‹ Galliéni, 1849-1916Chapitre 29 sur 35 · MORT DE GALLIENI · texte numérisé non relu

MORT DE GALLIENI

à Bonaparte, inspiré plus de confiance à ses soldats et obtenu davantage de ses subordonnés. Il savait trouver le ressort caché des âmes et agir sur elles aux moments critiques.

Sur rOurcq, à l'instant où il donnait l'ordre de faire avancer coûte que coûte une division exténuée, le chef de ces troupes murmura, accablé :

— C'est impossible!

Gallieni, très doucement, lui mit la main sur l'épaule et lui dit, presque souriant, mais en le tenant sous son regard d'acier :

— Faut-il que j'aie entendu — et je vous relève tout de suite — ou que vous n'ayez rien dit — et vous marchez?

Le général D... — un des plus braves de l'armée — se redressa, étreignit le Chef et jeta ses hommes en pleine fournaise dans un élan victorieux.

Sa bonté pour les hommes les fanatisait. Quand le soldat Guillemard eut conquis le premier drapeau boche de Saint-Soupplets, Gallieni lui accrocha la médaille militaire sur le cœur et, lui serrant la main où il avait glissé un billet de banque, s'aperçut que le héros rustique allait pleurer devant tous et en avoir honte. Alors, pour le forcer à rire, le Gouverneur lui tendit les bras et lui dit à l'oreille :

— Embrasse-moi, grosse bête, et figure-toi que c'est une jolie fille!

Et le petit soldat, riant aux larmes, put garder ainsi sa figure de vcdnqueur.

Sa modestie était exagérée jusqu'à l'excès. Populaire à Paris sans l'avoir voulu, il s'esquivait à grandes enjambées, par une ruelle transversale, dès qu'il voyait venir sur lui un attroupement prêt à l'acclamer. Et il ne montait à cheval, de temps à autre, qu'entre les murs d'un manège ou dans le parc des Invalides pour éviter de parader, même par mégarde, dans une avenue fréquentée.

Sur son petit lit de camp, dans la clinique versaillaise de la rue Maurepas, en cette cellule d'ambulance, si simple et si pauvre, où la mort l'avait endormi, nous avons pieusement orné l'oreiller où reposait son admirable tête de soldat tué au service de son pays d'une jonchée de roses et de laurier.

La France a fait à Gallieni des obsèques nationales. Tout Paris est venu défiler, se recueillir ou pleurer devant son cercueil, aux Invalides.

Le 1^^ juin, après deux jours d'exposition devant la procession ininterrompue des Parisiens qui lui devaient tant, son corps a traversé la capitale, le centième jour de la bataille de Verdun, — c'était l'Ascension — au milieu d'un concours de peuple et de soldats en armes, menant des obsèques dont l'émotion et le spectacle grandiose ont évoqué et dépassé les souvenirs prestigieux des funérailles de Gambetta2.et deVictor Hugo.

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