‹ Garcia Moreno, président de l'ÉquateurChapitre 45 sur 67 · CUUTE DU PRÉSIDENT ESPINOSA · texte numérisé non relu

CUUTE DU PRÉSIDENT ESPINOSA

Le président et ses ministres féUcit^rent chaudement Garcia Moreno du grand dévouement dont il avait fait preuve dans sa mission d'Ibarra. Celui-ci profita de leurs dispositions pourtour représenter, une fois encore, que le flot du radicalisme les emporterait bientôt, s'ils ne prenaient les mesures d'ordre réclamées par la situation. Mais jamais les libéraux n'aperçoivent de nuage à l'horizon. Espinosa s'endormait de plus en plus dans ses illusions optimistes. Son ministre de l'intérieur Camillo Ponce, inutile Cassandre, avait perdu toute influence sur lui ; chaque fois qu'il conjurait le président de mettre un frein aux menées des anarchistes, il se heurtait aux doutes et aux scrupules du plus étroit légalisme. Nul espoir d'ouvrir les yeux à ces aveugles volontaires. Impatienté et découragé, Garcia Moreno se retira de nouveau dans sa solitude de Guachala, laissant à Dieu le soin de l'avenir.

Cependant, comme Tannée 1868 touchait à sa fin, et que les pouvoirs d'Espinosa expiraient en août 1869, les conservateurs s'occupaient activement de lui trouver un successeur. Garcia Moreno avait jeté les yeux sur le général Darquea, loyal et vaillant soldat qui comman-

dait alors le district de Guayaquil. Pour Ini, malgré les instances de ses nombreux amis, il refusait toute candidature : « La seule faute que je me reproche dans ma vie politique, disait-il, c'est d'avoir accepté la présidence en 1861 malgré les absurdités de la constitution bàclce par nos représentants. Le pays va expier les folies de la convention, et déjà l'expiation serait un fait accompli, si je ne m'étais sacrifié pour endiguer le torrent révolutionnaire ^ » Dans le même ordre d'idées, il écrivait à cette époque : « Je ne désire pas le pouvoir ; si les rouges m'obligeaient à le prendre, je réponds, avec la grâce de Dieu, de sauver le pays en quelques mois. Cela fait, je laisserais la place à l'élu du peuple, qui serait certainement le général Darquea. » Dans un voyage qu'il fit à Quito, il proposa môme aux membres de la Société patriotique et à tous ses amis de patronner officiellement ledit général, « comme le plus digne par son patriotisme, ses mérites personnels et ses inportants services, de régir les destinées de l'Equateur^ » Mais les conservateurs ne furent pas de son avis. Pour sortir du labyrinthe libéral et reprendre l'œuvre de la civilisation chrétienne, il fallait plus qu'un honnête général, il fallait Garcia Moreno. Ils résolurent donc de lancer sa candidature. Prenant l'initiative du mouvement, la Société patriotique adressa aux électeurs, dès le 28 novembre 1868, un manifeste signé de Cous ses membres et d'autres notabilités du parti de l'ordre, dans lequel elle ne craignait pas d'affirmer « qu'après avoir consulté toutes les sociétés provinciales, les personnages les plus autorisés, en un mot, la majorité de la nation, elle présentait la candidature de Garcia Moreno, comme une nécessité dans les circonstances pré-

< r-nllrr' au D' 1/^on Mi'ra, 42juillot 1808.

'* ViTiltidora situacion... por V. \ah\uo ; pa^'fs 10 et 11.

sentes, en môme temps qu'un témoignage d'estime et de reconnaissance pour les services rendus au pays par cet illustre citoyen. Inutile d'énumérer, ajoutait-on, les bienfaits dont il a comblé la nation durant sa dernière présidence, ni les sacrifices qu'il s'est imposés pour la province d'Ibarra à l'occasion de la catastrophe du IG août dernier: ces actes, nous les avons vus de nos yeux, et la gratitude les a imprimés dans tous les cœurs. En ouvrant des voies de communication, en appelant des instituts religieux pour régénérer les mœurs sous la douce influence du catholicisme, en multipliant les écoles et les collèges, Garcia Moreno a posé les fondements de notre prospérité. Il est vrai que la calomnie met tout en œuvre pour noircir ce grand patriote, mais nous mépriserons les invectives de ces calomniateurs, inspirées trop souvent par les ressentiments personnels et les fureurs vindicatives des criminels qu'il a châtiés. Leur voix s'éteindra, comme se dissipe avec le temps l'odeur d'un cadavre en putréfaction. Alors on ne verra plus que les grandes œuvres de Garcia Moreno, monuments immortels de son génie et de son patriotisme'. » Ce manifeste, impatiemment attendu, fut accueilli dans l'Equateur par une explosion de joie. De toutes les provinces, de Cucnca, de Riobamba, de Loja, de Guaranda, de Babahoyo, arrivèrent des adhésions motivées. Les journaux, les feuilles volantes, se couvrirent lie milliers de signatures en faveur de Garcia Moreno, -si bien que ses ennemis, libéraux et radicaux, furent obligés de se donner la main pour lui opposer un candidat offrant quelque chance de succès. Le catholique Borrero fonda le Constitutionnel pour faire campagne contre le tyran, de concert avec le Cosnwpoiita du païen Montalvo. Afin de trouver la force dans l'union, Mon-

