‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 51 sur 97 · CHAPITRE IX LB CONCORDAT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX LB CONCORDAT

ë Garcia Moreno avait émondé l'arbre en s'attaquant aux bus: lès plus criants dans l’ordre matériel et moral, oseratil maintenant porter la cognée jusqu’à la racine dû mal,

juiqu'au : principe fondamental de: la : Révolution, c'est-à-

dire la souveraineté du peuple et la surbordination de lEglise à l'Etat ?. Depuis plus de quatre siècles, légistes, rois, empereurs, parlements, profossaient cette doctrine de l’antique despotisme : un simple président de la république auratil l'andace de s'inscrire eu, faux contre no08 législateurs € et

* de rompe en visière avec nos chefs d'Etat ? Le concordat négocié a ayec Pie IX nous fournira la réponse à cette grave

question.

Nos lecteurs se rappellent les origines du patronat ecclésiastique. Vu la difficulté dés correspondances:et pour simplifier l'administration, les rois d'Espagne, avaient obtenu des souverains pontifs de nombreux privilèges relatifs aux propriétés et aux évêchés. Peu à peu le pouvoir du roi se gubstitud an pouvoir du pape, et les lois de la couronne aux bis canoniques. De là des abus et des éonflits ; mais les Rois Catholiques désirant sincèrement lé bien: de leurs peuples, ladiscipline êt les mœaès n'avaieñt pas trop à souffrir de cettesituation ; la foi, du reste, était sarivée, puisque ces pri-

trement quand la Révolution triomphante, après avoir

possédé les monarques espagnols, se déclara héritière de

tous leurs privilèges, y compris celui de patronage, Le congrès constituant de la Grandé Colombie prétendit

que le gouvernement, outre les droits qu'il possédait com. ! me protecteur de l'Eglise, devait maintenir ceux q ilui !

étaient dévolus en vertus de la discipline sous.laquelle les

églises du territoire avaient été fondées. ‘ La république, {

dit-il, continuant l'exercise du droit de patronat sur les égli

ses métropolitaines, cathédrales et paroissiales, exigera du | Saint-Siège qu'il ne soit fait surce point aucune innove. |

tion (1). ” Ces législateurs n'ignoraient pas qu'en transfor.

mant une pure concession du Saint-Siège en un droit inhé. !

rent à la nation, ils commettaient une usurpation schismstique : aussi, pour ne pas trop émouvoir les consciences, ajoutèrent-ils qu’on négocierait plus tard un concordat avec

Je pape, concordat qui resta toujours dans les futurs contin. !

gents.

Ces prémisses établios, le chbgtés attribua au gouverne | ment la surintendance de toutes les affaires ecclésiastiques, | Au pouvoir civil, par conséquent, d'ériger de nouveaux dis : cèses, d'en tracer les circonscriptions, de déterminer le ! nombre des prébendes dans chaque cathédrale ; à luide ! permettre ou de convoquer les conciles nationaux ou pro- ! vinciaux, et jusqu'aux simples assemblées synodales ; à lui 4 d'autoriser la fondation de nouveaux monastères ou de sup. 3 primer les anciens, selon qu'il le jugera opportun ou con | venable, à lui de nommer les évêques, curés, chanoines et ! autre dignitaires ecclésiastiques, jusqu'aux prêtres sacrit | tains et vicaires forains ; à lui de donner l’Exequatur aux ! bulles pontificales etaux constitutions des réguliers, où : d’en interdire la publication si ces pièces lui paraissaient at | tentatoires aux droits de l'Etat. Ajoutez à cela la mainmis |

du pouvoir civil sur les biens ecclésiastiques, l'appel comme

d’abus contre les évêques, le jugement des clercs par les À tribunaux ordinaires, et vous aurez l'inféodation complète !

(1) Congrès de 1824, Loi du patronat ecclésiastique.

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‘de TRglie à l'Etat. En somme, le pouvoir civil se e eubeti-

fuait au pape, et se décertiait même des attributions plus étendues que celles du pape. L'Eglise laisse aux évêques Jaliberté de réunir des conciles provinciaux quand bon Jeur semble, et de nommer leurs vicaires-généraux, comme elle abandonne aux communautés religieuses le soin de désigner leurs supérieurs : le gouvernement, lui, intervenait dans toutes les questions, jusqu’à exiger des évêques la présentation des décrets rendus en visite pastorale, pour les

. former ou les annuler selon son bon plaisir.

