‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 31 sur 97 · LA DÉFENSE DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE DES JÉSUITES

Durant ces vingt premières années de son existence, l'Equateur avait vécu sous la domination du libéralisme prétendûment conservateur. Florès, Rocafuerte, Rocu, ces trois types de faux conservateur et de faux libéraux, n'avaient pas la moindre idée des droits de l'Église, ni mêmes des principes naturels qui régissent les sociétés. Leur libéralisme consistait à vanter le peuple souverain, et ieur conservatisme à se maintenir au pouvoir envers et contre tous; du reste, ennemis des émeutes organisées contre eux : amis de ceux qui se faisent leurs soutiens, et jusqu’à un certain point de l’ Fglise si l'Église avait pu consentir à n’être qu'un simple rouage de l'Etat.

Ce faux libéralisme est surtout à craindre parce qu'il porte dans ces flancs un fils plus repoussant que lui, je veux dire le r#dicalisme, A force d’être exploité et pressuré, le le peuple se demende un jour pourquoi, lui souverain, ne mènerait pas un train de roi comme les mandataires éhontés qui vivent à ses dépens. Des orateurs de elub et des barbouilleurs de journanx lui seen tous les jours que, pour arriver à ce progrès social, il suffit de modifier tant soit peu l'Église, la famille et la propriété, ces trois moyens d’opyresion inventés par les tyrans, La multitude imbécile confie à ces tribuns le mandat d'opérer les destructions nécessaires, et les radicaux succèdent ainsi très-naturellement et très légalement aux libéraux leurs pères. l'Équa-

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teur était mûr pour cette ignominie. ' Les hommes de valeur avaient disparu de la scène : Rocafuerte, depuis quelques années, Olmedo, le seul espoir de Garcia Moreno, depuis quelques mois. Florès, mort civilement, fournissait

par ses complots au parti avancé une excellente ocuasion

de hurler contre les conservateurs, qualifiés sans distinction de Floréanos. Uu intrigant, le général Urbina, profita de ce moment d’atonie pour arborer le drapeau du radicalisme et livrer l’Équateur à ses séides.

Comme ce triste personnage va jouer un rôle important dans noire histoire, il convient de rappeler en quelque mots ses antécé ents. A dix-huit ans, simple enseigne. de vaisseau, on le rencontre dans les autichambres du général Florès, qui l’honorait de ses bonnes grâces et même de son intimité. Le protégé parlageait le goût du maître, et lui rendait, dit-on, des services qui lui valurent bientôt le grade de colonel. En 1837, on le retrouve à Bogota, comme chargé d’affaires. Dans ce nid de francs-maçons, il se lia naturellement avec les meneurs de la révolution. Ennemi acharné des institutions religieuses, fougeux partisan des idées anarchiques, on le voyait, au milieu des frères et amis,

* insulter sans vergogne le général Florès, son bienfaiteur,

et même comploter contre le gouvernement qui l'accréditait. Rocafuerte, mis au courant de ses intrigues , l'exila pour cause de rébellion : mais, en remontant au fauteuil, Florès lui donna le gouvernement de la province de Manabi. En guise de remercîment, Urbina souleva les casernes

contre le président au profit de la révolution du 6 mars

1845, et s’en vint, d’un cœur léger, prêter main-forte aux assaillants de l’Elvira, ce qui lui valut le grade de général. Nommé gouverneur de Guayaquil par Roca, il fit rage contre Florès et les Foréanos

Dès lors, la seconde place ne suffisant plus à son ambition, il se dit qu'avec son astucieuse habilité, son audace de conspirateur, son habitude de la trahison, rien n'était plus fucile que d'arriver à la présidence, Cependant, en octobre 1849, à l'expiration des pouvoirs de Roca, pour

ne pas se démasquer prématurément, il soutient de toute son influence la candidature de Diego Noboa, vieux conser. vateur sans portée politique dont il se proposait d'exploiter la simplicité, Ses plans avortèrent grâce aux divisions du congrès qui, ne pouvant réunir sur la tête d'un candi- ! dat le nombre de voix exiger par la constitution, remit le gouvernement aux mains du vice- président, Manuel Ascasubi, homme intègre, intelligent, économe des deniers publics, ardent patriote, et de plus beau-frère de Garcia Moreno, Ce dénoûment imprévu ne faisait point l'affaire d’Urbina. À son instigation, le 20 février 1860. la garnison de Guayaquil fit un pronunciamento contre Ascasubi et proclama chef suprême l'ambitieux gouverneur, qui, cédant aux protestations indignées de la population tout entière, remit en avant son homme de paille, le trop confiant Noboa. Acclamé, le 20 mars, par la même garnison de Guayaquil, le bon viellard accepta le patronage d'Urbina qui l’entoura des soins les plus affectueux et convoqua une convention à l'effet de transformer son élu en président définitif.

