CHAPITRE 1 | LE RÉVEIL D'UN PEUPLE
Pendant que Garcia Moreno se préparait dans l'exil à sôn rôle de régénérateur, sa patriè descendait rapidement les degrés de l'abime où les nations se décomposent et péris-: -sent, Ne pouvant régner que par la force brutale, le président Urbina, comme tous les despotes, travaillait à la dégradation progressive du peuple, afin d'étouffer dans ce naufrage universel des consciences toute idée de revendication ou de révolte. Pour porter un jugement équitable sur j s graves évènements qui vont suivre, il est done nécessaire de retracer succinctement Je tableau de cette jntelligenté, mais exécrable tyrannie,
L'Eglise étant lu première force vitale d'une nation, Urbina vit en elle la grande enñémie à détruire ou du moïis à enchaîner, Ï1 n’eût point osé chasser les évêques et leûts prêtres comme il avait chassé les jésuites, mais il espérait
qu’en usant largement des prétendus droits conférés par lk L
loi du patronat, il parviendrait à les corrompre ou à les do.
miner. Dès son arrivée au pouvoir, il destitua l'évêque de Guayaquil, régulièrement nommé et pourvu de l'insti: tution canonique, pour lui substituer une de ses créatures, Naturellement l’intrus n’obtint pas l'investiture du Saint Siège, et Urbina recula devant le schisme ;'mais il'se vengea de sa déconvenue sur son agent d’affaires à Rome, le marquis de Lorenzana qu’il révoqua brutalement, sous prétexte qu'un marquis ue peut représenter dignement un état démocratique (1.)
Alors commença une longue série d’attentats contre le clergé régulier et séculier, dans le but évident de le démoraliser. Prétextant l'insuffisance des casernes, comme aux beaux temps des guerres de l'Indépendance, le dictateur fit main basse sur les couvents pour y loger ses soldats. D là des excès et des désordes qui achevèrent de ruiner la régularité déjà fort ébréchée, Nul moyen de protester, nul espoir de réforme, car la loi du patronat investissant Urbi-
na du droit d'Exequatur dans l'élection des supérieurs provinciaux et locaux, il en usait contre tout religieux assez fort pour contrarier sou œuvre de corruption systématique, Ainsi désorganisés, les corps religieux tombèrent très-vite dans un état de décadence irrémédiable,
Le elergé séculier n'avait pas moins à souffrir. A la fa- “veur des lois qui lui donnaient la haute main sur les sémipaires, Urbina choisit pour directeurs des hommes dévoués à sa politique, sans tenir nul compte de la science ou de la vertu. Il tenta même de séculariser complètement les éta-
() Dans le même temps, il essaya de jouer du rodomont avec le chargé d’affaires de France, M. de Montholon, qu’il soupçonnait faussement d’avoir favo-isé l’expédition de Florès. II l’exposa aux injures de la populace et aux diatribes de ses journaux. M. de Montholon indigné demanda ses passeparts, puis quelques vaisseaux français apparurent devant Guayaquil. Le brave Urbina s’en pressa de s’humilier aux genoux des puissants de ce monde, moins tolérants que les jésuites.
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blissoments ecclésiastiques en y introduisant des administrations mixtes, composées de prêtres et de laïques si bien triés que, dans les conseils, jamais l'évêque ne parvenait à füre prévaloir ure idée salutaire. Pour déconsidérer le ministère paroissial, les journaux libéraux, favorisés par ce grand maître en corruption, ne cessaient d’entrenir le peuple des abus et des scandales du clergé, exagérant les moindres fautes, dénaturant les actes les plus innocents, ou
même calomniant avec la plus cynique audace. Système
exécrable, mais toujours en faveur près de ceux qui conspirent la ruine de tout morale et de tout religion !
L'instruction publique ne trouva point grâce devant cet Erostrate. On vit bientôt les collèges transformés en casernes, les legons données au millieu des exercices militaires, ou même suspendues pour un temps indéterminé, les écoles primaires complètement abandonnées. L'Université aurait pu faire entendre une, voix accusatrice ; Urbina la tua par
une loi, dite de la liberté des études, qui autorisait les élèves
à prendre leurs grades sans suivre les cours des falcultés. Il s’ensuivit qu'après avoir parcouru rapidement un traité, les étudiant couraient au bureau d'examen ct, moyennant
quelques recommandations ou quelques piastres, revenaient
coiffés du bonnet doctoral. De là, paresse, ignorance, corruption, ruine absolue des études, extinction calculée de toute civilisation, abrutissement général de la nation.