* Manifestacion de la Sociedad patriotica, 28 Novembre 1868.

talvo s'efforça de rentrer un peu ses griffes, Borrero allongea un peu les siennes, et la fusion s'opéra sous le nom de « grand parti libéral. » On espérait par cet euphémisme tromper l'innocent troupeau des électeurs, que le rouge effraie toujours quelque peu. Mais où trouver un représentant du grand parti libéral, accepté desfusionnistes, et de force à lutter contre l'ennemi commun ? Si les aspirants ne manquaient pas, il leur manquait à tous quelque chose : Carbo était trop impie et trop démagogue, Angulo trop gothique, Montalvo trop satanique, Espinel trop inféodé à son messie Uibina, Mestanza trop infatué de lui-même et trop mordant pour ses chers amis ; quant à Borrero, le Caton de Cuenca, on en usait comme d'un cheval de renfort pour monter la côte. De guerre lasse, l'union libéro-radicale choisit pour son candidat don Francisco Aguirre, de Guayaquil, homme de talent et d'instruction, peu militant jusque-là, mais de couleur signincalivc par sa parenté avec Urbina, dont il se montrait le zélé partisan. Il fallait être aveugle comme un catholique libéral pour ne pas voir se dresser derrière Aguirre le spectre du sinistre révolutionnaire. On présenta cette candidature comme l'expression du plus pur libéralisme, la quintessence de toutes les perfections, et la paix éternelle dans la fusion des partis, tandis que, dans leurs feuilles, manifestes, proclamations, les fusion nisles exhibèrent comme repoussoir leur portrait habituel de Garcia Moreno, retouché par leurs meilleurs artistes. C était le tyran, l'assassin, l'hypocrite, le violateur des lois, le bourreau des honnêtes gens. Ces poisons se débitaient au bon peuple avec l'agrément, poiu* ne pas dire la faveur du gouvernement, si bien qu'il devenait nécessaire d'élever lu voix pour confondre les criminels et détromper leurs victimes. Inquiets du silence de (larcia Rlureno, les conservateurs se demandaient si, continu-

ant à décliner toute candidature, il les abandonnerait en un moment aussi critique, lorsqu'il fit paraître, le 48 décembre, ce manifeste oii les fusionnistes sont traités selon leurs mérites, et ses actes, à lui, expliqués sans ambages.

« Avant la période électorale, dit-il, le premier, je mis en avant, près d'un grand nombre de mes amis, la candidature d'un illustre général. Par suite de leurs hésitations et de son refus, je me désistai, bien décidé cette fois à déserter la lutte. Du reste, en dilïérenles circonstances de ma vie publique, j'ai donné la preuve que je n'aspirais pas au mandat présidentiel. Avant comme après 1863, j'ai dit et répété que, vu l'insuffisance do nos lois pour la répression des hommes de désordre, je ne me chargerais plus du pouvoir, à moins que les irréconciliables ennemis de l'Eglise et de la patrie, les partisans d'Urbina, aujourd'hui déguisés en libéraux, ne tentassent une restauration de son exécrable tyrannie.

Or, ce que personne n'aurait cru possible, voilà que cette hypothèse devient une réalité. La candidature de don Francisco Aguirre, parent, allié et fauteur d'Urbina, candidature appuyée par tous les radicaux, fait pressentir aux moins clairvoyants le retour à bref délai de l'homme néfaste qui ne doit rentrer à l'Equateur que pour monter à l'échafaud. Les partisans de don Francisco Aguirre me forcent donc d'accepter la candidature que daignent m'olTrir les conservateurs. Si je reculais devant l'insuffisance des lois pour chùlier ces trafiquants de révolutions, tout homme loyal et sérieux refuserait comme moi la présidence, et l'Equateur serait perdu. Au peuple et à ses représentants d'écarter cet obstacle en donnant au gouvernement la force de répression dont il a besoin pour défendre la société.

« Aux complices d'Urbina, aux trailres de Cuaspud,

de Quinche, de Machala et de Santarosa, aux pirates de Jambeli. s'unissent aujourd'hui des hommes mus par de Vils intérêts ou d'ignobles rancunes, des catholiques soi-disant libéraux, ennemis du Concordat et du Sj'Uabus, qui ne rougissent pas de marcher sur les brisées des jansénistes en qualifiant d\iltramontaiiis les vrais enfants de l'Eglise. Cette monstrueuse fusion, loin de m' arrêter, m'offre un second et puissant motif d'acceptation, car il est évident que mon refus mettrait en péril les plus chers intérêts du peuple.

