‹ Garcia MorenoChapitre 106 sur 183 · El asesino y la victima, America Lalinaj 17 juin · texte numérisé non relu

El asesino y la victima, America Lalinaj 17 juin

cazar descendit le premier pour s'entretenir avec un attaché de l'ambassade venu à leur rencontre. Garcia Moreno le suivit aussitôt, puis aida sa petite nièce à descendre. Au moment où il se retournait vers un ami accouru pour le féliciter de son voyage, un certain Viteri, parent d'Urbina et frère de Dario Viteri, un des pirates de Jambeli, s'approcha subitement de lui, le traita de brigand et d'assassin, et lui tira deux coups de revolver à la tête avant qu'il eût le temps de faire un mouvement. Son chapeau, troué par les ball^, tomba par terre. Instinctivement, et comme mû par un ressort, il s'élança, le pistolet au poing, sur le meurtrier, dont il saisit violemment le bras, ce qui fit dévier la troisième balle. Le sang coulait de deux blessures légères, l'une au front, l'autre à la main droite.

Pendant qu'il étreignait ainsi le bras de son adversaire, un de ses amis, D. Félix Luque, bien que sans armes, accourut pour le dégager, mais un nouveau coup de feu, tiré par un compagnon de Viteri, lui perça la main. Au bruit de ces détonations, Ignacio de Alcazar se précipite à son tour au milieu des combattants et tombe sur Viteri à coups de crosse de revolver. Blessé à la tête, l'assassin furieux décharge deux fois son arme sur ce nouvel assaillant, pendant qu'Ignacio, ripostant également par une double décharge, l'oblige à quitter la partie. Cette horrible scène n'avait duré qu'un instant.

Comme toujours, la police se montra quand le danger fut passé. Un officier se mit à faire le moulinet avec son sabre et blessa gravement Ignacio de Alcazar en voulant lui arracher son revolver. -Ignacio ne livra son arme que devant une sommation du préfet ; encore ne put-il s'empêcher de lui faire remarquer qu'on n'a pas le droit de désarmer les victimes quand on ne sait pas les défendre contre les assassins; et il lui montra Viteri

qui revenait à la charge, le pistolet à la main, cherchant des yeux Garcia Horeno. Le meurtrier fut saisi à l'instant, alors Garcia Moreno remit entre les mains du préfet son revolver muni de toutes ses balles : par un acte de magnanimité sublime, bien que dans le cas de légitime défense et disposant absolument de la vie de l'assassin, au lieu de lui brûler la cervelle comme tout homme Teût fait à sa place, il s'était contenté de détourner l'arme braquée sur sa poitrine. Implacable quand le bien public l'exigeait, il épargnait un criminel quand il ne s'agissait que de sa propre vie ^.

La nouvelle de ce lâche attentat se répandit aussitôt dans la ville. Le président de la république envoya sa voiture et chargea son aide de camp de transporter * Garcia Moreno au palais. Il traversa ainsi la capitale au milieu de foules vivement émues. Au palais, il fut accueilli avec toutes sortes d'égards par le président Prado, qui ne savait comment lui témoigner ses condoléances. Il fit jeter en prison l'assassin Viteri et ordonna de le mettre en jugement sans délai.

C'est ici qu'éclate dans tout son jour et sous son aspect le plus cynique, la scélératesse de l'infernale bande qui gouverne le monde. L'agression avait eu lieu en présence de nombreux témoins qui en racontaient tous les détails, de sorte que le guet-apens était manifeste; mais il s'agissait d'un assassin commissionné par les loges maçonniques : les juges, amis ou complices d'Urbina, trouvèrent moyen de différer le procès jusqu'au moment où, les premières impressions effacées et les témoins oculaires dispersés, les avocats purent embrouiller l'affaire. Alors Viteri, payant d'audace, ne craignit pas de se poser en victime et d'accuser Garcia Moreno d'avoir voulu l'assassiner. Il raconta sérieuse-

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