‹ Garcia Moreno, président de l'ÉquateurChapitre 19 sur 67 · LE FOUET · texte numérisé non relu

LE FOUET

La joie fut grande àVÉquateur quand on apprit l'heureuse issue de la révolution du G mars et le départ pour l'Europe du général Florès. Après quinze années d'agitation et d'exactions, la jeune République allait donc enfin respirer librement sous un pouvoir réparareur. Pleins de généreuses illusions, les patriotes voyaient déjà le pays voguer à pleines voiles vers le port si longtemps désiré du vrai progrès social. Ilélas! l'expérience leur apprendra bientôt que, depuis 1789, si l'on change souvent de gouvernants, on ne change presque jamais de gouvernement.

Après avoir élaboré une nouvelle constitution, la convention s'occupa de pourvoir au remplacement de l'ex-président. Deux candidats se trouvaient en présence, aussi opposés d'esprit et de caractère que le blanc et le noir : le poëte Olmédo et le commerçant Roca. CcJui-ci s'était distingué dans ces derniers temps par une grande animosité contre le général Florès. Il ne pouvait pardonner à cet ancien ami d'avoir fait échouer sa candidature à la vice-présidence de la république. Bien que d'origine plébéienne et de sang très mélangé, il aspirait ouvertement au fauteuil, et bon nombre de

conservateurs, connaissant son habileté dans les affaires, son esprit pratique, son énergie poussée quelquefois jusqu'à la dureté, n'étaient pas loin de lui donner leurs suffrages pour l'opposer comme un rempart aux entrepreneurs de révolutions. Les jeunes gens au contraire, les patriotes, les lettrés, pleins de mépris pour ce politique terre-à-terre, pour ce mulâtre enrichi par la contrebande, appelaient au pouvoir de tous leurs vœux le sympathique Olraédo, Thomme d'Etat incorruptible, le grand poëte national, le chantre immortel de Bolivar'. Entre ce génie et cet homme vulgaire, la convention, pensaienl-ils, ne pouvait hésiter un instant.

Les députés au contraire se partagèrent en deux camps opposés, très décidés l'un et l'autre à faire prévaloir leur élu. En vain pendant quatre ou cinq jours multiplia-t-on les scrutins, aucun des deux candidats n'obtenait la majorité requise par la loi. Tous les yeux étaient tournés vers l'assemblée, déjà on parlait dans le public d'électeurs prêts à vendre leurs suffrages, quand tout à coup on apprit que le député Vallejo avait passé du camp d'Olmédo dans celui de Roca, et déterminé par son vote l'élection de ce dernier. Rocafuerte protesta de toutes ses forces contre cette élection qu'il supposait entachée de vénalité. Yallcjo eut beau affirmer qu'en se décidant à voter pour Roca contrairement à ses suffrages précédents, il n'avait obéi qu'à sa conscience et au désir de terminer des divisions funestes à la patrie, un sentiment d'indignation écla.ta dans le public. Bientôt, en voyant certains députés de hi majorité nommés par le gouvernement à des emplois honorables ou lucratifs, on en conclut qli'e^;>^,,)5^,Uf^i

.- ,1 i-iin-. '1(1 ;i! ' * Il venail d'écrire un rninarquable poôme sur les victoirea du Liberlador.

avaient vendu leurs votes : conclusion injuste et forcée, mais d'autant plus naturelle que l'agiotage le plus effréné, le plus scandaleux, envahit dès l'avènement de Roca toutes les branches de l'administration.

Il n'en fallait pas tant pour révolter Garcia Moreno, jeune et rigide patriote que la moindre aj)parence d'injustice ou de corruption faisait bondir. N'écoutant que sa colère surexcitée encore par l'amertume de ses déceptions, il enveloppa dans le même analhôme le président Roca et les vingt-huit députés qui l'avaient porté au fauteuil. Au mois d'avril 1846, quatre mois après l'élection il lança dans le public un journal humoristique intitulé : Le Fouel^, véritable fouet de Juvénal dont il cingla, chaque semaine ceux qu'il appelait les vendus, sans se demander s'il avait le droit, sur de vagues rumeurs, de ilageller do la sorte des hommes d'une parfaite honorabilité, qui ont pu commettre des fautes poliliques, mais dont la plupart étaient aussi incapables que lui de commettre une infamie. Mais raisonne-t-on dans le feu d'une bataille, surtout quand on croit la patrie en danger? Aussi, dans les satires aussi mordantes qu'originales du nouveau publiciste, faut-il voir plutôt le talent du justicier, ennemi déclaré 00 la vénahté et de la corruption, que la justice des accusations lancées contre tel ou tel personnage. Rien de plus spirituel ni plus sanglant, par exemple, que la Soirée de l'élection, pièce étincelante de verve, où il raconte à sa. manière l'embauchage des conventionnels par le président Roca.