« Enfin un motif d'honneur vient corroborer ceux que m'inspirent ma foi religieuse et mes convictions politiques. Attaqué journellement avec une implacable obstination, en butte aux injures de toute espèce comme aux calomnies les plus outrageantes, je pardonne volontiers à mes ennemis ; cependant, je crois que le jour est arrivé oii le peuple, par un verdict solennel, doit prononcer entre moi et mes calomniateurs. Oui le jour de l'élection sera le jour du jugement : entre moi et mes accusateurs, il y a le peuple, et c'est la justice du peuple que j'invoque. Si je me retirais de la lutte, ils ne manqueraient pas de dire que j'élude la sentence parce que je me crois coupable. Je ne puis attenter à mon propre honneur, et c'est ainsi qu'à force d'outrages, ils m'ont mis dans l'impossibilité de refuser une candidature à laquelle j'étais loin d'aspirer.

« Pour conclure, je dois faire connaître à la nation les principes qui dirigeront ma conduite si elle m'appelle à l'honneur de la gouverner. Respect et protection à l'Eglise catholique ; adhésion inébranlable au Saint- Siège ; éducation basée sur la foi et la morale ; diffusion de l'enseignement ù tous les degrés ; achèvement des routes commencées et percement de nouvelles voies, selon les besoins et les ressources du pays ; garanties pour les personnes, les propriétés, le commerce, l'agri-

culture et l'industrie ; liberté pour tous et pour tout, excepté pour le crime et les criminels, répression juste, prompte et énergique delà démagogie et de l'anarchie ; maintien de nos bonnes relations avec tous nos alliés ; promotion aux emplois de tous les citoyens honorables, selon leurs mérites et leurs aptitudes : voilà mon programme. Je veux tout ce qui peut contribuer à faire de l'Equateur un pays moral et libre, riche et vraiment civilisé. Tels sont mes principes, telle sera ma règle de conduite, si les suffrages du peuple m'ap|)ellent à exercer le pouvoir. »

Voilà, dirons-nous à notre tour, voilà dans toute sa splendeur le programme de la civilisation catholique. Ce fier langage est celui d'un grand chrétien et d'un grand patriote qui ne veut tromper ni les conservateurs ni les révolutionnaires. Les conservateurs doivent savoir que ce catholique tout d'une pièce n'inclinera jamais vers les doctrines libérales, et les révolutionnaires, qu'ils ont devant eux l'ange exterminateur. Nous constaterons plas tard que ce n'était pas là une profession de foi banale comme on en placarde tant sur les murs en un jour d'élection, mais bien le plan médité et détaillé du grand édifice que ce politique de génie voulait construire sur les ruines de la Révolution.

A la lecture de ce manifeste, un soupir de soulagement s'échappa de tous les cœurs amis de l'ordre et de la religion. Au contraire, la ligue libéro-radicale, démasquée et flétrie, poussa des cris de rage et de fureur, d'autant plus qu'elle espérait le désistement de Garcia Moreno. Pour le dégoûter complètement de la vie publique elle l'avait poursuivi de ses outrages, et voilà que cette fausse tactique ramenait au combat le lion blessé ; or, le combat, c'était la victoire, car aux commentaires enthousiastes du manifeste et aux milliers

de signatures qui se lisaient chaque jour au bas des cir culaires électorales *, on conjecturait à bon droit que le candidat fusionniste n'obtiendrait pas môme le tiers des suITrages. Désespérant de vaincre au scrutin, les radicaux résolurent de conquérir le fauteuil présidentiel par une nouvelle conspiration.

Afin de préparer le peuple à un coup de main, le& clubs, aidés des feuilles publiques, répandirent le bruit que l'Equateur ne souftVirait pas une seconde fois la domination de Garcia Morcno. Les vrais républicains empêcheraient bien le despote de remettre le pays dans les fers. L'assassin de Maldonado, le bourreau de Jambeli, l'autocrate qui depuis huit ans s'imposait à son pays, devait être écarté par n'importe quel moyen. Montaivo sommait Garcia Moreno de renoncer à sa candidature, sous peine de voir briller bientôt la lame du poignard : « Qu'il sache, s'écriait-il, que nous sommes irrévocablement liés à *don Francisco Aguirre : ou le tyran nous écrasera, ou il mourra de nos mains. » Des bruits d'une révolution prochaine circulaient dans la capitale et les provinces. Quant au formaliste Espinosa, il laissait prêcher tranquillement la révolte et l'assassinat, attendu que l'Equateur jouissait de lu liberté de la presse et du droit d'association. A Cuenca, les fusionnistes organisèrent une procession grotesque et ridicule en faveur de leur candidat : à travers les rues, un cierge à la main, s'avançaient gravement l'avocat liorrcro, SCS amis les libéraux, ses alliés les radicaux, puis la populace qui hurlait : « Vive Aguirre ! A bas Garcia Morcno ! » Du scinde cette cohue émergeait un drapeau sur lequel flamboyait ce mot sacramentel : Constitution! A Guaya(juil, à Quito, dans tous les centres, se préparait un soulèvement que tout le monde, excepté pourtant

