Ojeada sobre las Repubticas Americanas, P. Moncayo
Tardent missionnaire de l'insurrection contre Garcia Moreno.
A ces accusations de tyrannie répondaient les hurlements des nombreux mécontents de Fintérieur, employés mis à la retraite, soldats astreints à la discipline, libéraux vexés des allures autoritaires du présideot, et plus encore de son respect absolu pour les droits de l'Église. En cas de bouleversement, tous promettaient leur adhésion, mais nul n'osait tenter un mouvement qui aurait compromis sa tète. Conspirateur sans courage et sans vergogne, Urbina n'hésita point à réclamer l'appui du Pérou et de la Nouvelle-Grenade, ces deux mauvais larrons, comme disait le P. Solano, placés à droite et à gauche de l'Equateur pour le dépouiller quand l'occasion s'en présente. Il jeta d'abord les yeux sur le péruvien Castilla, dont il connaissait les prétentions sur l'Equateur, et les ressentiments contre Garcia Moreno.
Depuis sa mésaventure de Guayaquil, Castilla vivait en bonne intelligence avec le triumvirat Urbina-Roblez- Franco, lesquels restaient frères et amis malgré leurs démêlés d'autrefois; mais, pour envahir de nouveau l'Equateur, le président du Pérou devait donner aux autres puissances une raison tant soit peu acceptable : il imagina d'intenter à Garcia Moreno devant toute l'Amérique un procès de haute trahison. Nos lecteurs se souviennent des malencontreuses lettres adressées au représentant du gouvernement français sur la question d'un protectorat éventuel. Ces lettres, restées secrètes jusque-là, furent livrées à Castilla par l'indiscrétion coupable d'un agent diplomatique, et publiées dans un journal de Lima. Aussitôt, sur un mot d'ordre d'Urbina, toutes les feuilles américaines dévoilèrent avec indignation « la grande trahison de Garcia Moreno. Comme Florès, avec lequel d'ailleurs il s'était réconcilié, le président de l'Equateur avait vendu son pays à
Tétranger! » Le traître Franco, qui n'avait pas rougi de conclure avec Castilla le honteux marché du 25 janvier 1861, prit la plume pour dénoncer Garcia Moreno à la vindicte publique. Urbina, Thypocrite ! manqua de tomber en pâmoison à cette fatale nouvelle. « Livrer rÉquateur à la France! s'écriait-il, mais c'est le coup de mort de l'Amérique. Non, je ne voulais pas y croire, malgré mon inimitié contre l'usurpateur; je voulais voir de mes yeux, toucher de mes mains les pièces authentiques, avant d'abandonner la résolution que j'avais prise de renoncer à jamais à la vie publique. Je vins donc au Callao pour m'en assurer, et je me fis apporter à bord les maudites lettres. C'étaient bien des autographeSy c'était bien l'Equateur transformé en • colonie française, ma patrie vendue à l'étranger, et l'Amérique menacée d'une ruine imminente! Les Français allaient envahir l'Equateur comme ils ont envahi le Mexique^. »
* Quel odieux et impudent mensonge ! Garcia Moreno avait parlé de protectorat, non de colonie. Il avait voulu, dans un moment de détresse, « sauver l'honneur et l'existence de la nation », non l'inféoder à un peuple étranger. Et encore était-ce de sa part une simple proposition « qu'il faudrait soumettre, si elle était prise en considération, au jugement des représentants du peuple. » Le texte 2 même de la lettre en fait foi. Les deux collègues de Garcia Moreno au gouvernement provisoire, Gomez de la Torre et Avilès, bien qu'ennemis politiques du président, le disculpèrent entièrement en même temps qu'ils mirent à nu l'indigne conduite de Franco à leur égard lors de la conférence de Guayaquil ; mais que peuvent les démonstrations et
1 . Citation empruntée à la brochure : El gênerai Urbina y sus projectos contra elpais, Guayaquil, avril 1864.