«C'était la veille du grand jour où l'on devait réèôudre ce fameux problème : l'Equateur aura-t-il enfin îm gouvernement juste, ou sera-t-il toujours une boutique entre les mains de la corruption ? Impossible d'en

* El Zurriago, n. 2.

préjuger la solution avant le combat qui allait s'engager entre la vénalité d'une part et le patriotisme de l'autre. En effet, la convention, telle qu'elle était composée, ne ressemblait pas mal à un sphinx du genre de celui de Thèbes : voix d'homme, tête de femme, griffes de lion, ailes de vautour et. . . queue d'àne. Toutefois, on pouvait croire que la voix tonnante de Rocafuerte et des autres patriotes aurait fait reculer la foule des vendus.

« Aussi l'alarme était- elle grande dans le camp de ces cyniques. Exaspérés par la perspective d'une déroute, ils n'avaient point assez de malédictions pour ces austères que ni menaces ni promesses ne pouvaient fléchir. Ils se creusaient la tête pour deviner le vainqueur, afin de lui offrir leur vote en échange d'un petit emploi. Parfois, se supposant vaincus, ils cherchaient par quel sentier fangeux ils pourraient se replacer sur le chemin de la fortune. Enfin, ne tenant plus en place et désirant connaître à fond la force de loiir partie, ils se dirigèrent instinctivement vers l'habitation d'un personnage, oii par hasard tous se rencontrèrent comme s'ils s'étaient donn«; rendez-vous.

« B., l'air déconfit, arriva le premier. Son visage était pâle, ses yeux enflammés, ses lèvres blêmissantes : on eût dit un damné sous le poids du désespoir. Mais, en vrai saltimbanijue habitué à jouer tous les rôles, il se métamorphosa on un clin d'œil. Sur un ton jovial, digne d'un collégien ou d'une maritorne, il adressa quelques paroles flatteuses à l'illustre scigneui que nous allons vous présenter.

« Gravement enseveli dans un large fauteuil, emmitouflé dans une ample robe de chambre couleur pourpre, coifl'é d'une toque de bourreau, des lunettes sur le nez, le susdit personnage avait l'aspect de Marins, le cœur de Syllu et des entrailles aussi tendres que le

— ilV) —

[toc'. Ses traits étaient teints de cette couleur indécise que revêtent les objets à l'heure du crépuscule. De sa bouche s'échappaient parfois des mots sentencieux et solennels qui faisaient pressentir un triomphe certain.

— « Avez-vous parlé à C ? dit-il en s'adressant au polichinelle qui venait de le complimenter.

— J'ai tout fait pour le gagner, r('pondit le pauvre diable, mais il résiste à tous les efforts. 11 préfère rester pauvre curé que de souiller son nom par ce qu'il appelle une infamie.

— Tant pis pour lui ! reprit l'homme à la toque, il s'en repentira. »

A l'insiant, l'air contrit et plein de comi)onction, entra dans la salle le révérend A-, vivante imatr»' du chat ermite :

— « Béni soit Dieu ! s'écria-t-il en prenant son siège et bénie soit la miséricordieuse Vierge ! X. . . a juré de voter pour nous, pourvu que les emplois promis soient accordés aux membres de sa famille. Il fera du zèle pour Votre Excellence qui sera domain, si Dieu veut bien nous bénir, président do la républi(jue.

— « Deo grattas! .. . cria sur le seuil de la porté un clerc graisseux, déguenillé, nasillard. C'était le faraeu-: V. . . , savant pour les idiots, idiot pour les savants... « J'ai travaillé en pure perte, ajouta-t-il ; rien à faire» avec des niais qui ne convoitent ni préfectures, ni ministères, ni prébendes d'aucune sorte.

— « C'est-à-dire,* observa le fin matois à la robe pourpre, que nous pouvons compter sur vingt-sept voix. Or il en faut vingt-huit : où trouver la vingthuitième ?

Immobile comme un poteau, les yeux cloués au sol, père A. répondit :

* De Roca, rocher : jeu de mots sur le nom du président. 2 Recteur laïque de l'Université.

