LES SPASMES
La majeure partie de ce travail devant traiter des paralysies et des spasmes, il ne s'agira ici que d'expliquer quel est le degré d'utilité pratique de l'action catalytique du courant constant dans ces différents états pathologiques. Les paralysies faciales rhumatismales présentent un exemple des effets paralysants qu'une infiltration (infiltration évidemment compliquée d'une altération des vaisseaux absorbants) du tissu conjonctif peut exercer sur les nerfs et les muscles.
Ne voulant pas traiter superficiellement ce sujet si intéressant au point de vue du diagnostic et de la thérapeutique, je
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me contenterai de dire ici que le traitement des paralysies faciales, entrepris au moyen du courant constant, selon les règles générales delà catalyse, guérit ces aSeclions dans un espace de temps très-limité et très-court, lorsque toutefois Tin* filtralion nUntéresse que les nerfs et les muscles accessibles au courant. J'ajouterai de plus que ces paralysies, à tous les de* grés de leur développement, présentent la meilleure occasion de prouver la supériorité antiparalytique du courant constant sur le courant induit.
On observera, je crois* moins fréquemment qu'un trouble circulatoire dans les petits vaisseaux situés à la surface du corps, et par conséquent visibles, devienne une cause de paralysie (1), et permette de suivre les effets antihémostatiques du courant, dont j'ai déjà parlé plus haut (p. 306). L'observation suivante, qui de prime abord parait peu intéressante, offre donc, sous ce point de vue,'Un6 grande valeur expérimentale.
Le 10 juin 1858, se présente à ma consultation madame Âugusta Scholtz {if 752), âgée de soixante-dix ans, laitière. Cette femme souffre depuis douze ans, mais en particulier depuis trois ans, d'un engourdissement des pieds, consécutif à l'usage fréquent d*une chaufferette. L'engourdissen[ient s'é* tend de la plante des pieds jusqu'au-dessus des malléoles, et tourmente beaucoup la malade pendant la marche ; elle prétend aussi que cet état se complique d'une gène circulatoire et d'angoisses. Je croyais avoir affaire à un émoussement des fibres sensiti ves, provenant de la trop forte chaleur de la chaufferette ; et, partant de ce point de vue, je traitai cette maladie singulière et nouvelle pour moi, du 10 juin au 0 juillet, six fois avec des courants labiles constants forts, que je dirigeai sur les pieds, parce qu'un essai m'avait semblé prouver que
(1) Nous savons que roblitëratioû de gros vrisHwi par ém^ occasionne parfois des paralyiiei. . ..r«^
388 EFFETS GATALTTIQUE8
Je me souviensencore d^avoir guéri un menuisier d^accès douloureux de la tête avec nausées , en faisant passer plusieurs^ courants par le grand auriculaire. Ce résultat me fit supposer que la migraine commune pourrait bien être une névralgie des nerfs d'Arnold, qui, du ganglion de Gasser, Yont à la dure-mère.
Un autre cas dans lequel des symptômes analogues se présenlèreni» me montra que le siège du mal pouvait provenir d'une névralgie de nerfs cervicaux plus profondément situés encore. Louis Schonersledt (n"" 661), âgé de 28 ans^ éprouvait, étant soldat et portant le sac, des douleurs dans la nuque et dans le dos. Depuis deux ans, les accès de céphalalgie débutent toujours par de violentes douleurs de la nuque ; de là elles gagnent Y occiput et les angles externes des yeux, et se compliquent alors de dyspnée et de nausées. Les accès sont journaliers ; rarement ils laissent le malade huit, jours tranquille. Les variations atmosphériques sont sans influence sur la marche des accès. Point d*appétit; douleurs gastriques; langue chargée. Une pression sur les apophyses épineuses du cou et du dos est douloureuse. En tournant le cou, ou quand il soulève les épaules, le malade éprouve de la douleur, et entend un craquement dans cette région ; les muscles de la nuque sont lâches et atrophiés. J'emploie immédiatement pendant trois minutes, sur le dos et la nuque, de forts courants labiles de 20 à 25 éléments de Daniell, afin de tonifier ces muscles, et de faire dissoudre la stase qui s^est formée, soit dans les ganglions spinaux, soit dans les méninges.
et qui depuis trois ans existent comme la conséquence de gonflements des bourses synoviales du genou gauche. Ce dernier cas était très-inléressant; le malade cessa immédiatement de boiter, quoique la tuméfaction pe sistâl encore; mais selon son dire elle ne l'incommodait pluSé
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Apres la séance^ il se trouva immédiatement plus mal, le lendemain bien mieux.