Garcia Moreno n’'assista point à ces pronunciamentos du général Urbina contre le gouvernement de son beau-frère. Manuel Ascasubi. Fatigué des luttes politiques, il avait quitté l'Équateur à la fin de 1849, et fait voile vers l'Europe non Sans prévoir les nouvelles crises dont son pays allait être victime, En passant à Guayaquil, il comprit à la fermentation des esprits qu'une révolution était proche et avertit son beau-frère de se précautionner contre les mesures d’Urbina. Peut-être avait-il alors l'intention de se lancer dans le commerce, à l’imitation de son frère Pablo; mais à peine eut-il mis le pied sur le continent européen, que son esprit se reporta dans les régions qu'il habitait depuis longtemps. En parcourant l'Angleterre, la France et l'Allemagne, il étudia l’état politique de ces pays presque aussi révolutionnés que l'Amérique et en plein désarroi depuis le cataclysme de 1848, Ce qui le frappa surtout en France, ce fut le retour aux idées religieuses, A la vue

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du gouffre entr’ouvert, les journaux du libéralisme faisaient leur paix avec l'Église, prônant à l'envie les ordres religieux si souvent insultés par eux, et même cette instruction cléricale toujours bafouée par leur antichétienne et antisociale Université. Sans doute, l'instinct de conservation, plus que la foi, opérait cette soudaine métamorphose, mais le témoignage de ces impies n’en était que plus concluant pour tout observateur impartial. Après six mois passés dans la vieille Europe, Garcia Moreno reprit la mer, de plus en plus convaincu que Jésus-Christ est l'unique sauveur des peuples et qu'un État sans religion est irrémédiablement voué au sabre d’un autocrate ou au poignard des anarchistes.

De retour à Panama, il fit une rencontre qui, malgré les bonnes résolutions qu’il avait prises, le rejeta immédiatement dans la lutte. Au moment de s’embarquer pour Guayaquil, il aperçut un certain nombre de religieux tristement groupés près d’un navire à destination de l’Angleterre. C’étaient des religieux de la compagnie de Jésus que le gouvernement franc-mçon de la Nouvelle-Grenade venait d’expulser, sans autre raison que la haine de cette Église catholique dont les jésuites sont partout les plus ardents défenseurs. Appelés six ans auparavant par le parti conservateur, alors au pouvoir, leur crime était d'avoir fondé plusieurs collèges dans les villes et un centre d'apostolat dans la région encore sauvage du pays. Natarellement les radicaux avaient dénoncé le grand péril que courait la liberté, non seulement, Bogota, mais dans toute l'Amérique ; et il s'était trouvé un congrès pour chasser ignominieusement les jésuites, après les avoir couverts de calomnies et d’outrages, A la recherche d’un sol plus hospitalier, les victimes allaient quitte: l'Amérique quand Garcia Moreno se présenta devant le supérieur pour lai faire une proposition aussi simple qu'inattendue. Se de. mandant pourquoi l’Équateur ne profiterait pas du crime stupide de ses voisins, il offrit aux exilés un refuge à Quito, où depuis longtemps nombre de familles désiraient

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leur confier l'éducation de la jeunesse. Il leur rappella qu'en différentes circonstances des démarches avaient été faites à cet égard, démarches restées infructueuses faute du personnel nécessaire à la fondation d’un nouveau collège, Or, grâce à l'injustice de leurs persécuteurs, ce personnel longtemps cherché était maintenant trouvé.