« Estrclla de Mayo, 3i mars 18G0.

les libéraux et le très placide Espinosa, s'attendait à voir éclater sous peu de jours. Ces braves gens ne pouvaient s'imaginer que les révolutionnaires, leurs alliés du moment, n'exaltaient le président et la constitution que pour abattre l'un et déchirer l'autre.

Pendant ce temps, Garcia Moreno s'occupait tranquillement à Guacliala de ses champs et de ses troupeaux. Il avait accepté la candidature sur les instances de ses amis, mais il leur laissait le soin de la propager et de la défendre. Dans les premiers jours de 1809, en voyant poindre un coup d'État révolutionnaire, certains d'entre eux, sans aucun concert préalable, arrivèrent simullanément à Quito pour s'entretenir avec lui des périls de la situation. Ne l'y trouvant pas, ils s'unirent à d'autres conservateurs de la capitale, parfaitement renseignés sur les agissements des radicaux, et n'hésitèrent pas à entreprendre le voyage de Guachal,a. Ils arrivèrent à l'hacienda vers onze heures du soir. Déjà "Garcia Moreno était retiré dans sa chambre, quand ses serviteurs indiens vinrent lui annoncer que plusieurs cavaliers, demandant à lui parler, se trouvaient à la porte. Son premier mouvement fut de saisir un grand sabre qui pendait près de son lit, et le revolver placé sur sa table, car on l'avait prévenu la veille que des assassins de la Nouvelle-Grenade en voulaient à sa vie. Quelle ne fut pas sa surprise de reconnaître ses amis les plus dévoués I Ils lui expliquèrent à l'instant les motifs très pressants de leur visite, l'insurrection radicale sur le point d'éclater, et l'inconcevable inertie du président en face des dangers qui le menaçaient. Lui seul pouvait sauver le pays, s'il en était temps encore ; ils accouraient pour le conjurer de reprendre avec eux le chemin de la capitale. H leur répondit qu'il ne voyait aucun moyen de salut et que, du reste, il était fatigué de lutter pour des hommes aussi stupides que les libéraux,

lesquels n'avaient que trop mérité de passer par les verges d'Urbina. — « Sans doute, répliquèrent ses amis, mais vous avez juré de ne pas laisser retomber le peuple aux mains de cet affreux despote. » Quelques heures après, ils l'entraînaient avec eux vers Quito.

Dans la capitale, il se trouva immédiatement entouré de conservateurs arrivés des provinces, dont les informations lui fournirent des détails très précis sur le plan des conjurés. Urbina venait d'arriver à Tumbez avec ses fidèles généraux Rios et Franco; de la frontière, il correspondait avec ses affidés; la révolution devait sans délai éclater à Guayaquil; après avoir assassiné le général Darquea, les conjurés se proposaient d'ouvrir les prisons et de corrompre les officiers pour s'emparer des casernes; les autorités, averties, se précautionnaient contre une invasion imminente. A Cucnca, les chefs du mouvement avaient reçu le mot d'ordre. Trois urbinistes fameux, Zamorra, Villavicencio et Tarquinio Franco, compromis dans les dernières insurrections, distribuaient les rôles aux conjui-és. Un écrit intitulé : Lunettes pour les myopes, avait mis au jour tous ces faits, en publiant des lettres émanant des autorités de Guayaquil et relatives au complot. Du reste, à Quito, les sectaires s'armaient déjà de poignards et de revolvers; à Riobamba, à Lalacunga, à Cuenca, les urbinistcs annonçaient qu'ils triompheraient sur les cadavres de leurs adversaires, et que le 15 janvier serait le commencement d'une ère nouvelle '.

Sur ces entrefaites, on apprit de Pasto par dos lettres particulières, qu'un certain Victor Proano, à la solde d'Urbina, s'était rendu peu auparavant dans cette ville pour enrôler des volontaires. Il avait annoncé à ses confidents qu'Urbina allait rencontrer à Tumbez Rios

' r.t.'S faits, rnlalL's dans les imiinaiix du Icmps (Estrclla de Mayo^ 22 cl 28 juMvior,) n'ont jamais Oté di-nienlis.

II, et Franco, ce qui se trouvait vérifié par le fait, et puis s'emparer de Guayaquil pendant qu'on envahirait l'Equateur par le nord, après avoir mis la main sur Garcia Moreno à Guachala. De plus, le bruit se répandit qu'il existait un pacte secret entre Urbinaet Mosquera, pacte révélé parles indiscrétions épistolaires de ce dernier, en vertu duquel l'Equateur devait être divisé. Les provinces du Nord, jointes à celle du Cauca, formeraient une nouvelle nationalité.

Ces bruits alaiiiiants couraient les rues, et le gouvernement, qui les connaissait mieux que personne, refusait de prendre aucune mesure d'ordre. Il révoquait les employés soupçonnés d'incliner vers les conservateurs, et maintenait à leur poste, malgré les réclamations indignées des ministres eux-mêmes, des gouverneurs de provinces notoirement favorables aux urbiriistes. Espinosa, devenu le jouet des libéraux, avait les yeux couverts d'un triple bandeau. Ses amis, ses parents, après bien des représentations inutiles, l'avaient abandonné à ses conseillers favoris. Son ministre fidèle, Camille Ponce, d'un dévouement à toute épreuve, hésita longtemps devant une rupture qui lui brisait le cœur; mais, pour ne point assumer la responsabilité des malheurs qui allaient fondre sur le pays par l'incurie du président, il se vit obligé, lui aussi, de donner sa démission.

La retraite du ministre de l'intérieur, en faisant passer le gouvernement tout entier aux mains des libéraux, glaça d'eflroi les conservateurs. On s'attendait d'un moment à l'autre à voir éclater le mouvement révolutionnaire. Garcia Moreno crut devoir intervenir une dernière fois auprès du président et, comme toujours, sa grande âme et son noble cœur dictèrent ses résolutions. Au-dessus des uiisi^rables intérêts de partis ou de personnes, il ollrit de renoncer spontanément à sa candidature si le président consentait à prendre dans son

conseil Camillo Ponce et José Maria Guerrero, pour aviser avec eux aux moyens de sauver la r(^publique. Espinosa refusa net. Trois médiateurs, qui à dillérents titres auraient dû exercer quelqu'influence sur lui, D. Carlos Aguirre* son très respectable ami, le R. P. Cruciani, son directeur de conscience, et le délégat apostolique, le supplièrent en vain d'avoir égard aux supplications des conservateurs et d'accepter la proposition de Garcia Moreno : il resta inflexible '.

Ainsi abandonnés à eux-mêmes, les conservateurs, Garcia Morouo à leur tête, tinrent un conseil secret pour aviser aux périls de la situation. D'après l'ensemble des faits constatés et les mouvements des clubistcs dans la capitale, la révolution ne tarderait pas à éclater. On ne pouvait compter sur le gouvernement pour la comprimer, puisquil serait renversé par elle avant de consentir à reconnaître son existence. Fallait-il livrer le pays à Urbina et assister, les bras croisés, à l'asservissement de la patrie, à la ruine de la religion, au triomplic de la franc-maçonnerie, qui bientôt inaugurerait contre les prèlres, les religieux, les évoques, une persécution à la Mosquera? Fallait-il livrer le peuple cbrétien aux vengeances d'une poignée d'anarchistes? Tous furent d'avis que, s'il y avait un moyen légitime de sauver le pays, il fallait y recourir sous peine de trahison. Or, dans le cas présent, on ne pouvait écarter les révolutionnaires qu'en substituant une autorité puissante et forte à celle de l'incapable et débile Espinosa : le moyen était-il légitime? A cette seconde question, on répondit que les conservuteurs avaient donné le pouvoir au président Espinosu pour empêcher Urbina d'escalader le pouvoir, et non pour lui faire la courte échelle. D'ailleurs, un pronunciamenlo radical allait renverser Espinosa : en

< Estrella de ilayo, 22 janvier 1869.

lui substituant un homme d'énergie, on ne s'attaquait pas à lui, mais aux anarchistes qui s'apprêtaient à le jeter par terre,

La résistance active décidée, Garcia Moreno se chargea d'étudier les voies et moyens, puis de prendre le commandement lorsqu'il s'agirait de l'exécution. Comme il fallait faire vite pour ne pas être devancé par Urbina, son plan fut arrêté dès le lendemain. Il se ménagea des intelligences dans la caserne, puis ordonna à ses amis de province de retourner immédiatement dans les localités qu'ils habitaient, d'informer leurs confidents du mouvement qui se préparait dans la capitale, et de susciter partout des adhésions au pronuntrianiento conservateur aussitôt qu'une nouvelle favorable leur arriverait de Quito. Il se réservait Guayaquil comme le poste particulièrement difficile et dangereux.

