FLORÈS
La république de l'Équateur était née, nous l'avons vu, du démembrement de la Colombie, cette brillante mais éphémère création de Bolivar. L'enfant hérita du vice originel qui tua la mère,
Au nom du peuple souverain, les députés des trois grands départements qui composaient le nouvel État. Quito, Guayaquil et Cuenca, réunis en conventien, bâclèrent à 1x hâte une constitution calquée sur celle de la défunte Colombie, mais d’un républicanisme encore plus accentué. Droit de suffrage à tous les citoyens majeurs en possession de quelques piastres, chambre unique et souveraine, président élu pour quatre ans, exclusion de tout pouvoir extraordinaire, “ l'ennemi fût-il aux portes de la capitale, ” naturalisation de tous les étrangers militaires ou civils : tels étaient les articles fondamentaux de cette charte ultra libérale.
Quartd à la présidence, le choix des députés s'arrêta tout naturellement sur legénéral Florès (1). Étranger à l'Équateur, mais depuis longtemps chef militaire du pays, un des plus brillants officiers de Bolivar après le maréchal Soucre, le héros de Tarqui dont la vaillance avait sauvé Y'Équateur d'une invasion péruvienne : nul ne pouvait lui disputer le premier rang. C'était du reste un parfait gentilhomme, aussi distingué dans un salon que brave au champ d'honneur, On lui reprochait bien d’être ambi.
(1) Florès était originaire du Vénézuela.
tieux, peu religieux, ami de la guerre, plus ami du plaisir, mais la gloire souvre tout. Élu président par dix-neuf voix sur vingt, un décret déclara que Florès avait bien mérité de la patrie,
Toutefois la lune de miel s’obscureit bien vite : entre le nouveau président et la nouvelle république, les sujets de divorce étaient trop nombreux pour ne pas.amener des querelles,
L'Équateur se voyait littéralement rongé par la soldatesque étrangère qu’on avait fait la sottise de naturaliser, Ces vieux soudards sans patrie, sans famille, vrais juifs- -errants de l'Indépendance, avaient pris l'habitude de rôder d’une province à l'autre, de voler, de tuer, de commettre impunément tous les brigandages. Les officiers ne valaient pas mieux que les soldats, sauf qu’ils faisaient bonne chaire, tandis que ceux-ci, souvent sans solde, mouraient de faim. Quand à Florès, considérant cette armée comme sa garde, il refusait de la réduire, et comblait d’honneurs ces étrangers au mépris des indigènes.
Cette jacquerie militaire menait fatalement le pays à la banqueroute, L'agriculture et le commerce ruinés, le trésor se trouvait à sec, et les services de l'État forcément supprimés. C'était pour tous la famine en perspective et . la ruine. Florès, lui banquetait tranquillement au milieu de ses joyeux convives. À voir ces ‘ tertullias ” animées et brillantes, personne n’eût soupçonné que le peuple et l'armée étaient aux abois. On l’accusait de se procurer de l'argent par des spéculations et des tripotages indignes d'un homme d'État, On lui reprochait encore de livrer le pays à des étrangers, pendant que les Matheu, les Saez, les Moutufar, les Elizalde, les Gomez de la Torre, enfants de l'Équateur, vieux guerriers de l'Indépendance, végétaient dans l'oubli et le ntépris. On ajoutait, non sans colère, que le président, esprit fin et caustique, n’épargnait point l'ironie, même les lazzis sanglants, aux familles aristocratiques de la capitale,
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J1 n'en fullait pas tant pour mettre le feu aux poudres, Une guerre malheureuse avec la Nouvell:-Grenade, dans laquelle Florès dut battre en retraite après avoir solennele lement promis la victoire, acheva de soulever le peuple contre lui. Le parti des patriotes profita de l'incident pour créer des journaux d'opposition, tels que ‘“ l’'Hommelibre ” à Guayaquil et “ le Libre-Quitonien dans la capitale, Mais pour manier ces engins d'insurrection, il fallait un homme rompu au métier : ou le trouva dans Rocafuerte. ju
