‹ GamianiChapitre 4 sur 8 · FAN M Y · texte numérisé non relu

FAN M Y

Vous êtes trop bonne, en vérité. Je vais vous causer de l'embarras.

Dites un vrai plaisir. C'est une aventure qui me divertit... Je ^ne veuxjpas vous envoyer coucher seule dans une autre chambre, nous resterons ensemble.

FANNY

Pourquoi ? je dérangerai votre sommeil.

Vous êtes trop cérémonieuse... Voyons, soyons comme deux jeunes amies, comme deux pensionnaires.

Un doux baiser vint appuyer ces tendres épanchements.

Je vais vous aider à vous déshabiller. Ma femme de chambre est couchée, nous pouvons nous en passer.

Comme elle est faite ! heureuse fille ! j'admire votre taille.

FANNY

Vous trouve? qu'elle est bien !

Ravissante !

FANNY

Vous voulez me flatter.

Oh ! merveilleuse ! quelle blancheur ! C'est à en être jalouse !

FANNY

Pour celui là, je ne vous le passe pas : franchement vous êtes plus blanche que moi.

Vous n'y pensez pas, enfant!... ôtez donc tout comme moi. Quel embarras I On vous dirait devant un homme. Là! voyez dans la glace... Comme Hâris vous jetterait la pomme... friponne! Elle sourit de se voir si belle... Vous méritez bien un baiser sur votre fronts

sur vos joues, sur vos lèvres. . . Elle est belle partout, partout!...

La bouche de la comtesse se promenait lascive, ardente, sur le corps de Fanny. Interdite, tremblante, Fanny laissait tout faire et ne comprenait pas.

C'était bien un couple délicieux de volupté, de grâce, d'abandon lascif, de pudeur craintive. On eût dit une vierge, un ange, aux bras d'une bacchante en fureur.

Que de beautés livrées à mon regard, quel spectacle à soulever mes sens.

FANNY

Oh ! que faites-vous ! Laissez, madame, je vous prie...

Non ! non, ma Fanny, mon enfant, ma vie, ma joie ! Tu es trop belle vois-tu ! Je t'aime ! Je t'aime d'amour 1 Je suis folle !

Vainement l'enfant se débattait, les baisers étouffaient ses cris. Pressée, enlacée, sa résistance était inutile. La comtesse, dans son

étreinte fougueuse, remportait sur son lit, l'y jetait comme une proie à dévorer.

FANNY

Qu'avez-vous ! O Dieu ! madame ! mais c'est affreux ! . . . je crie, laissez-moi ' vous me faites peur !

Et des baisers plus vifs, plus pressés répondaient à ses cris. Les bras enlaçaient plus fort, les deux corps n'en faisaient qu'un.

GAMIAN!

Fanny à moi! à moi tout entière! Viens, voilà ma vie ! Tiens, c'est du plaisir !... comme tu trembles, enfant ! . . . Ah ! tu cèdes ! . . .

FANNY

C'est mal ! c'est mal ! vous me tuez. . . Ah î je meurs.

Oui serre-moi, ma petite, mon amour ! ser'-e bien, plus fort ! Quelle est belle dans le plaisir l lascive!... tu jouis, tu es heureuse !.. . Oh Dieu r

Ce fut alors un spectacle étrange. La com-

tesse, l'œil en feu, les cheveux épars, se ruait, se tordait sur sa victime, que les sens agitaient à son tour. Toutes deux se renvoyaient leurs bonds, leurs élans, étouffaient leurs cris, leurs soupirs dans des baisers de feu.

Le lit craquait aux secousses furieuses de la comtesse.

Bientôt épuisée, abattue, Fanny laissa tomber ses bras. Pâle, elle restait immobile comme une belle morte.

La comtesse délirait. Le plaisir la tuait et ne l'achevait pas. Furieuse, bondissante, elle s'élança au milieu de la chambre, se roula sur le tapis, s'excitant par des poses lascives, bien follement lubriques, provoquant avec ses doigts tout l'excès des plaisirs.

Cette vue acheva d'égarer ma tête.

Un instant, le dégoût, l'indignation m'avaient dominé ; je voulais me montrer à la comtesse ; l'accabler du poids de mon mépris. Les sens furent plus forts que la raison. La chair triompha, superbe, frémissante. J'étais étourdi,

comme fou. Je m'élançai sur la belle Fanny, nu, tout en feu, pourpre, terrible.

Elle eut à peine le temps de comprendre cette nouvelle attaque que, déjà triomphant, je sentais son corps souple et frêle trembler, s'agiter sous le mien, répondre à chacun de mes coups. Nos langues se croisaient brûlantes, acérées, nos âmes se fondaient dans une seule.

FANNY

Ah ! mon Dieu ! on me tue . .

A ces mots, la belle se raidit, soupire et puis retombe en m'inondant de ses faveurs.

Ah! Fanny, m'écriai-je, attends... A toi! ah!...

A mon tour je crus rendre toute ma vie.

Quel excès !... Anéanti, perdu dans les bras de Fanny, je n'avais rien senti des attaques terribles de la comtesse.

Rappelée à elle par nos cris, nos soupirs, transportée de fureur et d'envie, elle s'était jetée sur moi pour m'arracher à son amie.

Ses bras m'étreignaient en me secouant,

ses doigts creusaient ma chair, ses dents mordaient.

Ce double contact de deux corps suant le plaisir, tout brûlant de luxure, me ravivait encore, redoublait mes désirs.

