Bulle Mer caetera
apôtres? Au sein de ces immensités, de ces fleuves, de ces montagnes, de ces forêts vierges sans ombre de routes, sous les feux d'un soleil brûlant, ils couraient comme Jésus-Christ après les brebis égarées. En 1581, saint Turibe, archevêque de Lima, écrivait au pape Clément VIII : « J'ai visité plusieurs fois mon diocèse. Je prêchais aux Espagnols et aux indiens, à chacun d'eux dans leur propre langue. Il m'a fallu pour cela faire plus de cinq mille deux cents lieues de marche, d'autres disent sept mille lieues, le plus souvent à pied, dans des sentiers raboteux et difficiles. J'ai dû traverser de très larges fleuves, franchir de hautes montagnes, dans une grande disette et nécessité de toutes choses. Souvent je ne trouvais rien à manger ni à boire, et je couchais sur la terre nue. Néanmoins j'ai pu pénétrer dans les parties les plys reculées de ces provinces, où habitent les indiens convertis, toujours en guerre avec les infidèles et les sauvages ^. »
Des ouvriers comme ce Xavier de l'Amérique, qui confirma de sa main plus d'un million d'hommes, plantèrent la croix en moins d'un siècle au Pérou, à l'Equateur, à la Nouvelle-Grenade, au Chili, partout où la race conquérante établissait sa domination. L'Amérique devint une nouvelle Espagne où l'on vit s'élever comme par enchantement de nombreuses villes, des universités florissantes, des collèges, des écoles, des établissements religieux destinés à répandre, avec les bienfaits de l'instruction, les secours de la charité. Dans toutes les classes de la société, la vie chrétienne se développa d'une manière remarquable au moyen de pieuses confréries d'hommes et de femmes; et bientôt, sur ces montagnes, naguère le théâtre d'odieuses superstitions, l'œil de Dieu se reposa sur des âmes vrainient