‹ Garcia MorenoChapitre 83 sur 183 · LENTE REACTION · texte numérisé non relu

LENTE REACTION

Il y avait à peine deux ans que Garcia Moreno exerçait le pouvoir, et, s'il avait pour lui le peuple catholique, il pouvait se vanter d'être pour tous les révolntionnaires, libéraux et radicaux, Thomme le plus impopulaire et le plus exécré de TÉquateur. Nous allons assister au gigantesque duel du héros chrétien contre cette légion d'ennemis.

La ligue, qui depuis quelque temps déjà complotait le renversement de Garcia Moreno, avait pour chef ce misérable Urbina, ignominieusement chassé du territoire trois années auparavant. L'astucieux despote sentait que Garcia Moreno, l'auteur de sa chute, empêcherait à jamais son retour : aussi lui avait-il voué une haine implacable et travaillait-il de tout son pouvoir à organiser contre lui une conjuration, tant de ses adeptes à l'intérieur que des chefs d'États plus ou moins animés de sa rage sectaire.

A l'Equateur il comptait sur tous les démocrates initiés à la franc-maçonnerie et fiers de s'intituler progressistes ou libres-penseurs. Un de leurs chefs les plus ardents, l'ambitieux Pedro Carbo, se déclarait en toute circonstance l'ennemi acharné de Garcia Moreno, de sa

politique catholique, et même de ses entreprises les plus évidemment favorables au bien-être matériel du pays. Quand le président commença la route carrossable de Quito à GuayaquiK tous les cantons intéressés votèrent, sur sa demande, des subsides annuels pour Texécution de ce colossal projet : seul, le conseil municipal de Guayaquil, à Tinstigation de Pedro Carbo, répondit que la ville, fortement endettée, ne pouvait souscrire aux vœux du gouvernement; ce qui ne Tempêchait pas de voter des fonds, séance tenante, pour Tachât d'une bibliothèque et la création d'un journal d'opposition. Sous l'influence de tels hommes, l'hostilité grandissait chaque jour contre Garcia Moreno, au point que cei*tains énergumènes à Guayaquil regrettaient tout haut la liberté dont on jouissait sous Urbina et Roblez. Un autre fanatique dIJrbina, c'était le docteur Pedro Moncayo, revenu à ses premières amours. D'abord ardent ami de Tex-président, il avait fait ensuite contre lui la révolution de mai 1859 avec tant d'animosité qu'il voulait dépouiller les temples et fondre les cloches pour augmenter les ressources et multiplier les armes. Aujourd'hui, en haine de Garcia Moreno, il regrettait si amèrement son ami d'autrefois, qu'en attendant son retour, il s'expatriait pour ne pas mourir suffoqué dans cet Equateur « où l'on manquait de toutes libertés, liberté de la presse, liberté d'élection, liberté d'association, liberté d'enseignement, ces grands moyens dont disposent toutes les sociétés civilisées pour propager la vérité, la justice, les sciences et les arts *. » Cela veut dire qu'à l'Equateur la secte n'avait pas les coudées franches pour travailler au renversement de l'Église et de la société. Par ses pamphlets, P. Moncayo se faisait, à l'Equateur et chez tous les peuples de l'Amérique,

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