Au fond, c'était un essai d'Eglise nationale. Les papes maintinrent leurs droits par certaines réserves dont faisaient mention les bulles d'institution canonique expédiées aux évêques nouveaux, ceux-ci ce montrèrent généralement dignes, grâce à la miséricordieuse bonté du Dieu qui voulut

sauver la religion dans ces contrées ; mais la situation n'en

était pas moins schismatique et désastreuse pour la disci-

. pline et les mœurs. Avec des gouvernements qui laissaient

les évêchés (1) vacants pendant un demi-siècle af£n d'en toucher les revenus, et nommaient leurs créatures à toutes lee fonctions et bénéfices, faut-il s'étonner de voir reparaître ks prêtres courtisans et les scandales du siècle de fer ?

Pendant que les vrais catholiques soupiraient après le jour

de la délivrance et que les curés consciencieux, inquiets sur la validité de leur élection, refusaient de prendre possession de leurs bénéfices avant d’avoir obtenu la sanction du souverain Pontife, la force de l'habitude, l’ascendant des doctrines libérales, et la dégénérescence morale façonnaient à la servitude un grand nombre d’ecclésiastiques, au point de les attacher à cette maudite loi du patronat, source de kurs malheurs. Hélas ! n’avons-nous pas vu en France les fanatiques partisans des quatre articles rompre des lances en faveur des libertés gallicanes ! Quant aux laïques, imbus généralement des théories modernes prêchées par les universités, les légistes et les gouvernements sécularisés de

(1) L’évêché de Guayaquil resta plusieurs années ; celui de Cuenca, de 1805 à 1848.

sp

cation la plu compléle de leur dogme : fondamental : ln que prépnatie de | "Etat sur l'Eglise,

Ce dogme maçonnique, Garcia Moreno l'ayait en horreur,

Chrétien, il gémiseait de voir l'Eglise la reine du monde,

courbée comme un esclave aux. pieds du, pouvoir, civil ; homme d'Etat, il comptait sur cette divino institutrice des peuples pour régénérer son pays : mais comment pourrait elle remplir sa mission, si on ne la relevait de son impuis: sance et de son abjection. Comprenant pourquoi, ‘“ Dieu n'aime rien tant que la liberté de son Eglise (1) ”, il résolut dé briser des chaînes qui paräïissaient rivées pour ja mäi, C’est dans cé but qu'il avait sollicité du congrès l’a torisation dé ‘conclure un concordat avec le Saïnt-Sige,

Sans développer toutes sés vues à Cet égard, son Mémoire” aux députés les laisse cependant pressentir. “ Pour que

l'influence religicusé, disait-il, s'exerce avec tous ses avañé |

tages düns là vie sociale, il faut que l'Eglise marche à côté

du pouvoir civil dans de véritables condition d'indépendan: :

ce, Au lieu de l’absorber ou de la contrarier, l'Etat doit se borner à la protéger d'une manière efficace et conforme à là justice . Donc, plus d'ingérencé du pouvoir civil dans la: nômination dès prélats sécüliers ou réguliers, et vous cesserez de voir des prêtres indignes éclipser de vrais apôtres du . Christ, au grand préjudice de la religion et de Ia société ; plus d’appelsdes tribunaux ecclésiastiques aux juges séculiérs, et alors disparaîtra le spectacle immoral dé criminéls assurés dé l'inpunité. Ensuite, organisons des collèges, des sémihäires, des missions, pour que l'influence sociale dû clergé réponde enfin au but de son institution (2) ”. Ces idées, il 8 “agissait maintenant de les faire passer dans les artieles du concordat.

Son premier soin fut de chercher un négociateur bien intentionné,ce qui constituait déjà une difficulté grave. Beau-

(1) Saint Anselme.

(2) Informe à la Convencion Nacional de 1861, page 9.

tous les pays, ils vantaient la loi du patronat comme l'a 7.

