‹ Garcia MorenoChapitre 98 sur 183 · LE COMBAT DE JAMBELI · texte numérisé non relu

LE COMBAT DE JAMBELI

L'année 1865 était Tannée fatidique de Télection présidentielle. L'homme de génie, que la Révolution avait inutilement tenté d'abattre ou d'assassiner, allait enfin mourir de sa belle mort. Ainsi le voulait Tégalité républicaine, qui ne confiait le pouvoir que pour quatre ans et sans facullé de réélection. Les révolutionnaires hâtaient de leurs vœux la période électorale; Garcia Moreno, au contraire, ne la voyait pas arriver sans inquiétudes. Un capitaine qui a dirigé son navire au milieu des tempêtes et qui maintes fois Ta sauvé du naufrage, ne Tabandonne pas, sans trembler, à des mains inexpérimentées. Et toutefois, il quittait avec joie un pouvoir qu'il avait accepté par force en 1861 et volontairement déposé en 1863. A Tépoque où nous sommes arrivés, il écrivait à un ami intime : « Quand bien même la constitution permettrait ma réélection, je n'y consentirais pas. Cette néfaste constitution de 1861 engendre et provoque tous les désordres, sans donner au gouvernement le moyen de les repousser. Il s'ensuit que, dans un^péril- imminent, le gouvernement se voit forcé pour sauver le pays, de se mettre au-dessus des lois et, dans les périls moindres, de tout sup-

porter, laissant ainsi la société descendre graduellement les pentes du précipice. J'ai prévu cette situation dès 1861, et je me repentirai toujours d'avoir accepté le. pouvoir ainsi amoindri. Parce que j'ai confiance en Dieu, je crois que TÉquateur sortira un jour de cet affreux état, mais après une période plus ou moins longue de sang et de ruines, quand les législateurs, las de leurs folles utopies et de leurs coupables expériences sur ie corps défaillant de la nation, prendront enfin la raison pour guide. La logique du mal est inexorable. Toute faute engendre une expiation : npus allons expier les fautes des constituants de 1861*. »

11 laissait donc sans peine une charge trop onéreuse, « d'autant plus, ajoutait-il, qu'en refusant la présidence je rendrai plus de services qu'en la conservant, supposé môme que cela fût légal. Dans notre Equateur, où les ambitieux briguent 'le pouvoir à la seule fin de s'engraisser des misères et des larmes du peuple, il faut donner l'exemple du désintéressement et du. sacrifice, faire le bien sans demander aucun salaire en ce monde » . Donc, personnellement désintéressé dans l'élection, il n'avait plus qu'un devoir à remplir envers la patrie : travailler de toutes ses forces à se donner un successeur assez catholique pour comprendre l'œuvre de la régénération inaugurée par le concordat, assez énergique pour empêcher la Révolution de la ruiner.

Garcia Moreno ne pensait pas, nous l'avons déjà dit, que le gouvernement doit se croiser les bras et rester muet pendant la période électorale, tandis que ses ennemis, à coups de mensonges et de calomnies, battent en brèche tout candidat honnête. Il prétendait que le gouvernement a le droit et le devoir d'éclairer le peuple en lui présentant le candidat de son choix; en second

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