‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 39 sur 97 · SOULÈVEMENT NATIONAL · texte numérisé non relu

SOULÈVEMENT NATIONAL

On ne peut se faire une idée de l'exaspération des esprits après le coup d'Etat du gouvernemeut contre le congrès. Sauf pour les employés et les radicaux, habitués à baiser la main qui les nourrit, Urbina et Roblez apparurent comme deux mauvais génies dont il fallait se débarrassser sous peine de mort. Le brigandage érigé en système, les contributions forcées, les déportations arbitraires, l’écrasement des populations, et cela devant l'invasion menaçante, n'était-ce pas la mort à bref délai ? Guidé par son patriotisme et sa religion, le peuple allait se sauver lui-même, ou c'en était fait de l'Equateur. Dans s6s conjectures, les représentants de la majorité, injustement dépossédés de leur mandat, comprirent toute l'étendue du péril et résolurent de ne point abdiquer. Sous l'impulsion de Garcia Moreno, députés ot sénateurs rédigèrent une protestation indignée contre la dissolution du congrès, surtout contre les manœuvres déloyales auxquelles le gouvernement avait en recours pour annuler la représentation. Après avoir dénoncé la dictature comme absolument illégale et inconstitutionnelle, ils déclèraient laisser aux deux usurpatours laresponsabilité des effroyables calamités qui allaient fondre sur le pays et peut-être l’annéantir. Urbina essaya de réfuter ce manifeste, mais quel moyen d'obscurcir des faits aussi.

éclatants que la lumière du jour ? Le peuple tout entier applaudit ses réprésentants.

Alors, comme pour lasser la patience de ce peuple, le gouvernement quitta la capitale pour se transférer à Guayaquil, en face de l'ennemi. C'était narguer la majorité, qui avait accordé tous les pouvoirs sauf celui de transporter à Guayaquil le siège du gouvernement ; c'était en outre abandonner les provinces de l’intérieur à la merci d’une soldatesque sans frein et provoquer la guerre civile, Au nom de la ville délaissée, au nom de tous les intérêts compromis, le conseil municipal de Quito protesta contre l'illégalité et l’iniquité d’une pareille mesure. Ses énergiques réclamations parvinrent à la connaissance du public, grâce à l’héroïque dévouement de l’imprimeur Valentia, qui ne craignit point d'affronter la colère des deux despo-

tes,

Cette colère devint bientôt. du délire. Sur l'ordre du gouvernement, plusieurs conseillers municipaux, des viellards aussi distingués par leurs talents que par leurs services, furent saisis et déportés. L’imprimeur Valentia comdamné à l'exil quittait la patrie sous bonne escorte avec les docteurs Herrera, Mestauza et autres victimes de la tyrannie, lorsque ces malheureux prisonniers s’aperçurent qu'ils avaient affaire, non à des soldats, maïs à des assassins, Arrivés dans la plaine de Cunchibamba, ils essayèrent de fuir, mais Valentia, monté sur un mauvais cheval, fut repris, attaché à un arbre et fusillé. pendant que ses compagnons, plus heureux, parvenaieut à s'évader. Il n’y eut qu’une voix pour flétrir cet attentat aussi lâches que féroce. Garcia Moreno prit la plume pour dénoncer au pays l'incarcération barbare de nobles généraux que tout le peuple vénérait et admirait. Les démocrates eux-mêmes stigmatisèrent le régime barbare qui s’imposait à l’'Equateur. Alors, traqués de toute parts, comme l’animal en fureur qui se jette sur le premier venu, les dictateurs ne distinguèrent plus entre amis et emnemis. Le docteur Moncayo, un des soutiens d’Urbina, fut appréhendé et jeté

ntier eh prison. ‘“ Ce noble martyr, disait son journal le lendemain de l'arrestation, vient d’être pris d'assaut par un des e, le “ chanoines ” envoyés ici pour terroriser et assassiner les 3 er à les gens de cœur. Inutile de demander à ces magistrats de 4 najo- la mort quel crime a commis notre illustre compatriote, : + rans- | Chacun sait qu'aujourd'hui les exploits sanguinaires, les 4 t en violences, les crimes, les assassinats, sont comptés par leurs à merci : auteurs comme titre de gloire. Moxcayo gémit dans les 4 ivile. fers pour avoir reclamé l'exécution des lois, blâmé la dictae À térêts ture et défendu la constitution. ” Peu s'en fallut que Garcia À ontre Moreno ne subit le même outrage. S'étant rendu à Guaya- À Lergi- | quil pour conférer avec ses amis sur le moyen de sauver le “à ublic, 1 pays, on suspecte de comploter contre le gouvernement, 1 entia, … Décrété d’exil, il n'eut que le temps de gagner un vaisseau espo- . ot s'enfuir au Pérou.

