‹ Garcia MorenoChapitre 109 sur 183 · El Asesinato y los Republicanos, Quito 1866, page · texte numérisé non relu

El Asesinato y los Republicanos, Quito 1866, page

homme héroïque qui les a vingt fois sauvés du radicalisme, en exposant sa vie pour défendre la leur!

Trop grand pour relever Tindifférence des diplomates et rinsolence de ces ingrats, Garcia Moreno, guéri de ses blessures, reprit la mer pour se rendre au Chili, bien que ses amis lui annonçassent que d'autres conjurés l'attendaient à Valparaiso et que, du reste, le gouvernement chilien refuserait d'admettre un plénipotentiaire incriminé juridiquement pour tentative d'assassinat. Les radicaux avaient répandu ce faux bruit à dessein d'empêcher une mission qui devait accroître la considération et la gloire de leur ennemi.

Le président du Chili, ses ministres, les personnages distingués de la capitale, reçurent l'illustre ambassadeur avec tous les égards dus à son mérite personnel ainsi qu'à la haute charge dont il était revêtu. Les journaux du pays avaient raconté ses luttes contre la Révolution, les traits d'héroïque valeur qui l'avaient signalé à l'admiration du monde, son amitié constante pour le Chili, durant ses quatre années de présidence, en enfin l'assassinat dont il avait failli être victime à Lima, de sorte que tous les cœurs lui étaient gagnés d'avance. Le discours qu'il prononça le jour de sa réception officielle fit comprendre aux Chiliens qu'ils avaient devant eux non seulement un héros mais un diplomate et un ami : c< Depuis longtemps il désirait connaître ce beau pays du Chili, la gloire des républiques américaines, et cependant ni ce désir, ni l'honneur d'être auprès du peuple chilien l'interprète des sympathies profondes de sa patrie et de son gouvernement, ne l'avaient déterminée accepter la charge d'envoyé extraordinaire, mais l'espoir de resserrer et de rendre plus intime l'alliance entre les deux pays. Initiateur de cette alliance, bien avant le blocus de Valparaiso par l'Espagne, il voulait concerter avec le Chili les moyens les plus efficaces pour rendre

cette union utile et permanente, assez forte pour assurer à tous une paix honorable, assez intime pour garantir le respect de Tindépenclance à l'extérieur, condition essentielle du progrès à l'intérieur. »

Il s'éleva ensuite à des considérations qui firent rentrer dans le néant toutes les accusations d'anti-américanisme dont on le poursuivait depuis quatre ans. « Durant quarante années, s'écria-t-il *, nous avons travaillé contre la nature et nos intérêts les plus chers. La nature a voulu faire de nous un grand peuple sur la portion la plus belle et la plus riche du globe; et nous, au lieu de nous considérer Comme les familles distinctes d'une même nation, nous nous sommes traités comme des étrangers, parfois même comme des ennemis. Malgré nos intérêts économiques qui se combinent admirablement, puisqu'une région produit ce qui manque à sa voisine, nous avons, au moyen de douanes et de tarife, mis obstacle à l'échange de nos produits et paralysé l'essor de notre industrie. Mais voici venir le jour où toutes ces inventions d'une politique égoïste apparaîtront à tous, ce qu'elles sont en efiFet, inutiles et pernicieuses. Le péril nous a révélé les avantages de l'union. Comme l'éclair et la foudre servent à purifier l'air, l'injuste agression de l'Espagne nous aura donné la cohésion qui nous a manqué jusqu'ici. »

Il réussit parfaitement dans sa mission. Conventions postales, diplomatiques, consulaires; traités d'alliance, de commerce et de navigation ; détermination des principes communs dans les relations internationales : tout fut réglé au plus grand avantage des parties contractantes. De plus, durant les six mois qu'il passa au Chili, Garcia Moreno eut l'occasion d'entrer en rapport avec la noblesse et les illustrations de la capitale. Partout on

L America Latina, 29 août 18GG.

admira sa science profonde, son noble caractère, et cet ensemble de dons éminents qui font l'homme supérieur. Dans les sociétés savantes où il eut l'occasion de se faire entendre, il étonna par ses vastes connaissances, et surtout par son système de régénération sociale basé sur les lois de l'Église, c'est-à-dire sur le catholicisme intégral. La société chilienne se passionna pour ce grand homme qui, tout heureux de rencontrer des cœurs assez chrétiens pour le comprendre et Taimer, s'y attacha d'autant plus que le libéralisme de son pays l'avait peu habitué à cette bonne fortune. Plus tard, il ne parlait jamais sans émotion de son voyage au Chili K

Tel fut le dernier résultat de cette nouvelle conjuration radicale. Le nom de Garcia Mo reno brilla d'un plus vif éclat dans toute l'Amérique, et l'on comprit mieux, à voir les fureurs delà Révolution contre l'ex-président, qu'il étaitîe seul homme dont elle craignit la puissance. Les événements vont prouver que ses instincts ne la trompaient pas.

1. Il disait même que, s'il se voyait jamais dans la nécessité d'abandonner sa patrie, il se transporterait au Chili avec sa famille. C'était le pays qu'il aimait le plus au monde : il attribuait sa prospérité à sa constitution politique et au génie de Portalès à qui, selon lui, on aurait dû élever une statue d'or.

Page 1