Le feu me touchait partout. Je demeurai ferme, victorieux, au pouvoir de Fanny ; puis, sans rien perdre de ma position, dans ce désordre étrange de trois corps se mêlant, se croisant, s'enchevêtrant l'un dans l'autre, je parvins à saisir fortement les cuisses de la comtesse, à les tenir écartées au-dessus de ma tête.

Gamiani ! à moi ! portez-vous en avant, ferme sur vos bras.

Gamiani me comprit, et je pus à loisir poser ma langue active, dévorante sur sa partie en feu.

Fanny, insensée, éperdue, caressait amoureusement la gorge palpitante qui se mouvait au-dessus d'elle,

En un instant, la comtesse fut vaincue, achevée.

Quel feu vous allumez ! C'est trop... grâce!... oh!... quel jeu lubrique! vous me tuez..^ Dieu !. . . j'étouffe.

Le corps de la comtesse retomba lourdement de côté comme une masse morte.

Fanny, plus exaltée encore, jette ses bras à mon cou, m'enlace, me serre, croisse ses jambes sur mes reins.

FANNY

Cher ami ! à moi... tout à moi... Modère un peu... arrête... ah!... va plus vite... vas donc... oh ! je sens ! ie nage !.. . je. ..

Et nous restâmes l'un sur l'autre étendus, raides, sans mouvement, nos bouches entr'ouvertes, mêlées, se renvoyaient à peine nos haleines presque éleintes.

Peu à peu nous revînmes à nous. Tous trois nous relevâmes et nous fûmes un instant à nous regarder stupidement.

Surprise, honteuse de ses emportements, la comtesse se couvrit à la hâte, Fanny se déroba sous les draps; puis, comme un enfant qui

comprend sa faute quand elle est commise et irréparable, elle se mit à pleurer; la comtesse ne tarda pas m'apostropher.

Monsieur, c'est une bien misérable surprise. Votre action n'est qu'un odieux guet-apens, une lâcheté infâme!... vous me forcez à rougir.

Je voulus me défendre.

Oh ! monsieur, sachez qu'une femme ne pardonne jamais à celui qui surprend sa faiblesse.

Je ripostai de mon mieux. Je déclarai une passion funeste, irrésistible, que sa froideur avait désespérée, réduite à la ruse, à la violence.

D'ailleurs, ajoutai-je, pouvez-vous croire, Gamiani, que j'abuse jamais de ma témérité. Oh ! non, ce serait trop ignoble, je n'oublierai de ma vie l'excès de nos plaisirs, mais j'en garderai pour moi seul le souvenir. Si je fus

coupable, songez que j'avais le délire dans le cœur, ou plutôt ne gardez qu'une pensée, celle des plaisirs que nous avons goûtés ensemble, que nous pouvons goûter encore.

M'adressant ensuite à Fanny, tandis que la comtesse dérobait sa tête, feignant de se désoler :

— Gardez-vous, mademoiselle, des larmes dans le plaisir, oh ! ne songez qu'à la douce félicité qui nous unissait tout à l'heure ; qu'elle reste dans vos souvenirs comme un rêve heureux, qui n'appartiennent qu'à vous, que vous seule savez. Je vous le jure, je ne gâterai jamais la pensée de mon bonheur en la confiant à d'autres .

La colère s'apaisa, les larmes se tarirent ; insensiblement, nous nous retrouvâmes tous les trois enlacés disputant de folies, de baisers, de caresses... Oh! mes belles amies, que nulle crainte ne vienne vous troubler.

Livrons-nous sans réserve... comme si cette nuit était la dernière... à la joie, à la volupté.

Et Gamiani de s'écrier : « Le sort en est jeté : au plaisir! Viens, Fanny... baise donc, folle, tiens. . . que je te morde, que je te suce ; que je t'aspire jusqu'à la moelle. Alcide, en devoir... Oh! le superbe animal... quelle richesse... »

— Vous l'enviez, Gamiani, à vous donc.

Vous dédaignez ce plaisir, vous le bénirez quand vous l'aurez bien goûté. Restez couchée, portez en avant la partie que je vais attaquer. Ah ! que de beautés, quelle posture ! Vite, Fanny, enjambez la comtesse, conduisez vous-même cette arme terrible, cette arme de feu ; battez en brèche, ferme, trop fort, trop vite... Gamiani... ah! vous escamotez le plaisir.

La comtesse s'agitait comme une possédée, plus occupée des baisers de Fanny que de mes efforts. Je profitai d'un mouvement qui dérangea tout pour renverser Fanny sur le corps de la comtesse pour l'attaquer avec fureur. En un instant, nous fûmes tous les trois confondus, abîmés de plaisir.

Quel caprice, Alcide, vous avez tourné subitement à i'ennemi... oh! je vous pardonne, vous avez compris que c'était perdre trop de plaisir pour une insensible. Que voulez vous? J'ai la triste condition d'avoir divorcé avec la nature. Je ne rêve, je ne sens plus que l'horrible, l'extravagant.Je poursuis l'impossible. Oh! c'est bien affreux. Se consumer, s'abrutir dans des déceptions. Désirer toujours, n'être jamais satisfaite. Mon imagination me tue... C'est être bien malheureuse!

Il y avait dans tout ce discours une action si vive, une expression si forte de désespoir que je me sentis ému de pitié. Cette femme souffrait à faire mal. Cet état n'est peut-être que passager, Gamiani, vous vous nourrissez trop de lectures funestes.

Oh f non ! non ! ce n'est pas moi. . . Ecoutez, vous me plaindrez, vous m'excuserey peut-être. . .

j'ai été élevée en Italie, par une tante restée

veuve de bonne heure. J'avais atteint ma quinzième année et je ne savais de ce monde que les terreurs de la religion.