— « Seigneur, la bonne Providence qui prend soin môme d'un ver de terre, saura bien faire passer l'un des quatorze opposants à une meilleure vie, ou lui inspirer la sainte pensée d'accepter une petite sinécure pour l'aider à vivre chrétiennement, sans offenser Dieu ni le prochain. »

B. l'interrompit en étouffant un éclat de rire. S'adressant à l'homme de couleur indécise, il dit d'un ton inspiré:

— « Rien déplus facile que de conquérir un vote, à condition qu'on s'y prenne adroitement. Quand un général veut s'emparer d'une forteresse, il commence par chercher l'endroit faible. Il dirige de ce côté ses formidables batteries, et le canon lui ouvre, au milieu des ruines, le chemin de la victoire. Faites de môme dans la lutte électorale : cherchez le côté faible de votre adversaire, et vous vaincrez. S'il penche d'un côté, donnez-lui pour le soutenir un bâton. . . d'or ; mettez-lui dans la main une plume... d'or pour signer son bulletin (le vote, et je vous assure qu'il fera bon marché de son honneur.

<( Un murmure d'approbation accueillit ce discours prophétique, pendant qu'un doux sourire aplatissait encore les lèvres démesurément larges du prétendant. Pour encourager ses créatures, il leur remit sous les yeux les places qui leur seraient octroyées si le succès couronnait leurs efforts. Loin de rougir de cet ignoble niarcbé, plusieurs demanderont dos postes plus à leur convenance, comme on choisit dans un étalage des mets à son goût; et, pleins d'allégresse, ils coururent au <;ombat, les yeux fixés sur l'avenir enchanteur qui s'ouvrait (k'vant eux, lequel consiste à manger de belles rentes les bras croisés. Ainsi l'on se moque insolemment de la patrie; ainsi, datis leur dégradante et crapuleuses oisiveté, ces pervers s'encoiu'agent i\ de iiouvoanx bjrfails. »

On conçoit, à la lecture de pareils articles, la rag-e des gouvernants, livrés chaque semaine aux risées et aux colères du public. Quand la prose ne suflisait pas à déchirer les chairs, le « Fouet » s'armait de pièces de vers que ne désavoueraient pas les satiriques romains.

Ecoutez plutôt la pièce du Quémandeur.

« Docteur gradué... en malice, et qui pourrais l'être aussi bien en bêtise, pourquoi viens-tu frapper à ma porte? Pourquoi interrompre mon sommeil, ce doux sommeil qui fait oublier un instant les chagrins de la vie, et la patrie expirante, et cette cohue bruyante de faux patriotes qui déclament aujourd'iiui contre le tyran', après avoir mendié ses faveurs ?

« Que viens-tu demander, maudit? Parle et décampe au plus vile, carje suis capable de fuir aux enfers pour ne t'avoir plus sous les yeux.

« Tu quêtes un emploi, me dis- lu? ïu me donnes pour raison que tu t'estimes trop honnête homme pour te dégrader en travaillant. Un métier est chose vile : aux hommes de ton rang, il sied de vivre sans rien faire.

« D'ailleurs personne n'a servi comme toi la cause de la liberté. Sans toi le despote régnerait encore dans une paix profonde. Evidemment, sans toi aucune insurrection ne peut réussir.

« Et puis, tu as des enfants, une femme, et le diable au fond de ta bourse.

« C'est bien, mais veux-tu m'en croire? Aporends un métier, et mets-toi bien dans la tête que ce n'est pas le travail, mais la fainéantise qui déshonore un homme.

« Cesse de vanter tes mérites : aussi bien personne

^ Florès. • .

ne te croira. Il y a de beaux jours qu'à l'Equateur il suffit de mentir pour ne plus tromper personne.

« Ne mets pas en avant ta pauvreté ; si c'est un mérite, tous les habitants de Quito peuvent s'en draper aussi bien que toi.

« Que si tu répugnes absolument au travail, si tu t'obstines à te tirer d'affaire par la politique, fais-toi député.

« Tâche d'avoir deux consciences, deux figures, deux langages et une demi-douzaine de volontés. Montre en toute circonstance un babil de perroquet, des griffes de vautour, l'astuce d'un renard et la voracité d'un loup. Sois vil comme B., cynique comme C, hypocrite comme A. et vends-toi comme V.

<( Et je t'assure, docteur, qu'avant peu tu te feras faire un coffre-fort. Voilà la route à suivre : à loi de naviguer sagement. Maintenant file au plus vite, et que je ne te revoie jamais !

