EstreUa de Mayo, Quito, 5 janvier
ment au tribunal « qu'il n'avait jamais eu la pensée de commettre un meurtre ; seulement, en voyant Garcia Moreno descendre du train, il s'était rappelé les crimes de Tex-président contre sa famille et sa patrie, et je ne sais quel mouvement de subite indignation l'avait poussé à le provoquer en duel. Il s'approchait pour lui proposer une loyale rencontre, mais, au premier mot, Garcia Moreno lux avait répondu par un coup de revolver, lequel avait été suivi de plusieurs autres tirés par les membres de la légation. L'ex-président de l'Equateur, ajoutait Viteri, ne mérite pas un coup de poignard : il doit tomber sous Tanathème et le mépris de l'uni-
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Cette farce grossière ne pouvait arrêter un instant des juges sérieux. Si Garcia Moreno ne valait pas un coup de poignard, comment Viteri avait-il pu concevoir la pensée de se mesurer avec lui? Malgré ses mépris affectés, Viteri, proche parent d'Urbina, frère d'un des pirates fusillés à bord du TalcUy se fiait plus, pour abattre Garcia Moreno, au poignard de la secte, qu'aux « anathèmes de l'univers ». il était prouvé que l'assassinat, préparé dans un conciliabule révolutionnaire, occupait tout le public avant l'événement; qu'il y avait eu préméditation, vu que Ta^sassin se promenait de long en large dans la gare de Lima, attendant sa victime bien longtemps avant l'arrivée du train ; que Garcia Moreno n'avait nullement fait feu sur Viteri, puisqu'il avait remis son revolver entre les mains du préfet sans avoir brûlé une cartouche ; que la nouvelle de l'assassinat courait à Guayaquîl avant l'arrivée des dépêches de Lima, ce qui prouvait d'une mamère évidente l'existence d'un complot urbiniste ; enfin que, le coup manqué, Viteri et ses compagnons hurlaient avec rage : « A
1. Exposicion de Juan Viteri, America Latina, 4 septembre 1867.
défaut de revolver, nous emploierons le poignard. » A tous ces faits se joignaient les dépositions des témoins, qui tous racontaient d'une manière uniforme les moindres détails du crime.
Le culpabilité était donc évidente et la condamnation s'imposait. Mais la justice franc-maçonne a des procédés qui étonneraient Caïphe lui-même. Le tribunal de Lima récusa les témoins oculaires, comme amis et confidents de Garcia Moreno, pour s'en rapporter aux dépositions ridicules et souvent contradictoires de cinq ou six complices de Viteri. L'assassin fut acquitté aux applaudissements de la secte, et, non content de cette infamie, les juges déclarèrent, en seconde instance, qu'il y avait lieu de poursuivre Garcia Moreno sous la prévention de tentative de meurtre sur la personne de Viteri. Ces misérables savaient bien qu'ils ne pouvaient l'atteindre, car en sa qualité de plénipotentiaire, il échappait à leur juridiction; mais ils essayaient du moins de déshonorer leur victime.
Cette honteuse prévarication des juges, plus encore que l'attentat du 2 juillet, excita dans tout le public conservateur de Quito, des sentiments d'indignation et de colère. A voir comment on traitait un ambassadeur de l'Equateur, on se demandait s'il n'y avait plus de gou- .vernement et ce que faisait le président Carrion? 11 se contentait d'écrire une lettre de condoléance à la victime, dans laquelle il narrait « la profonde impression produite par l'assassinat de Lima sur tous les habitants de Quito, et même sur les partisans de Tinfàme Viteri, qui se donnaient beaucoup de peine pour dénaturer les faits, sans pouvoir y parvenir. Nul doute de leur complicité dans l'attentat, ajoutait-il, car il était connu à l'Equateur huit jours avant l'arrivée du courrier de Lima *. » Le ministre Bustamante, informé de l'événe-