Homme de naissance et de talent, mathématicien, géographe, publiciste, Rocafuerte n'avait pas donné jusque-là sa mesure politique. Lors d'un voyage en France, an commencement du siècle. il avait connu le jeune Bolivar, avec lequel il fut vite en pleine communion d'idées républicaines. En 1812, nommé député aux cortès, il quitta Madrid après avoir fait une violente opposition à Ferdinand VIT, On le retrouve en 1820 au Mexique, écrivant des pamphlets contre le catholicisme à propos de tolérance religieuse, Il donnait des leçons de français, mais il n’a. vait d'autres livres pour son enseignement que le ‘‘ Contrat social ” et ‘l'Esprit des lois. ” Il revint à Guayaquil sa patrie, en 1833, juste à temps pour mener la campagne contre Florès,
Sous sa direction, les journaux, multipliant les accusations et les suppositions les plus injurieuses, rendirent Île gouvernement à peu près impossible. On insinua enfin que Florès, malgré la constitution, voulait s’armer de pouvoirs extraordinaires et se perpétuer au fauteuil. Celui-ci laissa dire ; mais dans un congrès composé en majorité de ses créatures, il se fit en effet investir de la dictature et bannit du territoire les membres les plus influents des <lubs patriotiques, notamment Rocafuerte, Les patriotes furieux coururent aux armes. À Guayaqu , Rocafuerte, arraché aux sbires qui le traînaient en exil, fut proclamé chef shprême, pendant qu'à Quito des bandes d'insurgés s'organisaient sous le nom d’armée libératrice. Mais Flo-
règ-était un homme de ressources. Pris entre deux feux, il tourna d'abord ses armes contre Guayaquil dont il sem: para sans difficulté ; et comme Rocafuerte, suivi des patriotes irréconciliables, s'était réfugié sur les vaisseaux du port, Florés le fit saisir au milieu de la nuit et amener dans son quartier, Celui-ci pouvait s'attendre à tout, lorsqu'à son grand étonnement, il entendit Florès lui réprésenter les malheurs d'une guerre civile, le conjurer de travailler à la pacification du pays, et finalement lui offrir le poste de gouverneur dé Guayaquil. L’ambitieux Rocafuerte accepta de grand cœur, et l'Équateur se réveilla ayant deux maîtres au lieu d’un.
Pendant que ce coup de théâtre s'exécutait à Guayaquil, l’armée libératrice s'était emparée de Quito aux applaudissements de la noblesse et du peuple. Les provinces allaient se déclarer les unes après les autres contre Florès, quand celui-ci, revenant de Guayaquil avec ses troupes victorieuses, éerasa les patriotes dans les champs de Minarica. On ne peut se faire une idée de la consternation qui régna dans le pays à cette nouvelle, ni de la rage des patriotes, courbé de nouveau sous un joug odieux. Certains députés, fous de désespoir, ne parlaient de rien moins que d’incorperer le pays à la Nouvelle-Grenade, pour échapper aux deux tyrans. .
. De fait, l'Équateur était à leur merci, Son mandat accompli, Florès pesa si bien sur les électeurs que Rocafuerte fut porté au fauteuil présidentiel, tandis que lui, Florès, s’ad- jugeait le couvernement de Guayaquil. Les patriotes essayèrent quelques soulèvements partiels, mais Rocafuerte avait la main ferme : il exila les uns et fusilla les autres, Ennemie de la religion et du clergé, il sécularisa l’Université, travailla de toute ses forces à laïciser les écoles, et mêmo .essaya d'introduire le protestantisme à l'Équateur par des machinations indigne de son caractère. Un malheureux, quaker, introduit subrepticement à Quito, fut chargé par lui d’une école de jeunes filles. Celles-ci s'étant un jour agenouillées spontanément au passage du Saint-
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Sacrement, le quaker se mit à rire et proféra des propos irrévérencieux pour nos augustes mystères, Aussitôt les enfants désertèrent l’école, Le quaker voulut continuer sa : propagande en colportant des bibles falsifiées ; majs les.curés le dénoncèrent à leurs paroissiens, et il n’eut que le temps de s'enfuir pour ne pas êtres lapidé. Du reste, si Rocafuerte avait l'âme d’un sectère, il était supérieur à Florès comme administrateur. Pendant ses quatre années de gouvernement, il restaura les finances, maintint la paix au dehors et grâce à son implacables sévérité, fit régner un semblant d'ordre à l’intérieur.
