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L'ENFANCE. LES DÉBUTS

MONTFAUCON ET CAHORS || l'ÉTUDIANT (JANVIER 1857-JUIN 1861) Il FORMATION INTELLECTUELLE |i l'aVOCAT (JUIN 1861) || l'affaire BUETTE (juillet 1862) |] LE JEUNE AMI DES CINQ Il DÉPUTÉ AVANT LA LETTRE (1868).

DANS la magnificence du golte de Gênes, aux dernières pentes de l'Apennin, entre Savone et Varazze, une petite ville, abritée par deux caps, regarde la mer : Celle-Ligure. C'est le berceau des Gambetta. De là, le grandpère, Baptiste, portait aux rives de France, à bord de sa tartane, les produits de sa côte, huiles fines, pâtes, majoliques; puis, de Cette, par le canal du Languedoc, il gagnait Toulouse et explorait les affluents de la Garonne, à la recherche de marchés nouveaux. En 1818, il arriva à Cahors, s'y plut, s'}' installa avec ses trois fils, Paul, Michel, Joseph, et entreprit un commerce de faïence et d'épicerie, place du Marché. En 1824, le père du tribun, Joseph, suivant l'habitude de ces familles, fit, à dix ans, comme mousse, sur

un voilier de la rivière de Gênes, le voyage du Chili ; le navire, dit-on, portait Garibaldi et Tabbé Mastaï, le futur pape Pie IX. Baptiste, devenu vieux, retourna à Celle, pour y mourir ; il y emmena son fils aîné et laissa à Cahors les deux autres. Quand leurs affaires eurent réussi, chacun s'établit pour son compte. Joseph ouvrit, place de la cathédrale, le « Bazar Génois » et, le 25 juillet 1837, à vingt-trois ans, épousa Marie-Magdeleine Massabie, âgée de vingt-deux ans, fille d'un pharmacien de Molières, en Tarn-et-Garonne. De cette union naquit, le 2 avril 1838, au deuxième étage d'une maison de la rue du Lycée, le futur ministre de la défense nationale.

Génois, Gascon et Cadurcien, voilà Gambetta. Du Génois il aura la souplesse, la séduction, l'habileté; du Gascon, les pointes hardies et la naturelle éloquence; du Cadurcien, la volonté tenace. La rivière de Gênes évoque les traversées à travers les orages, de grandes vies aventureuses, Colomb, Sixte IV, Jules II, Mazzini, Garibaldi; Cahors, les âpres luttes, l'énergique résistance des longs sièges : telle harangue de l'orateur fera penser à une charge de Bessières ou de Murât. Il -y a en lui de ces doges réalistes qui surent fonder, à travers les luttes civiles, le plus solide des gouvernements. Ces gens de la côte ligure ont des émotions plus profondes, des désirs plus violents et plus effrénés, des volontés plus impérieuses que les nôtres. Il osera, il prendra la Fortune au passage et la forcera de le suivre.

A quatre ans, son père le met aux Petits-Carmes, à Cahors. A huit, une affection abdominale, qui dure un mois, le met en danger; on le croit perdu; ce mal troublera toute sa vie et finira par l'emporter en plein talent, en pleine force. On l'envoie au petit séminaire de Montfaucon. A dix ans, il est républicain; il écrit à son père : « Vive Cavagnac! » (sic) « A bas Bonaparte! » A onze, un accident lui fait perdre l'oeil droit. II allait souvent, pendant les vacances, chez un coutelier voisin de son père; un ouvrier perçait, avec un archet armé d'un foret, le manche d'un couteau en corne : l'enfant veut se rendre compte de ce travail; il se cache sous l'établi; puis il sort tout à coup de sa cachette : à ce moment même, l'archet dépasse l'établi, et la pointe frappe l'œil de l'enfant, qui s'évanouit, ensanglanté.

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