‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 72 sur 97 · DOE · texte numérisé non relu

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3, expose ‘ le triste et lamentable étut de l'instruction 4 bique depuis qu'Urbins avait édicté la loi des études, ct D converti en caserne l'unique collège de la capitale, C'est D Ja décadence complète de l’enseignement scientifique et » Jittéruirc. On dirait quo les législateurs de 1853 ont eu à cœur de conduire la république dans un abîmede malhours par le chemin de la barbarie. ”

- ro même fait avait élé constaté, deu x ans auparavant, par D, F. Cevallos (1). à l'occasion de sa réception dans l'Académie nationale, récemment fondée à Quito, ‘“ Comme les membres de cette Académie se connaissent à peine, disaitil, et que je n’ai sous les yeux ni auteurs, ni livres, je n'ubstiens de tout panégyrique... L'idée d'une ucadémie à l'Équateur paraîtra tellement étrange que si notre société ne

reno prend pus la ferme résolution de soufrir patiemment les nole, sverses de quolibets qui vont pleuvoir sur elle de tou: les hilo- cllèges, universités, tribunes, journaux, revuos et salons, je hom- > pui: vour Annoncer que vous ne vivrez pas un jour. Si Duel- l'on considère les illustres académiciens qui dominent en e la » Europe le monde scientifique ct littéraire, difficilement on ’éco- b vous regardera sans sourire. Où sont nos suvants, n08 , le ». lettrés, nos laborutoires, nos bibliothèques ? Où se trouve Cha- * chez nous, pauvres enfants de l'ignorance ct de la révalte, nisit » ette classe de penseurs assez dédrigneux des préoccupades 2 tions domestiques pour se livrer exclusivement à l'étude de de ka philosuphie et des sciences ? ” nes, | Après ce début, qui établissait le niveau présent de l'inscol- truction, l’académicien envisageait l'avenir et mettait ses étu- : confrère en garde contre l'inconstance et l'impationce : née, “ Nous voudrions, disait-il, aplanir les Andes en un an et les défricher nos bois en un jour. