‹ Garcia Moreno, héros martyr. Édition abrégéeChapitre 35 sur 36 · LE DEUIL · texte numérisé non relu

LE DEUIL

La mort de Garcia Moreno à peine connue, toute la ville se couvrit spontanément de deuil. Les rues se tendaient de noir, les drapeaux funèbres flottaient aux fenêtres de chaque maison, les cloches sonnaient le glas, le canon mêlait d’heure en heure ses lugubres grondements à ce triste concert, les larmes coulaient de tous les yeux : on eût dit que chaque famille venait de perdre un de ses membres. Au lieu de se trouver en révolution, comme on aurait pu le craindre, la capitale tomba dans une inexprimable consternation. La feuille officielle interpréta parfaitement le sentiment public en disant « que, sous le poids de la douleur, le mouvement de la vie s’était comme arrêté, les lèvres restaient muettes et les cœurs défaillants. » Elle exprimait en même temps la certitude que l’ordre ne serait pas troublé : « En immolant notre chef, une bande de scélérats a cru immoler du même coup la religion et la patrie, mais l’esprit de Garcia Moreno restera avec nous, le martyr du haut du ciel priera pour son peuple. »

De fait, il n’y eut pas même un semblant de désordre. Les assassins durent s’enfuir au plus tôt pour ne pas tomber sous les coups de la vengeance publique. En vertu des dispositions constitutionnelles, le vice-président, don Javier Léon, se déclara chef du pouvoir exécutif et mit la République en état de siège. Par une circulaire adressée aux gouverneurs de province, il donna l’ordre d’employer tous les moyens possibles pour s’emparer des meurtriers. S’adressant à l’armée, il fit appel à son amour pour le chef immortel qu’elle venait de perdre : « Officiers et soldats, disait-il, des

mains encore rouges de son sang vous présenteront peutêtre un autre drapeau que celui de la religion et de la patrie, mais vous vous souviendrez des enseignements de votre illustre généralissime, vous serez fidèles aux lois de Thonneur. Braves soldats, tournez vos yeux vers le ciel, voyez sur la tète de celui que vous pleurez la glorieuse couronne du martyre, et jurez de défendre les institutions pour lesquelles il a donné sa vie. » De Cuenca, de Guayaquil, aussi bien que de Quito, arrivèrent des protestations de dévouement à la patrie, mêlées aux explosions de la plus vive douleur. Le corps diplomatique tout entier voulut s’associer au peuple et à l’armée dans ces touchantes manifestations du deuil national.

L’ordre ainsi assuré, un décret du pouvoir exécutif fixa au 9 août les funérailles du président. « Considérant, disait justement ce décret, que l’Excellentissime don Gabriel Garcia Moreno a été l’un des plus grands hommes de l’Amérique, et, par ses importantes réformes, le patriotique auteur de la prospérité dont jouit la République; que sa mort prématurée sera pour tout le peuple un sujet d’éternelle douleur ; que les nations ont le devoir d’honorer les hommes assez généreux pour consacrer leur vie au service de la patrie : les obsèques de l’Excellentissime Gabriel Garcia Moreno seront solennellement célébrées dans! église métropolitaine. Sur le catafalque, on lira ces mots qui résument sa vie : Au régénérateur de la patrie , à F invincible défenseur de la foi catholique. » Durant les trois jours qui s’écoulèrent entre la mort et les funérailles, le corps fut exposé dans une chapelle ardente. Assis sur un fauteuil, revêtu des insignes de sa charge, entouré de ses gardes, on l’eût dit simplement assoupi. Les assassins avaient criblé son corps de blessures, mais respecté son noble visage dont chacun pouvait reconnaître les traits expressifs et la mâle physionomie. Les visiteurs affluèrent sans interruption durant ces trois jours, non seulement de la capitale, mais de dix lieues à la ronde. En se rendant au congrès, les députés rencontraient sur leur route des processions interminables d’hommes, de femmes et d’enfants, qui avaient prié près du cadavre et s’en retournaient en pleurant à chaudes larmes « Nous avons perdu notre père, disaient-ils ; il a

donné son sang pour nous. » Jamais, s’écrient les témoins oculaires, on ne vit spectacle plus navrant.