Toute en Dieu, je passais ma vie à supplier le ciel de m'éviter les peines de l'enfer.

Ma tante m'inspirait ces craintes, sans les tempérer jamais par la moindre preuve de tendresse. Je n'avais d'autres douceurs que mon sommeil. Mes jours passaient tristes comme les nuits d'un condamné.

Parfois seulement ma tante m'appelait le matin dans son lit. Alors, ses regards étaient doux, ses paroles flatteuses. Elle m'attirait sur son sein, sur ses cuisses et m'étreignait tout-àcoup dans des embrassements convulsifs : je la voyais se tordre, renverser sa tête et se pâmer avec un rire de folle.

Epouvantée, je la contemplais : immobile, je croyais atteinte d'épilepsie...

A la suite d'un long entretien qu'elle eut avec un moine franciscain, je fus appelée et le révérend père me tint ce discours :

« Ma fille, vous grandissez. Déjà le démon tentateur peut vous voir. Bientôt vous sentirez ses attaques. Si vous n'êtes pure et sans tache, ses traits pourront vous atteindre ; si vous êtes exempte de souillure, vous resterez invulnérable. Par des douleurs Notre-Seigneur a racheté le monde, par les souffrances vous rachèterez aussi vos propres péchés . Préparezvous à subir le martyre de la rédemption. Demandez à Dieu la force et le courage nécessaires : ce soir vous serez éprouvée... Allez en paix, m.a fille. »

Ma tante m'avait déjà parlé, depuis quelques jours, de souffrances, de tortures à endurer racheter ses péchés, je me retirai effrayée des paroles du moine... Seule, je voulus prier, m'occuper de Dieu, mais je ne pouvais voir que l'image du supplice qui m'attendait.

Ma tante vint me trouver au milieu de la nuit. Elle m'ordonna de me mettre nue, m.e lava de la tête aux pieds et me fit prendre une grande robe noire serrée autour du cou et en' ^èrement fendue derrière.

Elle s'habilla de même et nous partîmes de la maison en voiture.

Au bout d'une heure, je me vis dans une vaste salle, tendue en noir, éclairée par une seule lampe suspendue au plafond.

Au milieu, s'élevait un prie-Dieu environné de coussins.

Agenouillez-vous, ma nièce ; préparez-vous par la prière et supportez avec courage tout le mal que Dieu veut nous infliger.

J'avais à peine obéi, qu'une porte secrète s'ouvrit, un moine vêtu comme nous, s'approcha de moi, marmotta quelques paroles ; puis, écartant ma robe et faisant tomber les pans de chaque côté, il mit à découvert toute la partie postérieure de mon éorps,

Un léger frémissement échappa au moine ; extasié sans doute à la vue de ma chair, sa rnain se promena partout, s'arrêta sur mes fesses et finit par se poser plus bas.

« C'est par là que la temme pèche, c'est par là qu'elle doit souffrir », dit une voix sépulcrale.. .

Ces paroles étaient à peine prononcées, que je me sentis battue de verges, de nœuds de corde garnis de pointes de fer. Je me cramponnai au prie-Dieu, je m'efïorçai d'étouffer mes cris, mais en vain, la douleur était trop forte. Je m'élançai dans la salle en criant : Grâce ! grâce ! je ne puis supporter ce supplice, tuez-moi plutôt. Pitié ! je vous prie. . .

— Misérable lâche, s'écria matante indignée, il vous faut mon exemple !

A ces mots, elle s'exposa bravement toute nue, écartant les cuisses, les tenant élevées.

Les coups pleuvaient ; le bourreau était impassible. En un instant, les cuisses furent en sang.

Ma tante restait inébranlable, criant par moments : plus fort. . . ah ! plus fort encore !

Cette vue me transporta, je me sentis un courage surnaturel, je m'écriai que j'étais prête à tout souffrir.

Ma tante se releva aussitôt et me couvrit de baisers brûlants, tandis que le moine liait mes mains, plaçait un bandeau sur mes yeux.

Que vous dirai-je enfin ! Mon supplice recommença plus terrible : engourdie bientôt par la douleur, j'étais sans mouvement, je ne me sentais plus. Seulement à travers le bruit de mes coups, j'étendais confusément, des éclats, des mains frappant sur des chairs. C'étaient aussi des rires insensés, rires nerveux, convulsifs, précurseurs de la joie des sens. Par moment la voix de ma tante, qui râlait la volupté, dominait cette harmonie étrange, ce concert d'orgie, cette saturnale de sang.

Plus tard, j'ai compris que le spectacle de mon supplice servait à réveiller des désirs, chscun de mes soupirs étouffés provoquait un élan de volupté.

Lassé, sans doute, mon bourreau avait fini. Toujours immobile, j'étais dans l'épouvante, résignée à mourir. Cependant, à mesure que l'usage de mes sens revenait, j'éprouvai une démangeaison singulière : mon corps frémissait, était en feu.

je m'agitai lubriquement comme pour satisfaire un désir insatiable. Tout à coup deux bras

nerveux m'enlacent ; je ne savais quoi de chaud, de tendu, vînt battre mes cuisses, se glisser plus bas et me pénétrer subitement. A ce moment je crus être fendue en deux. Je poussai un cri affreux que couvrirent aussitôt des éclats de rire. Deux ou trois secousses terribles achevèrent d'introduire en entier le rude fléau qui m'abîmait. Mes cuisses saignantes se collaient aux cuisses de mon adversaire; il me semblait que nos chairs s'entremêlaient pour se fondre en un seul corps. Toutes mes veines étaient gonflées, mes nerfs tendus. Le frottement vigoureux que je subissais et qui s'opérait avec une incroyable agilité, m'échaufifa tellement que je crus avoir reçu un fer rouge .