Dès ce moment, l’autocrate gouverna l'Equateur comme un pays de nègres ou d'ilotes. Pendant que les provinces
‘de l'intérieur gémissaient sous son joug de fer, ses deux satrapes, Roblez et Franco, terrorisaient le littoral. On ne ‘racontaient qu'assassinats d'ofliciers, de juges, et même de prêtres. Le brave général Campos, saisi par les sicaires ‘du président, tomba sous leurs coups. Partout le vol, le
brigandage, la licence la plus effrénée.
Pour remplir ses coffres toujours vides, le despote avait inventé, comme nous l'avons vu, le délit de floréanisme. Depuis la tentative d'invasion qui avait servi de prétexte
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à sa dictature, ses journaux signalaient à chaque instant 46 nouvelles bandes révolutionnaires organisées par Floris M demandant à grands eris de nouyeaux enxblements, Aus 4
sitôt apparaissait yn décret tuancier qui prenait le nom de
contribution forcée. Les caisses du fisc remplies, l'ombrs 1
de Florès s’évanouissait comme par enchantement, Urbins
riait sous cape avec ses “ chanoines ”, du bon tour qu'il l venait de jouer aux bourgeois. , Si les spoliésse montraisnt | récalcitrants, il les jetait en prison, où vendait leurs mep- !
bles à l’encan.
Seigneur et maître du pays, il osa concevoir le dessein | d’aliéner une partie du territoire. En 1864, les Equato- 4 riens apprirent un beau matin par une notification du jourr al officiel, que les îles de Gallpagos (1) renfermaient : d'immenses dépôts de guano. Le ministre Espinel, comme : témoin oculaire, cértifiait l'existence de ces trésor que per: À sonne n'avait jusque-là soupçonnés, Or, le gonvernement de l’Equateur ne possédant pas une flotte assez considérable A
pour défendre cette précieuse Californie contre les pirates
dé toutes les nations, en avait très judicieusement cédé ; l'exploitation aux Etats-Unis, moÿennant une somme dé @ trois millions de piastres (2.) On applaudissait à cette dé | couverte, qui venait parfaitement à point pour combler les À vides du trésor, quand le corps diplomatique, informé qüe 4 les tes de Gallapagos ne renfermaient aucune parcelle de 4 guano, mais qu'Urbina les avait purement et simplement | vendues aux Etats-Unis, éleva une protestation solennelle ! contre cet odieux marché. Lidessus, grand émoi dans : toute l'Amériquo, résiliation forcée du contrat, et pour Ur bina perte séche des trois millions de piastres. On ne peut | dire qu’il y perdit son honneur, qui depuis longtemps né 4 tait plus en cause, mais il descendit encore d’un dégré dans | le mépris de ce peuple qu’un jour ou l’autre il vendraitcom: !
me un vil bétail.
(1) Groupe d’ilots, situé à perernge lieues de Guayaquil, et
. partie intégrante de ‘à République de Ÿ” (2) Le piastre équivaut À 6 fr. environ de notre monnaie.
quateur.
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— à — ‘On fé démandert peñtétre comment une dictature aussi insolente peut s'exercer sous un gotivéfnement constitt: tionnel parlementaire ?.C'est que les deux chambres étaient faites à l'image du maître, parle maître lui-même. Les comiçes électoraux se hasaxrduient-ils à nommer quelques députés eonsciencieux et indépendants, Urbina, réclamait Jeur invalidation, et. la majorité servile applaudissait. Te message du président annonçait alors une ère de prospérité sans pareille, si toutefois le congrès consentait à l'investir, contre les partis. vaiucus, de pouvoïrs extraordinaires, ce que évidemment. la susdite majorité ne pouvait refuser à spn chef. Alors, aussi libre dans ses allures qu'un pacha turc; l’adtocrate exilait les opposants ' au Pérou, à la Nou:
. velle-Grenade, et jusque dans les plaines sauvages du Napo:
On n'épargnait nile sexe, ni l’âge, ni le rang : de nobles dames, des jeunes filles même, furent jetées en prison ou
- internées dans des couvents pour raison politiques.