Le jour des obsèques, sur un magnifique catafalque dressé dans la cathédrale, le cadavre du président, en costume de général, la tête découverte, apparut une dernière fois à la foule immense qui remplissait l’église et ses abords. Bientôt on vit entrer l'archevêque avec son clergé ; les membres du gouvernement, entourés des autorités civiles et militaires, prirent place à leur tour. Tous les yeux se portèrent alors sur l’estrade d’honneur occupée par le président dans les cérémonies publiques, et le peuple la voyant vide se mit à sangloter et à gémir. L’émotion redoubla quand don Vincent Cuesta 1 , traduisant le sentiment général, appliqua au nouveau Judas Machabée, ces paroles de l’Ecriture, si bien appropriées à la circonstance : Le peuple d’Israël pleura toutes ses larmes, et le deuil dura de longs jours, et ils disaient : Comment est-il tombé , le vaillant qui sauvait Israël ? « Si le silence, s’écria l’orateur, est l’expression des grandes douleurs quand il s’agit d’une infortune privée, à plus forte raison quand survient un de ces terribles évènements qui accablent tout un peuple. Que dire dans cette lugubre cérémonie, en présence des restes de ce chef illustre dont la vie féconde et l'héroïque trépas laisseront un éternel souvenir dans les annales de l’Equateur? 0 Dieu des nations, pourquoi donc avez-vous permis que la sentinelle de votre maison, le défenseur de votre Eglise, l’orgueil de votre peuple, tombâtainsi à l’improviste, baigné dans son propre sang? O mon Dieu ! prosternés devant votre infinie majesté, nous ne pouvons qu’adorer vos inscrutables desseins. Vous nous l’aviez donné, vous nous l’avez enlevé, que votre saint Nom soit béni ! Nous étoufferons dans notre cœur tout sentiment de vengeance, nous ne voulons pas même dire aux assassins : Gains, qu’avez- vous fait du sang du juste! »

Les sanglots de l’auditoire étouffaient la voix de l’orateur. Laissantde côté les actes publics du président, « comme appartenant aux annales de l’Équateur, à l’histoire de l'Amérique, à la galerie des grands hommes de ce siècle, » il rap-

* Doyen de la cathédrale de Riobaraba et sénateur.

pela ses vertus intimes, sa foi, sa piété, son zèle et sa noble protestation contre l’envahissement des États pontificaux « qui avait attiré sur une nation ignorée de tous, les regards du monde entier. Pie IX lui-même avait fixé son œil reconnaissant sur ce petit peuple des Andes, au milieu duquel, en ce temps d’apostasie générale, avait paru le seul homme assez fort pour brandir dans ses vaillantes mains l’épée de Constantin, de Charlemagne et de saint Louis. Et ces mains, ajouta-t-il, ont été lacérées par le crime ! Le soldat de Dieu est mort martyr de son zèle et de sa foi!.. » Les gémissements redoublèrent quand l’orateur s’écria en terminant : Garcia Moreno, tes yeux ne voient pas nos larmes, tes oreilles n’entendent pas les lamentations de ton peuple, ton noble cœur ne bat plus dans ta poitrine, mais ton âme nous comprend. Ah! de cette région bienheureuse où t’a conduit ton héroïque vertu, jette un regard sur tes enfants, n’abandonne pas ton pays à l’anarchie, demande à Dieu de susciter un homme qui continue ton œuvre et sache dire comme toi : Adveniat regnum tuum! »

Le crime du 6 août fit naître une telle exaspération que Je peuple voulut à toute force s’emparer des assassins. Déjà deux d’entre eux, Campuzano et Polanco étaient sous les verrous. Plus heureux, le jeune Cornejo avait gagné les montagnes. Enfermé dans une hutte au milieu des bois, il se crut sauvé, mais il comptait sans la divine justice.

