Message do
comme des corsaires et traités en corsaires. Les autorités leur appliqueront la loi, non des belligérants, mais des incendiaires et des assassins. » Des bataillons, expédiés de Guayaquil sur Machala, avaient ordre de s'emparer par tous les moyens possibles du traître Urbina, afin de lui faire expier sur Téchafaud la longue série de ses forfaits.
Toujours prudent, au lieu d'attendre les troupes de Guayaquil, le «libérateur » déménagea au plus vite avec trois cents hommes, sous prétexte d*insurger la province de Loja, mais en réalité pour gagner, sans courir aucun risque, la frontière du Pérou. Son ami Roblez disparut avec lui sous couleur d'aller à Payta chercher des renforts. Franco et Léon, restés seuls pour soutenir le choc des troupes équatoriennes, furent battus piteusement à Santarosa, le 17 septembre, et s'enfuirent avec les débris de leur bande jusqu'à Zapotillo, où le brave Urbina avait établi son camp et imposait smi pronunciamento aux populations éperdues. Quand, un mois après, le général Gonzalez et le colonel Vintimilla, entièrement maîtres de la côte, arrivèrent à Zapotillo avec infanterie et cavalerie pour en déloger les envahisseurs, on leur apprit que ces foudres de guerre, tremblant à leur approche, avaient passé la frontière et se trouvaient en sûreté chez leurs bons amis du Pérou.
Ainsi avorta cette expédition, préparée depuis six mois par la révolution cosmopolite pour renverser son mortel ennemi. Les urbinistes, unis aux assassins de l'intérieur, appuyés par deux gouvernements, avaient échoué contre l'énergie d'un seul homme. La campagne terminée, Gama Moreno parcourut les provinces envahies, visita Guayaquil, Machala, Santarosa, Loja, Cuenca, et distribua des récompenses à ceux qui avaient vaillamment combattu. 11 félicita les populations de
leur courageuse fidélité, fit grâce aux malheureux s'étaient laissé corrompre par frayeur ou par surp mais se montra inexorable envers les soutiens et ( plices d'Urbina. Dans la prison de Cuenca se troi un chef d'insurgés nommé Campoverde. Cet audac bandit n'avait pas craint de soulever le petit bour Ganar en faveur d'Urbina et d'attaquer, à la têt( trois cents hommes, la ville de Cuenca qu'il sî totalement dépourvue de garnison. Mais les habitî propriétaires, commerçants, étudiants, s'étaient de dus avec tant de courage, qu'après une demi-h d'un combat sanglant, Campoverde avait dà rendr armes et se constituer prisonnier. Condamné à i par un conseil de guerre, il devait subir sa peine le même où Garcia Moreno fit son entrée à Cuenca. profita de cette circonstance pour solliciter la g du coupable. « Si vous invoquez la justice, répondit flexible* Garcia Moreno, montrez que cet homme pas coupable; si c'est la charité, ayez pitié des i cents que vous allez faire périr, car, si j'éparga( criminel, demain le sang coulera dans quelque nou révolution. » Campoverde fut exécuté.
Cette invincible fermeté, qui l'empêcha touj d'immoler la justice à la pitié, lui donna de triom] des deux puissants et cyniques larrons, la Colombi le Pérou, qui durant cette guerre n'avaient pas r de se faire ostensiblement les auxiliaires d'Urbina. mais, en dépit de leurs menaces, ils n'obtinrent d( la moindre concession; jamais ils ne l'attaqué officiellement sans qu'il stigmatisât publiquement conduite et vengeât ainsi sa dignité offensée. Peû( que le gouvernement de Bogota le faisait insulter les journaux à sa solde, et permettait aux urbinistei recruter des soldats sur son territoire, il accréditait du gouvernement de l'Equateur un chargé d'affai
nommé Fierro, « pour resserrer, disait-il, les liens d'a- •raitié entre les deux pays ». Ce Fierro, non crontent de répéter ces banalités diplomatiques, se permit dans son discours de réception des divagations impertinentes sur rindépendance, Tunion et la liberté des peuples, sans même se donner la peine de dissimuler ses intentions critiques. L'outrecuidant personnage reçut aussitôt son châtiment :
«Je suis heureux, lui répondit Garcia Moreoo, qu'en prononçant ces beaux noms d'indépendance, d'union et de liberté, vous me fournissiez l'occasion de m'expliquer sur ce sujet; non pas que je m'abaisse jamais à me défendre contre des calomniateurs salariés ou des idiots dupes de leurs inventions, mais pour que vous, ministre des États-Unis de Colombie, sachiez que, moi aussi, j'aime Tin dépendance, l'union et la liberté, et que de plus mes actes sont en parfait accord avec mes principes.
« V indépendance étant la vie d'un peuple, par conséquent le premier de ses biens, je veux l'indépendance pour l'Equateur. C'est pourquoi je déteste et combats de toute mon énergie les grands ennemis de cette indépendance, qui sont la licence, la démagogie et l'anarchie.
« V union, garantie de la paix et condition de la force, je l'ai toujours cherchée. L'Equateur veut resserrer les Uens qui l'unissent aux autres nations, en respectant le droit et la justice à l'égard de tous les peuples. Jamais il n'a souffert que, sur son territoire, on armât en pleine paix des bandes de perturbateurs pour révolutionner ses voisins, ce que du reste, ne permettra jamais un pays qui comprend encore les lois de l'honneur et de la loyauté.