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. désintéressément, les idées saïnes aussi bien ‘que ‘les intén"

tions’ droïtés : D. Igtiäcio Ordonez alors archidiñcre de ' Cuenca (1.) #

Envoyé en France vers la fin de 1861, avec. mission de

* ramencr une colonie de religieux. ct de: religieuses pour la

réorganisation des écoles primaires, D. Ignacio, Ordonez avait poussé jusqu'à Rome. Il y reçut de son gouvernement une missive officielle qui l'instituait, à sa grande surprise,. ministre plénipotentiaire de l'Equateur près du Saint Siège, dl'effet de négocier le concordat projeté. Son premier mou-

(1) Don Ignacio Ordonez fut toujonrs honoré de la Confiance de Gäroia Moreno; confiance qu’il méritait par ses talents ét sés vertus. Sénateur, il défendit. l’Eglise dans les congrès ; évêque de Riobamba il gréa de ses deniers toutes les œnvres nécessuires à un nouvel évéché ; exilé par la révolution qui mit à mort Garcia biorenge il passa plusieurs années en France, et se démit de son siège de, Riobamba avec le plus admirable désintéressment. La paix rétablie, Léon XIÏT 18 promut au siège archiépiscopal de Quitô'ét ly'maintint, malgré lés'instances d& l'hurnble Drélat, qui éstimnit le fardéaü audessus de ses forces. Dieu veuille, pour les progrès de l’Eglise à. l'Equateur, prêter longue vie à cet ami constant, à cet auxiliaire:

fidéle de Garcia Moreno.

vement fut de décliner une charge à laquelle il se croyait insuffisamment préparé: mais Pie IX le rassura par, ces paroles pleines de sages#e et de bonté: ‘“ Comme prêtre, vous devez connaître les droits de l'Eglise ; et comme équatorien, les besoins de votre pays ; d'ailleurs, vous êtes muni des instructions de votre président ; que voulez-vous de plus ? ” Et il ajouta avec son fin sourire : ‘“ Faut-il donc être un Metternich pour traiter avec Pie IX ? ”

On pourrait dire qu'il était encore moins difficile de traiter avec Garcia Moreno. Le grand homme d'Etat donnait à son mandataire ces instructions aussi simples que subli. mes :

#“ 10. Le gouvernement de l'Equateur n'a point la pré tention d'imposer au Saint-Père des concessions, mais il le supplie humblement de mettre un terme, par les moyens qu’il jugera les plus efficaces, aux maux qui désolent l’Eglise en ce pays. Notro ministre plénipotentiaire exposera au Saint-Siège l’état des affaires ecclésiastiques, comme un malade expose au médecin qui peut le guérir les souffran- <es qui le minent . L’unique désir du gouvernement, c'est -que l'Eglise jouisse de toute sa liberté, de cette indépendance complète dont elle a besoin pour remplir sa divine mission ; il n’a d'autre ambition que de défendre cette indépendance et de garantir cette liberté.

20. La Constitution de la république stipule l'exercice exclusif de la religion catholique, de même qu’une loi récente autcrise le libre établissement de toute corpora. tion approuvée par l'Eglise ; mais il ne manque pas d’'esprit égarés qui, pour favoriser l’impiété et l’apostasie, ouvriraient volontiers la porte aux nouveaux cultes. Il conviepdra donc de viser dans le concordat les dispositions ci- -dessus mentionnées et, loin d'autoriser les cultes dissidents, de proscrire n'importe quelle société condamnée par l'Eglige. RSC

30. Aucune réforme n’est possible aussi longtemps que des bulles, brefs et rescrits pontificaux seront soumis à la

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sanction de l'autorité civile. La suppression de l’Exequatur s'impose donc *0omme une nécessité de premier ordre.

40. Il est évident que les mauvaises doctrines inoculées à l'enfance et à la jeunesse produisent les désordres et cataclysmea sociaux, comme les miasmes pestilentiels engendrent les épidémies. Pour prévenir ces effets les évêques doivent avoir la faculté de requérir, et le gouvernement le pouvoir d'exiger qu’on bannisse des écoles, collèges, facultés, universités, tout livre et toute doctrine condamnés par l'Eglise.

6o. Et cela ne suffit pas ; lu réforme du clergé ne peut s'effectuer aussi longtemps que la jurididtics ecclésiastique sere. tanue en échec par le récours à l'autorité civile, recours qui permet aux délinquants d'échapper à toute répression. Ï1 faut supprimer cet appel aux tribunaux séculiern et recourir à Rome s’il y a lieu,

60. Le for ecclésiastique a 6té aboli pnur les délits graves de droit commun, d'où résulte souvent l'impunité. Cet état de chose exige aussi une prompte réforme.

