ÉVÊQUE D"E GRENOBLE
Grenoble, 1" juillet 1887.
Cher Père et ami,
Dieu vous a inspiré d'écrire la vie de Garcia Moreno, -président de. l'Equateur, vengeur et martyr du Droit clinHien, comme il la suscité lui-môme pour être une lumière, au sein des ténèbres qui enveloppent l'Europe moderne et le monde politique.
Ainsi que vous le rappelez à nos incrédules, à nos libéraux, à tous, Jésus-Christ est le roi suprême des gouvernants comme des individus, chef divin de l'Eglise, des peuples, des foyers, des consciences, maitre en tout et partout. Il gouverne'le monde moral par son Eglise, et ce gouvernement assure seul l'ordre, la paix, la vraie prospérité aux diverses sociétés.
Garcia Moreno a compris, aimé et prati(|ué ces vérités, comme chrétien et comme président de l'Equateur; aussi at-il recueilli, ainsi que son pays, les fruits qu'il est naturel à la vérité de produire. L'Equateur s'est transformé en quinze ans sous la direction chrétienne et ferme de son président, et ce grand homme n'a été tel qu'en suivant cette parole du Sauveur : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, le reste vous sera donné par surcroit. »
Vous avez dit, exposé, prouvé qu'il en fut ainsi en Garcia Moreno et dans sa chère république. N'est-ce point là, cher ami, la plus grande, la plus rude leçon infligée par la sagesse divine à notre pauvre siècle libéral, et même à nos catholiques craintifs, qui disent à l'Eglise leur mère : N'apparaissez pas dans la politique, vous pourriez compromettre nos projets. Tandis qu'elle seule est chargée de Dieu pour indiquer à la société et à ses chefs le but à atteindre, le principe et la
fin de tout, Jésus-Christ, Roi éternel des siècles, chef de Ihumanité : Caput omnium.
Tout votre ouvrage est là, là aussi toute la vie de votre héros : Jésus-Christ ! l'Église ! son pays ! voilà ses trois grandes amours.
Il a su aimer Dieu par-dessus tout ; c'est pourquoi il a grandi et tout fait prospérer autour de lui. Ah ! c'est que cet homme priait et méditait la loi de Dieu. Il s'élevait par ses désirs ardents vers son Créateur, roi des mondes; il s'unissait à lui, et, dans cette union, il puisait lumière, force, constance héroïque. On dirait que c'est un revenant des anciens juges d'Israël, suscité du ciel pour sauver son peuple, doué d'une puissance surhumaine afin d'abattre tous les ennemis de sa nation, renverser tous les obstacles, rétablir l'ordre et la paix, en tombant lui-môme enseveli dans son triomphe, à l'exemple du Christ, sauveur de l'humanité par sa mort sur la croix. Oui, pour sauver les autres, il faui savoir mourir, et avant tout mourir à soi-même. On ne sert bien Jésus-Christ, son Église et sa patrie, qu'au prix de la souffrance.
Vous avez donc montré admirablement, cher ami, que le droit chrétien s'impose à nous et qu'en lui est notre salut. Malheureusement nous l'avons désappris. Il est devenu scandale aux libéraux, folie aux radicaux, en horreur aux maçons-sociniens. Ceux-ci l'ont assassiné dans la personne de Garcia Moreno, les autres l'ont persécuté sourdement en ce grand homme : mais Dio.u ne meurt pas, disait-il souvent. J'ai tort de parler 1 mieux vaut vous lire. Celui qui ne vous a pas lu, se sera jjiivé d'une belle occasion de s'instruire et à bonne école.
Après avoir savouré votre ouvrage, je me suis recueilli en face du monument que Pie IX, père et ami pour votre héros, fit placer au collège Pio-Latino-Americano, et là, contemplant le Gland Américain, noble rejeton de la calholi(iue Mspagno, debout sur son piédestal, en costume niilituire, j"ai repassé dans ma mémoire et admii'ô sa noble vie. Il me semblait entendre une voix murmurant ces paroles de saint Paul : « Charilas omnia crédit, omnia sperat, nmnia sustinet.»
C'est vrai : Garcia Moreno aimait Dieu. C'est pourquoi il a cru à sa parole, que l'Eglise enseigne ; à toute sa parole. Il aimait Dieu, aussi a-t-il espéré en lui ; et le Seigneur l'a merveillçusement soutenu. Il aimait Dieu, et, pour lui, il a tout supporté. Quels labeurs ! quels sacrifices ! quelle mort ! Il n'y a que les fils dévoués de l'Eglise, et les martyrs de Jésus-Christ qui ont pareille vie et pareille fin. Puisse Gabriel Garcia Moreno être le messager du ciel nous annonçant que le grand règne du Cœur de Jésus est procher^firoche aussi par conséquent le triomphe de l'Eglise et de la Papauté. iJicu ne meurt pas, redisait le martyre du Droit chrétien, sous le poignard, en exhalant le dernier soupir : redisons-le aussi.
'Vous avez fait, cher ami, une belle et grande œuvre, dont j'ai peine à ne pas tirer vanité, étant votre condisciple et ami. L'Equateur vous saura gré d'avoir si bien peint cette vie, où l'historien est à la hauteur de son héros ; les amis de la vérité vous loueront de l'avoir dite sans nulle crainte, en si beau et si sur langage. Dieu et son martyr vous béniront.
Pour moi, cher ami, je vous embrasse, et suis toujours vôtre en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Amand Joseph,
évoque de Grenoble.