne l'ayant pas découverte dans le fonds du Conseil d'Etat, mais il est permis d'affirmer qu'elle fut favorable à René Baudry ou qu'elle se termina par une heureuse transaction, puisque cet imprimeur continua ses fonctions et qu'on le retrouve en 1674,

d) A. N., XIA 8G53, f- 16 V° (Doc. n° 117).- (2) Ibid. — (3) Voy. Doc. n* 02. — (4) A. N., V« 425 (Doc. n* 179). — (5) Voy. Doc. n° 177. — (6) Voy. Doc. n» 179. — (7) Ibid.

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« seul imprimeur du Roy, choisi pour les Impressions des Aydes de France et des droits y joints j. » En 1678 même, il s'intitule sans ambage imprimeur ordinaire du roi, sur l'opuscule suivant, que je choisis entre plusieurs autres où il se qualifie également imprimeur de l'Académie Royale de musique :

Psyché, tragédie. Représentée par l'Académie Royale de Musique. [Marque décrite plus bas] On la vend A Paris, A l'entrée de la Porte de l'Académie Royale de Musique, au Palais Royal rue Saint-Honoré. Imprimé aux despens de ladite Académie. Par René Baudry Imprimeur ordinaire du Roy, & de ladite Académie. M.DC.LXXVIII. Par Privilège du Roy. (I11-4. 5 f. 1. 59 p. ch. BN, Yf. 745.) L'oeuvre de Baudry, comme imprimeur du roi, est assez considérable : de 1638 à 1674, on rencontre, dans les portefeuilles de la Bibliothèque Nationale, de nombreux édits ou actes du souverain et des arrêts du Conseil d'Etat2, tous marqués aux armes royales et portant la souscription de cet imprimeur, dont les adresses successives ont été indiquées ci-dessus.

Comme imprimeur privé, ses productions durent être également abondantes, mais comme elles consistaient principalement en ce qu'en terme d'imprimerie on appelle des bilboquets, la plus grande partie n'est point arrivée jusqu'à nous.

Lottin, ni La Caille n'ont su déterminer l'époque à laquelle Baudry commença à imprimer ; ils n'ont pas davantage indiqué quand il cessa ses travaux, tous deux se bornant à donner l'unique date de 1641. On a vu plus haut que cet imprimeur exerçait encore en 1678; ce fut sans doute la dernière année de son existence, car il n'est pas visé dans le procès-verbal de la visite des imprimeries de Paris, faite le 10 mars 1679, Par ^es Syndic et Adjoints de la Communauté 3.

Je ne connais pas la marque de cet imprimeur, si tant est qu'il en ait eu une, ce qui n'est pas probable ; sa marque spéciale comme

(1) Edit du Roy portant règlement pour le nouveau Droit qui sera levé suites Papier & Parchemin timbrez. Donné à Versailles au mois d'Aoust 1674. Et Registre en la Cour des Aydes le 3i des dits mois & an. [Marque décrite plus loin ] A Paris, Par René Baudry, seul imprimeur du Roy, choisy pour les Impressions des Aydes de France & Droits y joints. M. DC. LXXÏV (In-4, 7 p. ch. B. N., F. 236i3. pièces 607 et 608.) — (2) Voy. notamment : F. 236io, pièces 617, 741 ; F, 236 1 1, pièces 54. 100, 622, 868 ; F. 236i2, pièces 1 34, 388, 756, 757, 770, 990; F. 46988, pièce 6; F. 47004, pièce 1 1 ; F. 47056, pièce 4, etc. — (3) B. N., Ms. fr. 21 741, f" 9-14.

GALLIA TYPOORAPH1CA 103

imprimeur du roi présente un écu renfermant les armes de France et de Navarre, surmonté d'une couronne royale, entouré des colliers des ordres et soutenu par deux petits anges ailés ; au-dessus, à droite et à gauche, la lettre L couronnée et accostée de deux palmes ; en bas, les lettres R. B., initiales du typographe.

Boudet (Antoine-Chrétien). Imprimeur et libraire (1742-1779)

Imprimeur ordinaire du Roi (1750- 1785).

Rue Saint-Jacques, à la Fontaine d'or (1742-175 1) ; même rue, à la Bible d'or (1752- 1779).

Né à Paris vers 1716 et fils d'Antoine *, libraire à Londres, puis à Lyon, et de Jeanne Joban, Boudet avait perdu son père depuis dix ans, lorsqu'il commença son apprentissage chez Jean-Baptiste III Coignard, suivant acte du 13. décembre 1729, passé devant Doyen et Fromont notaires au Châtelet de Paris2. Par suite du convoi de sa mère avec J.-B. Coignard, le jeune apprenti trouva dans son maître un second père, aussi tendre qu'affectueux, et qui veilla s*ur l'éducation de l'orphelin avec une attention digne de tous les éloges.

Aussitôt son temps d'apprentissage terminé, Boudet s'établit libraire à Paris, — le 16 février 1734, d'après Lottin, — puis, ayant obtenu que Simon Langlois se démît en sa faveur de son imprimerie, par acte du 5 octobre 1742 3, il présenta requête à la Chancellerie à l'effet d'être admis à lui succéder, ce qui lui fut accordé par arrêt du Conseil du 17 décembre suivant4. Enfin, en 1750, Jean-Baptiste III Coignard se désistait de sa charge d'imprimeur du roi et Boudet en était pourvu par lettres de provision du 19 octobre de la même année 5. Après avoir exercé sa profession pendant trente-six ans, Boudet céda son matériel à Jean- Charles Desaint, qui fut admis à le remplacer par arrêt du Conseil du 22 mars 1779 (i; en 1785 seulement il démissionna de sa charge d'imprimeur du roi en faveur de Jacques-Gabriel Clousier, qui en fut pourvu par lettres de provision du 11 septembre7.

Une note de police8, qui concerne cet imprimeur, nous apprend « qu'il était d'une moyenne taille d'une et physionomie spirituelle » ;

(1) Voy. sur ce libraire mes Notes Add. sur les impr. de l'Acad. franc., t. à p.. p. 9-10 & Bibliographe Moderne, a. 1908. p. 275-276. — (2) B. N., Ms. fr. 2i838, f°2(0 V (Doc. iT'287). — (3) A. N., V6 o,3b (Doc. n° 299).- (4) Voy Doc. n° 3oi. — (5) Voy. Doc. n° 314. — 6) A.N, V« io8q. — (7) Voy. Doc. n° 341. — (81 B.N, Ms. fr. 22106, f° 241 .

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elle ajoute qu'il était associé avec Jean-Baptiste III Coignard, dont il avait acheté une partie du fonds le 10 septembre 1749. C'était, dit-elle aussi, « un petit finot qui entend bien sa partie et qui est un peu suspect ; il avoit inventé les Petites' Affiches, qui lui rapportaient beaucoup, mais que le chevalier de Meslé lui a enlevé par le crédit de Madame de Pompadour. Depuis ce temps, il a inventé le Journal économique. Le icr juin 1750, Laguette * m'a dit qu'il (Boudet) avait fait entrer à Paris, par le moyen du sieur Le Roux, secrétaire d'un conseiller d'Etat qui a une maison à Villeneuve-Saint-Georges, vingt exemplaires de l'Histoire de NapJes. »

Il y a plus d'un siècle qu'il a été démontré que Boudet n'est en aucune façon l'inventeur des Petites ^Affiches, l'erreur persiste cependant et il y a peu de temps, P. Delalain rééditait encore cette fable, d'après Née de la Rochelle 2, dont les travaux sont d'ailleurs en général bien sujets à caution. Dans son Histoire de la presse en France*, ouvrage des plus recommandables, Hatin a fort exactement mis les choses au point et je ne puis mieux faire que de le citer textuellement à ce sujet : « On attribua longtemps, écrit-il, l'invention des Petites Affiches à un imprimeur du nom de Boudet, qui, en effet, obtint en 1746, un privilège pour la publication d'une feuille de cette nature. Barbier releva, soi-disant le premier, la fausseté de cette attribution, dans son Dictionnaire des Anonymes (V° Affiches) et dans son Examen critique des Dictionnaires historiques (V° Boudet), en s'appuyant sur un passage du Journal des Savants, où il est dit, à la date du mois d'août 17 16, que le sieur Thiboust, libraire-imprimeur, vend chaque semaine une brochure in-douze qui contient les Affiches de Paris, des provinces et des pays étrangers, lequel recueil avait pour auteur, d'après le P. Baizé (Cat. manuscr. de la doctr. chrét., t. XIX, f° 211), Jean du Gone ou du Gono, de Gannat en Auvergne, « homme de mérite, mais abondant en desseins singuliers ». Il y avait plus de cinquante ans que l'abbé Claustre, en mentionnant l'essai de du Gone dans la table du Journal des Savants, avait protesté contre les prétentions de Boudet et de ceux qui lui succédèrent. Ce n'est d'ailleurs pas plus à du Gone qu'à Boudet qu'est due l'invention des Petites Affiches... » Hatin démon-

(1) François Delaguette, imprimeur-libraire à Paris, contre lequel un arrêt du Conseil d'Etat du 14 octobre 1750 prononça la confiscation d'une balle de livres, la plupart prohibés, qu'il avait introduit dans la capitale sous le couvert du Lieutenant général de police ! — (2) Les Libr. et impr. de l'Acad. franc., p. 78, note 3. — (3) Tome II (Paris, 1 85g. In-8), p. 52.

tre ensuite de la manière la plus évidente que ce genre de publication avait eu pour père Théophraste Renaudot, l'immortel fondateur du Journal en France, et pour "premier berceau son célèbre Bureau d'adresse.

L'historien de la presse française est parfaitement d'accord sur ce point avec les énonciations d'une note, qu'il n'a pas relevée, mais qui avait été insérée, en 1762 i dans les Affiches elles-mêmes. On y lit en effet le passage suivant : « Les Affiches renouvelées en 1744 par le sieur Boudet, imprimeur, et réunies à la Gazette en 175 1, ont une époque bien plus ancienne. Théophraste Renaudot, inventeur de la Gazette de France en 1635 ou 1636 "2 et de tous les Bureaux d'adresse, l'est aussi des Affiches, Annonces et Avis y qu'il désignait tantôt sous ce nom, tantôt sous celui de Journal général de France; nous sommes en état de prouver le fait et, s'il étoit besoin, juridiquement. »

Si, comme on vient de le voir, Boudet n'a pas été le créateur des Petites Affiches, il a du moins eu le mérite d'en rénover la forme et de donner au public une feuille nouvelle, pleine d'intérêt et abondante en renseignements de toute nature : ventes de meubles et d'immeubles, cessions de charges, bibliographie, objets perdus, spectacles, actes officiels, cours et examens en Sorbonne, funérailles, etc. Il en commença la publication le 3 janvier 1746, sous le titre de : Les Affiches de Paris, et, jusqu'au 3 mai 175 1 3, la fit paraître deux fois par semaine, les jeudis et samedis. Le prix de l'abonnement était de 24 livres. Le format adopté était singulier, mais commode : c'était un in-octavo oblong ayant absolument l'aspect d'une colonne de l'un de nos journaux modernes, avec les rubriques placées en manchettes.

Cette publication n'avait pas tardé à devenir une excellente affaire, — on en connaîtra bientôt les bénéfices, — aussi excita-telle les plus hautes convoitises. Le Bas de Courmont, fermier général, étant devenu, dit Eugène Hatin 4, avec un chevalier de Meslé ou Meslay, propriétaire de la Galette de France, qu'il avait achetée de l'abbé Aunillon, revendiqua les Affiches comme une émanation de son privilège, et Boudet, qui ne les publiait qu'en vertu d'une permission tacite, fut contraint de les céder. Cela est confirmé pour

(1) P. 167. — (2) Ces dates sont inexactes ; il faut lire : i63i. — (3) La Bibi. Nat. en possède les années 1746 a 1750 inclus. (V. 1 r 5 1 5- 1 j52o). — (4} Hist. de la presse en France, t. II, p. 14.

IOÔ GEORGES LEPREUX

le fond sinon pour les détails, par une note que l'auteur de YHistoiredela Presse a déjà reproduite sans en indiquer bien exactement la source et que je n'ai pas pu retrouver ; elle offre assez d'intérêt pour que je la réédite et la voici :

« Dès 1702, et peut-être avant, on voit que le plan des Petites Affiches était en activité, et qu'il avait été abandonné depuis. Vers 1747 à Ï750? deux particuliers se sont donnés comme auteurs de ces annonces. Le Sieur Antoine Boudet, libraire-imprimeur de Paris, les avait reproduites dans le public sous un format nouveau, et elles prenaient faveur en raison de leur utilité. Le chevalier de Meslé prétendait en avoir conçu le projet, et l'avoir présenté au ministre de Paris, dans les bureaux duquel l'affaire avait langui pendant quelques années. Le chevalier de Meslé avait servi et fait les campagnes de Bohême, sous le maréchal de Belle-Isle. Ce militaire, homme d'esprit, parlant bien, noble et généreux dans ses procédés, bon officier, prétendait à des récompenses et à des dédommagements du sacrifice de sa fortune. Le privilège qu'il demandait était un moyen de le satisfaire sans qu'il en coûtât à l'Etat, et il fondait avec raison les espérances de son bien-être et celui de sa famille sur l'exécution de son projet. Les affiches entre les mains de Boudet réveillèrent ses sollicitations auprès des ministres; il démontra qu'il n'aurait pas dû être prévenu, et obtint enfin un privilège général aussi étendu que celui accordé dans le siècle dernier à Renaudot... A l'égard d'Antoine Boudet, qui avait succombé dans sa courte possession sous le crédit des amis du chevalier de Meslé, il s'en consola, ayant un fonds de philosophie et de courage, et s'occupa d'autres entreprises. Il avait de la littérature ; mais il était singulier dans sa mise, dans sa manière de vivre, dans ses goûts, et bizarre très souvent par l'austérité de ses mœurs. Ce n'est pas tout : il était dévot à la manière des Espagnols chez lesquels il avait fait quelques voyages, et homme de parti. Sans avoir eu de démêlés avec les Jésuites, il était devenu l'ennemi de ce savant corps, et, dès les approches de leur destruction, il fut le correspondant le plus zélé de ceux qui les attaquèrent en France, en Espagne et en Portugal ; il publia tous les libelles contre eux, quoique son commerce ne dut pas l'assujettir à un tel ordre de petits ouvrages. Il est parvenu à un âge avancé, après s'être marié, à plus de soixante ans, avec une jeune personne fort aimable : dernière singularité, qui frappe sa famille et tous ceux dont il etoit connu, sans les surprendre. »

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La confirmation du mariage, quelque peu tardif, dont il vient d'être question, apparaîtra plus loin ; pour l'instant, après avoir consigné les souvenirs d'un contemporain, je vais donner la parole à Boudet en personne, qui nous dira quelle excellente affaire avait été pour lui la publication de ses Affiches de Paris et qui nous renseignera ensuite sur ses autres entreprises les plus considérables. Cela me permettra d'apporter par surcroît quelques précisions sur des points bibliographiques peu connus.