Quant aux journaux, leur mission consistait à encenser le maître qui les payait; Loin de blêmer sa tyrannie,, La Democracia ne croyait pas encore Urbina suffisamment arhé contra les floréanos, c'est-à-dire les prêtres, les noble; et les riches. Cette aimable fouille demandait ‘“ qu’on les traitât, non comme un parti politique, mais comme un ramassis de bandits, ” Elle invitait le gouverneur de l'Orient à préparer des logements pour les futurs déportés, car il fllait, disait-elle, “couper les ailes aux. oiseaux de, nuit, avant qu’ils prissent leur vol. ” On rencontre de ces plata valete dans toutes les démasraties. Ile trouva même des jeunes gens, habitués des orgfes présidentielles, qui ne rougirent pas de fonder un nouveau journal, La Zäiberté (1),
(1) La Libertad. Une feuille étrangère, ennemie d’Urbina, avait montré j’Equateur hontensement réduit à ne lire d’autre journal que le Journal officiel, Urbins aida quelques jeunes gens de ses awis à fonder. La Libertad, puis, par l'intermédiaire. d’un de sea afidés à Cuenca, poussa le. P. Solano, vieux franciscain de. grand mérite, à réfuter la nouvelle feuille. Celui-ci fonda La Escoba, C'est-à-dire Le Balai, et balaya si bien les étourneaux de la capitale que les rieurs ne furent pas longtemps de leur côté. Ün jour dé
pour saper, de concert avec Urbina, toutes les institutions | sociales et religieuses. 1
QE rovin Cependant, lorsque Urbina fut sur le point de terminer : “ah sa carrière présidentielle, des citoyens courageux, décidés Pour 8: combattre pour s'assurer un meilleur avenir s'enhardirent de lanc jusqu’à créer à Quito un organe périodique, L’Æxpectateu les sus} (2,) dans le but de revendiquer les droits ‘ de la religion 4 des gér et de la patrie. ” *‘ Nous ne voulons, disaient les rédacteurs, Æ. ternés ni du despotisme qui enchaîne la penseé, ni de la démago: : Orient. gie qui la corrompt. Nous haïssons également le cimetère * une des tyrans et le poignard des révolutionnaires. (Catholi: | teurs d ques et patriotes, nous voulons la religion, parce qu'elles & à Quit brisé les chaînes de la servitude et relevé les malheureux broyés sous le pied des despotes. Cette religion, nousls : Cette défendrons jusqu'au dernier soupir. ” | Ce dernier soupir, L’Expectateur n'eut pas à l’attendre D, Vs longtemps. Dans un de ses numéros, les rédacteurs s'en. 4 | au trio hardirent jusqu'à comparer Urbina à l’autocrate de toute ! posaier les Russies, “ Le tzar, disaient-ils, fait trembler son monde lement en criant toujours : Sibérie ! Sibérie ! fier de l’imiter, notte À hit les
gouvernement répète du matin jusqu’au soir : Au Napol Æ Je débe Au Napo ; ” Naturellement :La Démocracia se mit à rugir, ! parten
On osait critiquer Urbina, parler d’abus, de décrets illé tels qu gaux, de libertés violées, de guano problématique ; autant Gomez
de crimes de Ilèse-majesté, pour lesquels la feuille gouver- : domin nementale, trouvant le Nupo trop doux, réclamait la dé ! Bustar portation au Pont-Euxin ou en Afrique. Ainsi s'annonçait | néral 1 une nouvelle exécution. On apprit en outre que le préten- | blure d
dant Florès, ayant gagné les bonnes grâcé du genéral Cas : pout-êt ‘les avaient criblés de ses mordantes ironies, ils s’avisèrent de lui: ! crates répondre qu’il était facile à un vieux moine de soixante ans d’avoir ! Torre, raison de jeunes gars de vingt ans. — ‘“ Qui est plus vieux à votre manœæ
avis, répliqua Solano, une âne de vingt ans où un moine de soixat® dans q te ? ” Urbina riait plus fort que tous les autres. ‘ Voyez-vous, di : sait-il à ses censeurs, que la liberté de la presse règne à l’Eque
teur?”
(2) L’Expectateur, janvier 1865.
RER SRE
r, décidés à nhardirent Zxpectateu
e cimetère , Catholice qu’elles nalheureux
mit à rugir, décrets illé
que ; autant !
lle gouver- :
amait la dé
s'annonçait | ele préten- :
renéral Cas |:
sèrent de lui
e ans d’avoir
vieux à votre
ne de soixai:
yez-vous, di 4 me à l’Equr |
40 h résident du Pérou, allait fondre sur l'Equateur avec nstitutions | den R 1.
e terminer :
la religion !
rédacteurs, 4 la démago |
on, nousls :
à l’attendre 4 cteurs s'en 4 te de toute !
son monde :
aiter, notre !