Habitués de longue date à suivre le précepte du Maître : < Si l'on vous chasse d’une ville, allez dans une autre ”, les jésuites se montrèrent tout disposés à s’embarquer pour

. T'Équateur sous l'égide de Garcia Mcïeno : mais pouvait-il assurer que les autorités de son pays ne s'opposeraient pas à leur débarquement ? La question était douteuse : toutefois, Garcia Moreno opinait pour l’affimative. Il connaisgait particulièrement don Diego Noboa, le nouveau chef

suprême, esprit débonnaire disposé par goût à favoriser le catholicisme. Sans doute, ce bon vieillard était à la merci d'Urbina, qui l'avait élevé au pouvoir pour gouverner sous son nom et le supplanter à la première occasion ; mais, avec un peu d'adresse, on pouvait obtenir le placet du bien-

.veillant-Noboa avant qu'il eût le temps de consulter son mauvais génie. Garcia Moreno exprimant le ferme espoir de réussir, les jésuites prirent place sur le vaisseau.

Ni les religieux, ni leur guide, ne se faisaient une idée de la rage obstinée des francs-maçons de la Nouvelle-Grenade, Pendant la traversée, Garcia Moreno remarqua, parmi les passagers, un personnage qui l’observait attentivement tout en se dissimulant de son mieux. Quel ne fu

pas son étonnement de reconnaître le général Obando, l’un :

des plus acharnés persécuteurs des jésuites et le principal auteur de leur expulsion ? Évidemment cet espion, chargé de les suivre, allait leur fermer tous les ports de l’'Amérique ; il n'aurait qu’à faire un signe au général Urbina pour leur interdire l'entrée de Guayaquil. Cette découverte ne laissa pas que de déconcerter un peu le protecteur et les protégés ; mais les difficultés ne fuisaient que stimuler le courage de Garcia Moreno.

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avant tous les voyageurs, courut, sans perdre une minute, chez Noboa, lui parla chaleureusement de la bonne rencontre qu'il venait de faire et lui demanda l'autorisation d'indroduire à Quito les religieux expulsés. Toute la république saurait gré au nouveau chef suprême de cet acte d’humanité et de justice.

Préoccupé de se concilier l'opinion, surtout dans la capitale où le congrès allait procéder à l'élection présidentielle, le bon vieillard accueillit favorablement cette requête Quelques heures après, la petite caravane s’embarquait précitamment sur le fleuve Guayas pour gagner les Cordillèges. Quand Obando vint à son tour, au nom de son gouvernement, réclamer l'interdiction des jésuites, on lui répondit qu’il étuit trop tard, et que d’ailleurs l'Équateur n'avait pas à s’immiscer dans les querelles politiques ou religieuses de la Nouvelle-Grenade. Pauvre Noboa ! Il ne s’imaginait pas que cette affaire, si minime en apparence, habilement exploitée par son cher Urbina, deviendrait une machine de guerre pour le renverser !

Dès ce moment, la question des jésuites fut à l’ordre du jour et passionna tous les esprits. La convention nationale en fut saisie immédiatement après le vote de la constitution et l'élection définitive de Noboa comme président de la républiqne. Devait-on faire une loi de rappel ou coufirmer le décret de bannissement de Charles III édicté contre les Jésuites au siècle précédent ? telle était l'alternative posée aux législateurs, La discussion fut longue, l'opposition violente, mais enfin la majorité cédant un vœu populaire exprimé par des pétitions aussi pressantes que rombreuses, vota l'acte solennel de réparation. La foule salua le décret par des applaudissements enthousiastes, On rendit à la compagnie de Jésus l'Église qui lui avait appartenu avant la suppression ; on lui alloua de plus un couvent spacieux, ainsi que l'hôtel de la Monnaie pour y établir un collège. Un article du décret portait en outre que les pères rentreraient en possession de tous leurs biens non aliénés. Le jour de leur réinstallation dans l'église du Jésus, après un

exil de quatre-vingt trois ans, fut pour les jésuites un jour

d'ovation triomphale. Les rues de la capitale étaient tapis. !

sées de draperies : la foule se pressait joyeuse sur leur passage. Pour la première fois depuis près d’un siècle, on revoyait à l'autel ces hommes de Dieu dont le dévouement et la science étaient connus de tous, ces héroïques missionnaires qui n'avaient pas craint de s’aventurer dans les déserts et les forêts de l'Amazone, pour y fonder d’admirables réductions , aujourd’hui unéanties. A voir l'émotion et l'enthousiasme de la population, on eût dit que chaque famille retrouvait un ami et un père.