A l'expiration de son pouvoir. Rocafuerte céda la place à Guayaquil. Pour regagner lecœur ulcéré des patriotes, Florès fit nommer un vice-président qui leur était sympathique, et renonça au droit de bannissement si cher à Rocafuerte, ‘“ Aucun équatorieu, leur dit-il, ne sera déporté. saus arrêt judiciaire. Tous les citoyens seront indistinctement appelés aux charges de l'État, selon leurs mérites et leurs aptitudes. Il n’y a pour tous qu’une cause à servir : la cause de la nation. ” C’est l'antique manifeste des républicains assis à l'usage de ceux qui sont debout. Ce qu'ils appellent la nation, ce sont les deux ou trois cents ambitieux qui les ont nommés, et qu'il faut maintenant servir en leur fournissant des places. Florès toutefois se refit une certaine popularité en rappelant de l'exil quelques victimes de Rocafuerte, puis on put constater le même despo. tisme militaire que durant sa première présidence, le méme gaspillage des finances, le même trafic électoral, les mêmes entreprises ruineuses, si bien qu’en 1843, l’exaspération étant à son comble, peuple et président résolurent d’en finir par un coup d'État. Florès prit les devants.
Décidé cette fois à ne plus céder le fauteuil à son compère, il réglementa les élections de manière à s'assurer dans la future convention une majorité certaine, ce qui excita un cri de rage d’un bout de l'Équateur à l'autre, Ses créatures nommées et installées, Florès leur adressa un message sur la nécessité de réformer les institutions existantes.
Rien de plus curieux que ce factum académique, où l'on voit défiler tour à tour les républiques anciennes et moder- . nes, Sparte, Athènes Thèbes avoc le conseil fdes Amphictryonsget des Archontes, Rome avec son Sénat, Venise avec le conseil des Dix, la grande République des États- Unis ; letout,. pour montrer que les états à constitution faible meurent dans l'anarchie ou deviennent la proie des états à constitution forte. La pièce se terminait par une sommation aux députés d'avoir à sauver le pays en fabriquant une de ces constitutions qui rendent les républiques éternelles,
La convention n'avait pas l'oreille dure, elle vota tout ce que voulut le maître : la présidence pour huit ans, le sénat pour douze, la chambre des députés pour quatre ans. De plus, le président jouissait du droit de veto contre tout … projet de loi qui no réunirait pas les trois quarts des voix. C'était l'absolutisme présidentiel trés peu déguisé, décrété par Florès pour Florès, car bientôt on apprit qu’il était renommé président par trente-deux voix sur trente-quatre,
Impossible de décrire la fureur des patriotes et l’exaltation populaire contre Florès et sa convention. Interprête des sentiments du pays, Rocafuerte protesta contre ‘ la charte d’esclavage, produit honteux de l’avarice et de l’ambition, ”’—‘ Citoyens, s'écria-t-il, comme homme et comme patriote, je répéterai à la convention ce qui se dit partout, dans nos rues comme dans nos maisons, Votre constitution, fruit d’une intrigue infâme, n'a pour objectif que la réélection du général Florès, au grand détriment du trésor et de l’honneur du pays. Je protesté contre cette élection ot je demande la mise en accusation du président, du parjure qui n’a pas rougi de déchirer la constitution après avoir fait le serment de lui garder une inviolable fidélité. ” Il parti ensuite pour Lima, d’où il ne cessa de lancer contre Florès de uouvelles et foudroyantes philippiques. Et cependant, malgré son indignation, le peuple eût peut-être
rongé son frein en silence, si la convention, une fois lancée
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dans la voie du despotisme, n'cût ajouté à ses violences politiques de véritables attentats contre la religion du pays.
Florès n'avait point le tempérament d’un persécuteur : mais, en bon libéral de 1789, il nourrissait dans son cœur une secrète hostilité contre la suprématie de l’Église, l'indépendance du:clergé, et cette unité de culte qui faisait la gloire de l'Amérique espagnole. En outre, il était lié avec los fruncs-maçons de la Nouvelle-Grenade qui, sous prétexte de bienfaisance, avaient tenté quelques années auparavant d'établir des loges à Quito et dans les autres centres importants de l'Équateur, Ignorant le piège caché sous le
.… voile humanitaire, bien des catholiques prirent part à ces
conventicules ; muis, quand les affidés commencèrent à prôner la tolérance religieuso et la liberté des cultes, les loges se vidèrent comme par enchantement., . Florès s'était montre fort indifférent à cet échec des maçons ; la convention, plus hostile, se crut assez puissante pour reprendre à ciel ouvert le travail des loges et démanteler à coups de décrets la vieille cidadelle catholique.