Au Napol 4
te armé auxiliaires, auxquels il avait promis la riche, rovince d'Esmeraldas et tous les terrains qui bordent l’Amazone depuis la Cordillière jusqu'à la frontière du Brésil. Pour sauver l'Etat ’un pareil danger, Urbina s'empressa de lancer un décret de proscription contre toutes les famil les suspectes de floréanisme. Des vieillards, des soldats, des généraux furent nuitamment arrachés de leurs lits, internés à Guayaquil, transportés à Panama, ou déportés en, Orient, C’est dans ces déserts du Napo, pour y mourir: * une mort lente mais sûre, que furent confinés les rédacteurs de L'Expectateur. Une fois encore le silence réa à Quito. .
Cette razzia de conservateurs, au moment de l'élection présidentielle, était tout simplement un coup de maître, Le parti décapité par la perte de ses clefs, son organe tué les électeurs terrorisés, il fallait renoncer non seulement au triomphe, mais même à la lutte. Ces quatre années qui pesaient sur l'Equateur comme quatre siècles, allaient fatalement aboutir à une nouvelle période d'oppression. : De fait les patriotes ne présentèrent pas même de candidat, et: le débat se circonscrivit entre cinq ou six personnalités appartenant aux différentes muances du parti démocratique, tels que Pedro Moncayo, un des docteurs du radicalisme ; Gomez de la Torre, riche propriétaire; désireux de faire pré: dominer l'élément civil sur l'élément militaire : le ministre Bustamante, ennemi des persécutions religieuses : le gé: néral Robler, gouverneur de Guayaquil, créature et doublure d’Urbina. Au milieu de ces rivalités, Urbina pensa peut-être un'instant conserver le pouvoir, mais les démo: crates mécontents s'étant ‘ralliés autour de ' Gomez! de la Torre, il soutint ia candidature du général ;Roblez, lequel manœuvrerait selon ses désirs et assurerait sa RÉGIME BEONR dans quatre ans.
Le difficile était d'imposer au pays ce ridicule mannequin, surtout en présence d’un concurrent aussi honorable que Gomez de la Torre. Urbina trouva le moyen de tour-
nét les cœurs, même vers Robler. Comme les prisons et!
lé cäsernes dé: Guayaquil regorgeäient dés malliéuret# inbdroérés par ses ordrés, il investit sabitoment 16 gouver.
néur Roblez d'un pouvoir disérétionnäïre sur 'ées pauvres
disgraciés, justémènt inquiets du sort qui les attendait, Roblez n’but que la peine de les mettre en liberté pour së faire couvrir de bénédiétions, juste au moment de chauf fét sa candidatüre. Moyenhätit ées hypocrisiés raffinées, jéintés aux menacés et aux promièssés du gouvernement, il l'émpôrta. de soixante dix-neuf Voix sut son concurrent.
Avant de lui céder le fauteuil, Urbina lut au congrès un cofipte-rendu de sa gestiou. Il montra # qu'il avait tiré l'Équateur d'un abîme pour le lancer dans la voie du progrès. Sa gloire, c'était d'avoir sauvé la République des invasions de Florès Cette besogne avait coûté plus d’un million de piastres, mais un pareil bienfait ne saurait être
payé trop cher. Il laissait du reste. l'équateur pacifié) et
gnnobli par le développement progressif des libeïtés publiques, des bonnes mœurs, de ln prospérité matérielle, et des vertus nécessaires à un peuple libre. ” Jamais charlatan
eur sesitréteaux ne sa moqua plus éffrontément d’une nœ
tion ruinée et assasinée.
: Uu mois après, Roblez prenait possession de la, prési-
dence, sans autre consolation pour les martyrs que de:
voir au bas des décrets d’exil son nom remplacer le nom d'Urbina. Pour le reste, ainsi que s'exprime un orhteut. du Chili, “ c'était toujours la: révolution, toujours la guerré civile et la guerre étrangère se disputant les lamibegüx des @adavres, sanglants, toujours la persécution de l'Eglise, L'usurpation sacrilège de. ses biens, la proscription: de: ses ministres, la:profanation, de,ses:temples, la déportation de 4es enfants, ls, bangneroute en permanence, le commercé snéanti, l'instruction. publique transformée en poison. cor rupteur, tous les vices s'étalant au grand jour, en un mot, le règne du mal dans toute son horreur (1.) ,, Et tout était :@. Voir, Cpllestion de algunos escritos per. Eloy xope ; org
cion funebre del Exe. d. Gabriel. Garcia Moreno,por el Sonor D.