Quelques jours après le meurtre, un domestique fidèle qui l’avait accompagné dans sa fuite, revint à Quito s’informer de la marche des évènements et recueillir certains objets nécessaires à son maître. Ayant trouvé la maison déserte, car les parents de Cornejo, inconsolables du crime commis par leur fils, avaient disparu, il se mit à parcourir les chambres au milieu de la nuit, une bougie à la main, pour recueillir les hardes du fugitif. Un voisin d’en face, surpris de celte promenade nocturne dans une maison qu’il savait inhabitée, suivit l’inconnu à son départ et le dénonça au premier poste qu’il rencontra. Le domestique fut arrêté et condamné, sous peine d’être fusillé sur l’heure, à guider une escouade de soldats vers la cachette de Cornejo. Toutefois, grâce à la vigilance d’un indien qui lui donna l’éveil à l’approche des

sbires, Cornejo parvint à s’évader; les soldats se mirent à sa poursuite, et le gouvernement, averti par courrier, donna l’ordre de cerner le bois qui lui servait d’abri. A cette nouvelle, le peuple en masse, hommes, femmes, enfants, accoururent de la ville et des villages voisins, pour enfermer le meurtrier dans un immense cercle et lui couper ainsi toute retraite ; vpaais on avait compté sans les buissons et les taillis d’où il leur fut impossible de le déloger. Dans sa fureur, le peuple mit le feu au bois, afin de forcer le fugitif à se rendre ou à périr. Voyant les flammes s’approcher, Cornejo se blottit dans le creux d’un arbre jusqu’au moment où la foule désespérée se décida à reprendre le chemin de la ville. Déjà il levait la tête pour respirer, quand un soldat resté en arrière l’aperçut, poussa un cri, et rappela la foule, qui faillit mettre l’assassin en pièces. Livré au conseil de guerre, Cornejo fit dès aveux cbmplets. Il résulta de ces déclarations que le crime était le résultat d’une conspiration dont Polanco était l’âme. C’est lui qui avait entraîné les conjurés et distribué les rôles au moment du drame. Condamné à mort, Cornejo se convertit sérieusement et écrivit à sa mère une lettre pleine de résignation : « Je suis heureux, dit-il, de mourir pour expier mon crime, et de mourir maintenant, après avoir eu le bonheur de me réconcilier avec Dieu. Si j’avais échappé, je serais perdu pour toujours. » Élevé par des parents chrétiens, la Révolution l’avait perdu : d’un jeune homme plein de bons sentiments, elle avait fait un assassin.

Avant lui, Campuzano avait payé sa dette à la justice. On dit qu’âprès sa condamnation, on lui promit la vie sauve s’il voulait révéler le nom de ses complices. « C’est inutile, s’écria le malheureux : mes compagnons, eux, ne me feraient pas grâce. J’aime mieux être fusillé que poignardé. »

Le docteur Polanco, l’organisateur du complot, en fut quitte pour dix ans de réclusion. Encore s’échappa-t-il de prison deux ans après, au moment d’une bataille entre conservateurs et radicaux. Se jetant aussitôt dans la mêlée, il vomissait des blasphèmes et commandait aux soldats de tirer sur une bannière du Sacré-Cœur lorsqu’une balle l’atteignit au front et l'étendit raide mort. Les autres conjurés périrent presque tous de mort violente.

Quelques jours après les funérailles eut lieu l’ouverture de la session législative. Le ministre de l’intérieur présenta au congrès le message que Garcia Moreno portait sur lui au moment de l’assassinat. Impossible de rendre l’impression qu’éprouva l’assemblée en voyant, tout couvert de taches sanglantes, ce manuscrit dans lequel le grand homme avait consigné sa pensée suprême ; le père du peuple, sa dernière volonté. On en écouta la lecture dans un religieux et solennel silence :

« Il y a quelques années, disait Garcia Moreno, l’Equateur répétait chaque jour les tristes plaintes que le libérateur Bolivar adressait dans son dernier message au congrès de 1880 : Je rougis de l’avouer : l'indépendance est un bien que nous avons conquis, mais aux dépens de tous les autres.

« Depuis que, mettant en Dieu notre espérance, nous nous sommes éloignés du courant d’impiété et d’apostasie qui entraîne le monde en ces jours d’aveuglement et que nous nous sommes réorganisés en 1869 comme nation vraiment catholique, tout và changeant jour par jour pour le bien et la prospérité de notre chère patrie.

« L’Equateur était autrefois un corps duquel se retirait la vie, et qui se voyait dévoré comme les cadavres par cette multitude d’insectes hideux que la liberté de la putréfaction fait toujours éclore dans l'obscurité du sépulcre; mais aujourd’hui, à la voix souveraine qui tira Lazare de la tombe, il se ranime et marche en avant, bien que traînant encore ses liens et son suaire, c’est-à-dire les restes de la misère et de la corruption dans lesquels nous étions ensevelis.