Dans une lettre qu'il écrivait, le 10 février 1763, de Cadix * où il résidait alors momentanément et dans laquelle il donnait à M. de Bombarde, des indications fort curieuses sur le commerce de la librairie en Espagne et en Portugal, A.-C. Boudet, après avoir incidemment parlé des grandes et belles publications des Cramoisy, des Léonard, des Coignard et autres, s'exprime ainsi au sujet de ses affaires personnelles : « Je me citerai moi-même. Je n'imaginai la petite feuille périodique des Affiches de Paris, que dans l'intention et l'espérance qu'apuyé par le proffit que me donneroit son succès, je pourrois m'hazarder à des affaires importantes en librairie. En effet, comme je donnai l'être à cette feuille, elle me le donna; dans les six années qui suivirent sa naissance, elle m'enrichit de cent mille livres et m'enhardit à me charger de grandes entreprises. La première, la collection des Œuvres de Bossuet2; personne k Paris n'ayant ozé la faire, les Vénitiens l'entreprenoient; j'annonçai la mienne, l'exécutai rapidement et eus la satisfaction de faire tomber des Vénitiens celle qu'ils avoient commencé par six volumes in-40 qu'ils avoient déjà distribués et ils ne les continuèrent plus3. La mienne enfanta successivement vingt volumes in-4

(1) Lettre autographe, dans le ms. fr. 22i3o, pièce 44 (B. N.). — (2) Œuvres de Messire Jacques-Bénigne Bossuet, évoque de Meaux, Conseiller du Roi en ses Conseils, & Ordinaire en son Conseil d'Etat, Précepteur de Monseigneur le Dauphin, &c. Tome... [Armoiries de Bossuet] A Paris. Chez Le Mercier, rue Saint-Jacques, au Livre d'Or. Veuve Alix, Cloître Saint-Benoit. Barois fils, Quay des Augustins, à la Ville de Nevers. Boudet, rue Saint- Jacques. M. DCCXLIII-M.DCCXLVil (i5 vol. in-4; I2 v°!- in-fol0. B.N, D. 11474; et D- 910)- Reimpr. sous le môme titre : A Paris, chez Jean-Baptiste Coignard, Imprimeur du Roi. Antoine Boudet, Libraire - Imprimeur . M.DCC.XLVI1-M.DCC.XLIX (In-4. LaBN, n'en possède que le T. II, D. 5776.) — (3) L'édition de Venise, exécutée par Jean-Baptiste Albrizzi, eut non pas 6, mais 10 volumes; elle porte à la souscription le mot : Argentina (San Marco), qui a dérouté tous les bibliographes et les a induits à imaginer une édition de Strasbourg, d'ailleurs inexistante. Cons. à ce sujet : Revue Bossuet, ib juin 1907, p. 55-67.

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et in-fol0. Ma deuxième entreprise fut le grand atlas de M. Robert *. L'Angleterre l'a tellement honoré de son suffrage, qu'elle seule en a consommé plus de cinq cents exemplaires. La troisième a été le Moreri, en Espagnol, 10 volumes in-fol°; par l'importance et l'aventurement des fonds qu'elle a exigés, elle a causé de l'étonnement en Espagne. La quatrième enfin a été l'édition qu'a soignée le P. Griffet, de la grande Histoire de France du P. Daniel 2, en 17 volumes in-40. On croiroit que chacune de ces entreprises seroit capable séparément d'opérer une fortune, mais l'on se tromperoit, car je dirai, d'après la sincérité qui m'a fait parler jusqu'ici, que mon profit sur ces quatre entreprises, qui m'occupent depuis vingt ans, n'a point égalé le bénéfice que j'ai fait en six sur ma seule feuille d'Affiches3... »

Il est facile de concevoir à la lecture de ces lignes, tout le chagrin qu'avait dû causer à Boudet le retrait de la permission en vertu de laquelle il éditait une petite feuille aussi productive ; plus de dix années écoulées n'en avaient pas effacé le souvenir, malgré toute la philosophie qu'on lui prête. Une pareille mésaventure faillit lui arriver au sujet de la publication de l'Atlas de Robert de Vaugondy, qu'il tira à plusieurs milliers d'exemplaire, puisque, en dehors des 500, dont il avait trouvé le placement en Angleterre, deux listes de souscripteurs, publiées à la suite des cartes, accusent un nouveau chiffre de 1200 autres exemplaires. A peine, en effet, avait-il lancé le prospectus de cette belle publication, que Philippe Buache, premier géographe du roi et membre de l'Académie des Sciences, intriguait, heureusement en vain, pour faire arrêter à son profit l'entreprise de Boudet, sous le prétexte qu'il y- allait de l'intérêt des géographes et du public, à qui l'on voulait donner un ouvrage prétendument imparfait 4. Cet atlas fait cependant le plus grand honneur au libraire qui l'a édité et, avec les éditions des œuvres de Bossuet, il suffirait à rendre son nom impérissable.

En 1772, Boudet offrit au public le premier volume d'une nouvelle édition des Œuvres complètes de l'illustre évêque de Meaux5,

(1) Atlas universel, ou Recueil de cartes géographiques dressées sur les observations les plus exactes, par MM. Robert de Vaugondy. 1757, gr. in-f°. Composé de 108 cartes, y compris cinq cartes des routes de poste. — (2) Cf. C. Sommervogel, Biblioth. de la Compagnie de Jésus, T. III, Col, 1817. —(3) Lettre à M. de Bombarde, f 267-268. — (4) Cf. à la B.N, Ms. fr. 22i36, pièces 28, 29 et 3o. — (5) Œuvres de Messire Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, Conseiller du Roi en ses Conseils, & Ordinaire en son Conseil d'Etat,

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édition que M. l'Abbé Bourseaud qualifie de bénédictine1 et qu'il déclare, en se fondant sur je ne sais quels documents, avoir été faite aux frais du gouvernement ou du clergé de France. Il semble bien cependant que c'est sur l'initiative et aux dépens de Boudet que cette édition sortit de la presse 2. Il avait en effet chargé du travail de révision l'abbé Lequeux, moyennant une pension annuelle et viagère de 500 livres, mais cet ecclésiastique étant décédé après avoir mis au point le cinquième volume, l'imprimeur s'était adressé pour continuer le travail à Dom Deforis, Bénédictin des Blancs- Manteaux, à Paris, auquel il avait assuré, par traité du 24 décembre 1768, une pension viagère et annuelle de mille livres. Le religieux touchait bien la pension, affirme Boudet dans son Mémoire, mais ne fournissait point de travail, si bien qu'au bout de quelques années, ne pouvant tenir ses engagements, le libraire se vit actionner par plusieurs souscripteurs et dut soutenir un procès dont j'ignore l'issue. Il semble cependant que les choses se soient arrangées, en adjoignant à Dom Deforis, divers collaborateurs du même monastère, tels que Dom Clémencet et Dom Tassin ; l'ouvrage reprit son cours et ne fut arrêté que par les événements contraires : la retraite de Boudet, puis sa mort, et enfin le grand bouleversement de la fin du xvme siècle3.

D'après Lottin 4, Boudet mourut à Essonne le 5 juillet 1787 : la date est exacte, mais le lieu du décès ne paraît pas l'être, bien que les Affiches de Paris (année 1787, p. 1935) indiquent que les funérailles eurent lieu en l'église d'Essonne. En effet, au jour que je viens d'indiquer comparaissait devant Me Jean-Marcellin Serreau, commissaire au Châtelet de Paris 5, Gabriel-Hugues Frapier de

Précepteur de Monseigneur le Dauphin, &c. Nouvelle édition, Revue sur les Manuscrits originaux & les Editions les plus correctes ; enrichie d'un grand nombre d'Ouvrages de l'illustre Auteur non encore imprimés. Tome premier [Armoiries de Bossuet] A Paris, chez Antoine Boudet, Imprimeur du Roi, rue Saint-Jacques. MDCCLXXII. (In-4. 19 vol. BN, D. 1 1473).

(1) Histoire et description des manuscrits et des éditions originales des ouvrages de Bossuet... Par H. M. Bourseaud... Nouvelle Edition (Paris, 1898, In-8). Introduction, pp. XXVII-XXIX.— (2) Mémoire et consultation Pour le sieur Boudet, Libraire, Imprimeur du Roi, Propriétaire du Privilège pour l'impression des Œuvres de M. Bossuet ; Contre Dom Deforis, Religieux Bénédictin du Monastère des Blancs-Manteaux, Editeur, Et contre les Sieurs Emsley & Nicoll, Libraires de Sa Majesté Britannique, Souscripteurs. — De 1 Imprimerie d'Ant. Boudet, Imprimeur du Roi. (S. d. [1778]. In-4. I0 P- cn- BN, 4° Fm 3774.)

— (3) Cf. sur la contestation ci-dessus : Revue Bossuet, juin 1905, p. 73 et suiv.

— (4) Tome II, p. 14. — (5) Cf. le Procès-verbal de ce commissaire aux Arch. Nat , Y. 15400.

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Villière, avocat au Parlement, lequel agissant comme mandataire de Madeleine Rabut, épouse d'Antoine-Chrétien Boudet, déclarait que ce dernier venait de décéder à Corbeil, dans sa maison de campagne et requérait l'apposition des scellés pour la conservation des droits résultant pour ladite dame de son contrat de mariage avec le défunt, passé devant notaires royaux à Messimy, dans la principauté de Dombes, le 6 juillet 1775. Le commissaire Serreau apposa les scellés tant dans la maison de campagne de Corbeil, que dans l'appartement que Boudet occupait à Paris, rue des Bernardins, au premier étage d'une maison attenant au cloître de ces religieux et aussi dans un magasin de livres qu'il possédait encore dans la rue Saint-Jacques. Les scellés furent levés quelques jours après, avec l'autorisation de divers opposants, parmi lesquels avait figuré : « Charles-Jean-Baptiste Bioche-Delisle, écuyer, conseiller du Roi en son Châtelet de Paris, tant en son nom personnel que comme héritier pour moitié sous bénéfice d'inventaire d'Elisabeth Boudet, son ayeule maternelle f, décédée veuve du sieur Pierre-Gilles Leinercier », au sujet duquel on peut consulter la remarquable généalogie de la famille Bioche, dressée par M. Paul Delalain 2.

L'imprimeur-libraire, dont je viens d'esquisser la biographie, ne me semble pas avoir jamais fait usage d'une marque quelconque ; personne n'en a signalé et personnellement je n'en ai pas rencontré.

Boudot (Jean I) Libraire (1 683-1706). Imprimeur ordinaire du

Roi (1701-1706).

Rue Saint-Jacques, à la Fontaine d'Or (1686-1691); même rue, au Soleil d'Or, près delà Fontaine Saint Séverin ; via Jacobœa ad Solem aureum (1691-1706).

Né à Feurs-en-Forez (Loire) vers 1651 3, fils d'Antoine, marchand dans cette ville, et de Bonne Marillon4, Jean Boudot entra en apprentissage chez Louis Billaine, imprimeur-libraire à Paris, suivant brevet passé devant notaires au Châtelet, transcrit sur les registres de la Communauté le 24 décembre 1677 5 ; il servit ensuite pendant neuf ans, en qualité de compagnon, chez Antoine Bertier, imprimeur à Paris 6, son oncle, et pendant deux autres

(1) Voy. ci-après la notice de Jean-Baptiste III Coignard. — (2) Les libr. et impr. de l'Acad. franc., in fine. — (3) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 60. — (4) B.N, Ms. fr. 2i838, f" 85. — (5) Ibid. — (6) Précédemment imprimeur à Lyon.

années chez son premier maître *, quoi qu'il eut été reçu libraire le 9 Septembre 1683 2. Il est vrai qu'à cette époque, il n'exerçait le commerce des livres qu in partibus, étant associé avec la veuve d'Edme II Martin 3, dont il avait épousé la fille, Marie-Thérèse. En 1686, il s'était séparé de sa belle-mère et avait ouvert un nouvel établissement, dans la rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Fontaine d'or, qu'il ne faut pas confondre avec la Fontaine des Morel ; puis, en 1691 \ il avait repris la boutique de la veuve Martin, qu'il ne cessa d'occuper jusqu'à son décès.

Jean Boudot n'eut pas d'établissement typographique et cependant, sans doute en souvenir des services rendus par son beaupère et par Edme I Martin à l'Imprimerie royale du Louvre, il fut nommé imprimeur du roi, par lettres de provision du 9 mars 1701 5, en remplacement de Jacques II Langlois, et à peu près à la même époque, l'Académie royale des Sciences lui conféra également le titre de son imprimeur. Boudot ne conserva ces charges que peu de temps, car il décéda le 27 décembre 1706 6. Du 10 juillet 1704 au 22 juillet qui précéda sa mort il avait été adjoint au Syndic de la Communauté7.

Sa veuve continua le commerce de la librairie, qui se trouvait encore en pleine activité en 1728: elle faisait saisir à ce moment sur Claude Guerrier, libraire à Lyon, trente-deux exemplaires du Dictionarium latino-gallicum, dont il est question plus bas, que ce libraire avait contrefait à son préjudice 8. En 1739, elle exerçait toujours et poursuivait alors, pour un semblable délit9, Jean-Denis

(1) B.N., Ms. fr. n. a. 400, f° 60. — (2) Rjeçu dans la Communauté, en vertu d'un arrêt du Conseil d'Etat du 3o août i683, sur la présentation de Denis Béchet, il donna 100 livres pour les affaires de la Communauté (B.N., Ms. fr. 2i856, f° 58). — (3) De Liturgia Gallicana, libri très ..Opéra et studio Domni Johannis Mabillon, Presbyteri & monachi Ord. S Benedicti è Congregatione S. Mauri. — Luteciœ Parisiorum, Apud Viduam Edmundi Martin et Johannem Boudot, in via Jacobea, ad Solem Aureum. Anno MDCLXXXV. (In-4. B.N., B. 1696). —(4) La Morale de Salomon, contenant ses Proverbes, l'Ecclesiaste, et la Sagesse. Paraphrasez en François Par Madame Marie-Eleonor de Rohan, Abbesse de Malnouë. — A Paris, chez Jean Boudot, rue S. Jacques, à la Fontaine d'or. M.DC.LXXXXI. (In- 12. B.N., A. 68g5). - Défense de l'antiquité des tems, où l'on soutient la tradition des Pères et des Eglises, contre celle du Talmud; Et où l'on fait voir la corruption de l'Hébreu des Juifs. Par le P. Dom Paul Pezron, Religieux de l'Abbaye de Prières, de l'étroite Observance de l'Ordre de Cisteaux, & Docteur en Théologie de la Faculté de Paris. — A Paris, chés Jean Boudot, rue Saint-Jacques, au Soleil d'or. M. DCXCI (In-4. BN> A- 3524). — (5) Voy. Doc. No 245. — (6) Lottin, II, p. i5. — (7) Lottin, I, p. 164 et 167. — (8) Arrêt du Conseil d'Etat privé du 23 janvier 1728 (A. N,, V6 882). — (9) Arrêt du Conseil d'Etat privé du 19 juin 1739 (A. N., V° 922).

Jutet, imprimeur libraire aussi à Lyon : elle avait fait saisir chez lui différentes feuilles de cet ouvrage qu'il était en train d'imprimer et l'avait fait condamner à lui payer les cinq cents livres d'amende prévues par son privilège1. Enfin, en 1744, le 17 février, elle avait passé de vie à trépas 2.

Jean I Boudot a été l'un des libraires les plus savants de son temps; il avait, d'après une lettre insérée dans V Année littéraire3 composé plusieurs ouvrages de piété et de morale, mais je n'ai rencontré comme étant certainement de lui que la traduction d'une œuvre ascétique bien connue :

Le Combat spiritvel Composé en Espagnol Par Dom Jean de Castagniza, Religieux de l'Ordre de S.-Benoist, et tradvit en françois Sur l'Original Manuscrit... A Paris. Chez Antoine Bertier, Libraire ordinaire de la Reyne, rue S. Jacques, à la Fortune. M.DC.LXXV. (In-12. BN,D. 17861).

Le privilège est donné, à Antoine Bertier, par lettres royales du 25 octobre 1674, dans lesquelles il est énoncé que le livre a été traduit par Jean Boudot, « avec grand soin et exactitude ». Latiniste tout-à-fait remarquable, ce libraire est également Fauteur d'un dictionnaire latin-français, dont l'original, en quatorze volumes in 4, resté manuscrit, est peut-être aujourd'hui perdu, mais dont il avait fait un abrégé, qui fut longtemps classique et ne compta guère moins de trente éditions successives. Ce lexique avait paru pour la première fois, en 1704, sous le titre suivant :

Dictionarium latino-gallicum ex omnibus latinitatis autoribus summa diligentia collectum : cum variis multarum, quas vulgô Synonymas videntur, latinarum vocum differentiis. — Parisiis, Apud Joannem Boudot, Régis et Regiae Scientiarum Academiae Typographum, via Jacobaeâ, ad Solem aureum. MDCCIV. Cum privilegio régis. (In-8. 8 f. lim., 1399 p. Au V° du 7e f. : Priv. du Roy donné à Versailles le 4 février 1703. Au R° du 8e f. : Achevé d'imprimer pour la première fois le 27 septembre 1703. B.N, X. 9097).