Je tombai bientôt dans l'extase, je me vis au ciel. Une liqueur visqueuse et brûlante vînt m'inonder rapidement pénétra jusqu'à mes os, chatouilla jusqu'à la moelle... oh ! c'était trop... je fondais comme une lave ardente.. . Je sentais courir en moi un fluide actif, dévorant, j'en provoquai l'éjaculation par secousses

furieuses et je tombai épuisée dans un abîme sans fm de volupté inouïe.

FANNY

Gamiani, quelle peinture ! vous nous mettez le diable au corps.

Ce n'est pas tout.

Ma volupté se changea bientôt en douleur atroce. Je fus horriblement brutalisée. Plus de vingt moines se ruèrent à leur tour en cannibales effrénés. Ma tête retomba de côté, mon corps brisé, rompu gisait sur les coussins, pareil à un cadavre. Je fus emportée morte dans mon lit.

FANNY

Quelle cruauté infâme 1

Oh ! oui, infâme, et plus funeste encore. Revenue à la vie, à la santé, je compris l'horrible perversité de ma tante et de ses horribles compagnons de débauche, que l'image de tortures affreuses aiguillonnaient seule encore. Je

leur jurai une haine mortelle et cette haine^ dans ma vengeance, au désespoir, je la portai sur tous les hommes.

L'idée de subir leurs caresses m'a toujours révoltée. Je n'ai pas voulu servir de vil jouet à leurs désirs.

Mon tempérament était de feu, il fallait le satisfaire. Je ne fus guérie plus tard de l'onamisme que par les doctes leçons des filles du couvent de la Rédemption. Leur science fatale m'a perdue pour jamais.

Ici les sanglots étouffaient la voix altérée de la comtesse.

Les caresses ne pouvaient rien faire sur cette femme. Pour faire diversion, je m'adressai à Fanny.

ALCIDE

A votre tour, belle étonnée ! vous voilà, en une nuit, initiée à bien des mystères! Voyons, racontez-nous comment vous avez ressenti les premiers plaisirs des sens.

FANNY

Moi ! je n'oserai, je vous l'avoue.

ALCIDE

Votre pudeur est au moins hors de saison.

FANNY

Non, mais après le récit de la comtesse, ce <îue je pourrais dire serait trop insignifiant.

ALCIDE

Vous n'y pensez pas, pauvre ingénue!

Pourquoi hésiter? Ne sommes-nous pas confondus parle plaisir et les sens? Nous n'avons plus à rougir. Nous avons tout fait, nous pouvons tout dire.

Voyons, ma belle, un baiser, deux cents s'il le faut, pour vous décider. Et Alcide, comme il est amoureux, vois, il te menace.

FANNY

Non, non, laissez, Alcide, je n'ai plus de force. Grâce! je vous prie... Gamiani, que vous êtes lubrique!... Alcide, ôtez-vous... Oh!

ALCIDE

Pas de quartier, morbleu ! ou Curtius se pré-

cipe tout armé, ou vous allez nous donner l'odyssée de votre pucelage.

FANNY

Vous m'y forcez... »

GAMIAM ET ALCIDE

Oui ! oui 1

FANNY

Je suis arrivée à quinze ans bien innocente, je vous jure ; ma pensée même ne s'était jamais arrêtée sur tout ce qui tient à la différence des deux sexes.

Je vivais insouciante, heureuse sans doute, lorsqu'un jour de grande chaleur, étant seule à la maison, j'éprouvai comme un besoin de me dilater de me mettre à l'aise.

Je me déshabillai, je m'étendis presque nue sur un divan... Oh! j'ai honte! je m'allongeais, j'écartais mes cuisses, je m'agitais en tous les sens. A mon insu, je formais les postures les plus indécentes.

L'étoffe du divan était glacée. Sa fraîcheur me causa une sensation agréable^ un frotte-

ment voluptueux par tout le corps. Oh!

comme je respirais librement, entourée d'une atmosphère tiède, doucement pénétrante.

Quelle volupté suave et ravissante ! J'étais dans une délicieuse extase. Il me semblait qu'une vie nouvelle inondait mon être, que j étais plus forte, plus grande, que j'aspirais un souffle divin, que je m'épanouissais aux rayons d'un beau soleil 1

ALCIDE

Vous êtes poétique, Fanny.

FANNY

Oh I je vous décris exactement mes sensations. Mes yeux erraient complaisamment sur moi, mes mains volaient sur mon cou, sur mon sein. Plus bas, elles s'arrêtèrent et je tombai malgré moi dans une rêverie profonde.

Les mots d'amour, d'amant, me revenaient sans cesse avec leur sens inexplicable.

Je finis par me trouver seule. J'oubliais que j'avais des parents, des amis, j'éprouvai un vide affreux.

Je me levai, regardant tristement autour de moi

Je restai quelque temps pensive, la tête mélancoliquement penchée, les mains jointes, les bras pendants.

Puis m'examinant, me touchant de nouveau, je me demandai si tout cela n'avait pas un but, une fin.

Instinctivement, je comprenais qu'il me manquait quelque chose que je ne pouvais définir, mais que je voulais, que je désirais de toute mon âme.

Je devais avoir l'air égaré, car je riais parfois frénétiquement ; mes bras s'ouvraient comme pour saisir l'objet de mes vœux; j'allais jusqu'à m'étreindre moi-même. Je m'enlaçais, je me caressais, il me fallait absolument une réalité, un corps à saisir, à presser ; dans mon étrange hallucination, je m'emparais de moimême, croyant m'attacher à un autre.