Réduits à cette espèce d’agonie, les homme influents dans ee du l'armée comme dans la noblesse et la bourgeoisie, pensèviel- | rent qu’on ne doit pas assister impassible au meurtre d’une à servi- | nation, mais que le moment était venu de proclamer la ré- 4 com- LE publique en danger et de combattre pour l'autel et le foyer, avec comme autrefois nos braves Vendéens, D'ailleurs, en ordon- 4 de la nant le blocus de Gunayaquil, le géuéral Castilla avait dé- nn. urent EL claré faire la guerre, non au peuple équatorien, mais aux ty- 3 ASSAS- rans qui l’opprimaient : les dictateurs à bas, on se délivrait À ssa yè- du même coup de la guerre étrangro.

heval, Le ciel sembla donner lui-même le signal du bouleversespa ment. Le 22 mars, un épouvantable tremblemont de terre, In y en moins d’une minute, menagça de ruiner la capitale, Les Name temples, les palais, les monumenrs ébranlés on sérieuse, 4 se ne ment endommagés, nombre de maisons renversées, pdru- 14 out lo rent le triste présage d’ébranlements plus profonds dans 1 Loien l'ordre politique et moral. Le 4 avril, l’armée de: Guaya- à Equa- quil aux ordres da très-brave, mais très-imprudent général 4 nal en Maldonado se prononça contre les dictateurs. A onze 3 nu heures du soir, le commandant Darquea, suivi de vingt * L pie hommes bien ai'nés, se présenta chez le président Roblez, 4

qu'il trouva jouant tranquillement aux cartes avec son ami

qui s'était échappé, revint sur la petite troupe, le pistolet

au poing, ot brûla :« cervelle à Darquea. Pendant ce temps Ÿ |

au lieu d'appuyer le mouvement de ses inférieurs, Maldonsdo campait sur une hauteur avec ses meilleures troupes, En apprenant la mort de Darquea, il perdit contenance, et,

sur les instances qu’on lui fit, entra en pourparlers avec |

Roblez. Les troupes mutinées rentrèrent dans leurs quartiers, sauf ciuq cents hommes qui profitèrent de la bagarre pour déserter. É

Cet échec était de mauvais augure pour les patriotes, Les dictateurs enhardis exercèrent de nouvelles vengeances contre les chefs de l'opposition ; mais ils n'avaient pas fini de plaisanter sur ‘’'échauffourée de Gua;aquil qu'une insurrection populaire balayait leur gouvernement à Quito, Comme le gros de l'armée se trouvait soit à Guayaquil sous les ordres de Roblez, soit à Cuenca sous ceux d’Urbina, il ne restait dans la capitale que quelques bataillons de garde national et un peloton de cavalerie. Ces forces ne suffisaient pas pour contenir le parti des mécontents qui grossissait chaque jour. Aussi le 1er mai 1859, une trou: pe de jeunes gens,a rmés de vieux fusils de lances et de bâtons se zuèrent sur la caserne qui se rendit après une, résistance assez faible. Quand le ministre Espinel, dépositaire du pouvoir accou rut avec quelques démocrates de son espèce pour prêcher la soumission, il trouva les militaires ‘fraternisant avec les civils et jugea prudent de s'éclipser, La déchéance du gouvernement fut prononcée aux acclamations de la multitude. À entendre les cris d’allégresse et d'enthousiasme qui retentissaient dans toute la ville, on eût ait que Quito venait d'échapper à un nouveau tremble. ment de terre.

Il fallzit substituer un gouvernement à celui qu’on venait d’abattre. A cet effet, les personnages influents de la cité, convoqués par les chefs du mouvement, se réunirentau palais de l’Université, et décidèrent de former un gouver:

Franco. Il l’arrêta’sans éprouver de résistance, et l'em- 4 menait à la caserne pour l'y incarcérer, lorsque Franco, |

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ui suivit immédiatement, on ne pouvait oublier le grand patriote dont la parole et les écrits’avaient, depuis dix ans, au prix de son repos et de sa liberté, préparé ce grand jour de la délivrance. Le nom de Garcia Moreno retentit le premier au milieu d’une tempête d’applaudissements, On jui adjoignit comme membres du triumvirat Carion et Gomez de la Torre (1) puie le pouvoir ainsi constitué, l'assemblée signifia le pronunciamento du ler maiaux gouverneurs de provinces. Le mouvement s’étendit comme une traînée de poudre dans tout l'intérieur, et bientôt, des cantons et des cités, arrivèrent de chaleureuses lettre d'adhésion au gouvernement provisoire. Il ne resta de faitaux deux dictateurs qne les districts occupés par leurs troupes, Cuenca et Loja à l’intérieur, Guayaquil et Manabi sur la côte.

