‹ Garcia Moreno, héros martyr. Édition abrégéeChapitre 1 sur 36 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Il y a quinze ans, les journaux signalèrent la mort d’un personnage étrange. Il était président de la République de l’Équateur, un des États révolutionnaires nés dans l’Amérique méridionale du démembrement des colonies espagnoles. Trente ans seulement après les guerres de l’Indépendance, sans aucun respect pour les principes anarchistes du faux libéralisme qui régnait autour de lui, cet homme avait par un coup de force balayé les misérables qui s’engraissent aux dépens du peuple souverain, installé dans son pays un gouvernement aussi catholique que celui de saint Louis, et tiré la nation du chaos où elle expirait. En 1862, il signait un concordat qui restituait à l’Église son entière liberté d’action, et en 1867, une constitution destinée à faire de son peuple, au milieu des nations sans Dieu, le vrai peuple du Christ. En 1870, il eut la hardiesse de protester seul contre l’envahissement des États Pontificaux alors que les rois se faisaient les complices des annexions italiennes ; il obtint même du congrès, en 1873, un subside national en faveur du pontife captif et dépouillé. En même temps il consacrait la République au Sacré-Cœur de Jésus, et ordonnait de placer aux frais de l’État, dans toutes les cathédrales, une pierre

commémorative de ce grand évènement. Dans un pays pauvre et ruiné, il trouva moyen de réaliser en dix ans, au point de vue matériel et intellectuel, des prodiges tels que l’imagination la plus audacieuse n’eût osé les concevoir. Naturellement les démocrates qu’il avait évincés du gouvernement firent rage contre lui ; mais son bras de fer les écrasa toutes les fois qu’ils ouvrirent leurs serres pour ressaisir leur proie. Enfin, comme le peuple reconnaissant venait de lui confier une troisième fois la suprême magistrature, sa mort fut décrétée dans les loges maçonniques, il l’apprit, et écrivit au pape ce mot sublime : « Puissè-je être jugé digne de verser mon sang pour la cause de l’Église et de la société 1 »

Dieu l’en jugea digne : le 6 août 1875, il tomba sous le poignard de la Révolution. Sa dernière parole fut le cri du martyr ! « Bios no muere, Dieu ne meurt pas 1 » A l’Équateur, des jours de deuil etde désespoir suivirent l’exécrable assassinat. En Europe aussi bien qu’en Amérique, retentit le nom à jamais mémorable de Garcia Moreno. Pie IX éleva une statue au nouveau Charlemagne dans cette Rome dont il avait si noblement revendiqué les droits, et le congrès de l’Équateur lui donna par un décret solennel, les glorieux titres de Régénérateur de la Patrie, et de Martyr de la civilisation.

C’est l’histoire de ce grand homme que nous livrons au public. Nous avons cru que Garcia Moreno ne devait point, comme un météore, passer au milieu de ses contemporains sans laisser de trace après lui. Ne pas mettre en lumière une telle personnalité, ce serait ravir à Dieu la gloire de ses œuvres, et à cet homme de Dieu l’immortalité qui lui est due, mêihe sur cette terre ; ce serait, de plus,

priver l’humanité d’un grand secours, car l’histoire de Garcia Moreno donne au monde une leçon providentielle, la dernière peut-être avant le cataclysme que tout le monde prévoit, et que lui seul a essayé de conjurer.

Du reste, aujourd’hui que les héros deviennent rares, le public s’est arrêté devant celui-ci. Garcia Moreno a paru pour la première fois en mai 1887 et déjà vingt mille exemplaires, pour ne parler que de la France, publient les hauts faits du patriote martyr. Non seulement il a pénétré partout, dans les familles et les presbytères, les collèges et les séminaires, les universités et les congrès; mais partout on l’a lu avec passion, partout il a fait battre les cœurs et ravivé les espérances. Des centaines de lettres, écrites sous l’impression laissée dans l’âme par la rencontre inattendue d’un sauveur de peuples, se terminent presque invariablement par l’exclamation que poussait un prince en achevant cette lecture : « Dieu réservet-il à notre chère France un Garcia Moreno I.... »

Ces lettres, ou du moins la plupart d’entre elles, expriment un desideratum : On eût voulu voir ce livre dans toutes les mains ; mais, pour y arriver, disait-on, il faudrait dégager les faits historiques des thèses politiques qui les accompagnent, tout en laissant subsister le grand principe du Droit chrétien, qui inspira les actes du Héros-Martyr. Avec ses allures plus rapides, et, grâce à des illustrations qui feraient passer sous nos yeux le pays, pour nous inconnu, de Garcia Moreno, cette histoire serait d’une lecture plus facile et plus attrayante pour la masse de lecteurs et surtout pour les jeunes gens. Dans nos écoles, nos pensionnats, nos collèges catholiques, partout, elle allumerait cette noble passion de ser

vir l’Église et la société, qui seule fait les grands esprits et les grands cœurs.

Nous avons suivi ce conseil, et de là l’édition abrégée et illustrée de Garcia Moreno que nous présentons au public, en demandant à Dieu de la bénir. Daigne ce Dieu, « qui ne meurt pas » féconder le sang du martyr dont ces pages retracent la vie, et susciter sur sa tombe des chré* tiens assez intelligents pour le comprendre, assez courageux pour l’imiter !

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