‹ Garcia MorenoChapitre 89 sur 183 · Séance du 14 août · texte numérisé non relu

Séance du 14 août

que, par conséquent, la formule « vous avez daigné transmettre » devait faire place à celle-ci : « vous avez transmis. » La chambre s'empressa de voter cet amendement qui sauva les grands principes de 1789, car donner au pouvoir une marque de respect, n'est-ce pas lui reconnaître une certaine supériorité, et alors que devient le peuple souverain?

Borrero sauva la patrie une seconde fois. Le message avait dit en parlant du Mexique : « La guerre paraît terminée; il reste à faire des vœux pour que cette région de TAmérique, opulente et privilégiée entre toutes, se constitue librement, en évitant les excès d'une démagogie rapace, immorale et turbulente. » Borrero devina sous ces expressions un désir non équivoque de voir les Français s'implanter au Mexique, désir anti-républicain au premier chef. Aussi proposa-t-il d'ajouter à l'adresse ce paragraphe à sensation : « La chambre des députés déplore la douloureuse extrémité à laquelle se trouve réduite la république mexicaine, et fait les vœux les plus ardents pour que, à l'heure où se dissipera le nuage qui obscurcit son avenir, elle se relève, libre, indépendante et prospère, de l'ignominieuse servitude dont n'a pu la préserver Théroïsme de ses enfants. » Ainsi cet habile homme se rendait populaire aux dépens de l'autorité : Garcia Moreno blâme les horribles excès de Juarez; Borrero, soulignant ce blâme, en fait un crime contre l'indépendance américaine.

A ces escarmouches d'avant-garde succéda enfin la grande bataille du concordat. Le gouvernement proposa au congrès de mettre cette question à son ordre du jour avant toute autre délibération ; de son côté, la chambre des députés, sur une pétition du conseil municipal de Guayaquil accusant le chef de l'État d'avoir violé la loi constitutionnelle en promulguant le concordat, renvoya l'affaire â la commission des illégalités. La dis-

cussion s'engagea sur ce princîpç qu'un traité public ne peut avoir force de loi avant la ratification du congrès, d'où l'on concluait que le concordat était nul et non avenu. Tout en traitant cette question préjudicielle, on ne se faisait pas faute de mettre sur le tapis les articles plus ou moins épineux, afin d'irriter les esprits. Outre les raisons alléguées dans le message, les amis du président affirmaient qu'un concordat n'est pas un traité synallagmatique proprement dit. Les concessions faites par le pape au président sont des privilèges gracieux, tandis que celles accordées par le président au pape sont purement et simplement la restitution de droits naturels ou canoniques usurpés par les rois, ou concédés bénévolement par le Saint-Siège à titre de privilèges. Ni les uns ni les autres ne peuvent former la matière d'un traité proprement dit. En tout cas, qu'il y ait traité synallagmatique ou non, le président, en lui donnant force de loi, n'avait fait qu'exécuter les ordres de la convention de 1861 : pouvait-on déclarer inconstitutionnel le décret d'une convention souveraine, investie du droit de faire une constitution?

Sur ce thèmq ingrat, les deux partis exécutèrent des variations plus ou moins ennuyeuses avec une subtilité digne des théologiens de Byzance. Craignant les résolutions extrêmes du président, la majorité n'osait tirer la conclusion de ses prémisses et jeter par terre le concordat, mais, dans l'espoir de le réformer à sa guise, elle exigeait impérieusement la discussion des articles. On pataugeait ainsi sur place, quand tout à coup Hosquera profitant du conflit, poussa plus loin ses odieuses provocations et rendit la guerre inévitable. Qu'avait-il à craindre de ces législateurs qui, selon la remarque de Borrero lui-même *, « avaient passé la moitié de leurs

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