Les deux jours qui suivirent, l'Equateur fut en ébullition. Les radicaux avaient remarqué, non sans inquiétude, la présence simultanée dans la capitale de personnages importants du parti catholique. Craignant une intervention quelconque de Garcia Moreno, ils résolurent d'avancer de quelques jours l'exécution de leur complot et de renverser Espinosa le lundi, 18 janvier. Le samedi IG, au soir, leurs hommes d'action se réunirent dans une maison du quartier San-Juan pour concerter les dernières mesures à prendre. Garcia Moreno, qui les faisait surveiller de très près par ses émissaires, pénétra leur secret, convoqua ses amis ce -soir-là môme et leur fit connaître ses intentions :

« Si vous voulez sauver le pays, dit-il, ce n'est pas demain qu'il faut agir, c'est aujourd'hui, c'est ce soir. Il est dix heures ; vers minuit, je me rendrai à la caserne pour gagner l'armée à notre cause. Vous me suivrez, en petits groupes, pour ne pas attirer l'attention. Si je réussis, comme je l'espère, vous entrerez à la

caserne, et je vous donnerai à chacun une escouade de soldats pour consigner chez eux le président et ses ministres, et arrêter les radicaux au milieu de leur conciliabule. »

Les rôles distribués à chacun, à Fheure dite, Garcia Moreno s'achemina vers la caserne, suivi de ses amis, échelonnés dans l'ombre. En voyant cet inconnu se diriger vers lui, le soldat de faction fit entendre le traditionnel « qui vive ? — Garcia Moreno. » En présence du chef qu'il avait appris à respecter, le soldat troublé lui demanda ce qu'il voulait à pareille heure. « Je veux sauver la religion et la patrie. Tu me connais : laissemoi passer. — Viva Garcia Moreno ! » répondit le soldat. Arrivé au corps de garde, il rencontra l'ofïicier de service avec les soldats du poste, et leur annonça que, l'infâme Urbina ayant entrepris de bouleverser le pays, il venait encore une fois s'appuyer sur l'armée pour défendre la religion et la patrie. — « Viva Garcia Moreno! » cria tout le poste. Au bruit que faisaient leurs camarades, les soldats, réveillés en sursaut, descendirent avec une vive agitation. Garcia Moreno leur parla des dangers que courait le pays, et que tous du reste connaissaient. Son ton énergique, incisif, eut bientôt porté la conviction dans tous les cœurs et arraché de toutes les poitrines le cri d'adhésion : « Viva Garcia Moreno I »

Les chefs de l'armée n'avaient pas voulu prendre l'initiative du pronunciamento ; mais, en déploranteuxmémes la faiblesse impardonnable du président, ils furent très heureux de se rallier au mouvement. De l'agrément de tous, Garcia Moreno prit à l'instant le conmiandement dos troupes , fit consigner Espinosa dans sa maison, et envoya une compagnie s'emparer des clubistes de lu rue Sun-Juan. Mais déjà la ville était on émoi; les radicaux , ayant ou vent de ce qui se pasbuil, avaient jugé prudent de s évader au plus vite; lu

musique militaire, par ses joyeuses fanfares, annonçait à tous le grand événement ; et les habitants de Quito, transportés de joie, parcouraient les rues en criant do toutes leurs forces : « Viva Garcia Moreno î »

Les pères de famille et les notables de la cité, réunis au palais du gouvernement, sous la présidence de Raphaël Carvajal, rédigèrent aussitôt l'acte suivant, dont lecture fut donnée au public au milieu de tonnerres d'applaudissements :

(( Les soussignés, rassemblés pour aviser aux moyens de sauver la nation de la crise terrible qu'elle traverse en ce moment, considérant :

« Que le président de la République, trahissant la confiance du peuple, a nommé aux charges publiques des ennemis acharnés de l'ordre, lesquels profilent do l'autorité remise en leurs mains pour préparer le retour à l'antique esclavage ;

« Que le gouvernement, non content de mettre à la tête des provinces des urbinistes déclarés, contemplo avec inditïérence les attentats qu'ils commettent pour arriver au triomphe de leur parti, et cela malgré les dénonciations de la presse et malgré des documents d'une évidence accablante ;

« Qu'Urbina attend à la frontière l'heure choisie par des traîtres pour lui livrer l'importante place de Guayaquil, sans que le Président de la République prenne aucune mesure pour assurer l'ordre et la paix ;

« Qu'à Riobamba, Cuenca, et ailleurs, les démagogues conspirent à ciel ouvert, sans que le gouvernement se préoccupe en aucune manière de préserver la patrie d'une révolution sanglante et désastreuse ;

« Que le rétablissement de l'humiliant despotisme, dont nous a délivrés la glorieuse révolution du !=>• mai 4859, a nécessairement pour conséquence la destruction des principes religieux, moraux et politiques, sans

lesquels il n'y a pour la nation ni stabilité ni progrès ;

u Que, sans égard pour ^la constitution, laquelle déclare la religion catholique, apostolique et romaine religion de l'Etat, et oblige les pouvoirs publics à la défendre et à la faire respecter, le président laisse propager d'infâmes pamphlets destinés à miner les fondements du catholicisme ;

