‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 53 sur 97 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

limite

DÉFAITE DE TULCAN l'Equ

ritoir :

qui lui

(1862.) volter

l'honn

Ces reformes civiles et religieuses soulevait de nombreux té

et graves ressentiments contre l’homme audacieux qui ho prétendait, disait-on, régenter l'Equateur, lorsqu'une ex- Sins

pédition chevaleresque mais malheureusé vint mettre de |

nouvelles armes aux mains de ses ennemis. = ‘ Le

Vers le milieu de l'année 1460, le général Mosquers, mes de

vieux soldat de l'Indépendance, catholique de vieille race, ane lié n'ayant pu obtenir du parti conservateur le fauteuil de la ne

présidence, se mit par ambition à la tête des radicuux pour us x révolutionner les Etats-de Colombie contre le gouverne- blessé

nement central. La guerre civile ayant éclaté, le président # one

Ospina fit appel au dévouement d’un grenadin établi à Pa- 274]

ris avec sa famille, le brave Julio Arboleda, désigné déjà ! non

<omme le futur chef du gouvernement. Issu d’une famille : lt

anciennne et distinguée, guerrier plein de valeur, orateur brillant, poëte même à ses heures, d'esprit religieux mais le caractère aventureux, Arboleda offrait plus d’un trait de ressemblañce avec Garcia Moreno. Appelé par le pouvoir . Tégitime, il accourut à Santamarta qu'il défendit vainement <ontre les rebelles ; puis, Mosquera, maître de Bogota (I,) ayant proclamé la dictature et donné le signal d'une atroce

(1) Santa-Fé: de Bogota capitale de la Nouvelle Grenade.

breux x qui 16 extre de

quera, > r'ACE, de la

pour vernesident i à Paé déjà amille rateur x mais rait de ouvoir iement ta (L,)

atroce

vince du Cauca pour organiser la résistance au sein de ces populations sinoèroment catholiques. Tout l'Equateur, Garcia Moreno en tête, faisait des vœux pour son trionfphe, quand ün incident malheureux vint mettre aux prises ces deux hommes si bien faits pour s'entendre.

Le 19 juin 1862, un bataillon d'Arboleda, à la poursuite d'une bande de Mosqueristes, ayant franchi le Rio Carchi, limite des doux Etats, blessa gravement le représentant de l'Equuteur accourn pour s'opposer à cette violation du territoir ; dans son emportement il chargea même la milice qui lui barruit le passage. Il n’en fallait pas tant pour révolter Garcia Moreno. susceptible au dernier degré quand l'honneur national était en jeu. Quatre jours après l’échauffourée du Carchi, il oxpédia au gouvernement d’Arboleda, établi à Pasto, cette dépêche indignée, violente même, si l'on considère qu'elle s'adresse à un ami politique, et à l'ocession d’un fait absolument involontaire de sa part.

‘“ Le 19 du présent mois vers le soir, quatre cents hommes de vos troupes ont passé le Carchi et se sont avancés à une lieue de la frontière sur le territoire de la République. Après ce premier délit, continuant leurs , démonstrations hostiles, ils ont fait feu sur la garnison équatoriennne, et blessé le commandant qui leur reprochait à bon droit l’ucte outrageant dont ils se rendaient coupables. Comme, il n’y a point actuellement dans la Nouvelle-Grenade de gouvernement général avec qui l’on puisse traiter, le président de la République exige de vous une prompte satisfaction pour l'injure faite au pays par cette violation du territoire et les délits qui. l’ont accompagnée. En réparation de l'offense, il demande la destitution du colonel Erazo, chef de l'expédition, et la remise entre nos mains du major Rosero qui blessa le commendant militaire de la frontière. Le délit ayant été commis sur notre territoire. l'extradition est de droit en vertu du traité de 1856. Cette satisfaction, le gouvernement espère l'obtenir complète, et dans les quarante-huit heures : autrement il se verra forcé, bien qu'a

persécution contre l'Eglise, Arboleda se jeta dans la pro- |

son grand regret, d'employer les moyens nécessaire: pour faire respecter ses droits (1). ”

Pour coroborer sa juste mais sévère réclamation, il expédiait ên même temps à la frontière une division de gardes nationaux et quelque centaines de vétérans, le tout commandé par le colonel Salvador, ‘ non point, disait-il, dans une circulaire au corps dipplomatique, pour intervenir en faveur de l’une ou de l’autre des parties belligérantes, mais pour assurer le respect et l'intégrité du territoire ”.