Avec de grands airs d'orthodoxie, Îes députés glissèrent dans la constitution un article-stipulant que “ lu religion de l'État est la religion catholique, apostolique et romaine, à l'exclusion de tout autre culte public. ” On ouvrait ainsi la porte aux juifs et aux protestants, qui formeraient d’ubord des réunious privées sous prétexte que le culte public seul était interdit, sauf à demander, après le recrutement d'un certain nombre d’adeptes, l'autorisation d’ériger un temple ou une synagogue, autorisation qu'on ne pourrait plus leur refuser, Ainsi s’implantait dans un pays où n'existait pas un seul dissident, le germe des divisions et des haines religieuses. Bientôt ces conventionnels, si pressés d'accorder aux faux cultes des licences que personne ne réclamait affichèrent leur intolérance envers le clergé catholique en excluant tous ses membres de la représentation nationale. Ouvertes aux fonctionnaires de tout ordre, les chambres étaient fermées aux prêtres et aux évêques, traités en véritables parias,
ne violente pas impunément la conscience d’un peuple dont la foi, pure du venin libéral, n'est point paralysée par cette fatale léthargie qu'on appelle l'indifférence. L'Équatorien aime son Église, sos prêtres, ses religieux, sou culte, ses cérémonies saintes, 11 déteste le judaïsme qu crucifie Jésus-Christ et l’hérésie qui déchire le sein de l’Église, On a beau lui vanter hypocritement les bienfaits de la tolérance : le vieux sang espagnol bouillonne à la pensée que les autels de Baal viendraient souiller ces nobles montagnes où jusqu'ici le catholicisme a brillé sans ombre, comme ce splendide soleil qui resplendit sans nuages au-dessus de ses temples. Et voici que, non content de favoriser les faux cultes, le gouvernement ne reculait pas devant l’ostracisme des ministres du vrai Dieu ! Le peuple tout entier, prêtres et laïques, répondit à cet acte insensé par une protestation solennelle contre la constitution, Comme il fallait grouper toutes ces volontés, impuissantes quand elles restent isolées, terribles si l’on parvient à les réunir en faisceau, des sociétés patriotiques se formèrent dans les grandes cités pour organiser la résistance. Les unes réunissaient les citoyens influents, officiers, avocats, négociants, propriétaires, tous hommes de bon conseil. Les autres se composaient plus spécialement de jeunes gens aptes aux coups de main, parmi lesquels, on ne sera pas surpris de retrouver notre Garcia Moreno.
Agé de vingt-trois ans à cette époque, il achevait son cours de droit. Depuis longtemps, uni de cœur et d'âme -avec les patriotes contre la tyrannie, avec les survivants de Minarica contre les oppresseurs de son pays, il avait espéré voir la jeune république de l’Équateur s'établir et prospérer à l'ombre de la religion, de la justice, de la science et des arts, sous un gouvernement honnête, laborieux, dévoué au bien public. Comment aurait-il pu rester indifférent devant la force écrasant la religiôn et la justice ? Il .8e dit que si la force a sa raison d'être, elle doit sauver le peuple, non l’opprimer ; défendre la religion, cette clef de
Le gouvernement allait apprendre à ses dépens qu'on ,
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voûte de la société, non la détruire, Depuis quelques
années il faisait partie d’un cercle littéraire composé de jeunes gens de talent et d'avenir, tels que le docteur. Carvajal, le docteur Nicolas Martines, etc, dont la plupart s'unirent à lui d'étroite amitié et devinrent plus tard ses appuis et ses collaborateurs dans sa grande œuvre de restauration
sociale, Naturellement à leur tête par son éloquence, son esprit de suite, son caractère décidé, il ne manquait pas une occasion de les exciter à la lutte en mettant sous leurs youx les erreurs et les fautes du gouvernement, Au lieu d'exercices académiques, il leur commentait avec sa véhé.mence ordinaire des articles de £a lanterne magique, publication incendiaire qui tous les jours jetait feu et flamme contre le général Florès et ses partisans, Ainsi transformée par son influence en club d'opposition politique, la Société Philanthropique Littéraire, c'était le nom du cercle des jeunes gens, ne tarda pas à porter ombrage au pouvoir et dut même disparaître pour ne pas trop éveiller ses: défiances,