« Qu'en conséquence de tous ces faits, le ministre de l'intérieur a donné sa démission, ne voulant pas se faire complice d'une telle politique ;

« Arrêtent d'un commun accord :

« Le gouvernement actuel est privé de toute autorité. Don Gabriel Garcia Moreno exercera le pouvoir en qualité de président intérimaire avec toutes les facultés nécessaires pour réorganiser la république, conserver l'ordre à l'intérieur et la paix à l'extérieur;

« La constitution et les lois de l'Etat restent en vigueur, en tant que le permettront les circonstances dans lesquelles se trouve la nation. Une convention nationale sera convoquée à l'effet de réformer la constitution et la législation. Le projet de constitution adopté par la convention, sera soumis à la ratification du [xiuplo. »

Des vivais cent fois répétés accueillirent ces déclarations, et surtout la nomination de Garcia Moreno comme chef du gouvernement. Séance tenante, le nouveau président rédigea cette proclamation à la nation, où l'on sent vibrer à chaque ligne son û.me de patriote :

« Mes chers concitoyens, après avoir fait tous les efforts imaginables près du président Espinosa pour sauver la république, menacée de redevenir au j)remier jour la proie de ses [)lus irréconciliables ennemis, j'ai dû me mettre à la léte de l'armée pour empêcher une nouvelle effusion de sang et le retour aux horreurs de la guerre civile.

« A Guayaquil, des agents d'Urbina négociaient avec

des traîtres la reddition de la place; dans les autres villes on applaudissait, en présence des autorités, au retour de l'infâme despote. Aveuglé par de perfides suggestions, Je président autorisait par sa tolérance cette odieuse conspiration. Patienter plus longtemps, c'eûtélé se rendre responsable des maux qui allaient fondre sur nous et commettre un crime de trahison.

« J'ai accepté la charge périlleuse de sauver le pays de cette nouvelle conjuration de Catilina, sans autre mobile, je puis le dire, que mon dévouement à la patrie. En preuve de ma sincérité, je promets devant Dieu et devant le peuple, sur ma parole d'honneur toujours inviolée, qu'une fois l'ordre assuré, les institutions réformées, je quitterai le pouvoir pour le remettre aux mains du citoyen que la libre volonté du peuple désignera. Même si j'étais élu, je refuserais la présidence. »

On le voit, Garcia Moreno revenait à sa première idée : saisir l'autorité pour barrer le chemin à Urbina, puis se retirer. Est-ce donc un ambitieux vulgaire, cet homme qui renonce volontairement à gouverner son pays au moment où tout le peuple l'acclame comme un libérateur? Et pourtant, à entendre la bande francmaçonne, Garcia Moreno n'a déposé le président Espinosa que pour prendre sa place !

Il fallait maintenant obtenir l'adhésion des provinces au pronunciamento de la capitale. Après avoir expédié des courriers dans toutes les directions pour donner le mot d'ordre à ses amis, Garcia Moreno partit à marches forcées pour Guayaquil, où déjà il avait dépéché don Felipe Sarrade pour faire part au gouverneur Darquea des événements survenus et le décider à employer toute son influence en faveur du pronunciamento. En passant, et pour ainsi dire au vol, le nouveau chef établit son autorité à Latacunga, à Ambato, à Guaranda, à Babahoyo. Arrivé à Guayaquil, le 20, vers neuf

heures du soir, sans prendre un instant de repos, il se rendit à la caserne d'artillerie, la plus menacée d'un assaut urbiniste. A peine eut-il expliqué aux chefs et aux soldats la transformation survenue dans la capitale que tous s'écrièrent : « Vtva Garcia Moreno ! » Pendant ce temps, le docteur Sarrade parlementait avec Darquea, qui ne se laissait pas vaincre sans résistance. Tous deux ip^noraient la présence de Garcia Moreno, quand un agent vint subitement interrompre leur conférence : « El senor Garcia Moreno est à la caserne d'artillerie, dit-il à Darquea, et il vous demande. » — « Garcia Moreno ! fît le gouverneur stupéfait, docteur, allons le trouver. » A la caserne, ils furent bien surpris de le voir assis tranquillement à une table, écrivant, et dictant des ordres. La besogne était finie : Darquea se mit à la disposition du nouveau chef avec ses troupes, de sorte que ce dernier put adresser ce discours à ses compatriotes :

« Citoyens de Guayaquil, une révolution inique tramée de la manière la plus insolente par les agents du lâche Urbina, et favorisée par la connivence du gouvernement, allait rejeter notre patrie entre les mains de la tyrannie. Déjà les révolutionnaires avaient reçu du Pérou les armes destinées à nous assaillir ; déjà les poignards brillaient aux mains des bandits payés pour nous assassiner.