Aussi fier que Garcia Moreno, Arboleda plaida les circonstances atténuantes, et finalèment refusa la satisfaction demandée. ‘ Le colonel Erazo, dont on exigeait la destitution, combattait sur un autre point du territoire pendant que le détachement en question passait la frontière : il n’avait donc poinf à répondre du délit. Quant au délit luimême, commis malgré ies recommandations souvent répé- : tées des autorités supérieures, il s’expliquait par la précipitation et l'emportement d’une bande furieuse, inconsciente de ses actes. C'était aussi sans préméditation que le major Rosero avait blessé le chef militaire de l’'Equateur, et partant, aux termes du traité, il échappait à l’extradition. On espérait que ces explications paraîtraient satisfaisantes. ”

Garcia Moreno les trouva simplement dérisoires. Il ré-

pondit avec sa logique de fer ‘ que si le colonel Erazo n'a-

vait point passé le Carchi, il demandait la destitution du thef, n'inporte lequel, qui présidait à l'invasion ; que, si la bânde avait enfreint la défense réitérée des autorités, cette circonstance aggravait sn crime ; qu’enfin de nombreux témoins imputaient au major Rosero d’avoir agi en purfaite connaissance de cause. Si Arboleda ne se croyait pas responsable des délits “ommis par ses surbordonnés, l’Equateur n'avait d'autre ressource pour faire respecter ses droits que de les défendre les armes à la main. ”

L'affaire menaçait de prendre des proportions très graves. À l’Equateur, on blâmait assez généralement cette dé-

(1) Dépêche du 23 Juin 1862.

in et ts et (D 1e

monstration militaire à la frontière. Les ennemis du président, les modérés, et même un certain nombre de ses amis, trouvaient qu'il aurait du accepter les explications d’Arboleda, pour ne point compromettre une situation déjà trop tendue à l’intérieur, et qui deviendrait désastreuse si elle se compliquait d’une guerre avec l'étranger. A tort ouà

iren raison, Garcia Moreno prétendit qu'il s'agissait d'une quesprés tion d'honneur, et qu’un chef d'Etat ne laisse pas, lui vivant, violer impunément son territoire : il décida, en cons Cir- séquence, qu'il irait personnellement exiger d'Arboleda ction | une réparation qu'en homme loyal celui-ci ne pouvait restitu- fuser.

; dant Il fallait toute son énergie pour prendre une résolution By serblable dans les circonstances oùil se trouvait. Quelque b Jui temps auparavant, en dirigeant des ouvriers occupés à tra: répé- cer une route au travers des bois, il s'était fait à la jambe, récipi- À une profonde blessure. Malgré les soins des médecins, la ste | plaie s’envenima d’une manière si alarmant que ceux-ci RASE prescrivirent au malade un repos absolu. Or, à ce moment pare ! là même, Garcia Moreno voulait à toute force monter à cheés On val pour gagner la frontière. Très expert en médecine et ” en chirurgie, il proposa de brûler la plaie, mais l'opération Il ré- ; parut si dangerersc aux hommes de l’art qu'ils refusèrent LO n'a- d'en prendre la responsabilité. Alors, impatienté de ces ion du lenteurs Garcia Moreno saisit lui-même une lame de fer , si la échauffé à blanc, et l’appliqua sur la plaie vive avec autant , cette Î de calme que s’il se fut agi de son voisin. Trois jours après, breux la blessure parfaitement cicatrisée, l’homme de bronze faiirfaite sait à cheval les trois journées de marche qui le séparaient AS T'es- | du Carchi. Equa- En reioi ï L Ë à droits n rejoignant sa petite armée, Garcia Moreno avait moins RE

l'envie de combattre que de faire prendre au sérieux sa demande de réparation ; mais déjà Arboleda, décidé à ne 8 gra- point accorder de satisfaction, avait quitté son campement tte dé- des environs de Popayan et s’avançait vers la frontière avec trois mille cinq cents hommes. Persuadé néanmoiris qu'une conversation amicale terminerait le différend, Gaï:-