A travers les vitraux, on découvrait au loin les arbres, les gazons, et j'étais tentée d'aller me rouler à terre, ou de me perdre aérienne

dans les feuilles. Je contemplais le ciel, et j'aurais voulu voler dans l'air, me fondre dans l'azur, me mêler aux vapeurs, au ciel, aux anges.

Je pouvais devenir folle : mon sang refluait brûlant vers ma tête.

Eperdue, transportée, je m'étais précipitée sur les coussins. J'en tenais un serré entre mes cuisses, j'en pressais un autre dans mes bras ; je le baisai follement, je l'entourais avec passion, je lui souriais même, je crois, tant j'étais ivre, dominée par les sens. Tout à coup, je m'arrête, je frémis; il me semble que je fonds, que je m'abîme. Ah ! m'écriai-je, mon Dieu I ah ! ah ! et je me relevai subitement épouvantée.

J'étais toute mouillée.

Ne pouvant rien comprendre à ce qui m'était arrivé, je crus être blessée, j'eus peur. Je me jetai à genoux, suppliant Dieu de me pardonner si j'avais fait mal.

ALCIDE

Aimable innocente ! vous n'avez confié

à personne ce qui vous avait si fort effrayée !

FANNY

Non ! jamais ! je ne l'aurais pas osé. J'étais encore ignorante il y a une heure ; vous m'avez révélé le mot de la charade.

ALCIDE

O Fanny ! cet aveu me met au comble de la félicité. Mon amie, reçois encore cette preuve de mon amour. Gamiani, excitezmoi, que j'inonde cette jeune fleur de rosée céleste .

Quel feu, quelle ardeur, Fanny, tu te pâmes déjà... Oh ! elle jouit. . . elle jouit. . .

FANNY

Alcide î Alcide ! j'expire . . . je. . .

Et la douce volupté nous abimait d'ivresse, nous portait tous les deux au ciel.

Après un instant de repos, calme des sens, je parlai moi-même en ces termes :

je suis né de parents jeunes et robustes. Mon enfance fut heureuse, exempte de pleurs et de

maladie ; aussi dès l'âge de treize ans, étais-je un homme fait Les aiguillons de la chair se faisaient déjà vivement sentir.

Destiné à l'état ecclésiastique, élevé dans toute la rigueur des principes de chasteté, je combattais de toutes mes forces les premiers désirs de mes sens. Ma chair s'éveillait, s'irritait, puissante, impérieuse, et je la macérais impitoyablement.

Je me condamnais au jeûne le plus rigoureux. La nuit, dans mon sommeil, la nature obtenait un soulagement, et je m'en effrayais comme d'un désordre dont j'étais coupable, je redoublais d'abstinence et d'attention à écarter toute pensée funeste. Cette opposition, ce combat intérieur finirent par me rendre lourd et comme hébété. Ma continence forcée porta dans tous mes sens une sensibilité ou plutôt une irritation que je n'avais jamais sentie.

J'avais souvent le vertige. Il me semblait que h'S objets tournaient et moi avec eux. Si une jciune femme s'offrait par hasard à ma vue,

elle me paraissait vivement enluminée et resplendissante d'un feu pareil à des étincelles électriques.

L'humeur, échauffée de plus en plus et trop abondante se portait dans ma tête, et les parties de feu dont elle était remplie, frappant vivement contre la vitre de mes yeux, y causaient une sorte de mirage éblouissant.

Cet état durait depuis plusieurs mois, lorsqu'un matin je sentis tout à coup dans tous mes membres une contraction et une tension violentes, suivies d'un mouvement affreux et convulsif, pareil à ceux qui accompagnent ordinairement les transports épileptiques. . . Mes éblouissements lumineux revinrent avec plus de force que jamais. . . Je vis d'abord un cercle noir tourner rapidement devant moi, s'agrandir et devenir immense : une lumière vive et rapide s'échappa de l'axe du cercle et éclaira toute l'étendue.

Je découvrais un horizon sans fm, de vastes cieux enflammés, traversés par mille fusées volantes qui toutes retombaient éblouissantes

en pluie dorée, étincelles de saphir, d'émeraude et d'azur.

Le feu s'éteignit ; un jour bleuâtre et velouté vint le remplacer; il me semblait que je nageais dans une lumière limpide et douce, suave comme un pâle reflet de la lune dans une belle nuit d'été, et voilà que, du point le plus éloigné, accoururent à moi, vaporeuses, aériennes comme un essaim de papillons dorés, des myriades infinies de jeunes filles nues, éblouissantes de fraîcheur, transparentes comme des statues d'albâtre.

Je m'élançais au devant de mes sylphides, mais elles s'échappaient rieuses et folâtres ; leurs groupes délicieux se fondaient un moment dans l'azur et puis reparaissaient plus vifs, plus joyeux ; bouquets charmants de figures ravissantes qui toutes me donnaient un fin sourire, un regard malicieux.

Peu à peu, les jeunes filles s'éclipsèrent ; alors vinrent à moi des femmes dans l'âge de l'amour et des tendres passions.

Les unes, vives, animées, au regard de feu.

aux gorges palpitantes ; les autres, pâîes et penchées comme des vierges d'Ossian, Leurs corps frêles, voluptueux, se dérobaient sous la gaze. Elles semblaient mourir de langueur et d'attente ; elles m'ouvraient leurs bras et me fuyaient toujours.