Il ne faut pas confondre ce dictionnaire avec celui de Trévoux quej. Boudot a également édité, ou plutôt, qu'il avait couvert

(1) Arrêt du Conseil d'Etat privé du 14 septembre 1739 (A.N, V6 923). [2) Lottin, II, p. i5.— (3) Année 1754, t. III, p. 1 1 6-1 18.

de son pavillon, après avoir obtenu, le Ier mai 1702, un privilège à cet effet, au moyen d'un subterfuge et contrairement aux règlements de l'époque, qui interdisaient tous privilèges en faveur des ouvrages imprimés à l'étranger. Il avait d'ailleurs agi de même pour une édition du Nouveau Testament en Français, aussi imprimée à Trévoux, et ces deux publications lui avaient attiré des poursuites de la Chambre Syndicale, dont les détails sont consignés dans une pièce imprimée sous le titre que je reproduis en son entier et qui est suffisamment explicite pour me dispenser de m'étendre plus longuement à ce sujet:

« Arrest du conseil d'état du roy. Du 22 Janvier 1703 Qui ordonne que les Lettres de Privilège des 18 Mars. & I May 1702 surprises par Jean Boudot Libraire à Paris, seront rapportées pour estre cancellées ; avec défences audit Boudot, & à tous Imprimeurs, Libraires & autres, de quelques qualité et condition qu'ils soient, de s'en servir & de faire imprimer hors le Royaume aucuns ouvrages sous prétexte de pareils Privilèges, mesme de joindre les Privilèges à aucuns livres d'impression Etrangère, à peine de nullité des Privilèges obtenus ou à obtenir. Extrait des registres du conseil d'état. (A la fin :) A Paris, De l'Imprimerie de Jean- Baptiste Coignard, Imprimeur ordinaire du Roy, et de l'Académie Françoise. M.DCCIII. (In 4 3 p.ch.BN, Ms. fr. 22071, pièce 204).

Jean Boudot laissa deux fils, comme lui forts instruits : l'un, qui suit, fut imprimeur du roi; l'autre, Pierre-Jean, né en 1689, mort le 6 septembre 1771, était entré dans les ordres ; il fut attaché à la Bibliothèque du Roi, où il a rédigé en grande partie les six volumes du Catalogue in-folio (1739-175 3), et collabora avec le président Hénault, son ami, à Y Abrégé Chronologique, si universellement apprécié. Il eut également deux filles : i°, Edmée- Jeanne-Françoise, qui épousa, le 16 novembre 1714, Laurent Rondet, imprimeur-libraire à Paris l ; 2°, Marie-Marguerite, qui, le 23 janvier 1723, devint la femme de Claude Labottière 2, libraire à Paris, fils d'un imprimeur de Bordeaux. Devenues veuves toutes les deux (1726 et 1728), elles s'associèrent pour la gestion de l'établissement qu'avait dirigé leur mère jusqu'à son décès. Elles publièrent notamment, en 1745, la dixième édition du Dictionnaire latin-français de leur père dont la souscription est

(1) Vte de Grouchy, Documents, p. 430 (Le nom de Rondet a été lu par erreur Rendet). — (2) Ibid., p 431,

(j. Lépreux. Gallia Typographica. P. 1. 8

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ainsi libellée: E Bibliopolio Vidux Joan. 'Boudot, Parisiis, Apud Viduas Laurent. Rondet & Cl. Labottière, Via Jacobœâ, sub Sole Aureo, propeS. Yvonis aedem. (BN, X. 9103.)

Boudot (Jean II) Libraire (1706-1754), Imprimeur ordinaire du Roi (1707- 17 14).

Rue Saint Jacques, à l'enseigne de la Ville de Paris.

Fils du précédent et de Marie-Thérèse Martin, il naquit à Paris le 9 octobre 1 685 4 et fut reçu libraire le 29 décembre 1706 2, c'est à dire deux jours après la mort de son père. Il ouvrit un nouvel établissement dans la rue Saint Jacques, à l'enseigne de la Ville de Paris, où il succédait à Denis II Thierry, et laissa sa mère continuer l'exploitation de la plus grande partie du fonds paternel, dans la boutique du Soleil d'or. Pas plus que son père, il ne semble avoir jamais eu de matériel d'imprimerie et de même que lui, il fut cependant aussi nommé imprimeur du roi, par lettres de provision du 14 février 1707 3, et Imprimeur de l'Académie royale des sciences. Il ne conserva également ces charges que peu de temps, s'étant démis de la première en 17144, pour se consacrer plus entièrement tant à son commerce de librairie qu'à ses travaux bibliographiques. Au surplus, Jean II, comme Jean I Boudot, ne paraissent avoir été imprimeurs du roi qu'à titre purement honorifique, car, bien qu'ils eussent, par leurs lettres de provision, la faculté d'imprimer tous édits et autres actes de l'autorité souveraine, je n'ai pas rencontré un seul de ces documents portant la souscription de l'un ou de l'autre.

C'est surtout comme bibliographe que Jean II Boudot s'est fait connaître. Il avait acquis dans la connaissance des livres, dit Y Année littéraire 5, « des lumières si étendues qu'il a passé pour un des premiers hommes de son temps dans cette partie. Personne n'avait plus manié de livres, plus examiné de bibliothèques que lui. Il s'appliqua particulièrement à étudier l'ordre qu'on doit donner aux ouvrages de toutes les classes et contribua beaucoup à établir des règles fixes pour ce genre de compositions qu'on appelle Catalogues raisonnes, et à perfectionner la forme dans

(1) Année littéraire, loc. cit. — (2) Sa réception eut lieu sur la présentation d'André Cramoisy (B.N, Ms. fr. 2i856, fo 217 Vo). - (3) Voy. Doc. N° 255. - (4) Voy. Doc. N° 275. - (5) A. 1754, t. III, p. 1 16.

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laquelle on les voit aujourdhui. Sans entrer dans le détail des catalogues qu'il a fait imprimer, et qui se trouvent avec ceux du célèbre M. Martin1 dans les cabinets des curieux, je me contenterai de dire qu'il y en a plusieurs que Ton conserve avec soin dans des bibliothèques particulières, qu'il avoit accompagnés de notes, servant à la connoissance de chaque ouvrage et de ses différentes éditions. J'ajouterai qu'il a laissé un très grand nombre de remarques bibliographiques, et d'excellens matériaux pour une Bibliothèque choisie qu'il comptoit donner au public précédée d'un plan universel pour l'arrangement de toute bibliothèque. Cet ouvrage est fort avancé ; il est conservé avec les autres manuscrits par M. l'abbé Boudot, et par M. Boudot, son frère [lire son fils], qui a embrassé un état dont le défaut n'est pas le désintéressement ; il est Procureur. Mais il exerce cette profession avec autant de noblesse et de lumières que son père exerçoit celle de libraire, qu'il avoit quitté longtemps avant sa mort arrivée le 10 mars de cette année, à l'âge de 68 ans et 5 mois».

Je ne suis pas à même de formuler une opinion personnelle sur les travaux bibliographiques de cet imprimeur du roi, tout au moins sur ceux qui, restés manuscrits, dorment dans quelque recoin ignoré, si toutefois ils existent encore. Quant aux catalogues dont il est parlé, ils ont pu faire l'admiration des contemporains ; ils paraissent aujourd'hui bien ternes, ce qui n'exclut pas la part de reconnaissance que la science de la bibliographie doit à Jean Boudot pour son zèle à affermir et à développer les méthodes de classement des livres, dont on ne s'est guère écarté jusqu'à présent. A ce dernier titre, il convient de rappeler les trois principaux catalogues dressés par ce libraire, non pas pour les présenter comme des modèles du genre, ce qui serait excessif, mais pour qu'en se rappelant l'adage de Tacite: omne ignotum pro magnifico, on les puisse plus exactement apprécier en les connaissant mieux. Voici donc la description des catalogues en question :

Catalogue des livres du cabinet de M. de Boze. MDCC.XLV. (Gr. in 8, S. 1. n t. 5 f. n. ch., 332 p., et xxxi pour la table. BN, Q, 1403.)

Ce catalogue sort des presses de l'Imprimerie royale. Il est attribué à Boudot père, c'est-à-dire Jean II Boudot, par Barbier2.

(1) Gabriel II Martin, libraire de 1700 à 1761, cousin germain de Jean II Boudot. — {2) Dict. des Anonymes, 1. 1, col. 5og.

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Catalogue des livres et estampes de M. le comte de Pontchartrain. Dont la vente qui se fera au plus Offrant et dernier Enchérisseur à l'Hôtel de Pontchartrain, rue Neuve-des Petits-Champs, sera indiquée par Affiches. Disposé par J. Boudot, Libraire. — A Paris, chez P. Prault, Quay de Gêvres, au Paradis. M.DCC.XLVII. (In-12. xix-340 p.; 1539 N05 et 53 additions. B. N., Q.. 8326.)

Catalogue des livres de monsieur Gluc de Saint-Port, Conseiller honoraire au Grand Conseil. Dont la Vente qui se fera au commencement du mois de janvier 1749 au plus Offrant et dernier Enchérisseur, sera indiquée par Affiches. Disposé par J. Boudot, Libraire1. — A Paris, Chez P. Prault, Quai de Gèvres, au Paradis. M.DCC.XLIX. (In-12. xvm-374 p. et 10 p. de supplément; 3455 nos et 162 n05 suppl. B. N., Q, 8009.)

Callemont (Nicolas) Imprimeur, libraire et dominotier(i6io-i63i). Imprimeur du Roi (1622-1631).

Rue Quiquetonne.

Lottin fixe les débuts de cet imprimeur à Tannée 16222, La Caille à Tannée 16253; en réalité, il était déjà établi en 1610 au moins, car, non seulement il figure à cette époque parmi ceux qui payaient la cotisation dans la Confrérie de Saint-Jean TÉvangéliste4, mais même, le 17 décembre de cette année, il était condamné par une sentence du Châtelet de Paris5, « pour avoir contrevenu à Tarticle 30 des statuts, qui enjoint d'aller demeurer en l'Université et pour avoir fait imprimer histoire en planche, ce qui n'appartient qu'aux dominotiers. » Dès ce moment sans doute, Nicolas Callemont était installé libraire et imprimeur dans la rue Quiquetonne (depuis rue Tiquetonne), où malgré les injonctions de justice, il conserva son établissement; de plus, le 20 mars 1622, des lettre* patentes du roi Louis XIII lui permirent de continuer à résider ei dehors du quartier de l'Université et même d'arborer au-dessus d< sa boutique un tapis décoré des armes du roi, comme marque de son privilège et de sa dignité d'imprimeur de Sa Majesté6. Il im-

(0 Quérard fait donc erreur lorsqu'il attribue (France litt., t. I, p. 444) la rédaction de ces catalogues à l'abbé J.-P. Boudot. — (2) T. II, p. 20. — (3) Hist. de l'impr., p. 253. - (4) B. N., Ms. fr. 21872, f° 33. — (5) B. N., Ms. fr. 22067, f°4.3 (simple mention). — (6) Voy. Doc. n°" 1 17 et i52.

GALLIA TYPOGRAPHICA II7

porte cependant de noter que Callemont ne s'est jamais paré de ce dernier titre, à ma connaissance du moins et qu'il ne semble pas avoir joui d'un privilège général pour l'impression des édits, ordonnances et autres actes de l'autorité souveraine. On ne voit paraître son nom que sur deux édits royaux, relatifs à des matières bien spéciales et identiques, et dont voici la descripion :

Edict dv roy portant création de deux Lettres de Maistrise en toutes les Villes, Bourgs et Faux-bourgs de ce royaume, en faueur de ses joyeuses Entrées faites et à faire es Villes de ce dit Royaume. Vérifié en Parlement le sixiesme Iuillet mil six cens vingt-neuf. [Armoiries royales] — A Paris, Chez Nicolas Callemont, rué Quiquetonne. M.DC.XXIX. (Pet. in-8. 13 p. ch. B. N., F. 46923, pièce 6.)

Edict dv roy portant création de deux Lettres de Maistrise en toutes les villes et lieux du Royaume de France, en faveur du mariage de Monsieur Frère vnique du Roy. [Armoiries royales] — A Paris, Chez Nicolas Callemont, rue Quiquetonne. xM.DC. XXVII. (Pet. in-8. 8 p. ch. B. N., F. 46957, pièce 1.)

Nicolas Callemont s'adonna peut-être plus particulièrement à la dominoterie et aussi, comme son successeur Baudry, à l'exécution des affiches de comédie. Un fait certain, c'est qu'il n'existe que peu d'ouvrages sortis de ses presses typographiques : La Caille ne cite qu'une Hisîolre naturelle du Balladin Mondain,^ De la Barre, sur laquelle je n'ai pas pu mettre la main. Je n'ai pour ma part rencontré que des plaquettes portant son nom; en voici quelquesunes, qui n'ont d'autre intérêt que de faire connaître le genre de publications auxquelles s'appliquait cet imprimeur :

Le Fev royal. Faict par le sievr ivmeav Arquebusier ordinaire de sa majesté. Présenté au Roy [Marque décrite infrà.] A Paris, Par Nicolas Callemont, demeurant à la rue Quiquetonne. 1618. Auec priuilege du Roy. (In-8. 12 p. ch. B.N., Lb36 1140.)

Discovrs svr l'explication des figvres dv fev de ioye dressé devant l'Hostel de Ville de Paris. Au Roy. [Armoiries royales] A Paris. Par Nicolas Callemont. M. DC. XXIII. (Pet. in-8. 14 p. B. N., Lb362i34.)

Il8 GEORGES LEPREUX

La retraicte hontevse et habandonnement de la ville de sommieres par le dvc de Rohan, chef du party des rebelles Descritte au vray par vne lettre du sieur de Michel Lieutenant du Preuost de la Connestablerie, servant prez Monsieur de Valençay à Montpellier, enuoyée à vn sien amy estant en court. [Armoiries royales] A Paris, chez Nicolas Callemont, demeurant rue (Xuiquetonne. M.DC. XXV. Auec Permission. (Pet. in-8. 15 p. ch. B. N., Lb36 2343.)

Mémoire véritable dv prix excessif des viures de La Rochelle pendant le Siège. Enuoyée à la Royne Mère. [Armoiries de Marie de Médicis]. A Paris, Par Nicolas Callemont, demeurant rue Quiquetonne. M.DC. XXVIII. (Pet. in-8. 6 p. ch. B. N., Lb36267o.)

Il s'agit dans cette dernière pièce du siège de treize mois que fit subir Richelieu à la ville de La Rochelle, pour la punir de son alliance avec l'Angleterre. On y trouve une énumération bien curieuse du prix des différents vivres à l'intérieur de la place assiégée : « un œuf, huict livres ; la livre de chien, vingt sols ; un oignon, dix sols», etc. etc.

Toutes les impressions qui précèdent portent au titre, les armoiries du roi ou de la reine, ainsi qu'on vient de le voir; je n'en ai rencontré qu'une, offrant une vignette qui pourrait être la marque typographique de l'imprimeur, et encore je n'en répondrais pas. Quoiqu'il en soit, elle représente le haut d'une fleur de lis d'où sortent trois têtes de pavot.

Nicolas Callemont est décédé, non pas le 30 octobre 1631, comme le dit Lottin; mais antérieurement à cette date, qui est seulement celle où le roi donna, par lettres patentes, la permission à Agnès Dhuiques, veuve de ce typographe, de continuer à « jouir pendant sa viduité des privilèges de son défunt mari1 ». Cette situation dura peu de temps et la veuve Callemont, « d'aultant qu'il luy convient faire de grandz frais et avoir de grandz soins pour entretenir ladite imprimerie au quartier où elle est demeurante2 », songea à se remarier et jeta les yeux sur René Baudry, avec lequel elle convola en 16343.

(1) Voy. Doc. N° 117 et i52. —(2) Ibid. — (3) Voy. supra la notice de cet imprimeur, p. 100.

GALLIA TYPOGRAPHICA Iig

Chappelet (Sébastien). Imprimeur et libraire (i 6 14-1642). Imprimeur du Roi (163 8-1 642) Rue Saint-Jacques, à l'Olivier ; — via Jacobaaa, sub signo Olivœ

(16 14-1623) — Même rue, au Chapelet ; — via Jacobaea, sub

Rosario (1 623-1642).