« C'est ainsi que je parlai l'autre jour au docteur -don lîoniface, qui s'en allait mendiant une place... par charité. »

Comme on le voit, Garcia Moreno avait pris à tâche de flageller l'abjecte race des budgélivoriîs, de ces vampires qui s'attachent aux flancs dos peuples sous prétexte de les représenter ou de gérer leurs intérêts, et n'ont d'autre souci que d'accaparer les emplois, tripoter à la Bourse, lancer dos spéculations véreuses, en un mot, profiler do leurs mandats pour se gorgor d'or cl d'argent aux dépens de leurs mandataires. Il les chassait à coups de fouet du temple de la loi, comme le

♦ (loriime dans tout co cliapitro la verve du polomisic s'exerce surtout h propos d'un fait tics contesté et aux dépens do personnages très liunorubles, dont certains furent [)lus tard ses amis dévoués, nous avons remplacé les noms propres par des Igllr^s qui ne sont pus nn^niu toujours les initiales du ces noms.

Maître avait autrefois chassé les vendeurs du temple de la prière. Il dénonçait avec indignation ce monde moderne qui ne reconnaît plus qu'une science, le calcul. « Autrefois, disait-il, l'arithmétique servait de guide dans le maniement des intérêts matériels, mais aujourd'hui son domaine est grand comme le monde. Elle dicte ses oracles à des prosélytes sans nombre ; elle impose ses décisions à la justice ; elle donne dos lois à la conscience. L'amitié, la douce amitié ne dispense point ses consolations sans, consulter « la règle d'intérêt ». L'amour, avant de bander son arc, étudie avec soin « la table de Pylhagore », et il n'est point jusiju'à la gratitude elle-même qui ne sache varier ses « démonstrations » pour arriver à des résultats plus avantageux. Mais c'est surtout dans lapoliticjiio que cette belle science des nombres trouve de merveilleuses applications, comme on peut s'en convaincre en jetant les yeux sur la liste des hommes d'État issus de lagloviouso convention.

« Non, non, concluait-il ironiquement, lÉquateur n'estpasunEtatstalionnaire comme on veut bien le dire. Il faut reconnaître, au contraire, qu'il marche à, i^rands pas dans la voie de la démoralisation. Il ne laissera aux générations à venir aucune vilenie à commettre. Tels sont les fruits qu'a produits jusqu'ici l'arbre de la liberté. Et, en parlant ainsi, je n'accuse point la liberté, mais les misérables qui abusent de son nom pour satisfaire leur égoïsme. A l'Equateur, la liberté a toujours été une vierge innocente violée par dullVeux libertins, une fleur suave dans un fumier, un parfum qui s'évapore dans la putréfaction d'uh cercueil'. »

* Son style revêtait toutes les forages pour stigmatiser le président et ses électeurs. Un jour, il Jit paraître, sous leur signature, des « aphorisnies moraux » dont voici quelques échantillons.

— L'homme sage use de la religion comme un pilote de ses

A ce point de vue général de la corruption qui régnait alors, le pamphlétaire avait cent fois raison, aussi le gouvernement rugissait-il contre ces terribles exécutions. Ses journaux tâchaient de panser les plaies des pauvres fonctionnaires, mais le lendemain le « Fouet » déchirait les bandages et ravivait les blessures. Il fallait en linir ou tomber sous le mépris public. Le pouvoir prit l'offensive et menaça de poursuites le publiciste frondeur. On incrimina le titre même du journal, ses tendances anarchiques, son opposition systématique. On l'accusa d'immoralité, on lui reprocha sa couardise: il se couvrait du voile de l'anonyme, n'osant attaquer à visage découvert. Enfin on fit miroiter à ses yeux le spectre du juge, les amendes, et, qui sait? peut-être la déportation. C'était le vrai moyen d'échauffer l'intraitable polémiste. Sa défense, que nous ne pouvons que résumer, fut plus virulente et plus audacieuse que l'attaque.

(( Vous dites que le nom même du journal est ignoble. — Allons donc ! Ignoble, le malfaiteur condamné à la flageUation, non celui qui manie le fouet pour châtier le malfaiteur. Ignoble, le misérable qui expie son crime sur l'échafaud, non le juge qui l'y fait monter.

voiles. Si le vent est favorable, il les hisse enlièreraeni ; si la tempête gronde, il les cargue prudemment. Ainsi on évite les naufrages. - (H...)

— l'n liht'ia! sans emploi, c'est uiielanipo qui s'éteint, faute d'huile. L'am.jur tle la liberté, c'est la rage do parvenir. — (M..)