« Pour justifier mes paroles, il suffira que je vous rende un compte sommaire de nos progrès pendant ces dernières années, m’en remettant aux informations spéciales de chaque ministère pour tout ce qui concerne les documents et les détails. Afin qu’on voie exactement le chemin parcouru durant cette période de régénération, je comparerai l’état actuel avec son point de départ, non pour nous glorifier, mais pour glorifier Celui à qui nous devons tout et que nous adorons comme noire Rédempteur et notre Père, comme notre protecteur et notre Dieu. »

Il parcourait ensuite les différentes branches de l’adminis-

tration, enseignement, bienfaisance, travaux publics, finances, missions : établissant preuves en main, l’immense développement qu’avait pris la civilisation, sous le rapport intellectuel, moral et matériel, depuis que la religion présidait aux destinées du pays. C’est du reste ce remarquable document qui nous a fourni les renseignements et les chiffres dont nous nous sommes servi pour exposer les œuvres du président. Il terminait par cette déclaration qui arracha des larmes aux membres du congrès :

« J’achève dans quelques jours la période du mandat qui m’a été confié en 1869. La République a joui de six années de repos, et durant ces six années elle a marché résolûment dans le sentier du progrès, sous la protection visible de la Providence. Bien plus grands eussent été les résultats obtenus, si j’avais possédé pour gouverner les qualités qui me manquent malheureusement, ou si, pour faire le bien, il suffisait de le désirer avec ardeur.

« Si j’ai commis des fautes, je vous en demande pardon mille et mille fois, et ce pardon, je le demande avec des larmes très sincères à tous mes compatriotes, les priant de croire que ma volonté n’a jamais cessé de poursuivre leur bien. Si au contraire vous croyez que j’aie réussi en quelque chose, attribuez-en d’abord le mérite à Dieu et à l’immaculée dispensatrice des trésors de sa miséricorde, puis à vous-mêmes, au peuple, à l’armée et à tous ceux qui, dans les différentes branches du gouvernement, m’ont aidé avec tant d’intelligence et de fidélité à remplir mes difficiles devoirs »

Le coi grès se montra digne d’un tel message. Il répondit, non au president qui ne pouvait plus l’entendre, mais à la nation, par un manifeste en l’honneur de Garcia le Grand, « grand non seulement aux yeux de l’Équateur, mais de l’Amérique, mais du monde entier, car le génie appartient à tous les peuples et à tous les siècles. » Non content d’avoir ainsi glorifié le héros de l’Équateur devant tout son peuple le congrès voulut perpétuer sa mémoire en élevant dans la capitale un monument qui rappelât ses bienfaits. Dans la session du 16 septembre il édicta le décret suivant, que nous reproduisons textuellement, comme le plus glorieux et le

plus fidèle résumé des grandes œuvres accomplies par le héros-martyr.

« Considérant :

« Que l’Excellenttssime Don Gabriel Garcia Moreno, par sa vaste intelligence comme par ses hautes vertus, mérite , d’occuper la première place parmi les enfants de l’Equateur ;

« Qu’il a consacré sa vie et les dons si rares de son esprit et de son cœur à la régénération et à la grandeur de la République, en basant les institutions sociales sur le fondement solide des principes catholiques ;

« Qu’avec la magnanimité des grands hommes, il affronta sans crainte la diffamation, la calomnie, et les sarcasmes impies, donnant ainsi au monde le noble exemple d’une admirable fermeté dans l’accomplissement du devoir ;

« Qu’il aima la religion et la patrie jusqu’à souffrir pour elles le martyre, et légua, de la sorte, à la postérité une mémoire illustrée de l'immortelle auréole dont Dieu couronne les plus héroïques vertus ;

« Qu’il combla la nation d’immenses et impérissables bienfaits dans l’ordre matériel, intellectuel, moral et religieux ;

« Et qu’enfm la nation doit honneur, gratitude et respect aux citoyens qui savent l’ennoblir et la servir sous l’inspiration du plus pur et du plus ardent patriotisme ;

« Le sénat et la chambre des députés décrètent :

« L’Equateur, par l’entremise de ses représentants, accorde à la mémoire de l’Excellentissime don Gabriel Garcia Moreno l’hommage de son éternelle gratitude, et, pour le glorifier selon ses mérites, lui décerne le titre àz Régénérateur de la patrie et de Martyr de la civilisation catholique.

