‹ Garcia MorenoChapitre 54 sur 183 · La Union Nacional, fit sorv apparition le 21 avril · texte numérisé non relu

La Union Nacional, fit sorv apparition le 21 avril

liation tous les ennemis d'Urbina, catholiques déterminés, patriotes libéraux, démocrates avancés, on avait Tespoir de contrebalancer l'immense influence dont disposait le gouvernement au profit des candidatures officielles. Sans doute, on ne fonde rien avec des coalitions, mais ce sont d'excellents béliers pour démolir. Garcia Horeno traça d'une main ferme le but que poursuivait le nouveau journal.

« Quand une cité ensevelie dans les ténèbres d'une nuit profonde se livre aux douceurs du sommeil, un grand silence règne autour d'elle : c'est à cette heure que l'assassin saisit son poignard, quitte son repaire, et se rend sur le théâtre choisi par lui pour un nouveau crime. Sûr de l'impunité, caria nuit lui sert de voile et ses victimes sont endormies, il avance hardiment, attaque dans rombre la demeure paisible de l'honnête homme* et d'une main le dévalise pendant que de l'autre il s'apprête à l'égorger. Mais que soudain retentisse le cri d'alarme, que les citoyens émus se précipitent au secours de la victime, le brigand s'enfuit en jetant son butin.

« De même, une nation, abreuvée d'outrages, réduite au désespoir par une longue série de revers, cherche dans le sommeil l'oubli de ses douleurs. Malheur à elle, si elle ne se réveille pas avant l'attentat final ! Malheur à ses fils, si au lieu de voler à son secours, ils se plongent dans un lâche repos, ou se livrent aux fureurs de la discorde !

« L'Equateur se trouve-t-il aujourd'hui dans cette effroyable passe? Les actes, ou plutôt les scandales du gouvernement répondent douloureusement à cette question. Or, sachez-le, si dans une monarchie le silence des peuples est la leçon des rois , dans une république, c'est la mort à bref délai. Inutile de chercher en pays étranger la preuve de cette vérité ; qu'il suffise d'évoquer le nom

maudit d'Urbina, ce synonyme de toutes les infamies et de tous les crimes.

« Aujourd'hui que les urnes électorales vont décider de Tavenir de la république, le silence du peuple équivaudrait à l'atonie du cadavre. Aujourd'hui plus que jamais, il nous faut l'union loyale et le concours de tous les citoyens qui s'intéressent encore à l'honneur de la patrie. Voilà pourquoi nous agitons le drapeau de VUnion Nationale, persuadés que, si nous marchons ensemble, on ne verra plus se hisser au pouvoir des misérables qui devront, au jour de la justice, gravir les marches de Téchafaud *. »

Après ce coup d'éperon aux engourdis, toujours très nombreux dans le parti de l'ordre, Garcia Moreno les pousse aux urnes, l'épée dans les reins, en leur faisant i»emarquer que les électeurs primaires, dont les comices vont faire choix à l'occasion du renouvellement du congrès, auraient à nommer plus tard le futur président. 11 s'agissait donc ou de préparer la réélection d'Urbina ou d'éliminer à jamais le despote exécré. A la pensée que cet homme de malheur pourrait régner encore sur son pays, le polémiste donne libre cours à son indignation :

(c Cinq ans durant, il a fait peser sur nous son despotisme immoral, sans qu'un acte honorable ait légitimé son usurpation, ni couvert ses crimes aux yeux de la postérité. Bâillonner la presse pour étouffer la conscience publique, transformer les collèges en casernes, abrutir la nation en supprimant toute espèce d'enseignement, ériger le vol en système sous le nom d'emprunts forcés, décréter l'impunité des bandits à sa solde, calomnier pour persécuter, persécuter pour terroriser, exiler au désert des innocents, des prêtres

Page 1