‹ Garcia MorenoChapitre 11 sur 183 · n s'appelait Huanacapac · texte numérisé non relu

n s'appelait Huanacapac

s'installer à Quito, où il régna trente-huit ans, non moins habile dans Tart de gouverner les peuples que vaillant à les conquérir.

En dehors des forêts du Napo où ne vécurent jamais que des tribus sauvages, les indiens de TÉquateur, dont le nombre s'élevait à cinq ou six millions, jouissaient sous les incas d'une certaine civilisation. Simples et dociles comme des enfants, ils suivaient sans mot dire l'impulsion donnée par leurs chefs, adoptant toutes les superstitions idolâtriques auxquelles donnaient créance les traditions du pays ou les calculs de la politique. Ils considéraient comme leur grand dieu ce soleil qui dardait perpendiculairement ses rayons sur leur tète; la lune était son épouse, et les incas qui les gouvernaient, les augustes fils de ces deux astres. Leurs princes avaient senti d'instinct que, pour obtenir obéissance sur terre, l'autorité doit descendre du ciel. La société se divisait en quatre classes : nobles, fonctionnaires, agriculteurs et artisans. Au-dessus de tous planait J'inca, personnage mystérieux, presque divin, devant lequel on ne paraissait que nu-pieds, les yeux baissés via tête profondément inclinée. Il rendait bonne et prompte justice, et surveillait les, magistrats à tous les degrés de la hiérarchie. Dans ce pays aux mines inépuisables l'or et l'argent abondaient. Les indiens en usaient pour 1\ confection d'ouvrages d'orfèvrerie et l'ornementation de tissus précieux qui aujourd'hui •encore défient l'imitation. Leurs temples, leurs forteresses prouvent qu'ils possédaient quelques connaissances en architecture ; toutefois, leur occupation principale consistait dans le travail des champs : les incas avaient le bon sens de considérer l'agriculture comme la source féconde de la richesse et du bonheur.

Or, malgré les splendeurs de leur dieu-soleil, ces peuples restaient depuis leur origine assis dans les

ténèbres de Tidolâtrie et courbés sous le poids des vices les plus dégradants, lorsque, à la fin du XV© siècle, il plut à^ leur Père du ciel de leur révéler Jésus-Christ, le rédempteur et le sauveur de toutes les nations, le divin soleil qui illumine et purifie toutes les âmes. Hais quel sera Tapôtre choisi pour porter la croix à ces pauvres tribus indiennes? Dieu promena son regard sur ses fils aînés, les chrétiens d^Europe. Au lieu de messagers disposés à étendre son règne, il trouva sur presque tous les trônes des princes apostats, en guerre ouverte contre son Église. En Allemagne, les empereurs persécutaient depuis plusieurs siècles le pontife romain; en France, les rois n'avaient que trop développé les germes de révolte semés par Philippe le Bel, le persécuteur du pape Boniface VIII ; en Angleterre, on voyait poindre Henri VIII ; partout les souverains proclamaient leur absolutisme, et préludaient ainsi aux crimes de Luther et des antéchrists qui lui ont succédé.

Restait cependant, au fond de l'Europe, un vrai chevalier de la croix, le peuple espagnol. Descendu des Asturies avec Pelage, il avait reconquis pied à pied, durant une croisade de huit siècles, le terrain usurpé par les Sarrasins. Il comptait des saints parmi ses rois, le cid Campéador parmi ses gloires. Il aimait avec passion l'Église catholique, ses évoques, ses prêtres, ses temples, ses cérémonies saintes : aussi poursuivait-il sans pitié le juif déicide, l'hérétique renégat, et ces fils odieux de Mahomet, qu'il venait de chasser de Grenade, leur dernier boulevard.

C'est à ce peuple profondément catholique que Dieu confia l'évangélisation de ses millions d'enfants ensevelis jusque-là dans le sein de la mer ténébreuse. Depuis dix-huit ans déjà, Christophe Colomb, le génie mystérieux à qui Dieu avait fait pressentir l'existence de mondes inconnus, errait de royaume en royaume,

cherchant un prince qui voulût bien être le messager du Christ; mais partout, à Gênes, à Venise, en France, en Angleterre, on Tavait traité de visionnaire et d'aventurier. Dieu le conduisit enfin à la cour d'Espagne, où Isabelle la Catholique, non moins zélée que lui pour le salut des âmes, favorisa son expédition. Quelques mois après, Colomb découvrait T Amérique, et le Souverain Pontife, au nom du Christ, roi de tous les peuples qui sont sous le soleil, donnait aux rois d'Espagne Tinvestiture de toutes les lies et continents nouveaux « à condition pour eux de faire connaître Jésus-Christ dans ces lointaines contrées, et d'envoyer à cet effet aux lies et terres susdites des hommes probes et craignant Dieu, pleins de doctrine, de sagesse et d'expérience, pour instruire les habitants dans la foi catholique et les former aux bonnes mœurs ^ »

Les rois d'Espagne s'acquittèrent avec fidélité de Tauguste mission que leur avait confiée le Vicaire de Jésus-Christ. Chrétiens, ils se préoccupaient ■ du salut de leurs sujets ; politiques, ils comprenaient qu'il n'y a point de colonisation possible sans la fusion des races, ni de fusion sans une religion commune à tous. Aussi chaque vaisseau quittant les côtes d'Espagne emportaitil avec les colons de nouveaux missionnaires de la croix, des évèques, des prêtres séculiers, des dominicains, des franciscains, des religieux de la Merci, des jésuites, des augustins. Chaque évêque créait un nouveau centre pastoral, les prêtres séculiers rappelaient leurs devoirs aux colons et aux indiens déjà baptisés, les missionnaires s'en allaient à la recherche des tribus nomades.

Qui racontera les voyages, les souffrances, le martyre de ces héros du christianisme, dignes des premiers

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