— De rien, on ne fait rien, cîit-on. Mensonge lieffé: de rien, on fait sans j)eine un chef de miiiistore et peut-être avec le temps, queUjue chose de plus. — (A...)

— Le temps, c'est de l'argent, disent les Anglais. J'aime mieux mon adage : le bulletin de vote, c'est de l'or. — (V...)

— Pour moi, la patrie est un emploi ; la liberté, unejrcnte, et le bonheur... une bourse bien garnie. — (H-..)

— I,e sormcnt dans ma bouche ressemble aux protestations d'unft corjucltf. Los serments mauvais sont C(Mixquine rapportent l'ion. Il faul les maudire comme le figuier stérile. — (C.)

« Le Fouet, une feuille immorale ! — Et pourquoi donc? Un écrit n'est pas immoral, parce qu'il révèle des faits immoraux, pas plus qu'un juge n'est immoral, parce qu'il châtie l'immoralité. L'immoralité ne gît pas dans la peine du crime, mais dans le crime lui-même. Or, le Fouet, c'est la peine; elle crime, c'est la vente scandaleuse des suflVagcs.

« Le Fouet, une feuille anarchique I — L'anarchie, c'est vous ; vous, le vice ; vous, le désordre ; vous, le crime provocateur; non pas moi, qui m'efforce d'introduire un peu d'air pur dans la scntine électorale. Les traîtres qui se moquent du peuple, les députés sans conscience qui se traînent comme des reptiles à l'assaut dos em])lois : voilà les vrais fauteurs de guerre civile !

« Le Fouet, un journal d'opposition ! — Oui, nous sommes hostiles au gouvernement, et nous le serons toujours, parce qu'il procède de l'infâme vénalité ; oui, toujours, parce qu'il met à néant les espérances de la patrie ; oui, toujours, parce que son chef, après avoir envahi la maison, la pille et la ruine. Aujourd'hui môme, le président lloca, d'accord avec les traliquants de son espèce, conclut une négociation immorale au premier chef, mais qui lui rapportera de heaux deniers. Depuis longtemps, les employés n'ont point touché leur solde : ils attendaient en silence, espérant qu'au réta- , blissement de la paix, ils seraient intégralement payés. Et voilà qu'il se trouve un homme assez dur pour spéculer sur le pain de ces malheureux, c'est-à-dire pour racheter au rabais leurs mandats échus, qu'il se fera rembourser un de ces jours en bons du trésor, avec 50 ou GO'Vo de bénéfice. A ce compte, il suffirait d'une petite circulaire ordonnant de ne plus payer un seul agent de l'administration, pour que la société Roca et O* empochât tous les revenus de la république. 11 vous

sied bien d'accuser Florès ! en fait d'arbitraire et de brigandage, il y a longtemps que les disciples ont surpassé le maître.

« Enfin, votre grand grief contre nous, c'est que le Fouet est anonyme ! Vous demandez à grands cris les noms des rédacteurs. — Je vais vous satisfaire et vous pourrez exercer contre eux vos redoutables vengeances. Les rédacteurs du Fouet sont les vingt-huit auteurs de la farce exécutée par la convention, le jour où elle nous fit admirer la métamorphose du phénix changé en corbeau. En effet que contient Le Fouet? La révélation des actes criminels des vingt-huit et l'expression du mépris public qui s'attache à leur nom. Or, nous le demandons à notre tour : qui sont les rédacteurs du Fouet? Ceux qui ont commis le crime, ou ceux qui l'atTichent dans les colonnes du journal ? Quel est l'auteur d'une lettre, celui qui dicte ou celui qui tient la plume ? Vous êtes bel et bien les rédacteurs du journal que vous incriminez, et c'est vous que la police doit poursuivre. Quant à nous, vous devriez nous remercier pour avoir publié votre histoire, sans exiger de sahiire. »

Cette lutte acharnée, qui dura trois mois, acheva de déconsidérer le président Roca. On le détestait à cause de son caractère dur et hautain ; après cotte polénii(|uc, on fit le vide autour de lui. Les nobles fuyaient le mulâtre ; les partisans de Florès, l'ennemi de leur maître; les patriotes, l'homme qui livrait le pays aux agioteurs. Le mécontentement allait croissant et la crise tournait à l'uigu, (juand une échaulTourée <lu iiénéral Florès an-iva fort à propos pour rendre au président une certaine popularité, et fournira (iarcia Morenoroccusion d'entreprendre une campagne vraiment patriotique.

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