Fils de Claude, maître imprimeur, et de Marie Nivelle1, Sébastien Chappelet fut reçu maître dans la Communauté en 16142 et s'installa dans la rue Saint-Jacques, à l'enseigne de l'Olivier 3, sous laquelle avait précédemment exercé Pierre II Lhuillier, auquel il semble avoir succédé. D'après La Caille4, qui ne cite de lui que les Cinq livres du bonheur éternel des Saints, traduits de Bellarmin (1616, in 8), Summa 'Becani (1617, 3 vol. in 8) et Filesaci excerpta varia (16 18), ses impressions l'auraient « fait distinguer d'avec les autres libraires de son temps. » Son talent et sa réputation lui valurent également la charge de Syndic de la Communauté, qu'il a occupée du 15 juillet 1630 au 22 décembre 163 15 et au sujet de laquelle il eut à soutenir postérieurement un procès contre toute la Communauté, pour rentrer dans des avances qu'il avait faites à raison de sa fonction G. Enfin il eut l'honneur d'être choisi comme imprimeur du roi : ou le trouve investi de cette charge en 1638, et il figure en cette qualité dans un arrêt du Conseil privé7 qui porte la date du 18 mars 1639 et précédemment, en 1638, avec d'autres collègues, dans 'la souscription de diverses impressions officielles8. Un arrêt de la Chambre du Conseil du Parlement élucide complètement la question et nous fait connaître exactement la date de ia nomination de Chappelet à cette charge9.

(1) G. Renouard, Impr. Paris., p. 62. — (2) Lottin, t. II, p. 22. — (3) Response avx obiections qvi se font povr empescher la réception dv concile de trente. A nos-Seii^nevrs des trois ordres qui composent les Estats Généraux. Qui vous escoute, m'escoute : qui vous mesprise me mesprise. Luc 10, 16. [Armes royales tenues par deux anges.] A Paris, Chez Sébastien Chappelet rue sainct Iacques à l'Oliuier. M. DC. XIV. Avec Approbation Et Privilège du Roy. (In-4. 5 ff. n. ch. slt, 65 p. ch., 1 f. pour le priv. B. N, B. ig5i.) — (4) Hist. de l'impr., p. 224. — (5) Sur son syndicat, voy, le T. IV de la présente série. — (6) Ibid. — (7) Voy. Doc. n" i3o. — (8) Bib. Nat., Collection des Actes Royaux, in 8, F. 46.994, pièce 7 ainsi souscrite : A Paris, Par P. Mettayer, A Estiene, P. Rocolet, S. Cramoisy et S. Chappelet, Imprimeurs ordinaires du Rov, M.DC.XXXYIII. - Collection des Arrêts du Conseil d'Etat, in-8, F. 47034, pièce 46 (Mêmes souscription et année). — (9) « 2 3 juillet 1 638. Ce jour la Cour après avoir veu les lettres pattentes du Roy obtenues par Sébastien Chappelet, marchand libraire, imprimeur juré en cette ville de Paris.

120 GEORGES LEPREUX

S'il faut en croire le Tableau Chronologique des Imprimeurs du Roi, 4 cette distinction lui aurait été accordée « pour avoir imprimé un office que Sa Majesté a voit dressé pour son service », et lorsqu'il se retira des affaires, vers 1642, il semble, d'après le même document, qu'il ait fait argent de sa charge en la vendant à Jacques Du Gast.

S. Chappelet a donné de belles éditions de diverses œuvres de Saint-Augustin, du P. Garassus, S. J., etc.; son œuvre capitale est une magnifique bible, grecque et latine, en 3 volumes in folio 2. Jusqu'en 1623, il exerça sous l'enseigne de l'Olivier ; à partir de cette époque, il prit l'enseigne du Chapelet, qui formait un jeu de mots avec son nom. Pendant la première période, il se servit d'une marque représentant un olivier croissant au bord de la mer, avec la devise : Félix si culta Minerva. Il adopta durant la seconde deux autres emblèmes : l'un fait figurer, dans un cadre oblong, un homme à genoux, exposé aux rayons d'un brillant soleil, tenant de la main gauche un livre ouvert et de la droite une lampe allumée ; on lit dans la partie supérieure un texte grec : 20$0N TO 2Ad>EZ OY TOMH 2A$E2 (Eurip. Orest.) ; en bas un texte latin : Qui me élucidant vitam <eternam habebunt ; plus bas encore, dans le centre d'un chapelet, le monogramme de cet imprimeur formé d'une croix, dont le haut est surmonté du chiffre 4 et dont la base repose sur deux V en sens inverse, avec les lettres S et C sur les côtés. Le second emblème est un chapelet tenu par deux anges aux ailes déployées, sous la devise : Cœloque rosaria florent.

Suivant La Caille, Sébastien Chappelet avait épousé Magdelaine Villain et retenu plusieurs enfants de son union, mais aucun de ces derniers ne continua la maison paternelle. On ne connaît pas exactement la date de la mort de cet imprimeur : l'abbé Brute se

données à Sainct Germain en Laye le quinziesme mars dernier, signées Louis, et sur le reply, par le Roy, de Loménie, et scellées, par lesquelles il a pieu au Roy lui donner et octroyer Testât et charge de l'un de ses imprimeurs ordinaires, pour en faire l'exercice et en jouir ainsy que les autres imprimeurs du Roy en jouissent, — la requeste dudict Chappelet, afin d'enthérinement desdictes lettres, — l'arrest de la Cour du dix sept de ce mois et an portant qu'il seroit passé outre à la réception dudict Chappelet, — conclusions du Procureur général du Roy. La matière mise en délibération. / A arresté et ordonné que ledict Chappelet sera receu audict estât et charge pour en jouir suivant lesdictes lettres et faisant le serment par devant Maistre Claude Le Clerc, Conseiller en ladicte Cour. » (BN. Ms fr. n. a. 81 14, p. 684.). — (1) Voy. supra dans TAvant- Propos, p. 3o. — (2) Bib. Nat., A. 66.

borne à rapporter1 qu'il fut enterré dans l'église Saint-Benoît, dont il avait été le marguillier en 16272.

Chenault (Charles I), Imprimeur et libraire (1641-1682). Imprimeur du Roi (1657-1661).

Rue de la Pelleterie (1641-1650) ; — Rue de la Huchette, au bout du Pont Saint-Michel, ou au bout du Pont Saint-Michel, à l'entrée de la rue de la Huchette (1650-1682).

Fils de Pierre Chenault, imprimeur, Charles succéda à son père décédé, après avoir été, le 19 juillet 1641 3, reçu dans la Communauté ; il donna, à cette occasion « cents sols » pour les affaires de cette dernière et trois livres pour les pauvres. En 1644, lors de la visite chez les imprimeurs de Paris 4, on le trouve établi dans la rue de la « Pelterie, » avec deux presses, deux compagnons et un apprenti ; il exécute à ce moment la traduction, par de Perihensac, du Traité de l'âme, de Cassiodore 3. Il est plus connu des bibliophiles par un certain nombre de Maçarinades qu'il exécuta en 1646 et surtout par la Mu%e historique, de Jean Loret (1650-1665), qui lui en avait cédé le privilège, en 1655, époque où Chenault commença l'impression de toute la partie antérieure, restée jusque là manuscrite.

A partir de la même année, il imprima chaque semaine la gazette rimée du fécond poëte, paraissant sous le titre de Lettre 6. On trouve à la fin de celle du 19 avril 1659, les vers suivants qui désignent nettement l'imprimeur-éditeur :

« Avis aux Curieux.

Quoy que très-médiocre Autheur,

l'avertis, icy, le Lecteur

Que les deux premières Années 1650

Des Lettres par moy grifonnées 165 1

Se débitent, tout de nouveau,

En parchemin, velin, ou veau,

(1) Chron. des curés de S. Benoît, p. C2. —(2) J. Poche [P. Deschamps] dans Quelques adresses, p. i5, donne à cet imprimeur l'enseigne du Rosier; cela résulte d'une fausse interpétation du mot Rosarium. — (3) B. N„ Ms. fr. 21842, f« i3o. — (4) Cf. G. Lépreux, Une Enquête sur Vimpr. de Paris en 16-14. — (5) Edition inconnue, qu'on ne rencontre ni à la Bib. Nat., ni au British Muséum, pour ne citer que ces deux grands dépôts de livres. — (6) Sur ce journal, cf. Hatin, Bibliographie de la presse, p. 2 1.

122 GEORGES LEPREUX

En public et non en cachette, Dans la rue de la Huchette, Chez Chenault, Imprimeur du Roy, En étant avoué de moy. Quel sera leur prix ordinaire !

C'est de quoy, je me dois taire ; C'est son fait et non pas le mien :

Et, par ma foy, je n'en sçay rien. »

Lorsqu'il eut terminé l'impression de l'année 1656 et des années antérieures, Chenault en dédia un exemplaire à Louis XIV et voilà sans doute l'origine du titre d'imprimeur du roi, dont il se prévalut par la suite et qui ne lui occasionna que des déboires. De 1658 à 1660, on rencontre en effet un certain nombre de publications officielles l, qui portent sa souscription, avec la mention d'Imprimeur ordinaire du Roy, mais bientôt il fut assigné par Antoine Estienne et les autres imprimeurs de sa Majesté, devant le Conseil, en compagnie de plusieurs de ses collègues, accusés comme lui d'usurper des fonctions qui ne leur appartenaient pas. Par arrêt du 21 mars 1661 2, il lui fut fait défense non seulement de se qualifier désormais imprimeur du roi, mais encore d'imprimer « aucune des expéditions » concernant le service de sa Majesté. Suivant les apparences, le titre de Chenault n'était pas régulier, car il s'abstint désormais de prendre la qualité qu'on lui contestait.

Plus heureux à un autre point de vue, il fut adjoint au syndic de sa Communauté du 3 août 1666 au 4 juin 1668 3.

Charles I Chenault mourut avant 1694, nous dit Lottin, mais J. Poche, c'est-à-dire P. Deschamps, affirme avec son assurance aussi habituelle que généralement mal informée, que ce typographe mourut en 1682 4. Or, son fils, Charles II Chenault, fut reçu imprimeur dans la Communauté le 11 septembre 1683 et son père l'y présentait en personne5 ! La vérité c'est qu'on ne connaît pas la date de son décès et qu'il est préférable de conserver prudemment l'indication de l'auteur du Catalogue chronologique des imprimeurs.

(1) Voy. à la Bibl. Nat., dans la collection des Actes royaux, in 40 : F. 236i [, pièce 670 ; F. 236i2, pièces i3o et 194 ; et dans celle des Arrêts du Conseil d'Etat : F. 23635, pièce 423 — (2) Voy. Doc, n° 177. — (3) Lottin, I, pp. i32 et 1 33. — (4) Quelques adresses, p. 16.— (5) B. N., Ms. fr. 2i856 (Délibérations de la Communauté), f° 5().

Citerne (Guillaume) Alias Cisterne. Imprimeur, libraire et fondeur de caractères (1616-1661). Imprimeur et libraire ordinaire du Roi et de la Vénerie royale (163 5-1661). Rue Saint Jacques, au coin des Mathurins (1616-1619) ; — Carrefour Sainte Geneviève, à la Rose blanche (1620- 1624) ; — Pont Notre Dame, devant Saint-Denis de la Chartre, à l'image Saint-Claude (1625-1626) ; — Sous l'Horloge du Palais (1627) ; — Rue d'Arras, proche la Porte Saint-Victor, à l'image Notre-Dame (1630-1660).

En dépit des trois professions qu'il exerçait, Guillaume Citerne ne semble pas avoir su fixer la Fortune et, vers le milieu de sa carrière, il avait attaché une quatrième corde à son arc, en devenant, comme il nous l'apprend dans plusieurs souscriptions 4, officier au Bailliage et Varenne du Louvre, c'est-à-dire, — en dépouillant ce titre de son pompeux appareil, — garde-chasse. Les changements fréquents de domicile de cet imprimeur sont d'ailleurs symptomatiques d'une situation précaire, et cependant que n'avait-il pas tenté pour l'améliorer ?

Bien que La Caille et Lottin ne fixent les débuts de Citerne, qu'à l'année 1620, il est certain que, dès 1616, il était établi dans la rue Saint-Jacques 2, mais peut-être bien n'était-il alors que libraire et n'a-t-il commencé à imprimer qu'en 1620. C'est pourtant à l'année 1616 que je crois pouvoir fixer la première date de son exercice, par ce que les productions de son officine ne sont pas souscrites autrement en 1620 et i62r qu'en 1616. En 1627, il s'intitula : Imprimeur ordinaire de Messieurs les Trésoriers des parties casuelles 3 et se mit délibérément à imprimer les documents réservés aux imprimeurs royaux, mais Antoine Estienne et Pierre Mettayer veillaient ; ils l'assignèrent sans retard au Châtelet de Paris et obtinrent contre lui sentence de condamnation, le 20 mai de la même

(r)Voy. notamment : Arrest dv Conseil d'estat dv roy, Portant préférence, des Offices de Présidens aux premiers luges de Iurisdictions du Parlement de Paris... A Paris, Par Guillaume Citerne Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy, Et Officier au Baillage et Varenne du Louure. Rue d'Aras, proche la PorteS. Victor. M. DC. XXXVII. (Pet. in-8, 14 p. ch. B.N., F. 47054, pièce 3o). — (2) Edict dv Roy donné av profit des Présidens, Lieutenans, PZsleuz, Contrôleurs Aduocats, & Procureurs du Roy aux Eslections de ce Royaume... A Paris. Chez Guillaume Cisterne, rue S. Iacques, au coing des Mathurins. 1616. (Pet. in-8, 8 p. ch. B.N., F. 46q3i, pièce i5). — (3) Edict dv Roy, Povr la vente en hérédité de la Permission de tenir Hostelleries, Tauernes, Cabarets, & faire

année1. Le pauvre Citerne se rejeta sur l'impression des arrêts de la Cour des Monnaies, qui devaient intéresser les trésoriers dont il était le typographe ; ce fut alors Sébastien Cramoisy qui lui barra la route, au moyen d'un arrêt qu'il obtint de cette juridiction le 24 janvier 1636 2.

Heureusement, Citerne était devenu entre temps officier de la Varenne du Louvre et comme tel, il obtint, par quelque subterfuge, un brevet d'Imprimeur de la Vénerie Royale. Aussitôt il s'intitula imprimeur et libraire du roi et se remit plus hardiment que jamais à mordre au fruit défendu. Sa gourmandise fut de nouveau punie par l'arrêt du 21 mars 1661, que j'ai déjà cité dans la notice précédente. L'imprimeur de la Vénerie du roi devait être alors fort avancé en âge et il semble que cette dernière décision ait à peu près coincidé pour lui avec l'arrêt plus fatal qui frappe tous les mortels.

On peut se faire une idée de la pauvreté de l'atelier de Guillaume Citerne, en' constatant que les commissaires enquêteurs de 1644 n'avaient trouvé qu'une presse chez lui et qu'il travaillait seul sans compagnon ni apprenti 3.

Comme fondeur, on ignore absolument ses travaux et il faut s'en rapporter sur ce point à l'affirmation de La Caille,4 mais comme imprimeur ordinaire, il est connu par quelques ouvrages, à vrai dire peu importants et plutôt curieux, tels par exemple que ceux qui sont cités dans la Bibliographie des Maçarinades.

Enfin, je signale, au point de vue familial, qu'en 1646, Citerne avait eu la douleur de perdre une fille, «Isabelle Citerne», à la suite de violences et voies de fait exercées sur elle par un sieur Jean Dubuisson, «tandis qu'elle était sur la route en revenant d'Argenteuil, où elle était allée avec des voisins voir la neuvaine de l'octave de la Feste-Dieu 5. »

Clousier (Jacques Gabriel). Imprimeur et libraire (1773-1803.) Imprimeur ordinaire du Roi (1785-1790).

