‹ Galliéni, 1849-1916Chapitre 27 sur 35 · Gallieni parle (Marius-Ary Leblond}. Albin Michel · texte numérisé non relu

Gallieni parle (Marius-Ary Leblond}. Albin Michel

Justin Godcirt, le plus fidèle de ses sous-secrétaires d'État, l'amiral Lacaze, le général Roques.

Kitchener vint le voir aussi; leur entretien fut, comme toujours, rapide et grave. Ces deux grands coloniaux, conquérants d'empires lointains, n'allaient pas tarder à se rejoindre dans la mort. Le Président de la République lui a fait également une longue et soucieuse visite.

— Plus tard, après la Guerre, dit notre malade, on rendra justice à l'énergie constante, au labeur obstiné, au caractère de Raymond Poincaré. On ne sait pas encore tout ce qu'il a fait dans le sens « national », au cours de cette guerre. Seul, le 7 mars, il m'a demandé un exemplaire de ma Note sur le Haut Commandement. Mes collègues s'en sont tous abstenus avec une sorte de terreur comique. Ils avaient l'air d'avoir peur qu'elle n'explosât soudain entre leurs mains.

Il parle gaîment de son opération, même à son vieil ami de toutes les heures, le général Weick. Roques, a été, comme moi, convaincu qu'il swait combien était hasardeuse l'opération qu'il allait subir.

— « A la veille de cette opération, a-t-il écrit, lorsqu'il dit adieu à ses petits-enfants, une larme tomba sur le front de son petit-fils et c'est à ce seul signe que ceux qui l'entouraient purent comprendre qu'il connaissait toute la gravité du danger au-devant duquel il marchait. »

Le 19 avril, il entrait à la maison de santé qu'il

MORT] DE GALLIENI m

ne devait plus quitter vivant; et il tint à se rendre à pied dans la salle d'opération. Quelques jours après la première intervention chirurgicale, il était debout et reprenait ses marches interminables autour du jardin privé de la clinique.

L'opération principale eut lieu le 18 mai 1916. Le professeur Marion, assisté du docteur Laval, effectua l'ablation d'une prostate hypertrophiée, de volume plus qu'anormal, conjurant enfin l'infection de la vessie, en passe d'être mortelle à bref délai. Les médecins se montrèrent rassurés : l'opération avait réussi, ce qui était prévu pour le grand praticien, émerveillé du stoïcisme de son patient.

Un seul point noir inquiétait surtout Laval : la faiblesse, l'usure du Général, malgré son endurance extraordinaire et son moral supérieur. Dans son étroit lit de fer, il souffre cruellement de sa plaie, sans une plainte, et calcule gaîment les heures qui le séparent de son retour à Saint-Raphaël, où il comptait aller accélérer sa convalescence. Mais c'est surtout la lutte formidable autour de Douaumont qui le préoccupe.

Deux jours après, plus pâle encore et plus affaibh, le malade alarme ses médecins; la famille et l'entourage, égayés par les propos enjoués du Général, ne manifestent aucune crainte. Le 21 mai, GalHeni, paisible et calme, exige que sa fille, anémiée par ses veilles à son chevet, aille passer à Paris quelques heures de détente. Quand

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elle revient, une syncope grave a compliqué la convalescence du malade : une hémorragie interne a nécessité une intervention nouvelle; le sang de Gallieni, débilité par l'ascétisme de sa vie frugale de végétarien, ne lui infuse pas assez de force pour une réaction salutaire. Pourtant, sa volonté puissante est intacte; il lutte, par soubresauts, contre la somnolence qui l'envahit. Sa plaie chirurgicale est cicatrisée; mais sa faiblesse paraît s'aggraver d'heure en heure.

Le surlendemain, cependant, l'état du patient peut sembler stationnaire tant son énergie morale prolonge la lenteur de son affaiblissement général. Il ne parle plus de lui; mais il entend être tenu au courant des dépêches de Douaumont et de Verdun, seul souci qui l'obsède encore jusque dans ses assoupissements de plus en plus rapprochés. Les admirables médecins qui le soignent disputent pas à pas son existence à l'agonie; et, parfois, sa force d'âme sans égale leur laisse espérer un bon dénouement. Toutes les fois que le pouls du Général remonte et que son regard clair se pose sur les siens, ils le croient sauvé. Marion lui même se reprend à espérer encore.

Cette lutte poignante contre la mort dure trois grands jours; celui qui ne l'a jamais redoutée la combat de toutes les forces de sa volonté, suppléant à l'inertie croissante de sa résistance physique par un prodigieux effort de son énergie. Muet, comme pour économiser sa vitalité, tendu

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