“o. L'intervention de l'autorité civile dans la provision des bénéfices a toujours causé de grands abus. L’ambition la cupidité, la simonie, l'ignorance, l'immoralité, la démagogie, se donnent libre carrière depuis qu'il est facile, grâce aux révolutions, d'obtenir des postes qui devraient être réservés au mérite et à la vertu. Tl convient donc que le Saint-Siège nomme les évêques, et les autres bénificiers. Le gouvernement peut jouir du droit de faire opposition à la promotion d'un ecclésiastique, mais pour un laps de temps très-court à la condition de fonder son opposition sur des raisors sérieuses. ”

Suivaient deux instructions spéciales, l’une relative aux biens ecclésiastiques dont l'État s'arrogeait injustement une grande partie, l’autre à la réforme du clergé régulier, réforme urgente mais impossible d’après le président, si l’on ne mettait les Ordres dégénérés dans l'alternative de reprendre la vie’ -ommune ou de disparaître. Aussi demandait-il aa souverain pontife d'envoyer à l’Equateur un non-

“ ce muni de pouvoirs suffisants pour transformer ou détrui re, Après six mois de discussion, le’ projet de concordat aJ reférendum fut signé, le 26 octobre 1862, par le cardinal An. tonelli, ministre d'Etat et par D. Ignacio Qrdones, plénipotentiaire de l'Kquateur. En voici: les principaux. articles, reproduction presque textuelle du président.

La religion catholique, apostolique et romaine, ‘est la religion dé l'Etat, à l'exclusion dé toùte autré culte où dé sotiété conddiinée par l'Eglise, FIlé ÿ sera conservée porpétuellement dans son intégrité, avec tous ses droits ét prérôgutivés, conformément à l'ordre: établi par Dieu et aux préscriptions canoniques.

sp L'instruction à tous les degrés se modèlera sur les principes de l'Aglise catholique. Les évêques auront seuls le le droit de d signer leslivres dont on devra faire usage pour l’enseignement des sciénces ecclésiastiqies et de celles qui intéressent la foi ou les mœurs. De‘plüs, ils exérceront avec une pleine liberté le droit qui letir appartient dé pros: crire les livres contraires à Ta religion ét là morale. Le gouvérniement prendra toutes les mésures nécessaires pour empêcher l'introduction de pareils livres dans la république. Quant à l’université, aux collèges, aux écoles primaires, les évêques, investis par Dieu du droit de Veiller'sur la doctri: né ét lés bonnes mœurs, en auront la hauté inspection.

“ Le souverain pontife ayant juridiction dans toute l'Église, évêques et fidèles pourront communiquer librement ‘avec lui, sans que les lettres ou rescrits pontificaux soient soumis à l'Exequatur du pouvoir civil. Les évêques jouiront d'uue pleine liberté dans l'administration de leur diocèse, ainsi que dans la convocation on li célébration des synodes” provinciaux ou diocésains.

‘ L'Eglise éxercera sans entraves son droit de posséder et d'administrer ses biens. Le for ecclésiastique sera rétabli dans son'intégrité, Les causes des ‘clercs: ‘seront dévolus à l’'uutorité ecclésiastique, sans qu'on puisse en appeler aux

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( L'Aglise accorde au président de la République le droit de représentation aux évêchés et aux cures, Les. évêques désigneront au président trois candidats parmi lesquels il devra faire son choix dans un délai de trois mois : passé ce temps, la nomination appartiendra au Saint-Siège (1), ”

Enfin, après quelques dispositions relatives aux besoins spéciaux de l'Équateur, le concordat portait ce dernier article : “ La loi dü patronat est et demeure supprimée ”. Comme Jésus-Christ, l'Eglise de l’Equateur ressuscitait, débarrassée de ses gardes, de ses liens et du suaire dont on l'avait enveloppée. Il ne faudra pas trop s'étonne du cri de rage que va pousser Satan, ni des eflorts désespérés que feront les suppôts de lu Révolution pour recoucher l'Eglise dans son sépulcre,

Les articles du concordat ainsi déterminés, l'échange définitif des signatures devait avoir lieu à Quito. Pie IX y envoya un délégué apostolique pour représenter le’Saint- Siège. Ce prélat, Mgr Tavani, était porteur d’une lettre autographe de Sa Sainteté, Pie IX y félicitait Garcia Moréno ‘ de sa piété profonde envers le Saint-Siège, de son zèle ardent pour les intérêts de l'Eglise catholique, et l'ex hortait à favoriser de toutes ses forces la pleine liberté de cette épouse du Christ, ainsi que la diffusion de ses divins enseignement, sur lesquels reposent la paix et la félicité des peuples. ” Quant au délégat, en remuttant ses lettres de créance, il s'applaudit de la noble mission qui lui était confiée, “ Le concordat, dit-il, allait fournir au monde une nouvelle démonstration de l'unité catholique, du soutien mutuel que doivent se prêter lu tiare et l'épée, et des liens indestructibles qui unissent la Rome éternelle à la terre privilégiée de l’Equateur, ”.

Garcia Moreno aimait Pie IX, le bon, mais aussi le ferme et vaillant Pie IX, alors aux prises avec les Garibaldi

() Voir le texte du concordat, EI Nacional, 22 avril 1869.

et les Cavour. En recevant son ambassadeur, il ne put

s'empêcher d'exprimer l'indignation qui bouillonnait au fond de son âme, contre les odieux persécuteurs d’un père si tendre et si dévoué (1) “Je remercie Dieu, dit-il, qui nous à menugé ce jour de joie et d'espérance ; j'en remercie le saint-père, qui nous prodige ses tendressesalors qu'on l'ac“able de tribulations ; je vous en remercie également, vous, son digne représentant, messagers de la bonne nouvelle, qui nous arrivez au nom dn Seigneur. Grande est la tâche qui vous incombe d’implanter parmi nous ce concordat destiné à devenir, par notre union plus étroite au centre de l’unité, la picrre angulaire de notre félicité sociale.

& Je vous prie de transmettre au saint-père nos sentiments de reconnaissance, et, de lui faire savoir que nous équatoriens, catholiques de cœur et d'âme, ne sommes ni ne pouvons être insensibles aux attaques dirigées contre le Saint-Siège et sa souveraineté temporelle, cette indispensable condition de sa liberté et de son indépendance aussi bien que du repos et de la civilisation du monde. Dites-lui que,si la force nous manque pour élever un rempart de fer contre l’impiété et l’ingratitude des uns, la lêcheté et l’ingratitude des uns, la lâcheté et l'indifférence des autres, il

- nous appartient au moins d'élever la voix pour condamner le crime et d'étendre la main pour signaler le criminel. Dites-lui enfin qu'unis plus étroitement à lui en ce temps de calamités, au sommet des Andes comme sur les rives de l'Océan, nous prions pour notre père ; nous demandons que Dieu mette un terme aux maux qu'il endure, avec l’intime et consolante convictionque ces jours d'épreuves passeront bientôt, car si la force dispose du présent, Dieu, lui, se réserve l'avenir. ”

Quelque moiïs'après la réception solennelle du délégat, arrivait à son tour D, Ignacio Ordonez, porteur du projet de concordat, Le président en accepta toutes les dispositions ; mais, avant d’apposer s° signature au bas de cet ac-

(1) Voir la séance de réception du délégat : Æ Nacional, 25 août.

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re, l'entente n'avait pu s'étalilir, Pénétré de la nécessité com.

te, il s'informe du clergé. Or, sur cette question subsidiai--

me de la difficulté d’une réforme, Garcia Moreno avait sol-. licité l'envoi d’un délégué pontifical disposant de moyens de cœærcition as-z énergiques pour faire rentrer les délin-

quants dans le devoir ; à l'égard des religieux prévérica-

teurs, il n’admettait d'autre alternativé que la réforme ou la sécularisation, Ces mesures de contrainte et de séculari-

sation en musse répugnèrent à la cour de Rome, et le mi-

nistre Ordonez fut chargé de dire au président que le saint-père voulait comme lui arriver à la réforme, mais par la douceur et la persuasion.