Garcia Moreno triomphais : il pouvait espérer en effet que la loide rappel, réclamée par un pétitionnement général de la capitale et des provinces, votée par la convention après un débat vontracdictoire, sanctionnée par le président de la république, fêtée par les acclamations de tout un peuple, il pouvait espérer, dis-je, que cette loi serait res pectée de l’opposition prétendûment libérale. Mais les frères et amis, furieux jusqu’à l’exaspération, se chargèrent de lui prouver une fois de plus, et d’une manière péremptoire, qu'ils s’inspirent, non des volontés du peuple, mais uniquement de leur haine contre l'Église et ses iustitutions, Ils dressèrent aussitôt un plan de campagne d’une simplicité remarquable : il s'agissait d’abattre révolutionnairement Noboa, puis de jeter brutalement les jésuites hors de l'Équateur,

Le général Urbina ne demandait pas mieux que de prof: ter de cette excellente occasion pour renverser et remplacer ie faible Noboa. Ses journaux représentèrent le président comme un esclave des jésuites, et de plus un floréano déguisé, ‘ I] avait évidemment manqué à tous ses devoirs en sanctionnant la loi de rappel. Quelle honte pour le pays de se voir courbé de nouveau sous le joug odieux du jésuitisme ! D'un autre côté, quoi de plus inopportun et de plus funeste pour l'Équateur que cette espèce de défie jeté à la Nouvelle Grenade ? Car n'était-ce point condamner audacieusement la politique d’un gouvernement voisin, politique vraiment

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progressiste et vraiment libérale, que d'ouvrir ses portes à des religieux expulsés comme fauteurs de troubles et de rébellion ? ”

Encouragé par ces insinuations et d’autres non moins antipatriotiques, le gouvernement grenadin, qui s’entendait avec Urbina, ne craignit point de soulever un conflit international et de réclamer le bannissement des jésuites au nom de je ne sais quelle théorie franc-maçonnique. On lui répondit, comme on devait le faire, en envoyant nie divisicn à la frontière.

Les radicaux ne connurent plus de bornes. La patrie était menacée, et cela pour l’amour des jésuites, ces hommes exécrés du monde entier. Furieux de son échec, l'agent diplomatique de la Nouvelle-Grenade s’oublia jusqu'à publier contre la Compagnie de Jésus un pamphlet odieux, dans le goût et le style de ces venimeuses productions tant de fois rééditées depuis un siècle. Les constitutions de l’ordre, sa doctrine, sa morale, la conduite de ses membres, leurs actes à la Nouvelle-Grenade, y étaient représentés comme des monstruosités. Ces mensonges, ajoutés à d'insolentes menaces, ne laissaient pas que d’impressionner la masse des conservateurs, trop souvent timides et faibles. Aussi le champion du droit, le chevaleresque Garcia Moreno comprit-il qu’il était de son devoir d'intervenir. Introducteur des jésuites dans son pays, c'était à lui que revenait la tâche et l’honneur de les défendre. Reprenant donc sa plume vengeresse, il opposa au pamphelet du diplomate sa Défensa de los Jésuitas (1) un des plus beaux plaidoyers qui aient été composés en faveur de la compagnie de Jésus. On reconnaît l’homme à la déclaration qui termine

la préfuce : “On m'appellera fanatique et jésuite, parce que j'ai

consacré mes loisirs à écrire cette défense, mais cela m’im-

porte peu. Je suis catholiqne et fier de l'être, bien que je

ne puisse compter au nombre des chrétiens fervents. J’ai-

me ma patrie avec passion, ot j'estime que c’est un devoir

de travailler à son bonheur, Chrétien et patriote, je ne (1) Opuscule de 60 pages in-8o. Quito, 1851.

puis garder le silence sur une question qui intéresse au plus haut degré la religion et la patrie. D'ailleurs, mon caractère me porte naturellement à prendre en main la , cause du faible et l'opprimé. La tyrannie me révolte par- nie, tout où je la rencontre, et je déteste la froide barbarie de de cd <es hommes qui savent rester neutres entre la victime ct le bourreau. ”

Après cette profession de foi, empreinte de tant do noblesse etde grandeur. commence l'exécution de l'étourdi pamphlétaire :

