‹ Garcia Moreno, président de l'ÉquateurChapitre 3 sur 67 · ARCHEVÊQUE DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE TOULOUSE

Toulouse, 11 juin 1887.

Mon cher Père,

Dans ce temps de scepticisme politique, il a plu è ia divine Providence de montrer au monde ce qu'est le pouvoir vraiment chrétien. Elle a choisi pour ce but une des petites républiques de l'Amérique méridionale, celle de l'Equateur, et elle a mis à sa tête un président de haute intelligence, de grand caractère, profondément pénétré des vérités de la foi, et comprenant l'accord qui doit exister entre les institutions politiques et la loi de l'Eglise. Faire connaître au monde Garcia Moreno, le restaurateur du droit chrétien au dixneuvième siècle, telle est, mon cher Père, l'œuvre que vous avez entreprise et heureusement menée à terme. Ce grand homme nous apparaît, dans votre récit, comme un nouveau saint Louis, comprenant le rôle providentiel des pouvoirs humains, laissant à l'Église pleine liberté d'action pour le salut des peuples, lui prêtant au besoin le secours de son

épée, et mettant dans une heureuse harmonie les lois civiles et les canons ecclésiastiques. Qui n'admirerait ici les prodiges de la Providence ? Ce n'est pas dans un État monarchique, et sous l'empire de vieilles traditions, que s'opérait ce miracle, mais dans une république et sur les bords lointains du Pacifique : comme si Dieu eût voulu prouver que nulle forme de gouvernement n'est incompatible avec le droit chrétien.

Quel bonheur pour l'Amérique du Sud si le président Garcia Moreno avait réalisé complètement ses plans de civilisation chrétienne ! Il l'eût fait assurément si Dieu lui avait accordé une plus longue existence. Mais ses jours étaient comptés. La franc-maçonnerie lui déclara d'abord une guerre sourde; elle entrava tant qu'elle put son action, puis, voyant échouer ses manœuvres, elle recourut à son arme de prédilection : le poignard. Trahi par les sectaires, il tomba sous leurs coups. Mais le héros mourant fit entendre ce cri sublime : Dieu ne meurt pas !

Garcia Moreno était adoré de son peuple. Malgré les intrigues des loges, il s'était vu porté quatre fois à la présidence de la République. Sa mort fut un deuil national. Le Congrès, véritable interprète des sentiments populaires, lui érigea une statue, avec une inscription rappelant à la postérité le souvenir du héros chrétien.

Vous lui avez érigé, mon cher et Révérend Père, un monument plus beau et plus utile dans votre belle biographie. Si jamais, prenant en pitié notre malheureuse France, Dieu nous rend un gouvernement chrétien, les restaurateurs de la patrie étudieront l'histoire que vous avez écrite. Dans les exemples de Moreno ils apprendront à mettre les intérêts religieux au-dessus des biens passagers de ce monde.

Alors se fermera l'ère des révolutions ; et notre nation, heureuse de se retrouver sous le regard de Dieu, reverra la prospérité dos âges chrétiens.

Recevez, mon bien cher Père, l'assurance de mes sentiments affeclueusemcnt dévoués en N.-S. J.-C.

f Florian cardinal Dksprkz.

archevêque de Toulouse.

LETTRE DE SA GRANDEUR Me' FA VA,

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