Tout en se félicitant de cet heureux coup de main, les patriotes comprenaient qu'il était plus facile de révolution-

‘ner le pays que de le défendre gontre les bataillons aguer-

ris d'Urbina et de Roblez. Il fallait se préparer à une

lutte terrible, et l’on ne connaissait qu’un homme assez

hardi pour l’entreprendre, assez fort pour la mener à bonne fin ; l’intrépide Garcia Moreno, alors réfugié au Pérou. Le gouvernement provisoire lui dépêcha un courrier pour lui

annoncer comment le peuple avait disposé de lui sans le

consulter, persuadé que son courage serait toujours à la hauteur des circonstances. On le conjurait d'arriver en toute hâte pour se mettre à la tête des volontaires embrigadés pour faire face à l’armée des despotes. , Le vaillant .: patriote n'était pas homme à temporiser en un pareil moment. Pour éviter les embuscades de l'ennemi, il prit le chemin de Quevédo et s’en vint à marches forcées, au mi- Jieu des forêts désertes, par les défilés des montagnes, vers la capitale de l'Équateur. Mais que d'épreuves l'attehdaient sur cette route ! Bientôt son guide, piqué par une vipère, expira sous ses yeux. Ne sachant plus alors com-

(1) L'assemblée nomma aussi trois suppléants : bé A videz et Carvajal.

deux jours il n'avait pris aucune nourriture, quand, pou comble de malheur, sa mule, à bout de forces, s'afaissa sur le chemin. Force lui fut de continuer la route à pied. Après une journée de marche, brisé de fatigue, mourant de faim, il aperçut une hutte de berger, mais il eut beau frapper à la porte pour demander un peude nourriture, personne ne lui répondit. Il ouvrit alors la pauvre cabane, #rouva un peu de farine d'orge, s’en fit une espèce de gâteau, et, après avoir ainsi réparé ses forces, continua sa route jusqu’à Quito, où les patriotes l’accueillirent corame un sauveur,

Sans prendre un instant de repos, Garcia Moreno voulut ge rendre compte de la situation, et converser avec ses collégues sur les nécessité les plus urgentes. Pour entrete. nir dans le peuple le feu sacré du patriotisme et la volonté de lutter jusqu’à la mort contre les tyrans, il créa un organe périodique dont le titre seul, Le Premier Mai, rappelait

parut bientôt, était écrit en traits de flammes. ‘ À bas les tyrans ! Tel fut le eri qui s’échappa de la poitrine du peuple, lorsque le 1er Mai il brisa ses chaînes. Ce cri de liberté, la presse de l’Equateur, si longtemps bâillonnée par Urbina et Roblez, doit le répéter tous les jours, unissant sa voix à à\ grande voix de la nation pour la défendre contre la force brutale et les entreprises criminelles,

“ À bas les tyrans ! Là où iis règnent, l'intelligence est enchaînée, la loi violée, la nation martyrisée, la république au bord de ’abîme,

‘ À bas les tyrans ! Ils ont confisqué l’Equateur par la force des baïonnettes, ils l'ont'opprimé, dégradé, saccagé. Le pauvre esclave n'a plus qu'à rendre l’âme sur le vil grabat où il l'ont couché |!

‘“ A bas les tyrans ! que tous les citoyens s'unissent au gouvernement provisoire pour créer enfin des institutions

ment se diriger sur les hanteurs des Cordillères, il s’égars | dans ces solitudes. Ses vivres étaient épuisés et depuis