Rue de Sorbonne.

trafiq de vin en gros. A Paris, par Guillaume Citerne, imprimeur ordinaire de Messieurs les Trésoriers des parties Casuelles, souz l'Horloge du Palais M. DC. XXVII. (Pet. in 8, i5 p, ch. B.N. F. 46958, pièce 3) — (1) Voy. Doc. ne 100 — (2) Voy. Doc. n° 122. — (3) Cf. G. Lépreux, Une enquête sur l'imprimerie de Paris en 1644. —(4) Hist. de Pimpr. p. 237. — (5) A. N. V6 209. Arrêt du Conseil du 7 août 1646.

Fils de Jacques Clousier, libraire à Paris, et dernier descendant d'une famille fort ancienne dans la librairie parisienne, Jacques- Gabriel, aussitôt ses études terminées, avait été mis en apprentissage ; il avait ensuite dirigé pendant dix ans l'imprimerie de Pierre-Alexandre Le Prieur1, qui démissionna à son profit en 1773. Bien que reçu libraire le 6 février 1767 2, Clousier n'avait pas discontinué de s'adonner à l'art de la typographie et il invoqua cette circonstance auprès de la Chancellerie pour être admis à succéder à son ancien maître, ce qui lui fut accordé par un arrêt du Conseil privé du 17 mai 1773 3. Il fut reçu en la Chambre Syndicale le 27 du même mois et versa trois cents livres pour les affaires delà Communauté4.

Deux ans après son installation, Clousier était frappé d'interdit par un arrêt du même Conseil du 25 mai 1775 5 et condamné à quinze cents livres d'amende pour avoir imprimé un livre intitulé « Réfections d'un citoyen sur le commerce des grains, » en y introduisant des modifications qui n'avaient pas été soumises à la censure ; il ne tarda pas à être relevé de sa déchéance, car un autre arrêt du 8 juillet suivant 6 prononça son rétablissement dans l'exercice de l'imprimerie et modéra à cinq cents livres l'amende dont il avait été frappé. Cet accident ne l'empêcha pas d'être choisi comme imprimeur du roi, en vertu de lettres patentes du 11 septembre 1785 7 qui lui conférèrent cette charge en la survivance d'Antoine Boudet. Ce dernier étant mort le 5 juillet 1787, Clousier entra effectivement et nominalement en fonctions à cette époque. La débâcle de la monarchie vint lui enlever bientôt cette dignité et il se retrouva simple imprimeur comme devant, avec cette aggravation qu'il n'avait même plus de privilège pour exercer sa profession. Il prit cependant son parti du nouvel état de choses et conserva la direction de son établissement jusqu'en 1803.

Je n'entrerai pas dans d'autres détails au sujet de ce typographe, dont les travaux appartiennent beaucoup plus au nouveau régime qu'à l'ancienne histoire de l'imprimerie ; je me contente d'indiquer que son labeur, comme imprimeur du roi, est insignifiant et ne mérite aucune mention spéciale.

(1) Arrêt du Conseil privé du 17 mai 1773, A. N., V6 io53 (Doc. n° 33o). — (2) B.N., Ms. fr, 21859, f° 3 ^- — (3) Arrêt cité note 1 ci-dessus.— (4) B. N., Ms. fr. 2i85g, f° 461. — (5) B. N., Ms. fr. 21859, f°492 et 22070, pièce 42. — (6)B.N., Ms. fr. 22070, pièce 46. — (7) A. N, O1 128, f°3oo.(Doc. n° 341).

] 20 GEORGES LEPREUX

Coignard (Jean-Baptiste I) Imprimeur et libraire (1658-1689). Imprimeur ordinaire du Roi ((678-1689). Rue Saint-Jacques, à la Bible d'Or.

Né à Paris en 1637 4, Jean-Baptiste était le fils aîné de Charles Coignard, libraire et imprimeur (1 644-1 678) et de Philippe Tompère, fille de l'imprimeur du même nom. Après avoir été reçu à la maîtrise de libraire et imprimeur le 2 mai 16582, il s'établit dans la rue Saint-Jacques, à l'enseigne delà Bible d'or et se mit à imprimer un grand nombre de livres, parmi lesquels il en est d'assez remarquables. La plupart portent une marque typographique qui, sous des aspects variés, rappelle son enseigne et offre comme sujet principal une Bible ouverte, sur laquelle on lit les mots : « Alpha et Oméga. Principium et finis. » P. Delalain en a reproduit trois exemplaires différents, dans son intéressante monographie des libraires et imprimeurs de l'Académie Française3.

Les travaux de Jean-Baptiste Coignard, son savoir et son talent lui avaient rapidement acquis dans la Communauté, suivant l'expression de La Caille, une renommée de « très habile imprimeur et libraire », aussi, des distinctions multiples étaient-elles venues le récompenser de son zèle et de son habileté. D'abord élu adjoint au Syndic de la Communauté, le 8 mai 16714, pendant l'administration de Denis II Thierry, il fut, sept ans plus tard, par lettres patentes du 3 octobre 16783, pourvu de la charge d'imprimeur du roi, vacante par le décès de Damien Foucault ; le 22 février 1687 il devenait Syndic de sa Communauté6; et enfin, au mois de septembre de la même année, l'Académie Française le choisissait à son tour, avec l'agrément du roi pour son imprimeur-libraire7. Ainsi comblé d'honneurs, Jean-Baptiste I Coignard n'eut cependant pas la satisfaction d'achever le temps de son syndicat ni de terminer l'impression de la première édition du Dictionnaire de l'Académie : le 20 septembre 1686, il décédait prématurément, à peine âgé de 52 ans8.

(1) P. Delalain, Impr. et libr. de l'Acad. fr., p. 41. — (2) B. N., Ms. fr. 21843, fo 61 V° (Voy. Doc. n° 172). — (3) Voy. aux pages 43, 44 et 52. — (4) Lottin, t. II, p. 28. — (5) Voy. Doc. na 21 5. — (6) Voy. sur son syndicat le t. IV de la présente série. — (7) Cf. P. Delalain, op. cit. p. 40. — (8) Voir plus bas l'inscription d u portrait. Lottin et Delalain indiquent la date du 10 septembre. Celle du 20 paraît la seule exacte, les provisions d'imprimeur du roi ayant été données à Jean-Baptiste II Coignard le 26 septembre, c'est-à-dire, suivant l'usage, aussitôt après la mort du précédent titulaire.

De son mariage avec Anne-Geneviève Hénault, fille de l'imprimeur Jean Hénault, il laissait cinq enfants, deux garçons : Elie- Jean-Baptiste, qui suit ; Louis, reçu imprimeur en 1702 ; et trois filles : Anne-Françoise, épouse de Pierre Hérissant, libraire ; Claude- Geneviève, épouse de Jean Mariette, aussi libraire ; Marie-Elisabeth, épouse de Nicolas Millochin, marchand, bourgeois de Paris1.

Sa veuve, Anne-Geneviève Hénault continua l'entreprise de son défunt mari, dont elle ne conserva qu'une partie du matériel : il résulte en effet des constatations de l'enquête de 1679, °lue ce dernier possédait huit presses, dont deux démontées 2, tandis que l'enquête de 1692 ne signale plus chez sa veuve que quatre presses, dont deux démontées 3. Le même document indique que l'imprimerie était fournie de bons caractères et que son personnel se composait de cinq compagnons et de deux apprentis.

Dans son étude sur les libraires et imprimeurs de l'Académie Française'1, P. Delalain hésite à fixer l'époque où la veuve Coignard se retira des affaires et fait à ce sujet diverses suppositions plus ou moins plausibles. Je serai pour ma part très net à cet égard : Anne- Geneviève Hénault cessa d'imprimer le 27 mars 1696. On lit en effet dans le second registre des délibérations de la Communauté 5, sous la date que je viens d'indiquer, la déclaration suivante, qui dispense de tout commentaire : « Je déclare aujourd'huy 27e mars (1696) avoir achepté l'imprimerie du Sr Jean-Baptiste Coignard, consistant en caractères d'imprimerie et quatre presses (Signé) F. Léonard 6. »

Comme imprimeur du roi, Jean Baptiste I Coignard n'a mis son nom que sur un nombre fort restreint de publications officielles et il est probable que jamais il ne se soucia beaucoup d'employer ses presses à ce genre de travaux, préférant les abandonner à ses collègues, moins surchargés que lui de labeurs personnels. Ce typographe a en effet produit un si grand nombre d'éditions, sans apporter pour cela la moindre négligence dans les diverses fonctions qui lui furent dévolues, qu'on peut se demander comment il a pu suffire à tant d'occupations, surtout quand on sait qu'il s'astreignait lui-même à la correction minutieuse de ses livres. En présence de ce dernier fait, peut-on supposer chez cet imprimeur une âpreté

(1) Delalain, op. cit., p. 47-48. — (2) B.N., Ms. fr. 21741, f 12 V. - (3) Ibid, f i5. V". — (4) P. 5o. — (5) B. N ,Ms fr. 2i856, f° 144 V0.— (6) Frédéric Pierre, dit Frédéric II Léonard.

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au gain, qui, dans un but d'économie, serait allée jusqu'à l'exclusion systématique des compagnons capables et des apprentis réunissant les conditions de savoir exigées par les règlements ? On serait tenté de le croire, si l'on pouvait ajouter foi aux énonciations d'une note qui figure au bas de l'une des pages que M. Delalain lui a consacrées l. Mais cet auteur se trompe et nous induit en erreur en parlant d'un procès que lui auraient suscité pour ce motif, en 1684-1686, les compagnons imprimeurs. L'instance en question ne s'adressait à lui qu'en sa qualité de Syndic de la Communauté et il en sera rendu compte ailleurs 2. Ce qui est exact toutefois, et M. Delalain n'en a pas parlé, c'est que dans le cours des années 1671-1674, Jean-Baptiste I Coignard fut l'objet personnel de poursuites au Parlement, de la part des compagnons imprimeurs qui l'accusaient de contrevenir aux règlements, par suite de l'emploi qu'il faisait d'apprentis ignorant le latin et ne sachant pas lire le grec. Condamné de ce fait par un arrêt de défaut du 31 décembre 1673, en trois cents livres d'amende3, Coignard forma opposition à cette sentence, prouva que des deux apprentis incriminés, l'un, Jean Chapelain, ou Capelain était pourvu du diplôme de maître es arts et l'autre, d'une attestation réglementaire du recteur de l'Université. En fin de compte, les officiers delà Communauté étant intervenus dans le débat, un nouvel arrêt du Parlement, du 3 septembre 1674 S ordonna que les règlements continueraient à être exécutés, que les deux apprentis de Coignard pourraient achever leur temps d'apprentissage et « qu'à l'advenir en cas de contravention par au-

(1) Op. cit., p. 42, note 3. — (2) Voir t. IV de la présente série. — (3) « Veu par la Cour le défaut obtenu en icelle par les Compagnons imprimeurs de cette ville de Paris, demandeurs aux fins de la requeste énoncée dans l'arrest de la Cour du 14 aoust 167 1 et exploit du 3o octobre dernier, contre Jean- Baptiste Coignard, maître imprimeur, bourgeois de Paris, et l'un des adjoints de la Communauté des marchands libraires et imprimeurs de cette ville, défendeur et défaillant faute de défendre... La Cour dit que ledit défaut a esté bien et deuement obtenu, et en adjugeant le profit d'iceluy ordonne que les arrests de ladite cour des sept septembre i65o, 14 juillet 54 et 2 janvier 58 seront exécutez. Fait défenses aux défendeurs (sic) et tous autres d'y contrevenir : et pour y avoir par ledit défendeur contrevenu et au règlement du mois de décembre 1649, déclare la peine de 3oo livres portée par iceux encourue contre luy. Condamne ledit défendeur aux despens... Fait en Parlement le dernier décembre 1673. « (B. N., Ms fr. 22064.^93 V".)— (4) B. N., Ms. fr. 22064, f° g3 V° et 94. Les trois arrêts dont il vient d'être question sont imprimés sous ce titre :Arrest de la Cour touchant les compagnons et les Apprentifs imprimeurs. (S. 1. n. t. n. d. In-4. 4 p. ch.) Ils forment la pièce 60 du manuscrit cité.

GALLIA TYPOGRAPHICA I29

cuns desdits maistres aux arrests et règlemens, les compagnons seront tenus d'en donner les mémoires es mains des Syndic et Adjoints pour y estre par eux pourveu dans huitaine, sinon ledit temps passé, pourront se pourvoir par devant le lieutenant de police en première instance, et par appel en la Cour... »

Voilà donc l'imprimeur de l'Académie française lavé du soupçon de cupidité qu'on aurait pu concevoir contre lui ; il me resterait à passer en revue ses nombreuses impressions, mais elles sont suffisamment connues pour que je puisse me dispenser de ce soin ; on trouvera d'ailleurs des indications sur ce point dans l'Histoire de l'imprimerie de La Caille et dans la monographie de P. Delalain. Quelque sommaires que soient les renseignements donnés par ces deux auteurs, ils fournissent sur les productions typographiques du premier Jean-Baptiste Coignard une vue d'ensemble assez satisfaisante.

Les traits de ce typographe nous ont été conservés dans une belle gravure de Duflos, qui porte l'inscription suivante : «Joannes Baptista Coignard, Régis et Academise Gallicae Archytypographus. Obiit Parisiis anno 1689, 20 sept., setatis suae LU. » Au bas du portrait figurent les armoiries des Coignard : de gueules à trois coignées d'argent emmanchées de même, posées deux et une, au chef cousu d'azur et chargé d'une couronne de laurier d'or, accostée de deux étoiles à six rais de même '.

Coignard (Elie-Jean-Baptiste, dit Jean-Baptiste II) Imprimeur et libraire (16901735). Imprimeur ordinaire du Roi (1689-1735). Rue Saint-Jacques, près Saint-Severin, au Livre d'or (1690- 1698) ; — même rue, à la Bible d'or (1699-173 5).

Né à Paris vers 1667 2, fils du précédent, et de Anne-Geneviève Hénault, Elie-Jean-Baptiste fut reçu libraire le 28 juillet 1687 3 et obtint, presque aussitôt après la mort de son père, la charge d'imprimeur du roi devenue ainsi vacante; les provisions qui lui conféraient cette dignité sont datées du 26 septembre 1 689 4, malheureusement je n'en connais pas la teneur, par ce qu'elles ne sont l'objet que d'une simple mention dans les registres du secrétariat de la Maison du Roi. Le 10 octobre suivant, il succédait également à son père comme

(i)B. N., Cabinet des Estampes (Cr. Catalogue par M. Duplessis, n° ioo83). — (2) D'après la supputation de son âge au moment de son décès. — (3) Lottin, II, p. 28. - (4)A.N., 0'33, f" 1 33.

G. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. o

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imprimeur et libraire de l'Académie Française1 , puis, le 21 novembre 1690 seulement, il était admis à exercer réellement l'imprimerie, en la place devenue « vacante par le décez de son père dans le nombre des imprimeurs de Paris 2. » Reçu dans la Communauté le même jour, 21 novembre, il versa à cette occasion la somme de deux cents livres 3. En 1692, son imprimerie se composait de trois presses en activité de service, avec cinq compagnons et deux apprentis h ; en 1694, ^e matériel et le personnel se trouvaient assez considérablement augmentés : quatre presses et quatorze compagnons étaient relevés dans l'enquête de cette année5; enfin, celle de 1700 faisait la constatation de six presses, desservies par vingt-etun compagnons 6.

