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COURANT CONTINU CONSTANT

Dans la troisième partie des « Nouvelles contributions à la thérapeutique physiologique des paralysies et des contractures » (voyez page 420), j'ai montré qu'un muscle contracture devient plus extensible, lorsqu'un courant induit d'une force à produire des contractions firappe son nerf. Il était tout naturel de rechercher si le courant constant pouvait produire le même effet. La femme hémiplégique dont les fléchisseurs de la main étaient contractures^ et sur lesquels j'avais fait les premiers essais heureux avec le courant induit^ était frappée en outre de contracture des muscles du grand pectoral, du grand dorsal, du grand et du petit rond, et du sous-scapulaire. Toutes ces contractions étaient moins prononcées qu'au deltoïde. La malade ne pouvait pas éloigner son bras du corps^ sans que tous les muscles entrassent dans une tension (3) douloureuse^ qui ne pouvait pas être surmontée par une traction^ dès que j'essayais de soulever le bras.

Ce fut dans la matinée du 25 juin, et en présence de quelques médecins^ que je fis le premier essai pour résoudre la contracture au moyen d'un courant constant de 20 éléments de Daniel). Pendant que le courant passait par les muscles^ je réussis en peu de secondes à soulever le bras jusque dans la direction horizontale, et la malade elle-même put immédiatement soulever son bras à un point tel, qu'il formait avec le corps un angle de presque 40 degrés.

(1) Quant aux interprétations qu'on pourrait donner aux observations que je viens de communiquer, je lés renvoie au Chapitre sur les contractions galvano-toniques (page 45).

(2) Deutsche Klinik, 1856, n*» 28.

(3) La douleur se montre surtout aux points d'insertion des tendons sur le périoste de l'humërus.

BÉSOLUTION DES COIfTRACnTRES PARALYTIQUES. 425

La mollesse des muscles frappés par le courant^ qu'on remarquait principalement sur le grand pectoral où le courant traversait les nerfs thoraciques antérieurs, mollesse qui persista pendant et après Tapplication du courant^ ne laissait aucun doute que ce résultat miraculeux devait être principalement rapporté au relâchement des muscles contractures. Cette explication s'est confirmée par une longue suite d'expériences suivies de succès^ auxquelles H. Romberg a assisté une fois. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans des particularités ; je dirai seulement qu'actuellement la malade soulève facilement son bras jusqu'à la position horizontale^ et qu'elle exécute^ quoique avec moins de facilité^ des mouvements qui jusqu'alors lui étaient tout à fait impossibles^ tels que le mouvement d'avant en arrière et d'arrière en avant du bras^ la flexion et la supination de l'avant-bras. Ainsi se trouve confirmé l'espoir que j'avais émis dans mon travail < Sur l'électrisation méthodique des muscles paralysés y b dans lequel je disais que le courant galvanique constant pourrait être utilisé pour la résolution de contractures. Hais il faut remarquer que le courant constant^ tout en rel&chant les muscles^ ne les paralyse pas, comme les observations faites sur les muscles de grenouilles depuis Volta sembleraient l'indiquer; au contraire^ ce courant excite leur excitabilité^ non-seulement à l'égard des courants^ fait que j'ai démontré il y a peu de temps sur l'homme sain^ mais bien encore il semble augmenter l'influence de la volonté ; car tout muscle délivré de la contracture peut immédiatement exécuter des mouvements volontaires, et cette faculté de fonc^ tion ainsi augmentée se montre même pendant l'action du courant.

La résolution de la contracture présente donc un double avantage : elle délivre les antagonistes affaiblis d'un obstacle puissant qui s'oppose à leur activité^ et elle rend également sujets à la vo- Ipnté les muscles débris de la contracture. J'avais obtenu les premiers et les plus beaux succès par un courant constant descendant dans les nerfs du côté de la flexion du bras : où partaient du grand pectoral, en augmentant graduellement de force jusqu'aux fléchisseurs des doigts, les difiérentes contractures musculaires. Plus tard j'ai trouvé que, du côté de l'extension où les contractions partaient, en diminuant progressivement de force, des muscles scapulaires de l'épaule au bras, et s'étendaient ainsi jusqu'aux extenseurs des doigts^ le courant ascendant relâchait

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les muscles plus facilement que le courant descendant. Ce résultat est d^autant plus important que les effets relftchants des deux directions de courants^ et les effets qui produisaient des contractions momentanées, se correspondent en sens inverse. Dans ce cas^ les alternatives apparaissent même entre le muscle deltoïde antérieur^ animé par les nerfs thoraciques antérieurs, et entre le muscle deltoïde postérieur, animé par le nerf circonflexe du bras.

Diaprés mes observations sur Tfaomme sain, c'est tantât le courant ascendant, tantôt le courant descendant, tantôt enfin le second courant (qu'on ait commencé l'expérience par Tune ou par TaMtre des deux directions de courants) qui produit les plus fortes contractions dans les muscles animés par des nerfs de même nom. Comme ces différences sont plus prononcées sur des muscles affaiblis que sur des muscles sains, on comprendra Tutilité des alternatives de Ritter, ainsi que la nécessité d'examiner, avant leur application, la manière de se comporter des muscles à l'égard des deux directions de courants, afin de pouvoir relâcher ou exciter simultanément chacun des côtés.

DB l'action physiologique et thérapeutique DU courant galvanique constant sur les nerfs et les

MUSCLES DE l'hOMME (1).