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| civilisatrice et une république digne de ce nom ! C'est dans L 0e bu que Le Premier Ma fait aujourd'hyi son apparition, ” Quelques jours après, Garcia Moreno déposait la plume du journaliste pour prendre en main l'épée du capitaine. Cédant le commandement des troupes de Guayaquil au général Franco, Robiez gravissait les Cordillières avec douze ou quinze cents hommes bien armés, et s'ayançait à grands pas vers la capitale, Un corps de volontaires marchait à sa reucontre ; mais à ces soldats improvisés il fallait un chef, etce chef ne pouvait être que Garcia Moreno. Sans être soldat de profession, il s'était initié au noble métier des armes, Dans un pays si souvent troublé par des révolutions de caserne, où l’escarmouche la plus insignifiante peut décider du sort des citoyens, on n’exerce une influence sérieuse qu'à condition de défendre son droit. Aussi voulut-il par l'exercice, acquérir l'adresse et la vigueur d’un soldat, et par l'étude, les ressources et les capacité d'un général. Maniant l'épée comme un maître d'escrime, très habile tireur, il passait également pour le plus fort lancier et le meilleur cavalier de tout l’Equateur, ce qui n’est pas peu dire, Pour former au commandement, il avuit étudiée avec grand soin les ouvrages les plus remarquables sur l’art militaire, comparé la tactique des différents nuys, assisté fréquemment anx manœuvres et consulté sr les détails de la stratégie les officiers de tout grade. Avec cela, corps vigoureux et robuste, tempérament de fer, coup d'œil d’aigle, audace de lion. Si l’on pouvait regretter quelque chose dans un pareil chef, c'était un excès de bravoure qui confinait àla témérité, et cette ardeur impatiente du résultat qui précipite l’action quand il faudrait gagner du temps.

Les recrues lancées contre le corps d'armée de Roblez, se composaient de sept à huit cents hommes raccolés en toute Mte, mal équipés, mal exercés, véritable troupeau envoyé à l boucherie, Il fallait encore jlus d’abnégation que de tourage pour se mettre à la tête d’une pareille troupe. Garis Moreno se dévoua sans hésitation. Aprés avoir recuilli limpôt volontaire que les patriotes souscrivirent avec une

tre, l'acueillirent avec des transports de joie.

Emporté par cette ardeur un peu fébrile qui ne connais sait ni délai ni retard, Garcia Moreno ne tarda pas à subir l'entraînement impétueux de ses bandes inexpérimentées Inférieur en nombre et surtout en armement, il aurait dû peut-être évit r une (rencontre immédiate avec Urbina, at couru de Cuenca pour se mettre à la tête de l'armée eme mie. Sans doute Urbina ne passait pas pour ün foudre de guerre, mais il commandait à quinze cents hommes habitué

au feu. Quoi qu'il en soit, le lendemain de son arrivée, 34

juin, Garcia Moreno rencontra l'ennemi campé près de Tumbuco dans une excellente position qui lui permettait de combattre à l'abri de retranchement naturels, tandis que les patriotes entièrement découverts se trouvaienet exposé

à tous les coups. Le combat s’engagea vers dix heurèsdi&

matin et dura jusqu'à quatre heures du soir. Chef et dats firent des prodiges de valeurs. Garcia Moreno affror ta vingt fois la mort, se multipliant pour exciter ses sk dats là où l’action paraissait faiblir.

la déroute fut complète,

tagnes, traqués par les vainqueurs.

Garcia Moreno montra dans cette circonstance une bo

té d'âme égale à son intrépidité. On le vit, au, milieudr feu, oubliant tout danger personnel, s'occuper activeme des blessés et verser des larmes sur un malheureux jeu

homme expirant au ôté de lui. Il ne pouvait se résourini

à quitter ce champ de mort où il laissait tant de braves crifiés à la patrie. Quand il voulut fuir pour ne pas tomb entre les mains de l'ennemi, il se trouva seul, à pied, @i son cheval avait été tué sous lui, perdu dans des défilési connus, exposé à rencontrer à chaque détour des s0ld# d'Urbina qui se fussent réjouis de cette glorieuse captifl Tout à coup, il voit passer devant lui le colonel Vintimill

généreuse émulation il partit pour Santiago, village M environs de Guaranda, où les soldats, impatients de conilal !

Mais ce fut en van Vers 4 heures du soir, la majeur partie de ses compagnons jonchaïent de leurs cadavres champ de bataille ; les survivants fuyaïent dans les mom

valent: de nç Rrent insinue

étoufféos pa | () Ignacio

qui, mont la fuite, I lni offre Moreno ; m'importe jamais de reno, ” Et le força de

Garcia À couler bier rait les mo:

À Ambato tous cet ho de Tambuc toute appa tes joyeux # de l'évènem

coup, ver 2 de Tumbuc

bête de so pieds embe jonc, les vêt sobréro dé ge, ses amis Son passage leances, « morceau de Après qu’il cents, un bo de toute la

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