‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 37 sur 97 · Chapparro · texte numérisé non relu

Chapparro

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À la fin, de 1856, après une délibération. du. congrès sur uns proposition d'amnistie, les amis de Garcia Moreno, de-

mandèrent au président Roblez un sauf-conduit pour se

grand citoyen, depuis. si longtemps éloigné de sa famille et de son pays. Roblez l’accorda, comme don de joyeux gvènement et peut-être ausei par un sentiment d'intérêt personnel. Redevable de s& popularité d'un moment à l'élargissement des prisonniers de Guayaquil, il put croire que le rappel d'un homme aussi apprécié du public que

: Garcia Moreno, lui gagnerait le cœur des habitants de Qui-

to. C'était une faute que l'implacable et prudent Urbina n'eut pas commise, mais Roblez n'avait pas assez d'intolligéhte pour devinér l'homme À cräindré.

L'exilé rentra dans la capitale avee tout le prestige d'un chevalier qui.a beaucoup souïïert pour la sainte cause de 1 religion et de la patrie, On ne l'avait point perdu de vue durant ses trois années d'absence ; on vantait sa, force d’fme qu'aucune perséoution n'avait pu, abattre, mais plus encore cet intrépide courage qui. lui avait fait préférer les veillées solitaires de l'étude aux distractions bruyantes. du

morde parisien ; on savait qu'il revenait à l’Équateur muni. .

de toutes les connaissances nécessaires pour élever son pays ay, niveau des nation: les plus civilisées de l'Europe, et l'on epmptait sur son audace bien connue, pour terrassor Çepx: quon appelait déjà les deux jumeaux, Urbina et Roblez. À peine arrivé, les: distinctions les plus flattenses et les plus honorables vinrent lecherchet avec ut et pressement dautant plus marqué qu'on voulait en l’exaltant, rebaisser ses porsécuteurs: La municipalité de Quito le nomma d'a-

bord. Alcade, emploi qui. correspond à celui de jage de pre-

mière instance. (C'était un témoignage rendu à sa noble

passion de la justice, dans un temps où, comme il l'avait .

&it, l'atithmétiqué imposait trop souvent dés décisions

aux tribunaux”. Quelque temps après, la charge de recteur de l'Université étant devenue vacante, les docteurs, investis du droit de nomination, n'hésitèrent pas à la lui conférer comme au plus digne d'occuper ce poste éminent mais difficile. Il fallait relever l’enseignement du mépris dans lequel il était tombé sous l'administration précédente, et opérer pour cela des réformes radicales que n'accepterait jamais le gouvernement de Roblez, Toutefois Garcia Moreno se mit à l'œuvre, résolu de faire le possible en attendant des temps meilleurs, Il stimulas u travail les professeurs et les élèves n accordant les grades non plus à la faveur, mais au savoir. Lui-même présidait aux examens écartant impitoyablement tout candidat incapable, Cette mesure contraignit les étudiants à fréquenter les cours, en dépit de la liberté que leur octroyait la loi des études,

La Faculté des sciences n'existait que de nom. Elle n'avait ni professeurs, ni cabinet de physique, ni cabinet de chimie, ni laboratoires, ni instruments d'aucune sorte, Le gouvernement estimait les expériences dangéreuses, et en tout cas trop coûteuses. Tout dévoué à son œuvre, Garcia Moreno fit présent à l'université d'un magnifique cabinet de chimie qu’il avait apporté de Paris pour son usage personnel, et se chargea lui-même d'enseigner cette science alors presque inconnue. Ses élèves apprécièrent bien- ‘tôt l'étendue de ses connaissances, sa puissance d'investigation, et surtout la ténacité de sa "némoire qui lui permit de réciter un jour, sans hésiter un instant, toute la nomenclature des éléments simples. Aux leçons quotidiennes il ajouta des cours publics, dans lesquels il montra par des expériences saisissantes l'application des sciences à l'agri- Culture et à l'industrie, de manière à en faire ressortir, méme aux yeux des plus aveugles, l’excellence et. l'utilité, Aussi tous l’admiraient, mais particulièrement les jeunes

gens, que passionne et subjugue toujours la flamme du' 8£

* nie, jointe à l'énergie du caractère.

Cependant le plaisir de présenter à ses RSR ces

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4“ verroteries de l’Europe ” ne lui faisait pas oublier le grand but à poursuivre, c'estè-dire la délivrance de son peuple. Il considérait les charges, publiques comme un acheminement aux fonctions parlementaires qui lui permettraient de débattre les grunds intérêts de la nati-n. Aussi, comme en mai 1857 devait avoir lieu l'élection des membres du congrès, il résolut d'entrer au sénat avec quelques-uns de ses amis politiques et d'y arborer enfin le drapeau de l’opposition en face des adulateurs dont le pouvoir s'entourait depuis cinq ans. , Il n'ignorsit pas qu'il faudrait forcer les Portes, mais on ne sauve point sans combattre un pays li-

. vré à la Révolution,

. Pour poser sa candidature, il fallait créer un journal, ar” me dangereuse qui lui avait valu, à lui trois années d’exil, et naguère aux rédacteurs de l'Æxpectateur, l'internement au millieu des sauvages. Il y avait tout à craindre, si l'on dressait contre le gouvernement une nouvelle machine de guerre. (Cette considération l’arrêta si peu que, quatre mois après sou retour de France, paraissait à Quito le premier numéro de La Union Nacional (1,) organe électoral des candidats de l'opposition.

Le titre seul était un programe. Il s'agissait de grouper en faisceau tous les mécontants pour écraser sous cette coalition les candidats du gouvernement, Lors de l'élection présidentielle, Roblez n'avait obtenu, sur neuf cents votants, qu'une majorité de soixante-dix-neuf voix. En embrigadant dans une liste de conciliation tous les ennemis d’Urbina, catholiques déterminés, | patriotes libéraux, démocrates avancés, on avait l'espoir de contrebalancer l'immense influence dont disposait le gouvernement au profit des candidatures officielles. Sans doute, on ne fonde rien avec des coalitions, mais ce sont d'excellents béliers pour démolir. Garcia Moreno traça d’une main ferme ke but que poursuivait le nouveau journal.

‘“ Quand une cité ensevlie dans, les ténèbres d’une nuit

Q) La Union National fit «on apparition le 21 avril 1857.

profonde su livre dux doncëurs dû sotitheil, ati grahd siloneë rêgne autour d'elle : c’est à cette heuro que l'assassii saisit son poignard, quitte son repaire, et se rend sur le théâtre choisi par lui pout un nouveau crime.’ Sûr dé l'impunité, édr la-nuit lui sert dé voile ot ses victimes s0mt étidorriies, il avancé härdiment, attaque dans l’ombre là démeure paisible dé lhonnête home, et d’une main le dévalise pendunt que de l'autre il s'apprête à Fégorger. Mais que soudain retentissé le ei d'alarme, que les citoyens émis sé précipitéht au secours de la victime, le brigand s’énfüit où jetant son bütin.

“ De même, une nation, abreuvée d’outrages, réduite au désespoir par üne longue série de revers, : cherche dans le sommeil, l'oubli de ses douleurs, Maïlheur à elle, si éllé ne sé réveille pas avant l'attentat final! Malhour à $e8 fils, si au lieu de voler à son secouts, ils se plongent dans un lâche repos, ou 86 livreñit aux fureüurs de la discorde !

« L'Equateur se trouve-t-il aujourd’hui dans cette effroyable passe Ÿ Les actes, ou plutôt les scandales du gonvernement répondent douloureusement à cette question, Or, sachez-le, si dans une monarchie le silence des peuples eët la leçon dés rois, dans une république, c'est la mort à bref délai. Inutile de cherchèr en pays étranger la preuve de cette vérité; qu'il suffiso d'évoqüer le nom ‘maudit d’Urbina, cé sinonyme dé toutes les infamies et dé tous les crimes,

‘ Aujourd'hui que les urnes électorales. vont décider de l'avenir de la république, Le silence du peuple équivaudrait à l'atonie du cadavre. Aujourd’hui plus que jamais; il nous faut l'union loyale et le concours de tous les citoyens qui s'intéressent encore à l'honneur de la patrie. Voilà pourquoi nous agitons le, drapeau de l'Union National, persuadés que, si nous marchons ensemble, on ne verra plus se hisser au pouvoir des misérables qui devront, au jaur de la justice, gravir lés marches de l’échafäud (1.y ” |

(1) La Union Nacional, À avril 1857.

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Aprés e coup d'éperon aux engourdis; toujours très nombreux dans le parti de l'ordre, Garcia Moreno les pousse aux urnes, l'épée dans les reins, en leur faisant remarquer que les électeurs primaires, dont les comices vont faire choix à l’occasion du renouvellement du congrés, auraient à nommer plus tard le futur président. : Il s'agissait donc ou de préparer Ja réflection d'Urbina ou d'éliminer à jamais le despote exécré. À la pensée que cet homme de malheur pourrait régner encore sur son pays, le polémiste donne libre cours à son indignation :

“ Cinq ans durant, il a fait peser sur nous son despotisme immoral, sans qu'un acte honorable ait légitimé € h yeurpation, hi couvert $es crimes aux yeux de 14 postérité. Bâillonner la presse pour étouffer la conscience publique, transformer les collèges en casernes, abrutir la nation on supprimant toute espèce d'enseignement, ériger le vol en système sous le nom d'emprunts forcés, décréter l'impunité des bandits à sa solde, calomnier pour persécuter, persécuter pour terroriser, exiler au désert des innocents, des prêtres mêmes, trop fiers pour l’encenser du haut de la chaire, s'abreuver du sang et des larmes d’un peuple : tel fut le gouvernement d'Urbina à l’intérieur. Dansses relations avec les nations étrangères, duplicité, mauvaise fois mensonge, couardise, félonie : voilà sa politique. Et ect homme ressaisirait le pouvoir ! Et nous serions ainsi livrés au orime et à la barbarie à perpétuité | Donc voter pour les listes, ministérielles, c'est se déshonorer, car derrière ces noms se cache celui d'Urbina ! Hormis les employés besogneux ou les courtisans faméliques qui sacrifient le patriotisme au fälaire, le peuple tout entier, las d'être victime, marchera comme un seul homme à la conquête de ses droits (1). ”

A la suite de ges excitations virulentes, le peuple se rveilla en effet de sa longue léthargie, Les jeunes gens surtout, que l'air malsain de la servitude n'avait pas eu le temps de côrrompre, se préparaient à lutter. énergiquemont pour la bonne cause et pour l’homme héroïque qui (1) La Union Nacional, 28 avril 1867.

les menait au combat. De son côté, le gouvernement, décidé à triompher per fus et ne fas, employait tous les moyens de pressions et d'intimidation dont sont coutumiers les pouvoirs d'aventure, Les municipalités suspectes de patriotisme, comme celle de Quito, furent désorganisées par d'indignes procédés ; des chefs de police, arbitrairement destitués pour faire place aux hommes de poigne ; les gardes nationaux, embrigadés par leurs chefs respectifs, afin de marcher aux urnes avec ensemble, Même on ne rougit pas d'afficher au début de la période électorale l'édit concernant la provision des cures vacantes, afin d’influencer les candidats aux cures et bénéfices, et par eux tout le public. Les agents de police et la troupe des employés

furent lancés sur chaque électeur pour en faire le siège, .

Urbina comprenait, lui aussi, que son avenir dépendait du scrutin.

Garcia Moreno dénonça au pays ces scandalenses pratiques. ‘“ Vous nous disiez antrefois, s'écria-til, que Florès g'éternisait au pouvoir par son adresse, sa force, et surtout la pression qu'il exerçait sur les électeurs ; mais un tour d'adresse que n’a pas trouvé Florès, c’est de créer des gardes nationaux au moment de l'élection pour les faire voter militairement ; un magnifique tour de force, c’est d’escorter les citoyens jusqu'aux urnés ; le comble de la pression, ne serait-ce pas d'ouvrir un marché simoniaque de bénéfices ecclésiastiques ? Équateur, les voilà ces hommes quite vantent chaque jour la souveraineté du peuple! Voilà comme ils t’outragent en préparant ta ruine (1). ”

Après trois mois de préparatifs, arriva le jour de la gran-

de bataille. Pour animer ses troupes, Garcia Moreno ne.

craignit pas de comparer cette lutte à celle de 1845 : ‘ Les 8 et 10 mai 1845, dit-il, vous avez enterré vos chaînes dans les tranchées de l'Elvira, d'où vous pensiez qu’elles ne sortiraient jamais, Vous vous trompiez : pour être libres, il faut encore vous débarrasser d'Urbina, le plus méprisé mais aussi le plus astucieux des séides de Florès, En 1845,

() za Union Nacional, 5 mai 1857.