cia Moreno lui dépêcha son aide de camp, don Napoléon Aguirré,pour lui proposer un arrangement pacifique. Cette offre fut immédiatement rejetée, sous prétexte qu'un parletaire ne doit pas se présenter en uniforme, ni sans les formalités usitées en temps de guerre. Arboleda fit même saisir et déporter Aguirre jusqu'à deux lieues de la fontière, où on le laissa libre en lui faisant entendre que le conflit ge terminerait par une conférence avec Garcia Moreno. Or, cette nuit-là même, après avoir expédié une lettre dans laquelle il exprimait à son adversaire son vif désir de conciliation, Arboleda passait la trontière avec son armée, ce qui ne permettait plus de traiter honorablement avec lui, puisqu'il envahissait le pays sans déclaration de guerre et sans avertissement d'aucune sorte.

La troupe de Garcia Me eno se trouvait alors campée aux environs de Tulcan. Ne sachant où la rencontrer ni commeut s'orienter au millieu des ténèbres, Arboleda, suivi de quelques compagnons d'avant-garde, cherchait à reconnaître les chemins, quand tout à coup il apperçut dans l’ombre, à quelque distance, comme une pointe de feu. Faisant arssitôt signe au siens de s'arrêter, il avance seul, à pas de loup, vers le point lumineux et tombe sur un espion de Garcia Moreno qui venait tranquillement, mais très imprudemment, d'allumer un cigare. Epouvanté de se voir à la merci du chef grenadin, cet homme servit de guide à l’armée ennemi jusqu'à Tulcan.

Il n'y avait point à reculer. La petite troupe, mal armée, plus mal exercée, se défendit héroïquement jusqu’à ce que, enveloppée par le nombre, elle se vit obligée de capituler ou de fuir pour échapper à la mort. Garcia Moreno, lui, ne savait ni fuir, ni Capituler. Au moment de la débandade, il se précipite, suivi de cinq intrépides cavaliers, au milieu des bataillons ennemis. Il frappe à droite et à gauche sans s'inquiéter des balles qui sifllent à son oreille, abattant son chapeau et criblent ses vêtements. Une de ces balles l’atteint à la poitrine et glisse sur une pièce d'argent, sans le lesser, IL arriva ainsi jusqu'aux derniers retranchements

d’Arbolec de balles, Déjà mêu tout dang officier et

Jui que je

Peu fie té en prés pêcher d’ reille déf:

re SON Va profond posé à Sincèrem deux che tances qu au lieu d mie, cett ment la | quateur ]

‘conclure:

ré libre,

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et l’agita captivité terminé qui, par les prop le peupl profond.

res publ miliatio:

son gén sortir | compte victime osité. L

d’Arboleda, puis retourna sur ses pas au millieu d’une pluiede balles, sans qu'un ennemi osût lui barrer le passage. Déjà même il était loin du champ de bataille à l'abri detout danger, quand il revint volontairement se livrer à un

officier en lui disant : “ Conduisez-moi à votre chef, c'est à

lui que je veux rendre mon épée. ”

Peu fier de sa facile victoire, Arboleda se sentit déconcer-" té en présence de ce magnanime vaincu. Il ne peut s’empêcher d’avouer en présence de tous ses officiers qu’une pareille défaite, honorable pour l’Equateur, couvrait de gloire son vaillant chef. Il traita Garcia Mcreno avec le plus profond respect, lui rendit son épée, et se montra tout disposé à traiter immédiatement des conditions de la paix. Sincèrement réconciliés dès leur première entrevue, les deux chefs catholiques déplorèrent le concours de circons. tances qui les avait aménés à guerroyer l’un contre l'autre, au lieu de tourner leurs armes contre leur commune ennemie, cette Révolution tyrannique qui désolait en ce moment la Nouvelle-Grenade, et ne cessait d’intriguer à l’'E-

quateur pour ressaisir le pouvoir. Oubliant leurs griefs, ils

conclurent un traité d'alliance ; puis Garcia Mor2no, déclaré libre, reprit le chemin de sa capitale.

À Quito, comme dans tous le pays, régnaient le trouble et l'agitation. On avait appris la déroute de l’armée et la captivité de son chef. Malgré l'acte ü’néroïsme qui avait terminé le combat de Tulcan, on gémissait sur'une défuite, qui, par suite des exigences du vainqueur, pouvait prendre les proportions d’un véritable désastre. Aussi, pendant que le peuple, attaché de cœur à Garcia Moreno, témoignait sa profonde tristesse par ses lamentations, ses larmes, ses prières publiques dans les églises, les libéraux, heureux de l’humiliation subie par l’homme qui les écrasait du poids de son génie et de sa bravoure, prenaient-ils plaisir à faire ressortir l’inutilité de cette funeste entreprise. Sans tenir compte de la déloyale agression dont le président avait été victime, ils attribuaient son échec à sa téméraire impétuosité. Le moment n'était-il pas venu de se débarrasser de ce-

réformateur turbulent et tyrannique qui, sous prétexte de. catholicisme et de civilisation, imposait à l'Equateur ses : 4

idées rétrogrades en même temps qu'il le brouillait avec

l'étranger ? En s'appuyant sur la garnison de Quito, et ‘

peut-être sur Florès, dont les idées politiques ne cadraient pas avec celles de Garcia Moreno, ne pouvait-on pas prof ter du trouble des esprits pour abattre le gouvernement et conclure avec Arboleda une paix moins onéreuse ?

Les organisateurs de pronunciamentos en furent pour leurs frais d'invention. Ils apprirent bientôt que le président, supposé prisonnier, se trouvait au palais du gouvernemcnt où il avait repris les rênes, après avoir fait avec Arboleda, sous le titre d’Acte additionnel au traité de 1857, un vérit- ble traité d'alliance. Les deux parties contractan.

tes s'engageaient à respecter l’inviolabilité de leur territoi. .

re, et à ne jamais permettre que les réfugiés, sous prétexte de droit d'asile, troublassent la paix des deux pays. On trouve dans les préambules de cette convention comme un écho des paroles échangéees, au moment de leur rencontre, entre Garcia Moreno et Arboleda : “ Les gouvernements de la Confédération grenadine et de l’Equateur, y est-il dit, attristés de voir que des circonstances indépendantes de leur volonté,les aient aménés à une rupture reconnaissant que les intérêts des deux nations exigent impérieusement l'oubli de leurs dissentiments, déclarent non avenus les malheureux incidents qui leur ont fait prendre les armes, et s'engagent à ne présenter aucune réclamation pour les actes antérieurs au présent traité. (1) ”

Arboleda ne put jamais réparer l'impardonnable imprudence d’avoir, pour une vaine satisfactions d'umour-propre, abandonné ses positions contre Mosquera. Quelque temps après, livré à un vil assassin par des ennemis qui n'avaient pu le vaincre ni à la tribune ni sur le champ de bataille, le noble champion des conservateurs périt dans les défilés de Berruecos, comme autrefois le maréchal Soucre. Sa mort assura le triomphe du radicalisme à la Nouvelle-Grenade

() El Nacional, 16 août 1862.

FR d

<tlo règne à Garcia ] ter contre obscurcir

J'héroïsme

sait-on de tions, et le Léonidas.

() d'air Apuntamie:

et défendu | J'attends, p les docume

pour > présirouverrec Ar- > 1857, actan-

erritoi- .

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ontre, ments t-il dit, tes de int que ; l'oubli eureux agent à érieurs

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temps avaient rille, le filés de a mort renade

et règne de l’impiété pendant un quart de siècle. Quant à Garcia Moreno, ses ennemies ne manquèrent pas d’exploiter contre ui l'épisode de Tulcan, mais sans parvenir à en obscurcir la gloire ; on oublia l’insuccès pour ne penser qu’à

J'héroïsme du président : il n’y a point de déshonneur, di-

sait-on de toutes parts, à perdre une bataille dans ces conditions, et la défaite des Thermopyles n'a flétri ni Sparte ni Léonidas. (1)

(1) J’ai rédigé ce chapitre d’après les documents officiels et les Apuntamientos historicos du Dr Don Pablo Herrera, publiés en 1886 et défendu par lui contre les critiques du Dr J. Francisco Zarama. J'attends, pour contrôler les faits contestés, d’avoir sous les yeux les documents officiels de la Colombie.

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