« La liberté, pour tout homme sincère, n'est point un cri de guerre et d'extermination, mais un moyen de
progrès, quand toutefois la moralité règne dans le peuple, la justice dans les lois, et la probité dans le gou-' vernement. L'ami véritable de la liberté, c'est Thomme qui se consacre à moraliser son pays, à corriger les injustices sociales, à unir les gens de bien pour travailler sans relâche à la prospérité publique. Libéral ardent et sincère, je ne doute pas que vous partagiez toutes ces idées. »
L'ironie était sanglante, mais que répondre à Thomme franc et loyal qui vous terrasse par son attitude et vous écrase sous le poids de sa logique? Fierro dévora sa honte en silence, et les ennemis politiques de Garcia Moreno applaudirent eux-mêmes à cette exécution. « Il faut avouer, disait un de leurs coryphées, que cet excentrique a de la valeur et qu'il honore singulièrement le poste qu'il occupe. »
Le Pérou reçut une leçon non moins rude et non moins méritée. Pour mettre un terme au conflit hispanopéruvien, les représentants des républiques du Pacifique, y compris l'Equateur, se trouvaient rassemblés à Lima. Or, dans un mémoire à ce congrès américain, le ministre du Pérou osa se plaindre « du froid qui existait depuis plusieurs années entre l'Equateur et le Pérou, malgré le bon vouloir de son gouvernement. Loin de s'améliorer, la situation s'aggravait plutôt, depuis que l'Equateur avait pris fait et cause. pour l'Espagne contre le Pérou. Du reste, certains actes du président contrastaient singulièrement avec les principes qui régissent les républiques américaines et accusaient son peu de foi dans les institutions démocratiques ».
A cette dénonciation officielle et insolente, Garcia Moreno fit répondre par son ministre des affaires étrangères € qu'il ne s'abaissait pas à réfuter des accusations gratuites; que si le ministre péruvien voulait savoir pourquoi il y avait du froid entre les deux gouverne-
ments, il n'avait qu'à consulter sa mémoire. Deux fois, en pleine paix, TÉquateur avait été envahi par des bandits enrôlés au Pérou, armés et équipés aux frais du Pérou; enrôlements et équipements avaient eu lieu publiqueiùent, sans que le cabinet de Lima s'oppos&t par un seul acte positif à ces scandaleuses agressions. Grâce àcettetîomplicité, les réfugiés avaient pu abuser du droit d'asile, les journalistes favoriser les conspirateurs, les clubs préparer Tinvasion de rÉqtiate.ur et la chute de son gouvernement. S'étonner, après de pareilles violences, que les relations- entre TÉquateur et le Pérou manquent de cordialité, c'est avoir Tétonnement facile. Du reste, loin de se montrer hostile aii Pérou, le président de rÉquateur avait, dès le commencement du conflit avec l'Espagne, ofl'ert une médiation que le Pérou avait repoussée. Il n'en avait pas moins envoyé son représentant au congrès, mais sans sortir de la neutralité absolue. Aujourd'hui, comme autrefois, il consentait à s'unir aux républiques américaines pour interposer ses bons offices et peser sur la décision de l'Espagne, mais il refusait de transformer le conflit péruvien en conflit continental avant que l'Espagne eût ratifié l'usurpation de ses agents. »
Le Pérou dut subir, avec cette mercuriale, l'humiliation de voir la politique de Garcia Moreno triompher au congrès. Obligé de recourir à ces négociations diplomatiques dont il parlait avec tant de dédain, il conclut avec l'Espagne un traité fort onéreux, en vertu duquel il rentrait .en possession des lies Chincha, mais après avoir désavoué les injures prodiguées aux agents espagnols, et payé une indemnité de trois millions de piastres pour avoir, en refusant la médiation d'un gouvernement ami des deux puissances, occasionné par ce mauvais vouloir de grands frais à l'Espagne. Il se vengea sur l'Equateur de cette honteuse déconvenue. Les
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conspirateurs furent plus que jamais soutenus et encouragés, de sorte que le thermomètre de la cordialité descendit à zéro. Garcia Moreno crut de sa dignité de suspendre toute relation avec un gouvernement si peu soucieux de la justice et des convenances internationales. « Prompt à tout oublier, dans l'intérêt de la paix du continent, disait-il au congrès de 1865, nous ne pouvons cependant pas sacrifier Fhonneur national qui exige réparation pour le passé et garantie de sécurité pour l'avenir. J'ose espérer que nous obtiendrons satisfaction au moyen de négociations pacifiques, le jour où Ton voudra sérieusement correspondre à notre loyauté comme à nos désirs de conciliation ; mais, aussi longtemps qu'on nous refusera ces réparations et ces garanties, il n'y a qu'une chose à faire : suspendre toute relation avec le gouvernement du Pérou. ».
Ainsi se termina, au commencement de 1865, cette lutte de quatre années, soutenue par un seul homme contre les révolutionnaires de son pays, deux armées étrangères pour les appuyer, et l'Amérique entière pour les acclamer. Le concordat était implanté et les réformes sociales en voie d'exécution, malgré l'opposition des congrès, les trahisons d'un Maldonado, les invasions d'un Urbina, les ruses d'un Castilla, les fureurs d'un Mosquera. En cherchant Dieu et la justice, Garcia Môreno avait prévalu contre tous. Il ne restait à la Révolution d'autre ressource que de déplacer, à l'expiration de son mandat, le colosse qu'elle n'avait pu renverser.