« Mes chers concitoyens, celiït qui ne vous a point abandonnés en 18C0, alors que la République était agonisante, ne pouvait point, sans commettre le crime de lèse-patrie, vous délaisser dans la crise actuelle. Pour vous défendre contre vos implacables ennemis et rendre au pays l'ordre et la paix, j'ai quilté ma retraite et me suis rendu dans la capitale où le peuple et l'armée m'ont confié la grande lâche do sauver le pays.

« Je veux remplir celte diflicile mission, mais je

compte sur la valeur et la loyauté des généraux, «hefs, officiers et soldats de l'armée, sur la coopération de tous les gens de bien, sur ie dévouement du peuple, et par-dessus tout sur la divine Providence dont j'implore le secours avec une inaltérable confiance.

« Équatoriens, le 17, en quittant la capitale, j'ai fait le serment solennel et public de déposer le pouvoir aussitôt après avoir organisé le gouvernement et réformé la législation de concert avec une convention nationale : je tiendrai parole. Le jour oij, nos ennemis réduits à l'impuissance, je remettrai le pouvoir à l'élu du peuple, sera le plus heureux de ma vie.»

La foule applaudit par des vivats sans fin. Comme au retour de Jamboli, les urbinistes criaient plus haut que les autres; pour refroidir un enthousiasme dont on pouvait à bon droit suspecter la sincérité, Garcia Moreno mit la province en état de siège. Les agents d'Urbina avaient fait de Guayaquil leur arsenal : tous les détenteurs d'armes, fusils, poignards et autres engins de révolution, furent sommés de les porter dans les vingt-quatre heures au bureau de police, sous peine d'être traités en ennemis publics. Un décret condamna Pedro Carbo et les autres perturbateurs de profession à quitter le pays, et stipula que tout individu convaincu d'avoir favorisé les traîtres serait jugé militairement. L'insuiTection était étouffée dans son germe.

Quelques jours après, de retour à Quito, GarciaMoreno recevait les adhésions chaleureuses de Riobamba, de Cuenca, de Loja, et de toutes les provinces. Les colonnes du journal ofliciel ne suffisaient pas à les enregistrer ^ On se félicitait, d'un bout de l'Equateur à l'autre, d'avoir pu opérer cette contre-révolution sans verser une goutte de sang, sans brûler une seule cartou-

* Estrellade May o, 22, 28 janvier; 3 et 13 février.

che, et cela grâce à l'énergie de rhommo incomparable qui, depuis dix ans, apparaissait dans toutes les crises comme l'invincible défenseur de la religion et de la société. Aussi, à part les sectaires qui le glorifiaient du reste par leurs outrages, n'y eut-il qu'un cœur et qu'une âme pour entonner l'hymne de louange et de gratitude en l'honneur de Garcia Moreno. Le conseil municipal de Quito décréta que le buste du libérateur serait placé dans la salle de ses séances, « en reconnaissance du magnanime courage et du grand esprit politique dont il avait fait preuve dans la transformation qui venait de s'opérer. Après tant d'années consacrées à la régénération de l'Equateur, disait le décret, Garcia Moreno le voyait sombrer de nouveau dans l'immoralité et l'anarchie : son bras vigoureux a conjuré la tempête et ouvert à tous, aux commerçants, aux laboureurs, une nouvelle ère de prospérité. » La Société patriotique lui offrit ses congratulations pour avoir, « avec une rapidité qui tient du prodige, préservé la nation d'une guerre civile )). La Société conservatrice fit célébrer une messe solennelle d'actions de grâces pour remercier Dieu «du splcndide triomphe des principes conservateurs, et célébrer la rentrée au pouvoir du noble chef dont le cœur n'a jamais battu que pour le bien de la patrie ».

A toutes ces adresses et autres semblables S Garcia Moreno répondit « qu'en se dévouant au sahît du pays, il n'avait fait que son devoir, ce qui ne lui conférait aucun titre auxremercîmentsdc ses concitoyens. Notre gratitude, ajouta-t-il, doit s'élever jusqu'au ciel. C'est Dieu qui nous a sauvés, avec une promptitude inouïe, des calamités dont nous étions menacés : donc, ù Dieu seul, amour, louange et gloire ! »

' Voir adrossos k (iarcia Moreno et réponses, Estrella de MayOy 24 févriur et 3 murs.

A ce grand chrétien et à ce grand homme d'Etat vainqueur de la Révolution, incombe maintenant la tâche non moins difficile et non moins glorieuse de faire passer la contre-révolution dans les lois et dans les ma^'urs, c'est-à-dire de fonder la République chrétienne. Cette œuvre de vraie civilisation, déclarée impossible au XIX' siècle, il nous reste à montrer, dans la troisième partie de cette histoire, comment Garcia Moreno l'a réalisée.

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