Je m'agitais lubriquement sur ma couche ; je m'élevais sur mes jambes et mes mains secouaient mon glorieux priape. je parlais d'amour, de plaisir, dans les termes les plus indécents ; mes souvenirs classiques se mêlant un instant à mes rêves, je vis Jupiter en feu, Junon maniant sa foudre ; je vis tout l'Olympe en rut, dans un désordre, un pêle-mêle étrange ; après j'assistai à une orgie, une bacchanale d'enfer : dans une caverne sombre et profonde, éclairée par des torches puantes, aux lueurs rougeâtres^ des teintes bleues et vertes se reflétaient hideusement sur les corps de cent diables aux figures de bouc, aux formes grotesquement lubriques.

Les uns, lancés sur une escarpolette, superbement armés, allaient fondre sur une femme,

la pénétraient subitement de tout leur dard et lui causaient l'horrible convulsion d'une jouissance rapide, inattendue. D'autres, plus lutins, renversaient une prude la tête en bas, et tous, avec un rire fou, à l'aide d'un mouton, lui enfonçaient un riche priarpe de feu, lui martelant à plaisir l'excès des voluptés. On en voyait encore quelques-uns, la mèche en main, allumant un membre foudroyant que recevait, inébranlable, les cuisses écartées, une diablesse frénétique.

Les plus méchants de la bande attachaient une Messaline par les quatre membres et se livraient devant elle à toutes les joies, aux plaisirs les plus expressifs. La malheureuse se tortillait, furieuse, écumante, avide d'un plaisir qui ne pouvait lui arriver.

Çà et là, mille petits diablotins, plus laids, plus sautillants, plus rampants les uns que les autres, allaient, venaient, suçant, pinçant, mordant, dansant en rond, se mêlant entre eux. Partout c'étaient des rires, des éclats, des convulsions, des frénésies, des cris,

des soupirs, des évanouissements de volupté.

Dans un espace plus élevé, les diables du premier rang se divertissaient jovialement à parodier les mystères de notre sainte religion.

Une nonne toute nue, prosternée, l'œil béatiquement tourné vers la voûte, recevait avec une dévotieuse ardeur la blanche communion que lui donnait, au bout d'un fort honnête goupillon, un grand diable crosse, mitre tout à l'envers. Plus loin, une diablotine recevait à flots sur son front le baptême de vie, tandis qu'une autre, feignant la moribonde, était expédiée avec une effroyable profusion de saint viatique.

Un maître Diable, porté sur quatre épaules, balançait fièrement la plus énergique démonstration de sa jouissance érotico-satanique, et dans ses moments d'humeur, répandait à tlots la liqueur bénite. Chacun se prosternait à son passage. C'était la procession du Saint- Sacrement.

Mais voilà qu'une heure sonne, et aussitôt tous les diables s'appellent, se prennent par la main et forment une ronde immense.

La branle se donne, ils tournent, s'emportent et volent comme l'éclair.

Les plus faibles succombent dans ce tournoiement rapide, ce galop insensé. Leur chute fait culbuter les autres ; ce n'est plus qu'une horrible confusion, un pêle-mêle affreux d'enlacements grotesques, d'accouplements hideux ; chaos immonde de corps abîmés, tout tachés de luxure que vient dérober une fumée épaisse.

Vous brodez à merveille, Alcide ; votre rêve ferait bien dans un livre.

ALCIDE

Que voulez-vous .? 11 faut passer la nuit... Ecoutez encore ; la suite n'est plus que la réalité. Lorsque je fus remis de cet accès terrible, je me sentis moins lourd, mais plus abattu. Trois femmes, jeunes encore ei vêtues

d'un simple peignoir blanc, étaient assises près de mon lit. Je crus que mon vertige durait encore ; mais on m'apprit bientôt que mon médecin, comprenant ma maladie, avait jugé à propos de m'appliquer le seul remède qui me fût convenable.

Je pris d'abord une main blanche et potelée que je couvris de baisers. Une lèvre fraîche et rose vint se poser sur ma bouche. Ce contact délicieux m'électrisa ; j'avais toute l'ardeur d'un fou égaré.

Oh 1 belles amies ! m'écriai-je, je veux être heureux, heureux à l'excès ; je veux mourir dans vos bras. Prêtez- vous à mes transports, à ma folie !

Aussitôt, je jette loin de moi ce que me couvre encore, je m'étends sur mon lit. Un coussin placé sous mes reins me tient dans la position la plus avantageuse. Mon priape se dresse superbe, radieux I

— Toi, brune piquante, à la gorge si .ferme et si blanche, sieds-toi au pied du lit, les jambes étendues près des miennes. Bien !

porte mes pieds sur ton sein, frotte-les doucement sur tes jolis boutons d'amour. A ravir! Ah! tu es délicieuse. — La blonde aux yeux bleus, à moi ! tu seras ma reine !. . . Viens te placer à cheval sur le trône. Prends d'une main le spectre enflammé, cache-le tout entier dans ton empire... Ouf! pas si vite! Attends... sois lente, cadencée, comme un cavalier au petit trot. Prolonge le plaisir. Et toi, si grande, si belle, aux formes ravissantes, enjambe ici par dessus ma tête... A merveilles ! tu me devines. Ecarte bien les cuisses... Encore! que mon œil puisse te voir, ma bouche te dévorer, ma langue te pénétrer à loisir. Que fais-tu droite et debout? Abaissetoi donc, et donne ta gorge à baiser 1

— A moi ! à moi 1 lui dit la brune en lui montrant sa langue agile, aiguë comme un stylet de Venise. Viens! que je mange tes yeux, ta bouche! Je t'aime de la sorte. Oh! lubrique... mets ta main là... va! doucement 1 doucement...

Et voilà que chacun se meut, s'agite, s'excite au plaisir.

