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L'ENFANCE

A quatorze ans, il entre au 13'cée de Cahors. Son professeur de rhétorique, M. Arnault, bon humaniste, le devine. Un discours d'Etienne Marcel aux États généraux de i^S^, signé Léon Gambetta, fait le tour du lycée. Déjà il aime Rabelais. Il sait par cœur les Olynthiennes et ne les oubliera plus; sept ans plus tard, un soir, à la campagne, chez Clément Laurier, le jeune avocat récitera un discours de Démosthène avec une verve imagée qui fera l'admiration de Villemain.

A dix-huit ans, il est reçu bachelier. L'enfant, dès longtemps, rêvait de l'Italie, de Celle-Ligure; le père, comme récompense, l'y emmène. Premier voyage : lettres exquises et enthousiastes à sa mère; Montpellier, Lunel, Aigues-Mortes; « à Aigues- Mortes, j'ai vu la mer pour la première fois ; c'est bien le plus magnifique spectacle entre les plus beaux qu'offre la nature » ; Nîmes et ses arènes; Marseille : « Marseille à nos pieds, la Corse dans le lointain ; tableau enchanteur et enivrant qui fait entrevoir les merveilles de l'Italie » ; l'Italie elle-même, Nice, où il dormira son dernier sommeil, mais en terre française, et la splendeur de la rivière de Gênes, où chaque détour de la corniche découvre de nouvelles beautés. Il sent au fond de ses veines la violente ardeur de cette mer latine, dont il est bien le fils.

Enfin, Celle et sa jolie église fin Renaissance, aux marbres rares, aux peintures de Perino del Vaga, l'élève chéri de Raphaël, aux riches broderies offertes par la reine de Naples. Et voici l'aïeule, « la tête de vieille la plus adorable qu'on puisse voir, des cheveux magnifiques, avec la souplesse de la jeunesse, mais plus blancs que la neige, une peau plus blanche que ses cheveux, le sourire sur de petites lèvres roses, le tout animé de deux petits yeux noirs encore brillants »; et les amis, marins, pêcheurs, braves gens, race sérieuse, durs au travail, « participant encore du rocher et de la montagne », comme disait Dante. Là, dans une étroite rue qui monte, une plaque commémorative indique la simple maison à deux fenêtres de façade, où Joseph naquit lorsque la France impériale débordait sur la Lombardie. Là, j'ai vu une cousine germaine de Gambetta par sa mère, sœur de Joseph, Angelina Ghersi, tisseuse de filets, un Gambetta femme, même profil, même teint, même regard, vive, alerte, vibrante, œil et parole de feu, malgré ses soixante-dix-sept ans. Elle me

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