“ L'auteur d’un écrit culomnieux, récemment publié contre les jésuites nvus avertit qu'il est jeune encore, et il le prouve incontinen’ par un début tout à fait enfantin, Selon lui, nous sommes obligés de le croire, pour plusieurs raisons : d'abord, parce qu'il a vû ce qu'il raconte ; puis, parce qu’il se présente comme interprète de son siècle ; ensuite, parce qu'à son âge on est d’une sincérite ingénue ; € än parce qu'entre républicains démocrates règnent toujours la franchise et la loyauté. On enseignait autrefois que pour mériter créance, il fullait simplement ne pas se tromper ct ne pas vouloir tromper les autres, savoir ce que l’on dit et

pee tué dire ce que l’on sait. Mais comme cet ingénu ne sait pas : min toujour: ce qu'il dit et dit encore moins ce qu'il sait, il a pou inventé ces motifs de crédibilité plus qne puérils, afin de l'op déraisonner et de mentir à son aire. |

“ Apprenez donc, jeune homme, que pour avoir droit à L notre foi, un témoin oculaire doit se montrer encore témoin ER intelligent et rapporteur fidèle. Trop souvent en effet l’es- hi ë prit de parti fait de notre instrument d'optique un prisme . trompeur.—Vous pariez, dites-vous, au nom de vos con- 1 temporains : mais il y en a qui mentent en parlant au nom Fe de Dieu !—Cinq lustres à peine pèsent sur votre tête, el à Li cet âge on est candice : à cet âge les vices les plus honteux ; peuvent déshonorer le cœur de l’homme ; à cet âge, Néron qu avait tué sa mère, sa fèmme et ses maîtres, brûlé Rome 15 Fes pour s'amuser, puis calomnié les chrétiens pour le plaisir me de les brûler aussi.—Vous affirmez que les républicains se #

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doivent la vérité les uns aux autres : sont-ils donc si francs, les républicains ? Dans leur bouche hypocrite, patriotisme n'est-il pas souvent synonyme d’ambition, liberté de tyrannie, justice et progrès de vol et de vengeance ? Combien de constitutions républicains où l'on parle de garanties qui ne garantissent rie”, ct d’un peuple souverain toujours couronné d'épires, vêtu de haillons et entouré de bourreaux ? En tout cas, si vous êtes franc et loyal avec vos anis, il n’y paraît guère, jeune homme, dans votre pamphlet.

‘ Vous prétendez nous faire croire que vous exterminez les jésuites par amour et pour la plus grande gloire du catholicisme.—Fourberie et mensonge ! Vous ne frappez les jésuites que pour atteindre le catholicisme. C’est une vérité désormais historique que tous les ennemis de l'Église abhorrent la compaszie de Jésus. Vous dites avec Calvin : “ Les jésuites sont nos grands adversaires ; il faut les tuer, ou les chasser, ou les écraser sous le mensonge et la calomnie. ” Avec d'Alembert : “ La ruine de l'Église suivra de près l’anéantissement des jésuites. ” Avec Manuel de Roda : ‘“ L'opération ne laisse rien à désirer ; nous avons tué la fille, il ne nous reste plus qu'à tuer la mère, notre sainte Église romaine Vous vouler ébranlez les colonnes pour renversez le temple, et désarmer l'Église avant de l'opprimer, ”

Entrant alors dans le vif du débat, Garcia Moreno poursuit son adversaire pied à pied, jetant par terre tout son échafau dage de calomnies. A propos des tendances politiques de l'institut, qui, d'après le jeune diplomate, ‘“ élève son pouvoir sur des monceanx de cadavres et offre des sacrifices sanglants sur autel du Sacré-Cœur, ” le vigoureux polémiste lui lance cette apostrophe :

‘Comment osez-vous publier ces grossières impostures quand il est notoire qu'à la Nouvelle-Grenade, comme du reste en tous lieux, les jésuites ont uniquement prêché la morale évangélique, le respect dû aux autorités, et même ia soumission à la loi quand cette loi les condamnait injus-

tement à l'exil ? Ils fomentaient, dites-vous, les passions politiques : muis, à lour arrivée dans votre pays deux partis se faisaient u... geurre sans merci, et tel fut sur tous l'ascendant de ces religieux, telle fut la puissance de leur prédication que, pendant les six années de leur résidence à la Nouvelle-Grenade, la concorde et l’union n’ont pas cessé d'y régner, tandis que leur départ devient le signal de nouvélles guerres. Hommes étranges, n’est-ce pas ? qui maintiennent l’ordre en prêchant le désordre, et font naître la discorde aussitôt qu'ils ne la prêchent plus. Malheureux ! si vos provinces du sud sont en conflagration, la faute n’en est pas aux jésuites, mais au général Obando qui, en lançant sur elles une horde de brigands, a mis les citoyens dans la nécessité de recourir aux armes pour défendre leur honneur, leurs biens et même leur vie, ”