Je dévore des yeux cette scène animée, ces mouvements lascifs, ces poses insensées. Les cris, les soupirs se croisent, se confondent bientôt ; 1e feu circule dans mes veines. Je frisonne tout entier. Mes deux mains battent une gorge brûlante, ou se portent frénétiques, crispées, sur des charmes plus secrets encore. Ma bouche les remplace. Je suce avidement, je ronge, je mords ! On me crie d'arrêter, que je tue, et je redouble encore î

Cet excès m'acheva. Ma tête retomba lourdement. Je n'avais plus de force.

— Assez! assez! criai-je. Oh! mes pieds ! quel chatouillement voluptueux! Tu me fais mal... Tu me crispes, mes pieds se tendent, se tordent. . . Oh!

Je sentais le plaisir approcher une troisième fois. Je poussais avec fureur. Mes trois belles perdirent à la fois l'équilibre de leurs sens. Je les reçus dans mes bras, pâmées, expirantes, et je me suis inondé.

Joies du ciel ou de l'enfer ! c'étaient des torrents de feu qui ne finissaient pas.

Quels plaisirs vous avez goûtés, Alcide. Oh ! je les envie! — Et toi Fanny? L'insensible, elle dort, je crois.

FANNY 1

Laissez-moi, Gamiani ; ôtez votre main, elle me pèse. . . Je suis accablée... morte. . . Quelle nuit! mon Dieu! Dormons. . . je...

La pauvre enfant bâillait, se détournait, se dérobait toute petite dans un coin du lit.

Je voulus la ramener.

— Non, non, me dit la comtesse ; je comprends ce qu'elle éprouve. Pour moi, je suis d'une humeur bien autre que la sienne. Je sens une irritation... je suis tourmentée, je désire, ah ! voyez-vous ! j'en veux jusqu'à rester morte. . . Vos deux corps qui me touchent, vos discours, nos fureurs, tout cela m'excite, me transporte. J'ai l'enfer dans

l'esprit, j'ai le feu dans le corps. Je ne sais qu'inventer, ô rage !

ALCIDE

Que faites-vous, Gamiani ? vous vous levez ?

Je n'y tiens plus, je brûle. . . je voudrais. . . mais fatiguez-moi donc! Qu'on me presse, qu'on me batte. . . Oh ! ne pas jouir !

Les dents de la comtesse claquaient avec force, ses yeux roulaient effrayants, dans leur orbite. Tout en elle s'agitait, se tordait, c'était horrible à voir.

Fanny se releva, saisie, épouvantée. Pour moi, j'attendais à une attaque de nerfs.

En vain couvrais de baisers les parties les plus tendres ; mes mains étaient lasses de torturer cette furie indomptable. Les canaux spermatiques étaient fermés ou épuisés. J'amenais du sang et le délire n'arrivait pas.

Je vous laisse, dormez!

A ces mots, Gamiani s'élance hors du lit, ouvre une porte et disparait.

ALCIDE

Que veut-elle ? Comprenez-vous Fanny ?

Chut, Alcide, écoutez, quels cris ! . . .

Elle se tue... Dieu I la porte est fermée! Ah ! elle est dans la chambre de Julie. Attendez, il y a là une ouverture vitrée, nous pourrons tout voir. Approchez le canapé, voici deux chaises, montez.

Quel spectacle ! A la lueur d'une veilleuse, pâle, vacillante, la comtesse, les yeux horriblement tournés de côté, une salive écumeuse sur les lèvres, du sang, du sperme le long des cuisses, se roulait en rugissant sur un large tapis de peaux de chats (i).

(i) La peau du chat, comme on le sait, excite siugulièrement, à cause, sans doute, de la grande quantité d'électricité qu'elle contient. Les fem-

Ses reins frottaient le poil avec une agilité sans pareille. Par moment, la comtesse agitait ses jambes en l'air, se soulevant presque droite sur sa tête, exposant tout son dos à notre vue, pour retomber ensuite avec un rire affreux.

Julie, à moi ! ma tête tourne. . . Ah ! damnée folle, je vais te mordre.

Et Julie, nue aussi, mais forte, puissante, s'emparait des mains de la comtesse, les liait ensemble ainsi que les pieds.

L'excès fut alors à son comble, la convulsion m'épouvantait.

Julie, sans marquer le moindre étonnement, dansait, sautait comme une folle, s'excitant au plaisir, se renversait pâmée sur un fauteuil.

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mes de Lesbos s'en servaient toujours dans leurs saturnales.

La comtesse suivait de l'œil tous ses mouvements. Son impuissance à tendre les mêmes fureurs, à goûter la même ivresse, redoublait encore sa rage ; c'était bien un Prométhée femelle déchiré par cent vautours à la fois.

Médor ! Médor ! prends-moi ! prends !

A ce cri, un chien énorme sort d'une cache, s'élance sur la comtesse et se met en train de lécher ardemment un clitoris dont la pointe sortait rouge et enflammée.

La comtesse criait à haute voix : hai ! hai ! hai ! forçant toujours le ton à proportion du plaisir. On aurait pu calculer les gradations du chatouillement que ressentait cette effrénée Calymanthe (i).

Du lait! du lait! oh! du lait !

(i) Thyade fougueuse que la mythologie reprétente se livrant aux bêtes.

Je ne pouvais comprendre cette exclamation, véritable cri de détresse et d'agonie, lorsque Julie reparut, armée d'un énorme godmiché rempli d'un lait chaud, qu'un ressort faisait à volonté jaillir à dix pas. Au moyen de deux courroies, elle adapte à la place voulue l'ingénieux instrument. Le plus généreux étalon, dans toute sa puissance, ne se fût pas montré, en grosseur du moins avec plus d'avantage. Je ne pouvais croire qu'il v aurait introduction, lorsque, à ma grande surprise, cinq ou six attaques forcenées, au milieu de cris aigus, déchirants, suffirent pour engloutir et dérober cette énorme machine. La comtesse souffrait comme une damnée : raide, sans mouvement, pareille à un marbre, on eût dit la Cassandre de Cassini (i).