Ces derniers chiffres étaient d'ailleurs en parfaite harmonie avec la progression continue des affaires de son établissement et les nombreuses impressions de Jean-Baptiste II Coignard témoignent également de son activité. Je ne peux me dispenser de rappeler ici les deux éditions qu'on lui doit du Dictionnaire de V Académie françoise (1694 et i7i^)î chacune en deux volumes, mais je bornerai là mes citations, avec le Gallia christiana et la suite de YHistoire byzantine, parue sous le titre à'Antiquitates Constantinopolitanœ. Ce dernier ouvrage méritait une mention spéciale, non seulement au point de vue bibliographique, mais encore parce qu'il fut l'objet d'un procès, dans lequel Coignard ne semble pas avoir eu le bon droit de son côté. Voici en quelques mots ce dont il s'agissait : associé avec le libraire Denis Mariette pour la publication du Dictionnaire de Moreri, dont le succès exigeait d'assez fréquentes réimpressions, Coignard, avant d'entreprendre l'une d'entre elles, avait, sans consulter son associé, sollicité du Conseil privé le renouvellement de son privilège,

(1) Cf. Delalain, op. cit., p. 48. — (2) Arrêt du Conseil privé du 28 août 1 7 1 3, A. N., V6 829 (Doc. N' 270). — (3) B. N., Ms. fr. 2i856, f° 121 V°. On y trouve cette mention en marge : « En même temps, le Sr Hélie Jean-Baptiste Coignard, imprimeur-libraire ordinaire du Roy et de l'Académie Françoise, pour la mémoire du feu sieur J.-B. Coignard, son père, et pour la considération singulière qu'il a pour la Communauté, a prié Messieurs les Syndic et Adjoints en charge de vouloir bien accepter pour les affaires présentes de la Communauté, la somme de 200 livres, ce qu'ils ont trouvé pour agréable et dont acte, laquelle somme a esté touchée par M. le Syndic. (Suivent les signatures.) Et au même temps, nous Syndic et Adjoints, après en avoir communiqué à Monsieur le Lieutenant général de police et de son ordre verbal, avons receu pour imprimeur en notre Communauté ledit sieur Jean-Baptiste Coignard. (Signé :) P. Aubouyn, Syndic. » — (4) B. N. Ms. fr. 21.741. f°. i5 V°. — (5) B. N., Ms. fr. 21748, fu 188 Vo. — (6) B. N. Ms. fr. n. a. 400, fo 83.

GALLIA TYPOGRAPHICA I 3 I

bien que celui-ci ne fût pas près d'expirer. Par un arrêt du 31 mars 17101, une prolongation de ce privilège lui avait été accordée, à la condition, qu'il avait d'ailleurs proposée, d'entreprendre en même temps l'impression aussi dispendieuse qu'aléatoire de l'ouvrage du P. Anselme Banduri, pour lequel il obtenait du même coup une prolongation de son privilège primitif. Excipant de cet arrêt, Coignard émettait la prétention de faire partager par son associé au Dictionnaire de Moreri, les frais de l'impression des Antiquiîates, auxquels Denis Mariette voulait à juste raison rester absolument étranger, aucune offre ne lui étant faite de participer aux bénéfices éventuels. Le procès s'engagea dans ces conditions, les parties échangèrent, suivant l'usage, des propos plus aigres que doux, dans des mémoires"2 qui nous ont été conservés et finalement, il est probable qu'elles entrèrent en composition et transigèrent.

Ces affaires de privilèges, fort souvent abusifs, étaient aussi fréquentes qu'épineuses ; ce ne fut pas la seule que Coignard ait engagée ou subie, bien qu'il se défende dans son Mémoire contre Mariette, d'être l'ami de la chicane. On trouvera plus loin, dans la notice de Frédéric I Léonard, un procès de même nature qu'il eut avec cet imprimeur et, dans le quatrième volume de cette série, les diverses instances où il figure en qualité de syndic.

A compter de l'année 1699, ^es impressions de Jean-Baptiste II Coignard, datées jusque là à l'enseigne du Livre d'or, parurent avec l'adresse de la maison paternelle, à la Bible d'or, où il était venu se réinstaller; ces impressions sont ornées de la marque de la Bible que j'ai déjà décrite, mais celle-ci est souvent accompagnée de l'écusson royal, qui rappelle la fonction d'imprimeur du roi et d'une couronne de laurier renfermant les mots : A l'Immortalité, devise de l'Académie Française 3.

Justement estimé de ses collègues, Elie J.-B. Coignard, fut élu adjoint de sa Communauté le 10 septembre 1701 4; plus tard, il fut nommé syndic 3 (12 mai 1728), mais à peine une année

(i)A. N. V6 818 (Doc. No 266.) — (2) A. Mémoire sommaire, Pour Jean- Baptiste Coignard, Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy, & de l'Académie Françoise. Contre le sieur Denis Mariette Libraire à Paris. (S. 1. n. t. n. d. In fo. 3 p. ch. B.N., Ms. fr. 22072, pièce i3. — B.V.P. 635o f°, portef.10.) — 13. Au Roy et à nosseigneurs de son Conseil [Réponse de Mariette au mémoire di Coignard] Signé: M. Lauthier. (S. 1. n. t. n. d. In-K 10 p. ch. B. N., Ms. fr. 22072, pièce i5. — B.V.P. 635o, fo, portef. 10.) — (3) Reproduite par P. Delalain, op. cit., p. 52. - (4) Lottin, II, p. 28. — (5) Pour son syndicat, voy. le t. IV de la présente série

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s'était-elle écoulée, qu'il donnait sa démission de cette charge (4 juin 1729), sans doute trop lourde pour lui. 11 semble en effet que depuis longtemps son état de santé était loin d'être satisfaisant, puisque, dès le mois d'août 1713 S il s'était adjoint son fils, avec droit de survivance, ce qui est confirmé par une autorisation à lui octroyée par arrêt du Conseil privé du 23 octobre suivant2 et que, le 7 mars 17 18, il sollicitait et obtenait la même faveur de l'Académie Française3. Il accepta cependant, en 1723, le 20 janvier 4, la charge assez absorbante de Consul, avec laquelle il cumulait les fonctions de marguillier de sa paroisse (S. Séverin), de Commissaire des pauvres, d'Administrateur de l'Hôpital des Petites Maisons5, et depuis longtemps celles de « Commissaire contrôleur juré mouleur de bois », office dont il avait fait l'acquisition le 10 mars 1704 6.

Jean-Baptiste II Coignard avait atteint l'âge de 68 ans, lorsqu'il passa de vie à trépas le 20 juillet 1735 7. D'un premier mariage contracté, le 24 juin 1692, avec Anne-Françoise Simart, fille de Nicolas, commissaire contrôleur juré mouleur de bois 8, il avait eu six enfants : Jean-Baptiste, qui suit ; Pierre François, plus tard libraire cà Dijon (1732-1750); Jean-Baptiste-Nicolas, confrère de l'Oratoire ; Anne-Geneviève, épouse de Pierre Le Prieur, marchand tireur d'or ; Catherine-Françoise, épouse de Guillaume Bioche marchand mercier ; et Anne-Françoise, épouse de Jean-Gabriel de Combles, marchand bourgeois de Paris. De son second mariage, il n'eut point de postérité, mais sa veuve, née Charlotte Girard, conserva une partie du fonds de la librairie et continua le commerce dans la rue Percée, jusqu'au jour de son décès, le 27 septembre 1760 9.

On possède un portrait de cet imprimeur, à mi-corps, assis de face, gravé par G. E. Petit, 1732, d'après A. Pesne, 1724 l0.

Coignard (Jean-Baptiste III) Imprimeur et libraire (17 17- 1752).

Imprimeur ordinaire du Roi (1717-1750).

Rue Saint-Jacques, au Livre d'or (1717-1735) ; même rue, à la Bible d'or (173 5-1752).

(1) Arrêt du Conseil du 28 août 1 7 1 3, A. N., V6 829 (Doc. N° 270). — (2) A. N., V6 83o (Doc. N° 272). — (3) Cf. Delalain, op. cit., p. 60. — (4) Ibid., p. 5o. — (5) Billet de faire part de son décès (B. N., Pièces origin., 802). — (6) Delalain, op. cit., p. 67. — (7) Ibid.; p. 06. — (8) Ibid., p. 68, note 2 (Voy. Doc. n» 2 35). — (9) Ibid., p. 68-71. — (10) B. N, Cabinet des Estampes. (Cf. Catal. par M. Duplessis, n" 10084).

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Fils, adjoint, pais successeur du précédent, Jean-Baptiste III Coignard naquit à Paris en 1693. Dès qu'il eut atteint sa vingtième année, son père se l'adjoignit dans la direction de son imprimerie, ensuite d'un arrêt du Conseil privé du 23 octobre 17 13 *, qui stipule que « ledit Coignard fils ne pourra avoir ou lever imprimerie autrement que par le décès ou l'abdication dudit Coignard, son père, ou le décès arrivant ou abdication volontaire de quelque autre maître... » La seconde alternative se produisit en 17 17, à la suite du décès de Claude Prignard, l'un des trente-six imprimeurs de Paris, dont la place échut à Jean-Baptiste III Coignard, après que son père eut pris l'engagement vis-à-vis du syndic et des adjoints de les garantir en cas de compétition 2. Il fut dès lors titularisé, mais, dès 17 16, il avait signé : De l'Imprimerie de Jean-Baptiste Coignard Fils, Imprimeur de S. A. S. Monseigneur le comte de Toulouse, une « Déclaration du Roy, qui autorise le Règlement qui doit être observé par les Propriétaires, Capitaines & Maîtres de Bâtimens de mer Avec ledit Règlement Donnée à Paris le 4 mars 17 16 3 ». A une époque contemporaine, il fut pourvu de la charge d'imprimeur du roi, soit concurremment soit en survivance de son père, car je ne puis faire que des hypothèses, n'ayant point trouvé les lettres de provision qui lui furent délivrées pour cela. Il était déjà survivancier de son père, depuis le 9 novembre 17 13 4, dans les fonctions d'imprimeur-libraire de l'Académie Française, lorsque la mort de ce dernier, en 1735, le titularisa dans les divers emplois ci-dessus. Jean-Baptiste III Coignard, qui, de 1717 à 1735, avait eu, comme son père autrefois son établissement particulier dans l'immeuble de la rue Saint-Jacques, où pendait l'enseigne du Livre d'or, vint s'installer dans la maison de la Bible d'or, qu'il ne quitta plus luimême jusqu'à son décès.

La production de cet imprimeur du roi est encore plus importante, s'il est possible, que celle de son père et l'on remarque parmi les ouvrages sortis de ses presses le Dictionnaire des arts et des

Ci) Voy. Doc. n" 272. — (2) Cet engagement est ainsi conçu : « Je promets cà Messieurs les Syndic et adjoints de les indemniser de toutes poursuites pour raison de la réquisition que j'ay faite aujourd'huy de la place du sieur Prignard, l'un des 36 imprimeurs de cette ville, en faveur de mon fils à qui ils l'ont accordée estant le plus ancien inscript de ceux qui se sont présentés pour la remplir et ce en conformité de l'arrest du Conseil du i3 octobre 1 7 1 3 . Fait à Paris le 1 1' aoust mil sept cent dix-sept. Coignard. » (B.V P., 635o f°, portef. 10.)— (3) In-4, 12 p. ch. (B.N., F. 23621, pièce 3oo,).— (4) Delalain,op. cit., p. 58.

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sciences, de Thomas Corneille (173 1, 2 vol in-f°) et la troisième édition du Dictionnaire de l'Académie françoise (1750, 2 vol. in-f°).

De même que son aïeul et que son père, le dernier des Jean- Baptiste Coignard fut élu adjoint de sa Communauté, le 12 août 1 73 5 4 ; quelques années plus tard, le 22 décembre 175 1 2, il fut appelé à remplir les fonctions de syndic, mais il les abandonna bientôt 3. Atteint subitement d'une maladie fort commune à son époque et d'autant moins explicable en ce qui le concerne, qu'il n'avait pas d'enfant, il avait médité l'acquisition de ce qu'on appelait alors une savonnette à vilain. Après avoir démissionné, presque coup sur coup, de sa charge d'imprimeur du roi (octobre 1750 4), au profit d'Antoine Boudet, son beau-fils (fils de sa femme) ; de sa place d'imprimeur-libraire (8 mars 1752 5),en faveur d'Augustin- Martin Lottin ; et de sa dignité de syndic, il devint en effet, ainsi que nous l'indique P. Delalain, « secrétaire du roi le Ier octobre 1752 6 ». C'est ajoute le même auteur, « par contrat du 3 août 1752 qu'il avait acquis du sieur Philippe-François Marchand l'un des quatre offices de Conseiller secrétaire du Roi, Maison-Couronne de France et de ses Finances, Conservateur des hypothèques sur les rentes et augmentations de gages dues et créées par Sa Majesté. Plus tard même, le 19 septembre 1754, il acheta encore à Pierre-Paul Bigres de Chevilly les deux états et offices de Conseiller du Roi receveur et payeur ancien et mitriennal et receveur et payeur alternatif et mitriennal des gages de Messieurs les Officiers du Grand Conseil ; il en fut pourvu par des lettres de provisions qu'il obtint en la Grande Chancellerie pour chacun des dits offices le même jour, 18 février 1755 ; mais, le 31 décembre 1758, il vendait les dits offices à Pierre Poan et ne conservait que sa première charge de secrétaire du Roi, Conservateur des hypothèques. » Qu'on me pardonne cette fastidieuse énumération de titres longs à couper la respiration la plus robuste, j'ai fini.

Dans le courant du mois de juin 1738, Jean-Baptiste III Coignard avait. épousé Jeanne Joban, veuve d'Antoine Boudet, libraire de Lyon, qui lui avait apporté en dot le fonds de la librairie lui apparnant tant à Lyon qu'à Paris 7 ; si l'on ajoute à cela le fonds que

(1) Lottin, II, p. 28. — (2) Ibid. — (3) Voy. sur son syndicat le t. IV de la présente série. — (4) Voy. la notice d'Antoine Boudet, supra. — (5) Arrêt du Conseil privé du 20 mars 1752, A.N., V6 971 (Doc. n° 3 16). — (6) Op. cit., p. 8-79. — (7; Ibid., p. 73.

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Coignard possédait lui-même et la part qui lui était échu dans la succession de son père, ainsi que les bénéfices de son imprimerie et les divers profits de ses emplois et fonctions, l'on ne sera point étonné de la fortune importante qu'il avait acquise et qui, s'élevait à soixante-mille livres de revenus *, au moment de son décès. Ce dernier événement se produisit le 31 oetobre 1768 et Jean-Baptiste III Coignard fut inhumé dans l'une des chapelles de Saint-Séverin, où reposait déjà Jeanne Joban, sa femme, décédée elle-même en 1755 2. Une inscription, qui a disparu depuis, rappelait les titres et qualités de l'ancien imprimeur du roi.

Partestament et codicillesdes 12 avril-25 octobre 1768 3, J.-B. Coignard avait laissé notamment « 800 livres de rentes sur les Aides et Gabelles, pour aider les quatre plus anciens protes ou garçons imprimeurs hors d'état de pouvoir travailler, plus 400 livres de rentes aussi sur les Aides et Gabelles, pour le soulagement des pauvres compagnons imprimeurs, même ceux qui se retireront à Bicêtre ; ceux de Paris ou qui auront travaillé dans l'imprimerie de M. Coignard seront préférés4». Cette fondation avait valu à son auteur le titre de Bienfaiteur des ouvriers imprimeurs de Paris ; elle subsiste encore aujourd'hui, mais elle se trouve réduite à bien peu de chose. Sur tout cela, ainsi que sur le prix d'éloquence latine que Coignard avait créé de son vivant, en faveur des étudiants de l'Université de Paris, on trouvera de longs et intéressants détails dans l'ouvrage consacré par P. Delalain aux Libraires et Imprimeurs de l'Académie Française. On peut consulter aussi, à la Bibliothèque nationale, une « Notice sur Jean-Baptiste Coignard, ancien imprimeur-libraire, conservateur des hypothèques, mort le 2 novembre (sic) 1768 et sur leslegs qu'il a faits aux anciens Protes et aux Compagnons Imprimeurs 5 ». Enfin, le département des estampes de la même bibliothèque conserve un portrait de J-B. III Coignard, en buste, assis, de trois quart à droite, gravé par J. Daullé, d'après Voiriau G.

Collombat (Jacques) Imprimeur, libraire et fondeur (1700-1744). Imprimeur ordinaire du Roi, du Cabinet, de la Maison, Bâtiments, Arts et Manufactures du Roi (17 14-1744). Rue Saint-Jacques, au Pélican.

(1) Notice sur J.-B. Coignard (B.N., Ms. fr. 22064, fo 223)- — (2) BN-> Ms- fr- Pièces originales, 802. — (3) Voy. Doc, n° 326. — (4) Delalain. op. cit., p. 82- *3. — (5) B.N., Ms. fr. 22064, fo 2^3. — (6) Cf. Catalogue Duplessis, n' ioo85.