Un traitement analogue, mais plus énergique : 30 éléments de Daniell, pendant cinq minutes. Jusqu'au 21 mars» il n'y eut plus d'accès. Le mouvement de rotation du cou se fait sans douleurs et sans craquement ; les muscles sont plus gonflés* Même traitement. — 28 mars. Dans le courant de cette semaine (le 23 mars), il n'y eut qu*un accès de douleurs, mais sans dyspnée et sans malaise. Même traitement.-^ 18 avril. Les douleurs dans la nuque sont rares et peu fortes ; mais le malade éprouve des douleurs d'estomac, accompagnées de manque d'appétit. Même traitement. Le malade promet de revenir à la consultation, dès que les accès reparaîtront.
6. Dans la plupart des névralgies du cou et du tronc, il me parait en général important de veiller aux ganglions spinaux.
Stachs, laboureur (n"* 615], âgé de trente-sept ans, se plaint de douleurs de l'estomac, le 17 janvier 1858. Il y a deux ans, il fut pris, après un refroidissement, d'une diarrhée qui fut guérie par l'emploi des opiacés, mais qui récidive très-fré« quemment. Depuis ce temps, il est sujet à des accès de douleurs qui partent d'entre les épaules (de la quatrième et cinquième vertèbre), s'irradiant à gauche vers le mamelon et le creux de l'estomac, et qui apparaissent journellement vers midi, dès que le corps se refroidit, et à l'occasion des moindres efforts. Les accès un peu plus forts se compliquent de malaises et de nausées.
Parfois les douleurs passent dans l'abdomen, et alors la région du thorax est libre.
Le' malade a essayé de tout, même de l'homœopathie : des émissions sanguines et des applications de vésicatoires sont restées sans résultat. Stachs se présenta alors a la consultation. Le traitement est dirigé principalement sur les ganglions spinaux des nerfs iutercostaux eorréspoo*
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dants (20 à 30 éléments de Daniell, courants inconstants).
Dès la deuxième séance^le malade se trouva considérable* ment soulagé, en ce que les douleurs étaient plus rares et moins fortes^ et qu'elles avaient lieu sans malaise. Après la cinquième séance (le 21 mars), il m'annonça que les douleurs n'apparaissaient plus que tous les deux t)u trois jours, mais qu'en général elles étaient moins fortes, et n*occasionnaient plus aucun malaise, et elles lui permettent aujourd'hui de se livrer à ses occupations. Douze séances, jusqu*à la fin de mai, suffirent pour faire disparaître tous les symptômes morbides. (Jen'ai pas employé, dans ce cas, les courants induits.)
J'ai traité par les courants constants une névralgie intercostale, remarquable par la violence de ses accès. Ce cas s'est présenté chez le jardinier Kulhmann, trente ans (n"" 516), le 30 et le 31 mai 1857.
Depuis quatre ans, il souffrait de douleurs dans la région des dernières fausses côtes gauches, douleurs qui se reproduisaient, même en été, par accès à chaque variation de température. Il est rare que Taccès ait une durée de plusieurs jours dans le cours d'une année, et qu'il se produisit quelques forts accès ; les accès plus courts sont plus fréquents, et le malade n'est guère un jour sans souffrir.
Les accès se développent sans frissons, chaleurs, ou de la transpiration, et sans altération visible des urines ; mais la nuit Us troublent le sommeil du malade. Un tel accès violent persiste depuis hier, 29 mai, et le malade désespéré vient me trouver à une heure avancée de la soirée, pour chercher du secours. J'applique immédiatement quelques courants douloureux de 40 éléments de Daniell , en direction descendante, d'un quart à une demi-minute de durée (durée totale du traitement, trois à quatre minutes), le long des nerfs intéressés, à partir de la colonne vertébrale^ jusqu*à la ligne Manche ; ce qui procure au malade un soulagement immé-
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diat. Le sommeil est meilleur. Je répète le même traiiemeot le 31 mai. Toutes les douleurs disparaissent, marne lorsque le malade se baisse ou marche. Quinze jours après, le 14 juin^ le malade yint me voir pour m'annoncer que, malgré le mau? Yfiis tçmps, les douleurs n'ont pas rçparui mais qu'il a éprouvé quelques légères sensations anormales dans les pointa* antérieurement affectés. Même traitement. Six o]tf>is plus tard, le 13 novembre 1857, le malade me remercie par écrite en ajoutant qu*à la vérité il n'était pas absolument libre de toute' douleur, mais qu'il ne souffrait plus des accès si violents.
Le 10 février 1858, la mère de ce malade (n"* 604] me con-n firme la guérison de son fils ; elle-même souffre d'une arthrite rhumatismale. Cette observation rend, vraisemblable que, dans les névralgies périodiques^ le traitement entrepris eo plein paroxysme est celui qui promet le plus de succès.