L'impitoyable athlète poursuit ainsi son adversaire durant soixante pages, l’enserre dans les liens de sa logique de fer, et finit par l’écraser sous le poids du ridicule. Sa conclusion, c’est le cri d'indignation d’un vrai patriote :

“Des calomnieuses et audacieuses invectives lancées ontre la compagnie de Jesus, vous inférez que votre gouvernement a le droit d'exiger de nous le renvoi des jésuites. Or, nous venons de voir que vos accusations ne sortent jamais du vague ou de la déclamation, et que si d'aventure vous hasardez une preuve, c'est un texte fulsifié Votre prétendu droit repose donc sur ua fiction et votre justice sur un mensonge,

Mais eussiez-vous cent fois raison et les jésuites fussent-ils cent fois plus criminels que vous ne les faites, de quel droit une nation étrangère vient-elle nous mettre en demeure de les chasser ? Qu'on demande l’extradition d’un individu dans les cas prévus par les traités, d'accord ; mais exiger l'expulsion de réfugiés parfaitement inoffensifs que nous avons recueillis par un sentiment de généreuse pitié, c'est.un attentat contre la souveraineté d'un peuple indépendant,

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« La Nouvelle-Grenade n'aura garde de réclamer de l'Angleterre ou des États-Unis l'expulsion des jésuites. Elle sait trop bien qu’une pareille prétention serait regardée comme une injure par les gouvernements de ces deux pays ; inais avec l'Équateur on peut tout se permettre, Elle nous outrage parce qu'elle nous croit faibles ; elle nous menace parce qu'elle nous croit tout au plus capables de faire des pronunciamentos, ÆEn cela elle se trompe : l'amour de la patrie n’est pas mort dans le cœur des Équatoriens. Au jour du danger, tous les partis s’uniront pour défendre l'indépendance nationale ot le gouvernement s’ensevelira sous les ruines de la république plutôt que de mettre son honneur à la merci de l'injustice : telle est son inébranlable résolution.

“ Quand à nous, nous «avons que la guerre est déclarée, uon pas aux jésuites mais au sacerdoce et à la foi catholique. On proscrira les jésuites, puis le clergé séculier, puis tous les enfants de l'Église. Ainsi sera creusé l’abime où s'engloutiront la Nouvelle-Grenade, et l'Équateur, et toutes les républiques catholiques, si nous poussons la lâcheté jusqu'à nous soumettre aux infernales exigences de la bande rouge, Mais non, cela ne sera pas : la foi de nos pères ne cessera jamais d’illuminer notre Équateur. Pour la défendre, le clergé ne montrera pas d'upathie, le peuple ne s'endormira point daus une silencieuse résignation, Nous marcherons au combat sous la conduite de l’éternelle Providence. Si nous devons, comme les hébrenx, passer par les flots de la mer rouge, Dieu ouvrira un chemin à son peuple choisi, et nous entonnerons sur l’autre rive le cantique du triomphe et de la délivrance, ”

Cet écrit, jeté au milieu des passions ardentes, commenté d’un bout de l’Équateur à l’autre, accueilli favorablement par les libéraux eux-mêmes, fit sur les ennemis des jésuites l'effet d’un coup de foudre. Leurs machinations étaient déjouées, les prétenticus de la Nouvelle-Grenade ridiculisées, le gouvernement atermi dans sa détermination de ne pas capituler devant l’intimidation, les patriotes érergique-

ment décidés à lui prêter main-forte, Aussi le gouvernement grenadin cessa-t-il d'enfler la voix, le diplomate imberbe disparut do la scène, et l'intrigant Urbina attendit qu'un ncavel incident lui fournît l'occasion de s'asseoir sur le siège présidentiel. convoité depuis si longtemps. Quant au pacifique Noboa, il s’endormit dans une sécurité absolue, Les provinces de l'intérieur avaient confiance dans son gouvernement conservateur ; et, si les provinces maritimes se montraient plus turbulentes, son fidèle Urbina, son cher enfant, comme il l'appelait, n'était-il pas gouverneur de Guayaquil ?

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