Cette fin de non-recevoir renversait tous les plans de Garcia Moreno sur la régénération du pays par l'Eglise, Il admirait la longanimité du pape, mais il crut, non sans raison que deshommes déshabitués de toute règle ne se remettraient jamais bénévolement aux observances rigides de la vie religieuse, et qu'on ne pouvait attendre de la persuasion seule ce miracle de transformation. D'un autre côté, laisser subsister cet état de choses, c'était temporiser avec la gangrène et infester de son poison le corps social tout entier. Le concordat resterait lettre morte et ne tiendrait pas deux mois devant l'opposition des libres-penseurs unis aux libresviveurs. Persuadé que ces deux points, le concordat et la réforme, étaient essentiellement liés ensemble, il refusa net d'accepter l’un sans l’autre. “ Retournez immédiatement à.

. Rome, dit-il à son ministre, et dites au pape, que j'accepte

tous les articles du concordat, mais à la condition qu'il imposera la réforme, S'il ne peut imposer la réforme, je ne puis imposer le concordat. ”

D, Ignacio Ordonez se remit donc en route, et reparut bientôt devant Pie IX, stupéfait de son retour aussi prompt qu'inattendue. ‘ Sans doute, s'écria le pape en souriant, vous venez me dire comme César ; Veni, vidi, viei ! — Au contraire, je viens annoncer à Votre Sainteté que le président refuse de signer le concordat, ” Et comme Pie IX manifestait un grand étonnement, son interlocutour lui fit

observer que, si d'une part dans Jes por on, avait |

tenu compte des instructions de Garcia Moreno concernant la liberté de l'Eglise, on avait d'autre part écarté les propositions relatives à la réforme du clergé. ‘ Je veux commé

lui Ja réforme, répondit le pape, mais non par les mêmes:

moyens. — Il affirme, répliqua le ministre, que si Votre Sainteté connaissait la situation comme lui, Elle verrait clairement que les. moyens proposés sont les seuls efficaces, Or, sans la réforme, et la réforme à bref délai, l'exécution du concordat est impossible. ”

Pie IX savait par son expérience personnelle la difficulté d'opérer des réformes de ce genre au moyen de la persuasion seule, füt-on la première autorité du monde. Ses serupules disparurent devant la consciencieuse énergie de l'inflexible président, et il décida que des pleins pouvoirs se. raient expédiés au délégat apostolique.

Un mois après, le 22 avril 1863, tout obstacle levé, le <oncordat fut solennellement promulgué dans lu capitale -et dans toutes les villes de l’Equateur. A Quito, la cérémonie fut célébrée dans l'Eglise métropolitaine avec une pompe digne de ce grand évènement historique. Après la messe pontificale, le président et le délégut, entourés de toutes les autorités civiles et militaires, procédèrent à l'échange des signatures, et lecture fut donnée au peuple des articles du concordat, Alors, au chant du Te Deum, au bruit des salves d'artillerie, on arbora le drapeau de Equateur et la bannière pontificale, dont les couleurs en s’unissant symbolisèrent aux yeux de tous l’union qui existait désormais entre l'Eglise et l'Etat.

Par cet acte de politique chrétienne, acte unique dans l’histoire, des nations modernes, Garcia Moreno s'élève audessus de tous les souverains dévoyés par le protestantisme de la Révolution ; il eut l'intelligence de l’état normal des sociétés humaines ; seul, malgré le courant fatal de libéralisme qui emporte à l’abîme peuples et rois, il rendit à son pays la vrai liberté en lui rendant le gouvernement de Dieu. Sans doute au commencement de ce sciècle, Napoléon,

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entrevoyant la mission sociale de l Eglise, déclare dans un concordat solennel que l'exercice de la religion catholi que serait libre en France ; mais l'instinct révolutionnaire du despote étouffa aussitôt l'instinct du chrétien, et, par ses Articles organiques, il garrotta comme une criminelle cette Eglise qu'il venait d’affranchir. Bourreau sans pitié, il se . jeta sur sa victime, lui lia les mains, puis les pieds, puis lui serra la gorge jusqu’à l’étrangler. Les pigmées qui succédèrent à cet Hercule, armés des mêmes Articles organiques, ont trouvé moyen de saigner l'Eglise aux quatre membres et de de luitirer son sang goutte à goutte,‘ sans violer le concordat, disent-ils avec un sourire cynique. C’est en regard de ces tyrans qu’apparaît dans toute sa grandeur la sublime figure de Garcia Morono, à côté de Charlemagne et de saint Louis.

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