I 36 GEORGES LEPREUX

« Savoyard venu à Paris en sabots », telle est la note que donne au sujet de cet imprimeur, le trop souvent fallacieux historique des libraires et imprimeurs de Paris, rédigé par la police, que j'ai eu plusieurs fois déjà l'occasion de citer et de prendre en défaut 4. Cette indication, d'un caractère de désobligeance visiblement recherchée, est plus inexacte encore que tant d'autres. En fait, Jacques Collombat avait vu le jour à Grenoble vers 1668 2 et il était fils de Claude Collombat, marchand en cette ville, et d'Anne Girard. Arrivé à Paris en 1689, on le rencontre, non pas en sabots, mais accompagné d'un sien cousin, « maistre François Dalière de Banmorière, advocat au Parlement, demeurant rue de Perpignan, paroisse Sainte Marie-Madeleine », qui, le 29 novembre, le présentait en la Chambre syndicale des libraires et imprimeurs et déclarait avoir mis son jeune parent en apprentissage « pour le terme de quatre années, chez Jean Guignard, marchand libraire à Paris, y demeurant rue de la Juifverie, paroisse Sainte-Marie-Madeleine en la Cité 3 ». A la vérité, Jacques Collombat n'était pas un apprenti dans le sens propre du mot, car il connaissait déjà le métier d'imprimeur, pour l'avoir appris et pratiqué, depuis l'année 1685, dans sa ville natale 4, chez François Provansal, libraire et imprimeur, son oncle 5, mais, ayant résolu de s'établir à Paris, il était indispensable, suivant la législation de l'époque, qu'il y fit un nouvel apprentissage.

Dès que ce second apprentissage fut terminé, Collombat trouva une alliance dans une vieille famille de libraires parisiens, en épousant Magdeleine de Hansy, fille de Claude et, à la suite de son mariage, il se fit recevoir dans la Communauté, en qualité de libraire, le 4 février 1695 6« Quelques années plus tard, le 5 janvier 1700, il était pourvu d'une charge d'imprimeur de Madame la Duchesse de Bourgogne7, Marie-Adélaïde de Savoie, ce qui, aux

(1) B.N., Ms. fr. 22106, f° 262.— (2) B.N., Ms. fr. 2i838, f° 126 V'. — (3) Ibid. — (4) B.N., Ms. fr. 22078. f" 200. — (5) B.N., Ms. fr. n. a. 400, f> 87.- (6) B. N., Ms. fr. 21 856, f" 137 V0.— (7) «De par Madame la Duchesse de Bourgogne. Notre Dame d'honneur, premier Maistre, et Maistres ordinaires de notre Hôtel, et Vous, Contrôleurs et Trésorier généraux de notre Maison, Salut. Désirant gratifier et favorablement traiter notre bien amé Jacques Collombat, sur le bon rapport qui nous a été fait de sa personne, nous l'avons retenu et retenons pour notre Imprimeur ordinaire, pour nous servir dorénavant en ladite qualité, et en jouir et user aux honneurs, autoritez, prérogatives, prééminences, privilèges, franchises, libertez, gages, droits, fruits, profits, revenus et émolumens accoutumez et y appartenans, et tout ainsi qu'en jouissent ceux qui sont

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termes d'une Déclaration du roi du 16 mai 1698, lui permettait de jouir des privilèges accordés aux imprimeurs de sa Majesté. Reçu dans cette charge le 18 du même mois1, Collombat fit aussitôt l'acquisition du matériel de la veuve Charles II Coignard, se composant de trois presses2, s'adjoignit dix compagnons 3 et se mit au travail de l'impression avec une activité qu'aucun obstacle ne devait plus arrêter.

Le typographe de la duchesse de Bourgogne n'était cependant encore qu'imprimeur surnuméraire, c'est-à-dire que son établissement n'était point l'une des trente-six imprimeries privilégiées et que, d'un instant à l'autre, il pouvait être contraint de le fermer. Il fit donc tous ses efforts pour obtenir l'une de ces places, mais ce n'était guère facile, étant donné le grand nombre des aspirants : ayant échoué une première fois en 1705, deux circonstances favorables lui permirent, en 1709, de consolider sa situation. A cette époque, en effet, plusieurs imprimeurs de Paris, du nombre des trente-six, ne se trouvaient pas pourvus du matériel prescrit par les règlements et il était possible de faire prononcer leur déchéance. Collombat eut vite pris son parti : il présenta requête à la Chancellerie, à l'effet d'être admis à remplacer l'un de ces imprimeurs, plus particulièrement Claude Cellier, avec lequel il s'était déjà trouvé en concurrence en 1705 4et obtint, le 9 septembre 1709, un premier arrêt qui ordonna la communication de sa requête à ses adversaires5. Après une lutte acharnée, au cours de laquelle les parties échangèrent de nombreux mémoires, factums et autres pièces, où

pourvus de pareilles charges. Mandons à chacun de vous en droit soy, ainsi qu'il appartiendra, qu'après avoir receu dudit Collombat le serment en tel cas requis et accoutumé, vous fassiez enregistrer cette présente notre retenue es registres et papiers de notre Chambre aux deniers, avec celles de nos autres officiers et d'icelle, ensemble des honneurs, autoritez et émolumens cy-dessus, le faire jouir et user pleinement et paisiblement sans difficulté. En témoin de quoy nous avons fait mettre le placard de nos Armes à ces dites présentes. Donné à Versailles le cinquième jour de janvier mil sept cens. Marie-Adélaïde. Par Madame, Guillaume de la Vieuxville. » (B.N., Ms. fr. 22078, f° 200). — (i) «Aujourd'hui dix-huitième jour de janvier mil sept cent, le sieur Collombat a fait et prêté à Versailles le serment qu'il devoit à cause de sa charge d'imprimeur ordinaire de Madame la Duchesse de Bourgogne ; et en icelle a été receu par Madame la Duchesse de Lude, Dame d'honneur de Madame la Duchesse de Bourgogne, moy son Secrétaire ordinaire présent. Morel. » (Ibid.) - (2) B. N., Ms. fr. n. a, 403, P 87. — (3) Ibid. — (4) Arrêt du Conseil privé du 14 septembre 1705, A.N., V6 802. Cf. la notice, de Claude Cellier dans le T. Il de la présente série. — (5) A. N., V6 816. (Doc. n" 264).

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l'aménité n'est pas le trait dominant1, un nouvel arrêt du Conseil privé, du 13 janvier 17 10, déclara Claude Cellier déchu de sa maîtrise et du droit de tenir imprimerie et ordonna que Jacques Collombat serait reçu « maître imprimeur pour remplir la place dudit Cellier2. » Lottin indique que sa réception en la Chambre syndicale eut lieu le 18 février suivant ; cette date est exacte et même une note marginale du registre des délibérations de la Communauté constate avec une certaine amertume que le récipiendaire, « suivant l'ordre par écrit de Mgr le Chancelier » ne versa qu'une somme de cent livres 3.

Pendant la même année 1709, au mois d'octobre, et cela sans doute ne fut pas sans exercer une heureuse influence sur la décision que je viens de rappeler, Collombat avait obtenu un brevet d'imprimeur ordinaire des Bâtiments, Jardins, Arts et Manufactures du roi4.

Franchissons à présent cinq ans d'un même coup et nous trouverons l'imprimeur des Bâtiments pourvu de la charge encore plus honorable d'imprimeur ordinaire de Sa Majesté : elle lui fut octroyée par des lettres de provision du 20 décembre 17 14, à la suite de la démission de Jean II Boudot5. Avec l'agrément du roi, il avait été également choisi par l'Académie royale de peinture, pour tous les ouvrages dépendant du privilège accordé par le souverain à cette assemblée, le 28 juin précédent6. Enfin, en 1718, Collombat

(1) Voy. la Requête indiquée supra, p. 86, note 8, et la notice de Claude Cellier. — (2) A. N.,V6 818 (Doc. n° 265). — (3) B. N., Ms. fr. 2i856, f 238 V°. — (4) « Nous Louis Antoine de Gondrin, Marquis Dantin, Lieutenant Général des Années du Roy et de la haute et basse Alsace, Gouverneur de l'Orléanois, Menin de Monseigneur le Dauphin, Directeur général des Bâtimens, Jardins, Arts et Manufactures de Sa Majesté, Suivant le pouvoir qui nous a été donné par le Roy, et sur la capacité, l'exactitude et l'estime particulière que nous faisons du Sieur Collombat, Imprimeur ordinaire de Madame la Duchesse de Bourgogne : Certifions à tous qu'il appartiendra avoir choisi et retenu ledit Sieur Collombat dès le mois de septembre 1708 pour imprimeur ordinaire de tout ce qui concerne et a rapport ausdits Bâtimens, Jardins, Arts et Manufactures du Roy, à la charge de transporter une imprimerie en tel lieu qui luy sera indiqué, et d'avoir les ouvriers nécessaires toutes fois et quantes qu'il en sera requis pour le service de Sa Majesté. En foy de quoy nous luy avons accordé le présent que nous avons signé de notre main, fait contresigner par le Secrétaire des Bâtimens du Roy, et y apposer le cachet de nos Armes. A Versailles le 22 octobre 1709. Dantin de Gondrin. Par mondit Seigneur, Marchand » (B. N., Ms. fr. 22078, f° 2o3). — (5) A. N, O1 58, P 275 (Doc. n° 275). - (6) Arrest du Conseil d'estat du Roy, Du 28 juin 1714. Portant Privilège à l'Académie Royale de Peinture & de sculpture, & aux Académiciens, de faire imprimer & graver leurs ouvrages; avec défenses à tous Imprimeurs, Graveurs ou

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était appelé à organiser et à diriger Y Imprimerie du Cabinet du Roy, au sujet de laquelle a paru récemment une notice historique et bibliographique 4, dont les éléments ont été tirés d'un volume, conservé au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale2, et qui renferme toutes les productions, ou peu s'en faut, sorties de la presse installée aux Tuileries, sous la dénomination ci-dessus, pour servir surtout aux divertissements de Louis XV enfant. Parmi ces impressions, au nombre d'une cinquantaine, on remarque les deux suivantes, notées ici parce que l'une appartient à la bibliographie typographique et qu'elle est entièrement l'œuvre de Collombat, l'autre parce qu'elle présente cette particularité d'avoir été imprimée par le jeune roi lui-même :

Principaux termes de l'art typographique ou de l'imprimerie, avec le nom et usage des instrumens, pièces et utensiles($*V) qui sont renfermées dans l'Imprimerie du Cabinet du Roy. Dressez et imprimez pour Sa Majesté, Par J. Collombat Imprimeur ordinaire du Roy, et seul à la suite de Sa Majesté. 1718. (In-44p.)

Cours des principaux fleuves et rivières de l'Europe. Composé & imprimé Par Louis XV. Roy de France & de Navarre. En 171 8. [Armes de France] A Paris, Dans l'Imprimerie du Cabinet de S. M. Dirigée Par J. Collombat Imprimeur ordinaire du Roy, Suite, Maison, Bâtimens, Arts & Manufactures de Sa Majesté. M.DCC. XVIII. (In-ziIV f. de table n. ch., 71 p. En tête, portrait de Louis XV enfant, gravé par J. Audran. 3).

autres personnes, excepté celuy qui aura été choisi par ladite Académie, d'imprimer, graver, ou contrefaire, vendre des Exemplaires contrefaits, à peine de trois mil livres d'amende, confiscation de tous les Exemplaires contrefaits, Presses, caractères, Planches gravées, & autres ustensiles qui auront servi à les imprimer, &c. Extrait des Registres du Conseil d'Etat. — (A la fin :) A Paris, De l'Imprimerie de Jacques Collombat, Imprimeur ordinaire de la Maison, Bâtimens, Arts & Manufactures du Roy, & de feue Madame la Dauphine, &c, rue saint-Jacques, au Pélican. 1714. (In-4, 4. p. ch. B. N., F. 23649, pièce 117.) — (1) L'Imprimerie du Cabinet du roi au Château des Tuileries sous Louis XV. 17 18-1730. (A la fin :) Nogent-le-Rotrou, Imprimerie Daupeley-Gouverneur. (S. d. In-8. 1 1 p. Extr. du Bull, de la Soc. de l'iiist. de Paris et de Vile de France, t. XVIII (1891), pp. 33-45. B. N., 8° Q. pièce 725.) — (2) Ce recueil, qui porte le no i3o68 du fonds français, est intitulé : « Spécimens de l'Imprimerie du Roi au Château des Tuileries sous Louis XV. » — (3) Le département des imprimés de la B.N., (Rés. G. 1068) conserve un exemplaire de cet opuscule, relié en mar. r. aux armes, qui fut probablement l'exemplaire même de Louis XV.

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De tout temps, l'heureuse chance de Collombat, qui n'était au surplus que la récompense de son mérite, suscita contre lui la jalousie de la plupart de ses collègues. Dès 1699, on prévoyait déjà quel rival il allait être et l'on faisait circuler de petites pièces satiriques, comme, par exemple, le « Privilège de Momus, général de la Calotte, en faveur de Jacques du Colombat, fondeur, graveur, doreur, relieur et imprimeur de cour, pour l'impression des ouvrages du régiment », dont on peut voir une copie dans l'un des manuscrits de la Bibliothèque nationale l. Ces plaisanteries étaient sans conséquence et Collombat les laissait passer, mais lorsque les attaques s'adressèrent à ses privilèges ou à ses intérêts, il fut ardent à les défendre, sans s'abaisser cependant au genre de calomnies courantes dans les factums de l'époque.

Parmi les ouvrages de son fonds, le plus modeste comme taille, le moins brillant comme œuvre de l'esprit, mais le plus précieux au point de vue des intérêts matériels, fut son Calendrier delà Conr^, qui ne lui rapportait pas moins, paraît-il, de vingt mille livres par an et dont le privilège fut estimé, en 1752, à une valeur de 120000 livres 3 : véritable Pactole, comme on le voit, pour la conservation duquel l'imprimeur du Cabinet du Roi eut à subir les assauts aussi rudes qu'opiniâtres de la concurrence.

Dans un mémoire qui sera cité plus bas 4, Collombat raconte qu'il avait créé ce petit Calendrier en 1700, pour l'usage de « la famille royale et maison du Roi, sur le modèle qui lui en fut donné par feu Mgr le Duc de Bourgogne et que la nouveauté et la perfection de ce petit ouvrage attira l'attention delà Cour et de la Ville. » Quelqu'un s'en préoccupa peut-être davantage encore, c'était Laurent d'Houry, imprimeur de Paris et créateur, en 1684, de YAlmanach Royal', dès l'année 1710, il empruntait au Calendrier de la Cour, pour les ajouter à son Almanach, les heures du coucher et du lever de la lune, puis s'enhardissant, il fit siennes, d'année en

(1) Ms. fr. 22077, pièce 63. — (2) Calendrier de la Cour, tiré des Ephémérides, contenant le lieu, le lever et le coucher du Soleil et delà Lune pour l'année mil sept cent, avec la naissance des Rois, Reines, Princes et Princesses etc. Imprimé pour la famille Royale et maison de Sa Majesté. [Armes de France] A Paris, de l'Imprimerie de Jacques Collombat... In-18. La B.N., ne possède que deux exemplaires antérieurs à 1750 ; de 1751 à 1770, il manque environ un livret sur deux ; à partir de 1771, la collection est complète (Le 23 97). Cons. sur cet almanach : J. Grand-Carteret, Les Almanachs français (Paris. 1896. Gr. in-8), p.3o-3 2. — (3) Description et prisée des livres du fonds de J. F. Collombat, 10 avril 1752 BVP, 635o f°, portef. 9). — (4) Voy. p. 142, note 2, A.