La résistance s’ouvrit par une protestation du clergé contre la situation que faisaient à l'Église les décrets de :la convention. Au nom de le religion catholique et de :la dignité de ses ministres, on réclamait.à la fois l’abrogation de l’article relatif à la tolérance des cultes et l’éligibilité pour le prêtre comme pour tout autre citoyen. La convention répondit par une fin de non-recevoir, ‘ attendu que l’Inquisition était abolie, que la liberté ne comprométtait en aucune manière les intérêts de l'Église catholique bien compris, ” et autres rengaînes à l’usage des francsmaçons au pouvoir, Quand à l'exclusion du clergé des chambres législatives, “ la convention avait agi dans Ja plénitude de son droit, et personne n'avait qualité pour faire la leçon au peuple souverain. ” |
Cette déclaration déchaîna Ilan tempête dans tout le pays. Des bandes parcoururent les rues en criant: ‘ Vive la religion ! À bas la constitution ! ” Au lieu de se rendre aux vœux de la nation, le gouvernement mit au jour un ukase
sé lits vis ir fi à
présidentiel enfdignant à tous les fonctionnaires civils, mi- Aitairés, ecclésiastiques, de prêter serment à la constitution ‘maudite. Ungran nombre de laïques ignorants on pusillanimes, et même certains membres du clergé partisans de la conciliation à outrance, prétèrent le serment exigé : mais la masse du clergé résista. Evêques, docteurs en théologie, professeurs, curés, déclarèrent le serment lillicite æt les décrets attentoïires aux droits imprescriptibles de l'É- “glise, ce qui exaspéra les membres de la convention. Pour avoir raison des réfractaires ecclésiastiques ou civils, ils les tondamnèrent à la privation de leurs droits politiques, etn- #lois ou bénéfices, et même à l'expalsion s'ils devenaient une dause de trouble pour l'ordre public, C'était la perséæûtion de 93, moins l'échafaud.
C'était aussi la guerre civile, ‘“ Impossible, dit l’histo cha d tien de l'Égtiateur (1), qüe 1à partie la plus éclairée de la mit à #ätion re résignlit à vivre sous cette loi d'esclavage, sans Pinfli Même que la presse bâillonhée pât faire entendre tneplain. DB send te ; impossible que les curés et bénéficiers restassent inidéfi- faren
“piment privés de leurs emplois et de leurs biens pour avoir . teut, ‘refusé de souscrire à une constitution réprouvée par leur mis © conscience'; impossible que les assermentés ne conçussent En pas de ëcrupules en présence de leurs frères plus timorés ; Guay fmpossible que les peuples écrasés d'impôts, vexés ot tortu- Elisa rés de mille manières se contentassent toujours de pleurer mais et de gémir ; impossible enfin que les patriotes attendissent LE assié, uit ans la £n de cette tyrannie, surtout avec la pérspecti- coup ve de voir le diétateur s'éterniser au pouvoir, ” de la Aussi, dès que l'édit de proscription fut connu, le peuple [MR sitôt ‘&e souleva en tüsse dans tontes les provinces, (Comte le 168 B ‘gouvernement, à botit de fonds, avait eu ln mülencontretise préai {Be de faire voter par les chambres un impôt de capitation sonn de trois piastres, on poussa le’cri de‘püerre : “ Vive la reli- poux ion { A bas les trois besos / "” Sur tous les points du terri- MN qui: toire eurent lieu des escarmouches entre citoyens et Sol- À üats, préludes d'une insurrection générale. Pour lutter Gua;
(1) Don P. Cevallos, Historia del Ecuador. V. 534.
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docteurs en ment illicite tibles de l'Éation. Pour civils, ils les itiques, emm- devenaient it la persé-
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1, le peuple Comme le lencontretise le capitation Vive la reliits du terriyens et $ol- Pour lutter
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avec avantage contre les bataillons aguerris de Florès, il fallait trouver des chefs, de l'argent et des armes ; les s0ciétes patriotiques se mirent à l’œuvre avec ardeur, s'éfforçant pat ‘tous les moyens possibles de se ménager des intelligénees dans les places fortes et de se procurer des engins
On‘apptit an jour que le président Florès devait expédier une certaine quantité de fusils au gouverneur du Napo. Des ‘troupes d'indiens étaient chargées d'exécuter ces transports. Garcia Moreno, suivi d’une escouade de jeunes patriotes, s'embusqua dans les montagnes, attendant la caravane et son Chargement. Biontôt il vit arriver les naïfs indigènes qui firent halte pour presdre leur repas non Join de l'endroit où fl était caché. (Garoia Moreno s'approcha du grouppe avec quelques-uns de ses compagnons et se mit à raconter des ‘histoires jusqu'au moment où, sous l'influence de la fatigue et de la chicha (1), ses auditeurs s’endormirent d'un profond sommeil, A leur réveil, ils furent tout étonnés de ne retrouver ni leur joyeux naprateut, ni leur cargaison de fusils. Garcia Moreno les ‘avait mis en lieu sûr.
