‹ Galliéni, 1849-1916Chapitre 10 sur 35 · GALLIENI CHEF D'ARMÉE · texte numérisé non relu

GALLIENI CHEF D'ARMÉE

interrogeant directement les gradés et les hommes, populaire et obéi partout comme il avait su l'être dans les régions lointaines, d'où le renom de ses prestigieuses réussites était parvenu jusqu'à ses auxiliaires nouveaux.

Commandant en chef de l'éventuelle armée des Alpes, le général Gallieni entrait, le 8 août 1908, au Conseil supérieur de la Guerre. Il s'efforça d'y faire adopter ses idées, fruits d'une longue et rare expérience, les règlements progressifs et clairs qui modernisèrent les vieux errements, assouplirent la mobilité des armées, actualisèrent la discipline, détruisirent la routine et les erreurs d'une organisation périmée.

Il fut, en 1911, décoré de la Médaille mihtaire, suprême récompense des grands chefs et acheva de démontrer sur le terrain que les « coloniaux » — • dont les pontifes de l'armée métropolitaine contestaient parfois les aptitudes à mouvoir les masses énormes d'une guerre européenne — brilleraient au premier rang de nos stratèges, brevetés ou non, prouvant ainsi que, comme les Bugeaud et les Faidherbe, nos conquérants d'outre-mer avaient, même contre des peuplades barbares, fructueusement appris leur métier en vue des grandes batailles sur le sol national.

Aux manœuvres de l'Ouest, en août 1911, le général Gallieni, chef d'une des deux armées rivales, utilisant déjà avec un art confiant les services, alors si neufs, de ses avions, sut être mieux

renseigné que « l'ennemi » et termina les manœuvres par un coup de main qui fit du bruit : il captura le chef du parti adverse, le général Marion, son collègue au Conseil supérieur, avec tout son étatmajor, dans un raid de cavalerie. Cet épisode brusqué mit fin à la bataille fictive; il avait, selon la méthode du Général, été préparé avec minutie jusque dans ses moindres détails.

Il y eut des sourires assez peu discrets chez les uns, un sentiment exagéré d'humiliation et d'esprit de corps parmi les autres. Mais Gallieni, dont la camaraderie était faite d'estime pour ses collègues et de réelle bonté, fut très gêné par son succès : il pouvait peiner un chef qui était loin d'être sans mérite.

Le soir même, se dérobant au banquet officiel, présidé par le ministre de la Guerre (M. Millerand), pour ne pas entendre des toasts dont sa modestie, un peu sauvage, aurait pu souiïrir, il prétexta une fatigue soudaine, prit le train et vint, près de Biarritz, nous demander à l'improviste une hospitalité de deux jours, afin de mieux dépister les reporters lancés à ses trousses, sur Saint-Raphaël.

Il commandait alors, dans les prévisions de mobilisation, l'armée du Nord, qui devait, de Dunkerque à Mézières, couvrir la frontière belge en cas de guerre. Gallieni était, d'ores et déjà, convaincu que cette guerre devenait inévitable, la dure volonté des Allemands de nous chercher querelle étant manifeste à ses yeux.

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