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année, quelques-unes des listes de fonctionnaires royaux que Collombat publiait dans le Calendrier, et aussi certains renseignements, comme les Devis des Bâtiments royaux, pour lesquels, aux termes d'un arrêt du Conseil l, ce dernier avait un privilège exclusif. Enfin, jaloux de ne pas se laisser distancer par son rival, d'Houry, en 17 17, « contrefit totalement le Calendrier de la Cour sous le titre de son Almanach en abrégé et pour tâcher de couvrir toutes ses contrefaçons et contraventions, il intenta un procès au Conseil contre le sieur Collombat 2. » Je ne vois pas la possibilité d'entrer ici dans le détail minutieux de cette affaire, dont on trouvera tous les faits longuement exposés et discutés dans les multiples factums signifiés et publiés par les parties3, je me borne à noter que, lésés dans leurs intérêts, les autres imprimeurs du roi crurent devoir entrer en lice4 pour défendre leurs prérogatives contre Laurent d'Houry et que, vidant le débat, un arrêt du Conseil du 29 décembre 1717 5 défendit à ce typographe «. d'imprimer, vendre ni débiter aucun abrégé de son almanach Royal ni de contrefaire le Calendrier de la Cour » édité par Jacques Collombat, et à celuici « d'imprimer, vendre et débiter ledit Calendrier en autre forme qu'il a fait jusqu'à présent ni de l'augmenter et ajouter à l'ancien aucune chose. »

Peu de temps après, d'Houry sollicita le renouvellement de son privilège et l'obtint en vertu de lettres royales du 24 décembre 1722, qui lui imposaient la condition expresse d'exécuter l'arrêt dont je viens de parler et de ne point préjudicier au privilège de

(1) Voy. Doc. n° 267. — (2) Mémoire indiqué, p. 142, note 2, A. — (3) Voici la bibliographie de ces factums : A — Au Roy et à nosseigneurs de son conseil. (Requête de d'Houry contre Collombat.) S. 1. n. t. n. d. In-f", 2 p. ch. BN, Ms. fr. 22077, pièce 69). — B- Au Roy, et à nos seigneurs de son Conseil. (Pour Collombat contre d'Houry. S. 1. n. t. n. d. In f°, 6 p. ch. BN, Ms. fr, 22077, pièce 64). — C.Au Roy, et à nosseigneurs de son conseil (Deuxième requête de d'Houry contre Collombat. S. 1. n. t. n. d. In P. 8 p. ch. BN, Ms. fr. 22077, pièce 69. f03 157-159.) — D. Mémoire sommaire P. Jacques Collombat Imprimeur-Libraire ordinaire du Roy. Contre Laurent d'Houry, Imprimeur à Paris. (A la fin: De l'Imprimerie de Jacques Collombat. 1717. (In f°, 4 p. ch. BN, Ms. fr. 22077, pièce 65.) — E. Mémoire pour Jacques Collombat, Imprimeur-Libraire ordinaire du Roy, Maison, Bàtimens, Arts et Manufactures de Sa Majesté Contre Laurent d'Houry et sa femme, Imprimeur-Libraire à Paris. (S. I. n. t. n. d. In-f°, 8 p. ch. BN, Ms. fr. 22077, pièce 68.) — F. Mémoire Pour les Imprimeurs- Libraires ordinaires du Roy. Contre Laurent d'Houry Imprimeur à Paris. (A la fin :) De l'Imprimerie de Jean-Baptiste Delespine Imprimeur ordinaire du Roy. 1717. (In f, 3 p. ch. BN, Ms. fr. 22077, pièce 66.) — (4) Voir note précédente,1 lettre F. — (5) Voy. Doc. n° 279.

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Collombat. Quelques années passèrent, Laurent d'Houry décéda dans l'intervalle (1725) et tout à coup, en 1731,1a veuve de celui-ci, Elisabeth Dubois, entreprit un nouveau procès contre l'imprimeur du Calendrier de la Cour, qu'elle accusait d'avoir enfreint l'arrêt de 17 17 et d'avoir attenté à son privilège de 1722, en ajoutant à sa publication plusieurs listes de fonctionnaires et de personnages de l'Etat, qui n'y figuraient pas antérieurement *. Collombat ne dénia pas qu'il eut apporté à son Calendrier quelques augmentations, mais il répondit qu'il ne l'avait fait qu'en vertu « d'ordres supérieurs, auxquels il n'avait pu refuser d'obéir: qu'en effet, par ordres de feu S. A. R. Mgr le Régent et de feu M. le Marquis de la Vrillière, il avait inséré les Départemens de MM. les Secrétaires d'Etat, en vertu d'un nouveau privilège du 11 août 171 8; qu'en 1722, il avait ajouté les Départemens des Finances ; qu'en 1724, Sa Majesté ayant désiré qu'il imprimât la liste des Chevaliers du Saint-Esprit immédiatement après la grande promotion du 23 juin de la même année, elle lui ordonna ensuite d'insérer cette liste dans le Calendrier de la Cour de l'année 1726; qu'en 1728, il avait dû agir de même pour les Archevêques et les Evêques...2. » Les autres imprimeurs du roi intervinrent de nouveau pour prêter main-forte à leur collègue3, mais le litige se termina cette fois sans décision de justice; le roi lui-même y coupa court en accordant à son typographe, le 14 décembre 173 1, le renouvellement de son privilège pour l'impression du Calendrier pendant vingt années, à condition d'en conserver toutes les matières pour l'an 1732.

Malgré tout, l'imprimeur du roi n'était pas encore au bout de ses peines : les femmes, surtout les plaideuses sont tenaces

(1) Mémoire Pour Elisabeth Dubois, veuve de Laurent d'Houry, Libraire- Imprimeur, Demanderesse. Contre Jacques Collombat, Ecuyer &c. Libraire- Imprimeur Défendeur. (S. 1. n. t. n. d. In f°, 3p. ch. BN, Ms. fr. 22077, pièce 67 ) — (2) A. Mémoire Pour Jacques Collombat Ecuyer, Gentilhomme de la Vénerie, & Premier Imprimeur ordinaire du Roy, du Cabinet, Maison & Bâtiments de Sa Majesté, Défendeur. Contre la Veuve de Laurent d'Houry, Imprimeur Libraire à Paris, Demanderesse. (A la fin:) De l'imprimerie de J. Collombat. 173 1. (In-f°, 6 p. ch. BN, Ms. fr. 22077, pièce 70.) — B. Mémoire Pour le Sieur Collombat Ecuyer, Gentilhomme... Majesté. Et les autres Imprimeurs ordinaires du Roy. Contre la Veuve de Laurent d'Houry, Imprimeur- Libraire à Paris. (A la fin:) De l'Imprimerie de I. Collombat, 173 1. (In-f°, 3 p. ch. BN, Ms. fr. 22077, pièce 71.) — (3) Mémoire Pour les Imprimeurs du Roy. Contre Elisabeth Dubois Veuve de Laurent d'Houry, Imprimeur-Libraire à Pans. (A la fin:) De l'Imprimerie de Jean-Baptiste Delespine Imprimeur ordinaire du Roy. ij3i. (In-f°, 3 p. ch. BN, Ms. fr. 22077, pièce 72.)

dans leurs idées ; la veuve d'Houry, le plus tranquillement du monde, se rajeunit de seize ans et se remit à imprimer et à débiter des abrégés de Y Almanach Royal, qui se rapprochaient singulièrement du Calendrier de la Cour. Outré de ce procédé, Collombat, porta ses plaintes devant le Conseil d'Etat qui, par un arrêt du 2 mars 1733, ordonna la communication de sa requête à son adversaire; il y concluait à ce qu'il lui fût permis « de saisir et confisquer tous un chacun les extraits qu'elle a fait de son Almanach Royal et aux termes du privilège du Sr Collombat, déclarer l'amende de 6000 livres par elle encourue; ce faisant, luy faire itératives défenses de faire aucuns extraits de son Almanach Royal, d'imiter la forme, grandeur et disposition du Calendrier de la Cour en nulle façon et sous quelque prétexte que ce puisse être, et pour l'avoir fait, la condamner aux dommages-intérêts du Sp Collombat et aux dépens l » . La veuve d'Houry se borna, dans deux requêtes2, à pousser quelques gémissements et à protester de son entière soumission à l'autorité royale, puis, à la veille d'être jugée, elle démasqua soudain ses batteries et fit signifier à Collombat, le 13 janvier 1734, une troisième requête dont les conclusions ouvraient un quatrième procès3. Elle ne demandait ni plus ni moins que le rapport du privilège obtenu le ^décembre 1731 par l'imprimeur du Calendrier, se déclarant prête en ce cas à ne plus faire paraître aucun abrégé de son Almanach, à la condition toutefois que son rival ramenât le Calendrier de la Cour aux proportions d'avant l'année 17 18. C'était, on le voit, un véritable travail d'écureuil, auquel Collombat s'opposa vivement4, mais entre temps la veuve d'Houry céda son entreprise à son petit-fils André-François Le Breton ; les procédures commencées s'assoupirent dans leurs sacs et ne se réveillèrent que longtemps après. Nous les retrouverons 5.

(1) Mémoire Pour le Sieur Jacques Collombat Ecuyer, Gentilhomme de la Vénerie & Premier Imprimeur ordinaire du Roy, du Cabinet, Maison & Bâtimens de Sa Majesté ; Demandeur Contre la Veuve de Laurent d'Houry, Imprimeur-Libraire à Paris; Défenderesse. (A la fin:) De l'Imprimerie de J. Collombat. 1733. (In-f°,8 p.ch. B. N., Ms.fr. 22077, pièce 79), — (2)Auroy. (Deux requêtes de la Veuve d'Houry sous ce titre. S. l.n. t. d. In-f°, Un feuillet chacune B. N., Ms.fr. 22077, f03 i83 et 184.) — (3) Au Roy, et à nosseigneurs de son Conseil. (A la fin:) Signifié le i3 janvier 1734. In-f°,4p. ch.B. N., Ms.fr. 22077, pièce 81.) — (4; Mémoire Pour le Sieur Jacques Collombat, Ecuyer, Gentilhomme de la Vénerie, & Premier Imprimeur ordinaire du Roy, du Cabinet, Maisons & Bâtimens de Sa Majesté. Contre la veuve de Laurent d'Houry, Imprimeur-Libraire à Paris. (A la fin:) De l'Imprimerie de J. Collombat. 1734. (In-fo, 7 p. ch. B. N., Ms. fr. 22077, pièce 88.). — (3) Voy. la notice suivante.

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Les d'Houry n'avaient pas été les seuls à se laisser fasciner par le succès du Calendrier de la Cour et avant eux, en 171 1, un des descendants du célèbre Barrême, Gabriel de son prénom, s'était avisé de le contrefaire aussi et même de le copier mot pour mot: forme, grandeur, disposition, tout était identique, sauf le titre qui portait Agenda et Calendrier présenté an Roy. Avec ce contrefacteur du moins, les choses n'avaient pas traîné en longueur : une saisie pratiquée à son domicile et un échange de mémoires1 avaient suffi à le terrasser ; il en était même mort, semble-t-il, et sa veuve avait été contrainte d'abandonner le mot Calendrier, bien qu'elle prétendît que la computation du temps faisait partie du domaine des calculs, pour lesquels son mari et ses ancêtres avaient obtenu de nombreux privilèges royaux !

Nous ne sommes malheureusement pas encore au bout des procès de Jacques Collombat et je prie le lecteur de m'excuser de l'entretenir aussi longtemps et aussi fréquemment des chicanes de nos imprimeurs; il y a cependant profit aie faire, puisque le sujet est neuf, que cela m'amène tout naturellement à parler de leurs principales productions, à rectifier parfois les bibliographies antérieures, à montrer enfin combien étaient souvent difficiles les entreprises de la typographie. Ce sont les épines et nous, heureux bibliophiles, nous n'avons recueilli que les roses.

Au nombre des plus belles impressions de J. Collombat, on peut faire figurer le livre suivant :

Apologétique de Tertullien ou Défense des premiers Chrétiens contre les calomnies des Gentils. Avec Des Notes pour l'éclaircissement des faits et des matières. [Marque N° 3] A Paris, chez Jacques Collombat, Imprimeur ordinaire des Bâtimens, Arts, & Manufactures du Roy, &de feue Madame la Dauphine, rue S. Jacques, au Pélican. M. DCC. XIV. (I11-4, 152 p. ch. sll. Titre r. et n. Portrait de Louis XIV, d'après Rigault, gravé par S. Thomassin « Sumptibus J. Collombat ». B.N.,Rés.C. réoi).

Bien que tiré avec beaucoup de soin, in-4 et in-12, cet ouvrage ne fit pas ses frais et même, dix-huit ans plus tard, la plus grande

(1) Au Roy et à nosseigneurs de son Conseil. (A la fin :) De l'Imprimerie de Jacques Collombat, rue saint Jacques. 171 1 . (In-fo, 10 p. ch. B. N., fb Fm 3873).

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partie des exemplaires restait invendue dans les magasins de l'imprimeur, qui en avait fait toute la dépense1. En 1726 ce dernier recevait la visite de l'auteur, l'abbé Vassoult2 : celui-ci, désireux, disait-il, de le dédommager de la perte subie avec Y Apologétique, lui apportait le manuscrit d'une Traduction des Pseaumes en forme de prières. Collombat se laissa prendre à l'appât et, après avoir obtenu, le 10 octobre 1726, un privilège de dix ans, il mit l'ouvrage sous presse et en fit une édition de 1000 exemplaires3, dont trois cents furent distribués en présents, mais, à cause de son orthographe inusitée, lit-on dans le mémoire déjà cité4, l'œuvre de l'abbé Vassoult ne fut pas goûtée du public et l'imprimeur en fut réduit à écouler à bas prix dans les provinces ce qui lui restait de l'édition. L'auteur, de son côté, n'était pas resté inactif: il avait apporté de nombreuses corrections à son œuvre, l'avait soumise à l'un des censeurs, l'abbé Le Rouge qui, lui-même, l'avait annotée et sensiblement améliorée et enfin, à ses propres dépens, il avait chargé Collombat d'en faire une nouvelle édition. Celle-ci était terminée5, lorsque tout se gâta: Vassoult avait écrit au Chancelier pour désavouer cette deuxième édition, qu'il prétendait laisser pour compte à son imprimeur, tout en exigeant de lui la remise de l'exemplaire original annoté par le censeur ; il sollicitait enfin un nouveau privilège personnel au préjudice de celui de Collombat; il fallut plaider et, le 22 décembre 1732, un arrêt du Conseil donna pleinement gain de cause à l'imprimeur0. En 1752, lors de la liquidation du fonds des Collombat7, il y avait encore dans les magasins 314 exemplaires de Y Apologétique, in-4 et 574 exemplaires in-12, qui tous ensemble furent estimés 70 livres, et 977 exemplaires des Pseaumes, dont l'estimation fut portée

(1) Mémoire. Pour Jacques Collombat, Ecuyer Gentilhomme de la Vénerie ; & Premier Imprimeur ordinaire du Roy, du Cabinet, Maison & Bâtimens de Sa Majesté Contre le Sieur Abbé Vassoult, Confesseur de la Maison du Roy. (A la fin :) De l'Imprimerie de J. Collombat. 1732. (In. {", 1 1 p. ch. B. N., Ms. fr. 22077, pièce 77.) — (2) Jean-Baptiste Vassoult, confesseur et prédicateur ordinaire de la maison du roi, dit simplement Quérard (Fr. L, X, p. 64) ; on peut ajouter : né à Bagnolet en 1667, mort à Virollay le 26 janvier 1745. — (3) Edition non citée par Quérard. — (4) Voy. note 1. — (5) Les Psaumes de David selon l'esprit, ou les Psaumes en forme de prières chrétiennes. Seconde édition, revue et corrigée par M. L.L. R. Paris, J. Collombat. 1733. In-12. — Les initiales L.L.R. dont on ne trouve pas l'explication dans les Supercheries de Quérard, désignent l'abbé Louis Le Rouge. — (6) Arrest du Conseil d'Estat privé qui ordonne... l'exécution du privilège accordé à Collombat pour l'impression du livre des Pseaumes en forme de prières .. — Paris, J. Collombat, premier impr. ordin. du Roi et de sa maison, 1734. (In-4, 7 P- cn- B.N., Ms. fr. 22072, pièce 80.) — (7) Voy. infrà, p. 154.

G. Lépreux. Gallia Typographica. P. I. 10

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