‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 32 sur 97 · URBINA AU PILORI · texte numérisé non relu

URBINA AU PILORI

Dans les premiers mois de 1851, alors que le pouple était

encore sous l'impression des évènements que nous venons

de raconter, le bruit se répandit dans tout l'Équateur qu'un grand danger menagait la ville de Guayaquil. Il s'agissait

d'une nouvelle invasion du général Florès, lequel voulait à

toute force entrer en vainqueur sur ces montagnes équatoriales considérées par lui comme son apanage. Après l'avortement de son expédition d’Espagne, il s'était réfugié à New-York où longtemps il avait cherché des auxiliaires sans pouvoir réussir. On venait d'apprendre, non sans stupéfaction, son arrivée à Lima et l’organisation à bref délai

d'une nouvelle expédition de flibustiers, avec la complicité

du gouvernement péruvien et le secours de gros capitulistes dévoués à l’ex-président. Il n’en fallait pas tant à un conspirateur de la force d’Urbina pour semer dans tout le pays

des germes d’une révolution.

Après avoir fait miroiter à tous les yeux le spectre de Florès, les journaux du parti avancé dénoncèrent tous les

conservateurs, Noboa en tête, comme des floréanos dégui-

sés. L'on n'avait rappelé les jésuites que pour aplanir les les voies au tyran ; si l’on ne déjouait au plus tôt leurs manœuvres, c'en était fait de l’Equateur, menacé d'un côté

par l’armée de la Nouvelle-Grenade, de l’autre par les bandes péruviennes de Florès. A peine émise, cette idée de trahison fit son chemin dans le peuple et surexcita toutes les têtes. La ville de Gruayaquil en particulier, où la main cachée d'Urbina remuait les matières inflammables, fut bientôt dans un état de véritable ébullition.

C'était pour l'habile intrigant l'heure de pêcher en eau trouble. Dans les premiers jours de juillet 1851, Noboa reçut des lettres de son très-dévoué gouverneur de Guayaquil, dans lesquelles ce maître en dissimulation l’avertissait qu’une certaine agitation régnait toujours dans la cité au sujet des dissentiments avec la Nouvelle-Grenade, et de l’arrivée de Florès au Pérou. Il ajoutait que la présence du chef de l'Éte: ardemment désirée de tous, contribuerait singuliirement à faire renaître 5 calme dans les esprits. Pour vaincre les hésitations du bon vieillard, une seconde missive annonçait que l’effervescence allait croissant et qu’une démarche de sa part devenait urgente. Urbina lui conseillait même de se présenter en grand apparat, afin d'agir plus puissammment sur ce peuple, que la magnificence de ses chefs ne manque jamais d’éblouir, Les intimes de la présidence, flairant un piège, déconseillaient ce voyage ; mais don Diego, plein de confiance en son favori, ne voulut rien entendre, et se mit en route avec toute la pompe qui convient au premier magistrat du pays

Pendant qu'il descendait les Cordillères, le bruit de la prochaine arrivée du président se répandait à Guayaquil. On füisait de brillants préparatifs pour le recevoir. Des arcs de triomphe s’élevaient, par ordre d’Urbina, le long de la route qu'on devait parcourir,

Or, le 17 juillet, le jour même où le président devait faire son entrée dans sa bonne ville Guayaquil, trois généraux vendus à Urbina, Villamil, Roblez et Franco, entraient dans les casernes et distribuaient de l’argont aux troupes ; puis, après avoir exalté leur amour de la liberté, les poussuient à prononcer la déchéance de Noboa, cet esclave des aristocrates, des conservateurs et des jésuites,

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