‹ Garcia MorenoChapitre 50 sur 183 · Virum... si quem conspexcre... si lent. Virgile · texte numérisé non relu

Virum... si quem conspexcre... si lent. Virgile

" des deux puissances, mais à la condition pour relise d'accepter la suprématie de FÉtat. Nous avons dit comment Garcia Moreno, induit en erreur, comme tous ses contemporains, par les doctrines officielles, avait été amené, par suite d'un procès scandaleux, à étudier d'une manière plus attentive les rapports du droit canonique avec le droit civil. Mais pour étudier, il fallait des livres. Or, depuis plusieurs siècles, les livres de droit, comme les livres d'histoire, avçiient pour objectif principal de ruiner, au profit des rois, l'autorité souveraine de l'Église. Les histoires ecclésiastiques, gallicanes ou libérales, torturaient les faits pour les plier à leur thèse. Fleury dénonce, en vingt volumes in-folio, les usurpations de TÉglise romaine sur les libertés gallicanes. Les plus modérés de cette école écrivent timidement que, si les papes au moyen âge ont déposé les rois, ils n'agissaient point en vertu de leurs prérogatives divines, mais d'un droit concédé par les peuples, d'où il suit qu'à notre époque, les peuples ayant changé d'avis, le droit des papes n'existe plus.

Tel était le chaos doctrinal dans lequel les universités gallicanes avaient replongé le monde, pour la plus grande gloire de l'omnipotence royale, quand, au milieu du dix-neuvième siècle. Dieu suscita un vrai missionnaire des droits de l'Église et de la papauté. Ce missionnaire, l'abbé Kohrbacher, éleva le gigantesque monument qui tua le gallicanisme dans tous les esprits sérieux, je veux dire YHistoire universelle de l'Église catholique K Dans cette encyclopédie doctrinale, la théologie, la politique et l'histoirç, harmonieusement fondues ensemble, s'appuient sur la tradition des siècles comme sur les mystères les plus profonds de la nature

1. Le promior dos vingt-neuf volumes qui composent cette Histoire parut en 1812, le dernier en 1849.

humaine, pour arriver à cette conclusion que personne n'ébranlera jamais : l'Église catholique est la reine du monde, à laquelle doivent obéir les rois aussi bien que les peuples ; elle est la tête du grand corps social dont l'État n'est que le bras : donc, pas de lutte entre l'État et l'Église; pas de divorce non plus, mais Tharmonie la plus intime par la subordination de l'État à l'Église, La chute des empires dans l'antiquité et les révolutions incessantes du monde moderne servent de contre-épreuve à cette exposition saisissante.

A la lecture de cet ouvrage qu'on peut appeler providentiel, Garcia Moreno vit s'élever devant ses yeux éblouis comme une apparition de la céleste vérité, devant laquelle s'évanouirent ces droits révolutionnaires tant vantés : quatre articles, droits de l'homme, lois du patronat, articles organiques, et autres chaînes forgées par l'État pour garrotter l'Église. Il comprit dès lors que le peuple du Christ a le droit d'être gouverné chrétiennement, et qu'on ne peut le déposséder de l'Église sans lui ravir la liberté, le progrès, la civilisation. 11 comprit également que la tyrannie ne peut être inviolable. Le Christ Rédempteur a dû pourvoir son Église du droit de sauver les âmes et les peuples, en écartant les tyrans qui lui barrent le chemin. Les peuples de leur côté, guidés par leur céleste directrice, ont le droit de choisir le moment opportun pour défendre, même parles armes, leurs autels et leurs foyers.

Garcia Moreno aimait dans le nouvel historien de TEglise précisément ce que d'autres lui ont reproché, le mélange de la théologie avec l'histoire. Son génie scrutateur éprouvait le besoin d'analyser les faits pour en chercher la raison dernière, c'est-à-dire la loi théologique. Il estimait aussi, dans ce défenseur de la vérité, l'homme entier, ennemi des compromis et des palliatifs, le chevalier sans peur et sans reproche, frappant et

de taille et d'estoc sur Terreur, cette erreur eût-elle pour patrons Fleury, Bossuet ou Pascal. Ce paladin à l'humeur joyeuse, mais terrible jusque dans ses joyeusetés, allait tout naturellement à son caractère franc et généreux.

Nous devions insister sur cette Histoire, car en lui révélant le rôle politique de l'Église, que tant d'hommes d'État mourront sans connaître, elle fit pénétrer dans son âme l'esprit de Charlemàgne et de saint Louis. Aucun livre sorti de la main des hommes n'exerça sur lui pareille influence. Il en lut trois fois les vingt-neuf volumes, approfondissant à chaque reprise les thèses exposées par l'auteur, dont il admirait de plus en plus le génie. Grâce â son excellente mémoire il en citait souvent des pages entières pour appuyer ses opinions.

L'exil avait donc grandi et mûri Garcia Moreno. Assez fort pour se mesurer avec la Révolution, assez humble pour s'agenouiller devant l'Église, il était de la race des vrais libérateurs, et Dieu pouvait lui rouvrir les portes de sa patrie. Avant de le montrer aux prises avec l'ennemi, qu'on nous permette encore, sur son séjour à Paris, d'emprunter quelques lignes au grand écrivain qui fut, avec Rohrbacher, le plus vaillant défenseur des droits de l'Église en notre siècle : « Sur la terre étrangère, seul, inconnu, mais soutenu de sa foi et de son grand cœur, Garcia Moreno s'éleva lui-même pour régner, si telle était la volonté de Dieu, Il apprit ce qu'il devait savoir afin de gouverner un peuple autrefois chrétien, mais qui redevenait sauvage et ne pouvait plus être ramené à la civilisation de la croix qu'avec un frein brodé des verroteries de l'Europe. Dans ce but, il avait voulu être savant. Paris, où l'amenait la Providence, était bien l'ateliei* convenable à cet apprenti. Paris, chrétien aussi, et en même temps barbare et sauvage, offre le spectacle du combat des deux élé-

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ments. Il a des écoles de prêtres et de martyrs, il est une vaste fabrique d'antechrists, d'idoles et de bourreaux. Le futur président et le futur missionnaire de

rÉquateur avait là sous les yeux le bien et le mal

Quand il retourna dans son lointain pays, son choix était fait. Il savait où se trouvaient la vraie gloire, la vraie force, les vrais ouvriers de Dieu. S'il fallait préciser le seuil d'où il partit, le dernier lieu où s'attacha son xœur, nous nommerions sa chère église de Saint- Sulpice, ou peut-être quelque humble chapelle de missionnaires où il avait coutume de venir prier pour sa patrie*. »

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