7. La queue de cheval {couda eguina) peut aussi devenir le siège de névralgies rhumatismales, sans que la substance, de la moelle soit intéressée. Parmi les malades que j'ai eu .occasion d'observer et de traiter pour des « douleurs des reins » et des a troubles hémorrhoîdaux^ x> j7en ai souvent vu qui,, lors d'un examen plus attentif, se trouvaient être affrétés de névralgies.
Un des exemples les plus évidents, que j'ai rencontrés dans ce genre, fut le cas de Henri-Joseph Perronet à Paris (cinquante-huit ans) , cordonnier, rue de la Grande-Tru9nderie, 33, qui est affecté depuis quatre mois d'atroces douleurs dans les reins, suivant le trajet des nerfs. Sa marche est tramn. hlante, et le force à tenir la position courbée : à chaquj9 faux pas, tout le corps est agité. On remarque au sacrum les trac^ d'un ancien vésicatoire qui avait été entretepu pend^pt des années. Cette cicatrice mesure 6 poucea en hauteur, et 12 pouces en largeur ! '
Trois séances, avec emploi de 15 à 20 élémaits 4o
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courant stabile descendant suivant le trajet des nerfs, procurent à Perronet le plus grand soulagement; et le malheureux fondit en lai'mes en apprenant mon départ, qui interrompait ainsi tout traitement.
8^ Je mentionnerai ici aussi la douleur spinale, qui augmente par la pression, et qui, il y a Vingt ans, jouait dans la littérature médicale un grand rôle, comme étant un des élément de rirritation spinale et de la fièvre intermittente (i). irn*y aurait pas lieu d^attribuer plus d*importauce à cette douleur qu'à toute autre provenant d'une périostile, si elle n*était pas ordinairement compliquée d'accidents « nerveux. »
Un monsieur menant joyeuse vie (n'^STO), figé de trentedeux ans^^int me consulter, le 6 janvier 1857^ pour une douleur siégeant vers la neuvième et la dixième vertèbre dorsales, douleur dont il avait étér atteint quatre ans auparavant, après des excitations sexuelles. Les douleurs reviennent depuis longtemps, sans que les changements de température ou les excès de boisson les produisent; mais elles apparaissent infailliblement après chaque coit, et persistent des jours entieris : une pression sur les vertèbres, surtout en la faisant sur les deux côtés des apophyses épineuses, la développe aussi.
Des émissions sanguines, des bains chauds et froids n'eurent aucun résultat. Du 6 janvier au 13 février 1857, des courants circulaires stabiles, de 15 à 25 éléments de Daniell, appliqués pendant deux à quatre minutes, améliorèrent Tétat du^ malade à un tel points que le traitement put être suspendu pendant quatre semaines. Le 16 mars, le malade revint avec un accès de douleurs dont il venait d'être atteint après un coït ;
il fut de nouveau soumis à cinq séances, jusqu'au 26 mars,
{{) Comp. Stilling*s Phys. path. u. med. Untersuch. iiber die SpinalirriWion. Leipzig, 1840. — Romberg's Lcfcr6ucA der NervenkrankhBiteh. Berlin, 1840, p. 155.
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ayec une amélioration progressive. Le 20 juillet 1858, après un espace de temps de dix-huit mois, le malade vint m'annoncerque, depuis le traitement galvanique, il éprouvait parfois encore des sensations désagréables, mais qu'il pouvait se livrer au coït sans être attaqué par sa douleur ordinaire.
Le 9 janvier 1857, M. le docteur Westphal m'envoya une jeune dame âgée de dix-sept ans (n"* 372), bien menstruée, qui avait été prise, il y a environ dix-hqit mois (aprte une chloroanémie), dans l'espace de q^uelques semaines, de douleurs dans toute la région dorsale, qui depuis peu augmentent et reviennent par accès, durant de quinze à trente minutes. La malade ne peut, pendant ces accès, se coucher sur le côté ; elle se sent calmée lorsqu'elle comprime fortement son dos contre un appui. Les douleurs s'étendent presque toujours jusqu'au sternum, se compliquent d'une dyspnée, qui se produit aussi en montant les escaliers. En établissant l'extension du dos, la malade éprouve une raideur dans la première vertèbre dorsale ; de là cette rigidité s'étend jusqu'aux vertèbres lombaires. Le port de la malade est voûté : dès qu'elle soulève les bras, la dyspnée reparaît. Huit séances, du 9 au 17 janvier, produisent une amélioration évidente. Elle dut suspendre le traitement, pour des raisons de famille. J*ai appris depuis qu'à partir de cette époque, elle n'avait plus soufiTert.