OBSERVATION IX
Ulcère du cæcum ; pseudo-néoplasme inflammatoire ; résection iléo-cæcale ; guérison. Th. Morel et Secheyron, Société de Médecine de Toulouse, 1895.
G..., cultivateur, 46 ans, entré à l’Hôtel-Dieu de Toulouse le r7 septembre 1895, pour des troubles digestifs et un état de faiblesse générale à marche progressive. Rien d’important à
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noter dans ses antécédents héréditaires : son père est mort
d'apoplexie à 73 ans ; sa mère vit encore et est bien portante.
Quoique son aspect général ne soit pas celui d’un homme bien robuste, à l'exception d’une fluxion de poitrine de courte Ma faitela
durée, G... a toujours joui d’une santé parfaite campagne de 1870 sans avoir eu aucun accident morbide. A son entrée à F’hôpital, nous voyons un homme grand, amaigri : sa face est terreuse, ses traits expriment un état de faiblesse générale, La maladie, les renseignements qu'il nous donne sont très précis sur ce point, aurait, débuté le r4 juillet 1895 ; il travaillait à sa vigne, lorsque, brusquement, sans aucune cause appréciable, il a ressenti une forte douleur dans la fosse iliaque droite. Il put néanmoins continuer son travail ce jour-là et les jours suivants, mais au prix d’une gêne douloureuse presque constante. Cette gêne douloureuse présentait des recrudescences à périodes fixes, survenant deux heures après chaque repas. Dans l'intervalle, c'était plutôt une sensation de pesanteur, de lourdeur au niveau du cæcum, qu’une douleur proprement dite. Les fonctions digestives continuaient à s’accomplir régulièrement ; pas de constipation, pas de diarrhée ; selles tous les jours, sans recrudescence des douleurs, sans écoulement sanguin, sans melœna : l'appétit, d’ailleurs, restait excellent. Malgré cela, pourtant, G... maigrissait, perdait des forces.
Dès le début de sa maladie, G... avait constaté dans la fosse iliaque droite la présence d’une grosseur, d'une tuméfaction située entre l’épine iliaque antéro-supérieure et l'ombilic. La palpation, peu douloureuse d’ailleurs, permet de sentir à ce niveau une fumeur aux contours mal limités, allongée, bosselée, offrant quelque mobilité dans tous les sens. A la percussion, la matité n’est pas absolue. La peau est indemne de toute adhérence ; les ganglions de l’aine sont normaux.
En présence de cette tumeur, en présence surtout de la teinte terreuse jaune paille du malade, on porte le diagnostic de cancer du cæcumi,
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La tumeur semblant bien limitée, non adhérente, l'intervention chirurgicale semble justifiée. Pendant 8 jours, on soumet le malade au régime lacté et on lui fait prendre du -benzo-naphtol pour réaliser, autant que faire se peut, l’asepsie intestinale.
Avant de faire l’anesthésie, on procède de nouveau à un examen minutieux ; on sent très bien une petite tumeur siégeant au niveau dela partie supérieure de la fosse iliaque droite ; elle est manifestement mobile, du volume d’une petite pomme ; elle semble entourée d’une éorte de gangue résistante, bosselée. Le malade anesthésié, il est impossible de sentir à nouveau cette tumeur ; elle a fait place à un empâtement diffus,
(Suit-la description détaillée de l'acte opératoire. Résection iléo-cæcale).
La palpation de l'organe fait sentir une tumeur qui fait saillie dans le cæcum : cette tumeur est entourée d’une zone indurée qui remonte sur la paroi externe du cæcum, à 6 ou 8 centimètres de la valvule. Sur le bord adhérent du mésocæcum, on voit, à 10 ou 12 centimètres de la valvule, une plaque épaisse, ovalaire, de l’étendue d’une pièce de deux francs ; elle présente une coloration blanc laiteux.
Les ganglions mésentériques voisins du cæcum sont gros, hypertrophiés, L’appendice est sain. Le diagnostic opératoire est cancer du cæcum. Suites opératoires très simples. Le malade sort guéri au quarantième jour ; deux mois et demi après, sa santé est parfaite et il a engraissé de 12 kilos.
Examen anatomique du cœcum : La pièce enlevée se compose du cæcum, de son appendice, du côlon descendant, d’une partie du côlon transverse et de deux centimètres de l'intestin grêle.
Longueur : 35 cm. On ouvre l’anse intestinale, en la fendant sur la face externe du cæcum et du côlon.
Au niveau du cæcum, cette incision partage en deux parties à peu près égales une perte de substance, comme faite à
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l’emporte-pièce ; C’est une ulcération ovalaire, à bords nettement arrêtés, hauts de deux millimètres environ ; son fond est induré, gris blafard, grenu, de couleur uniforme. Cette ulcération fait presque face à la valvule de Bauhin ; son petit axe vertical mesure 3 centimètres et demi ; son grand axe, à direction transversale, mesure 7 centimètres ; et les deux: exirémités de ce grand axe transversal sont distantes l’une et l’autre d’ün centimètre et demi des commissures de la valvule iléo-cæcale,
La muqueuse cæcale n’est pas absolumert normale ; elle paraît légèrement infitrée ; elle présente, en outre, des trainées d’un blanc mat, qui partent comme des rayons du pourtour de l’ulcération. i 5
Ces traînées présentent une consistance presque fibreuse ; elles effacent les plis de la muqueuse, qui est rosée, luisante. Dans toutes les autres portions, la membrane interne de l’intestin est normale.
L'ulcération repose au milieu d’une vaste plaque indurée, d’üne dureté presque cartilagineuse. Cette induration occupe à la fois la paroi antéro-externe et postérieure du cæcum sur une hauteur de 7 centimètres environ ; sur ses bords, elle va en s’atténuant, pour disparaître insensiblement. À son niveau, l'épaisseur de l'intestin est considérablement augmentée et mesure plus de { centimètre ; dans toutes les autres parties,
Pépaisseur de l'intestin semble normale.