Enfin toutes les mesures prises, la révolution éclata à Guayaquil, le 6 mars 1845, sous la direction du général Elisade. Une partie de la garnison essaya de résister, mais les notables, les jeunes gens, les hommes du peuple assiégèrent les casernes et les forcèrent à capituler. ‘Ce coup de main mit à la disposition des patriotes les troupes de la place, l'arsenal et les embarcations de guerre. Aussitôt tous les pères de famille, réunis en conseil, cassèrent les actes de la convention et prononcèrent la déchéance du président, Un gouvernement provisoire, composé de personnages éminents, Olmédo, Roca et Noboa, se chargen du pouvoir exécutif et fit un appel au peuple:en vue de la lutie qui allait s'engager.
À la nouvelle de cette insurrectioh, Florès dirigea sur Guayaquil un corps d'armée qu'il fit camper dans son ha-
(1) Bière du pays.
eienda d’Elvira, près de Babahoyo. De là il expédia au gouvernement provisoire un projet d’arrangement ; mais on lui signifia que le seul moyen pour lui de mettre fin à la guerre civile, c'était de quitter le pays. 11 se décida donc à fortifier l'Elvira, où deux assauts infructueux et sang’ nts lui furent livrés par les patriotes, ce qui donna lieu à de nouvelles explosions de haine et de vengeance. La lutte eût pu se prolonger fort longtemps, si la révolution ne s'était propagée comme une traînée de poudre dans tout l'Équa. trao teur. Pendant que Florès tenait en échec les troupes de Guayaquil, derrière lui, à Loja, à Riobamba, à Cuenca, on arborait sur les places publiques et dans les casernes le drapeau du 6 mars. Les patriotes de Quito, enrolés sous la bannière de José Maria Guerrero, soulevaient les provinces du nord. Garcia Moreno était du nombre de ces volontaires qui, après avoir battu les troupes du gouvernement à plusieurs reprises, forcèrent le pouvoir exécutif à quitter la capitale. Chaque jour apportait à Florès une nouvelle algrmante : les communications étaient interrompues, les troëpes en révolte, les lettres interceptées par le peuple ; de sorte que, ne pouvant lutter contre l’armée et la nation, il prit le parti de capituler.
Le 17 juin 1845, après deux mois de guerre, le gouvernement provisoire conclutavec le général Florès le traité de la Virginia (1). Il fut arrêté que le nouveau gouvernement convoquerait immédiatement une convention pour régler les affaires de l'Équateur, et que l'ex-président passerait deux années en pays étranger, afin qu’en son absence on pôt travailler librement à la réforme des institutions. A cette condition, on lui maintiendrait son titre de général en chef, ses dignités, ses propriétés, et la juste considération dout jouissait sa famille. Le 24 juin, monté sur le brigantin Seis de Marzo (2), en partance pour Panama, Florès put entendre les cris de joie mêlés aux salves d'artillerie qui saluaient le triomphe du droit sur le despotisme.
(1) Hacienda du poête Olmédo.
(2) Le six mars.
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Garcia Moreno avait été l’un des principaux acteurs dans ce drame national. Frappé de l’ascendant qu'il exergçait sur tous, le gouvernement ne craignit point, avrès la victoire, de lui confier une missiou bien délicate pour un jeune homme de vingt-quatre ans. Comme il fallait, avant de les licencier, payer aux volontaires l'arriéré de leur solde et que le trésor était à seu, on eut recours à un impôt extraordinaire. Déjà écrasés sous le poids de leurs charges, les contribuables refusèrent de payer. Le gouvernement chargea Garcia Moreno du recouvrement de cette taxe. Celui-ci, par son sang-froid, sa ténacité, son indomptable énergie, triompha de toutes les clameurs et désarma toutes les oppositions. Il s'acquitta de cette ingrate ‘et pénible besogne avec un désintéressement absolu, comptant pour rien les sacrifices personnels, pourvu que son pays sortît enfin de l’impasse où le despotisme l'avait acculé.