Le va-et-vient s'opérait avec une habilité consommée, lorsque Médor, dépossédé, et

(i) Statue qui représente Cassandre violée par les soldats d'Ajax, et remarquable surtout par une expression de douleur horrible.

cOujours docile à sa leçon, se jette incontinent sur la mâle Julie, dont les cuisses entr'ouvertes et en mouvement, laissaient à découvert le plus délicieux régal. Médorfit tant et si bien que Julie s'arrêta subitement et se pâma, abimée de plaisir.

Cette jouissance doit être bien forte, car son expression chez une femme n'a rien de pareil .

Irritée d'un retard qui prolongeait sa douleur et différait le plaisir, la malheureuse comtesse jurait, maugréait comme une perdue.

Revenue à elle, Julie recommence bientôt et avec plus de force. A une secousse fougeuse de la comtesse, à ses yeux fermés, à sa bouche béante, elle comprend que l'instant approche, son doigt lâche le ressort.

Ah ! ah ?.. . arrête. . . je fonds ... hai 1 hai ! je jouis. . . oh ! . . .

Infernale lubricité !. . . je n'avais plus la force de m'ôter de ma place. Ma raison était perdue, mes regards fascinés.

Ces transports furibonds, ces voluptés brutales me donnaient le vertige. 11 n'y avait plus en moi qu'un sang brûlant, désordonné, que luxure et débauche. J'étais bestialement furieux d'amour.

La ligure de Fanny était aussi singulièrement changée. Son regard était fixe, ses bras raides et nerveusement allongés sur moi. Les lèvres mi-entr'ouvertes et ses dents serrées indiquaient toute l'attente d'une sensualité dilirante, qui touche au paroxyme de la rage du plaisir qui demande l'excès.

À peine arrivés près du lit, nous nous jetâmes bondissants l'un sur l'autre, comme deux bêtes acharnées. Partout nos corps se touchaient, se frottaient, s'électrisaient rapidement. Ce fut au milieu d'étreintes convulsives, de cris forcenés, de morsures frénétiques, un accouplement hideux, un accouplement de

chair et d'os, jouissance de brute, rapide, dévo. rante, mais qui ne venait que du sang.

Le sommeil arrêta enfin toutes ces fureurs.

Après cinq heures d'un calme bienfaisant, je me réveillai le premier.

Le soleil brillait déjà de tous ses feux ; les rayons perçaient joyeusement les rideaux et se jouaient en reflets dorés sur les riches tapis, les étoffes soyeuses.

Ce réveil enchanteur, coloré, poétique, après une nuit immonde, me rendait à moi-même ; il me semblait que j'échappais à un cauchemar affreux, et j'avais près de moi, dans mes bras, sous ma main, un sein doucement agité, sein de lis et de roses, si frêle et si pur, qu'à l'effleurer seulement du bout des lèvres on eût pu craindre de le flétrir. O la délicieuse créature! Fanny, dans les bras du sommeil, deminue, sur un lit à l'orientale, réalisait tout l'idéal des plus beaux rêves. Sa tête reposait gracieusement penchée sur son bras arrondi ; son

profil se dessinait, suave et pur, comme un dessin de Raphaël ; son corps, dans chacune de ses parties comme dans son ensemble, était d'une beauté prestigieuse.

C'était une volupté bien grande de savourer à loisir la vue de tant de charmes, et c'était pitié aussi de songer que, vierge depuis quinze printemps, une seule nuit avait suffi pour les flétrir.

Fraîcheur, grâces, jeunesse, la main de l'orgie avait tout sali, tout souillé, tout plongé dans l'ordure et la fange.

Cette âme si naïve et si tendre, cette âme jusque-là si doucement bercée par la main des anges, livrée désormais aux démons impurs ; plus d'illusions, plus de rêves, point de premier amour, point de douces surprises ; toute une vie poétique de jeune fille à jamais perdue !

Elle s'éveilla la pauvre enfant presque riante. Elle croyait retrouver son matin accoutumé, ses doux pensers, son innocence, hélas! Elle

me vit : ce n'était plus son lit, ce n'était plus sa chambre. Oh ! sa douleur faisait mal Ses pleurs l'étouffaient. Je la contemplais, ému, honteux de moi-même. Je la tenais serrée dans mes bras. Chacune de ses larmes, je la buvais avec ivresse.

Les sens ne parlaient plus, mon âme seule s'épanchait toute entière, mon amour se peignait vif, brûlant dans mon langage et dans mes yeux.

Fanny m'écoutait, muette, étonnée, ravie ; elle respirait mon souffle, mon regard, me pressait par moment et semblait me dire : Oui ! oui, encore à toi, toute à toi. Comme elle avait livré son corps, crédule, innocente, elle livrait aussi son âme, [confiante, enivrée. Je crus, dans un baiser, la prendre sur ses lèvres, je lui donnai toute la mienne. Ce fut le ciel et ce fut tout.

Nous nous levâmes enfin.

Je voulus voir encore la comtesse. Elle était ignoblement renversée, la figure défaite, le corps sale, taché. Comme une femme ivre,

jetée nue près d'une borne, elle semblait cuver sa luxure.

— Oh! sortons, m'écriai-je. . . Sortons, Fanny, quittons cet ignoble séjour.

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