Centineta, "21 novembre
sessions à discuter les questions ecclésiastiques, tandis que le Grand Turc frappait à leurs portes? »
Entre Mosquera et le congrès, Garcia Moreno se trouvait dans un embarras extrême. Il ne pouvait démissionner sans trahison en face d'un envahisseur, ni combattre Venvahisseur sans sacrifier le concordat aux exigences du congrès. Pour en finir avec les débats insensés et tourner contre Mosquera toutes les forces vives de la nation, il réunit les chefs de Topposition, leur exposa ses anxiétés, et finit par leur dire qu'il considérait toujours le concordat comme un traité inviolable, mais qu'il ne pouvait empêcher le congrès d'en lacérer les articles, puisque telle était son opiniâtre volonté. « Présentez-moi donc, leur dit-il, votre loi de réforme. » Il n'ajouta point que, selon ses droits constitutionnnels, il se réservait d'apposer son veto à l'exécution de leur loi, s'ils osaient attenter aux droits de l'Église.
Dans cette révision du concordat, les députés suppri mèrent d'un trait de plume les immunités du clergé, rétablirent les appels comme d'abus devant les tribunaux civils, et allaient même se jeter sur les biens ecclésiastiques, lorsque, pour éviter un plus grand mal, on pria l'archevêque d'en céder volontairement une partie. L'archevêque ayant répondu qu'il ne se croyait pas le droit de disposer des biens de l'Église sans l'intervention du souverain pontife, le congrès fit passer au président sa prétendue loi de réforme pour qu'il la sanctionnât et Fintimât au Saint-Siège.
Garcia Moreno garda la pièce, et le congrès s'occupa des prétentions de Mosquera. Plus tard, alors que le congrès clôturait ses sessions, le président annonça que, selon son droit, il refusait Y Exequatur à la loi de réforme, comme absolument contraire aux lois imprescriptibles de l'Église. Six mois après, dans une
réunion extraordinaire du congrès, les passions étant calmées, il justifia sa conduite : « Vous m'avez, dit-il, intimé Tordre de m'adresser immédiatement au Saint- Siège pour introduire dans le concordat les modifications que vous avez jugées nécessaires. Il ma été impossible d'exécuter vos volontés, parce que me présenter au pape avec des réformes imposées et le rétablissement scandaleux des appels comme d'abus, c'eût été entreprendre une négociation impossible. S'il sagissait d'un contrat avec le plus insignifiant des gouvernements, vous ne permettriez pas que TÉquateur se déshonorât en violant à son égard des stipulations acceptées, bien moins encore en lui imposant des obligations qui, par la nature même du contrat, ne peuvent résulter que d'un engagement libre et récipi'oque. Et nous manquerions de parole, au grand détriment de Thonneur national, envers la première autorité de ce monde! Peuple catholique, nous oublierions les liens sacrés qui nous unissent au. centre de Tunité religieuse, jusqu'à refuser au saint-père le respect et la considération qu'on accorde au chef de la plus infime des républiques ! Si nous cherchons de bonne foi des modifications au concordat, conclu, ratifié et promulgué en vertu de Tautorisation législative de 1861, n'intimons pas nos prétendues réformes, ne laissons pas subsister ces recours odieux aux tribunaux civils. Imposer ces réformes, ce serait faire passer le souverain pontife sous les fourches caudines et préparer le schisme. Au lieu de nous jeter dans ces extrémités terribles, vous et moi, et tout le peuple, nous conserverons intacte la foi de nos pères, même au péril de notre vie. »
Délibérant à froid, les représentants jugèrent leur loi de tout point inexécutable. Ils abrogèrent les dispositions malencontreuses qu'ils avaient édictées, entre autres le recours aux tribunaux civils, et prièrent le
président de s'entendre avec le Saint-Siège, ce qu'il accepta sans difQcullé. Ainsi fut sauvé le concordat, ainsi l'invincible énergie d'un vrai chef d'État triompha des passions de la multitude. Garcia Moreno ne consentit jamais à jouer le rôle d'une machine à signer ou d'un roi soliveau. Chef du peuple, il prétendait non lui obéir mais le diriger; non se jeter avec lui dans toutes les fondrières, mais lui montrer la route et au besoin le forcer de la suivre. La Révolution se met à la remorque du peuple et le pousse à Tablme : la contre-révolution marche devant le peuple, à la lumière de l'Église, pour l'éclairer et le sauver.