« Pour la conservation de ses restes mortels, il sera élevé, au lieu que désignera le pouvoir exécutif, un mausolée digne de ce grand homme.

« Afin de recommander son nom glorieux à l’estime et au respect de la postérité, une statue en marbre, érigée en son honneur, portera sur son piédestal l’inscription suivante : A Garcia Moreno, le plus noble des enfants de i Équateur , mort pour la religion et la patrie, la République reconnaissante.

« Dans les salles des conseils municipaux et autres assemblées officielles figurera également un buste de Garcia Moreno, avec l’inscription : Au régénérateur de la patrie, au martyr.de la civilisation catholique.

« La route nationale et le chemin de fer, œuvres principales du président défunt, porteront le nom de GarciaMoreno. »

Il faut remonter bien loin dans l’histoire pour rencontrer un homme assez grand pour mériter de pareils éloges^ un peuple assez juste pour les lui décerner. Nulle part dans notre siècle où les catastrophes de toutes sortes ne sont pas rares, un chef d’État n’a été si unanimement honoré et pleuré. « Et ce n’est point assurément inné chose ordinaire que nous voyons là, s’écriait à cette occasion un grand polémiste chétien : un peuple reconnaissant envers le chef qui ne l’a point spolié ; qui n’a trahi ni son corps ni son âme ; qui, au contraire, a audacieusement voulu le délivrer de l’ignorance, des menteurs, des hommes de proie ; qui l’a conduit devant Dieu dans la lumière, dans l’innocence et dans la paix ; et qui enfin adonné sa vie pour son salut! Il y a donc aujourd'hui sur la terre un lieu petit et obscur, mais pourtant visible, où la louange du Juste est partout proclamée. On le pleure, non seulement à l’autel, mais en pleine rue. Nous en concluons qu’il y a encore une justice parmi les hommes ; et quand la justice parle quelque part au milieu du monde, c’est assez pour que le monde ne soit pas perdu. La justice qui parle dans l’Equateur, est un grand service rendu au genre humain, le plus grand peut-être que l’Amérique ait rendu jusqu’ici. »

Nous pouvons ajouter à l’honneur de l’humanité, que la couronne de gloire fut posée en ces jours sur la tête de Garcia Moreno, non seulement par le peuple au milieu duquel il a vécu, mais par toutes les nations catholiques sans exception. Le monde civilisé porta le deuil du noble chevalier de la civilisation chrétienne, et le grand Pie IX honora publiquement ce fils digne de lui. Le 20 septembre, dans sa prison du Vatican, parlant à de pieux pèlerins, il s’écria : Au milieu des gouvernements livrés au délire de l’impiété, la République de l’Equateur se distinguait miraculeusement de toutes les autres par son esprit de justice et par l'inébran-

labié foi de son président, qui toujours se montra le fils soumis de l'Église, plein de dévouement pour ie Saint-Siège, et de zèle pour maintenir au sein de la république la religion et la piété. Et voilà que les impies, dans leur aveugle fureur, regardent comme une insulte à leur prétendue civilisation moderne l’existence d’un gouvernement qui, tout en se consacrant au bien-être matériel du peuple, s’efforce en même temps d’assurer son progrès moral et spirituel. A, la suite de conciliabules ténébreux organisés dans une république voisine, ces vaillants ont décrété le meurtre de l’illustre président. Il est tombé sous le fer d’un assassin, victime de sa foi et de sa charité chrétienne envers sa patrie. » Victime de sa foi et de sa charité : Pour Pie IX comme pour tous, la mort de Garcia Moreno fut la mort d’un martyr.

Pie IX et Garcia Moreno, tous deux croisés contre la Révolution, l’un martyrisé par elle, l’autre emprisonné ; le prisonnier louant le martyr devant l’humanité qui applaudit, et Dieu, qui ne meurt pas, couronnant l’un et l’autre : nous pouvons rester sur ce grand souvenir.

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