J'ai eu rhonneur, au mois de décembre 1855, de communiquer à l'Académie une note sur les contractions toniques des muscles de l'homme, au moyen des courants galvaniques constants. En poursuivant depuis cette époque ces recherches, je suis arrivé à mettre hors de doute que ces contractions toniques ou continues, qui surviennent dans un membre pendant le passage par un tronc nerveux d'un courant constant, soit que ces contractions se produisent dans les muscles antagonistes, soit dans les muscles animés par ce même nerf, sont de nature réflexe, et peuvent par conséquent être produites par l'excitation

(1) Compies rendus de l'Académie des sciences, septembre 1856.

ACTION DU GODRAin' GALVANIQUE SLR LES NERFS, ETC. 427

galvanique de certains nerfs cutanés. 11 est donc démontré que Texcitation continue des fibres nerveuses sensibles^ que produit Taction d'un courant cx)ntinu; peut se transmettre chez l'homme jusqu'aux centres nerveux^ et de là développer des contractions continues dans les muscles. (Comp. plus haut^ p. 47.)

A cette époque aussi^ une autre série de recherches anatomiques et physiologiques m'avait conduit à employer sur rhomme^ contre les contractures des muscles^ les effets des courants électriques. Edouard Weber avait découvert, en 1845, que l'action d'un courant induit sur les muscles de la grenouille rendait ces derniers plus souples et plus mous. La première expérience, tentée (le 13 juin 1856) sur une femme atteinte depuis deux ans d'hémiplégie compliquée de contractures, sembla donner raison de ce qu'avait observé Weber; mais je reconnus bientôt que, quoique ces muscles fussent délivrés de la contracture, le courant induit ne leur procurait pas la faculté de rentrer sous l'empire de la volonté.

J'entrepris la môme expérience, mais en me servant, au lieu d'un courant induit, d'un courant constant prenant sa source dans une batterie de 20 éléments de Daniell. Dès que pendant quelques minutes j'avais dirigé le courant par les muscles contractures de répaule, j'eus la satisfaction d'observer qu'ils devenaient plus mous, et qu'ils commençaient à obéir à l'influence de la volonté de la malade. Poursuivant cette expérience pendant un mois sur la môme personne^ je me laissai captiver par des phénomènes qui me firent supposer que la cessation des contractures morbides ne devait pas ôtre attribuée à un simple fait périphérique, mais bien encore qu'elle reconnaissait pour cause une excitation des centres nerveux. Dès lors je dirigeai mes recherches vers une application thérapeutique des contractions galvano-toniques que je venais de découvrir en opérant sur moi-môme. J'appliquai donc le courant constant dans le traitement des contractures rhumatismales, arthritiques ou paralytiques ; en un mot, dans cette foule d'afiections morbides qui se lient à l'hémiplégie cérébrale.

Dans le cours du traitement de ces hémiplégies, pendant lequel les courants n'étaient dirigés que par les extrémités, j'ai cru observer plusieurs fois que la paralysie de la face oa de la lam^» ou bien encore cette certaine faiblesse uteUeet^ ^

naire accompagne ce genre d'afiTeotion, se trouTaieni plus ou moins améliorées. Pour rooi^ il ne restait aucun donte que Taction du courant se transmettait aux centres nerveux ; aussi entrepris-je de guérir la cborée partielle et générale^ certaines autres paraplégies^ mais surtout un genre de paralysie qui» sous le nom deUÂes dorshlis, est très-connue en Allemagne^ et que d'ordinaire on suppose être causée par une atrophie de la moelle épînière.

En considérant mon hypothèse comme démontrée, je parvins à guérir des névralgies anciennes et très-rebelles des extrémités, qui toutes fwovenaient d'un trouble central. J'étais donc arrivé à admettre que le courant constant se trouvait être en état d'exciter non-seulement les centres nerveux, mais bien encore de régler et de rétablir les cellules ganglionnaires centrales, et que par conséquent^ sous l'influence du courant, ces cellules pouvaient revenir à leur état normal. J'ai observé un grand nombre de fois que^ quand un courant traversait le tronc nerveux d'im muscle atrophié, ce muscle augmentait de volume; je ne puis croire que cet effet soit purement périphérique^ car je ne l'ai observé que dans des cas où les muscles étaient sujets^ pendant le passage du courant, à des tremblements ou à des contractions violentes, qui, selon mes expériences physiologiques^ doivent être considérés comme des mouvements réflexes. (Comp.^ p. 48.) En outre, il résulte de mes recherches microscopiques, faites pendant ces dernières années^ que la partie centrale des fibres nerveuses, découverte par moi en 1837^ et connue actuellement dans la science sous le nom de cylindre d'axe de Purkinje, que cette partie centrale^ en présence de liquides et délivrée de sa gatne^ peut se gonfler ; quelque temps après la mort, elle perd cette propriété endosmotique^ et subit un endurcissement analogue à la rigidité cadavérique de la fibre musculaire.

Je ne veux ni ne peux entrer en ce moment dans des détails sur Tapplication méthodique des courants constants au traitement de toutes les maladies nonunées dans ce travail. La guérison des. contractures rhumatismales en quelques minutes même est un fait acquis; et je suis convaincu que, par l'emploi méthodique de ce courant, on parviendrait à améliorer certaines déviations scoliatiques et le rétrécissement de la cavité pectorale, affection qui survient si souvent dans la jeunesse, par suite d'une contracture et d'une faiblesse des muscles respiratoires.

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