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vous aves salué l’aurore de la Hberté ; en 1857, vous chasserez les nuages qui ont empêché le soleil de la régénération d'illuminer notre beau pays, ”

Au moment du vote, les deux partis se trouvèrent en présenco, comme deux corps d'armée prêts à fondre l'un sur l’autre, Les employés du gouvernement, transformés en espions, surveillaient chaque électeur pour surprendre le secret des votes. On ne s'approchait des urnes qu’en traversant les bataillons parqués sur la place. Leurs dignes officiers, l'épée au poing, répétaient les commandements du colonel Patricio Vivero, la terreur du pays. Des menaces, des injures même, étaient adressées aux citoyens calmes et inoffensifs, Irrités de ces violences, de nombreux jeunes gens appartenant aux meilleures familles de la capitale, décidés à repousser la force par la force pour maintenir la liberté du vote, vinrent se plac". escouades devant les soldats. Ceux-ci dégainèrent, les jeunes patriotes ripostèrent à coups de canne, et le sang coula dans les rues de : Quito, Le

Néanmoins, en dépit de ses illégalités tyranniques, le gouvernement fut battu par Garcia Moreno, qui l’emporta de sa haute lutte, entraînant après lui un assez grand nom:- . bre de candidats de l'opposition. Déroute pour le ministère, mais triomphe national dont l'organisateur ne manqua pas de faire ressortir l'importance pour l'avenir :

‘ Pénétré de cette vérité que l’union fait la force, et que pour vainere il faut énergie et dicipline, le peuple de Quito a sacrifié sur l'autel de la patrie les germes de division qui fermentaient dans son sein. La nation entière enveloppant dans ses rangs enthousiastes tous les citoyens distingués par leur probité et leur patriotisme, s’est rendue aux urnes bien déterminée à exclure pour toujours du gouvernement le misérable tyranneau qui nous a perdus. Avec de tel combattants, la victoire ne pouvait être douteuse,

En vain les agents ministériels prodiguèrent-ils promesses

et menaces ; en vain les officiers de la garnison entourèrent-ils l’urne électorale, comme l'avant-garde de la vio-

lence et du désordre, en vain, versa-t-on le sang du peuple,

le sang du peuple cette fois encore fertilisa le champ sacré de la liberté.

“ Le ministère a ue par ses mesures de rigueur et et de vengeance qu'il avait conscience de son impopularité, Le peuple, au contraire, en apposant une invincible férmeté aux provocations d'une soldatesque arrogante, a montré que, pour vaincre des ennemis acharnés, l'union suffit, sans qu'il soit besoin de sortir de la légalité. Qu'il forme un corps solide et compact, et nul tyran ne pourra le subjuguer. Les gouttes de pluie dispersées dans les champs sont absorbées par la terre ou s'évaporent aux rayons du soleil ; ressemblées au contraire, elles forment un torrent impétueux dont la force irrésistible brise tons les obstscles. Ainsi une nation bien unie s’avance, d’un as rapide, * dans le sentier que lui ouvre la main de la Providence.

Urbina comprit que cette défaite était un coup mortel porté à son despotisme jusque-là sans contrôle. Désormais il aurait dans les chambres à compter avec l'opposition, et de plus avec un peuple honteux de sa trop longue patience, Quatre ans auparavant, il avait fait empoigner pour le .déporter au Pérou le sénateur élu de Guayaquil ; mais qui donc oserait aujourd’hui mettre la main sur le sénateur élu de Quito ? Le 15 septembre 1857, aux applaudissements de tout le peuple, Garcia Moreno, éntouré de ses collègues de l'opposition, prenait place au congrès.

Désormais sition, et patience, pour le mais qui ateur élu ments de lègues de

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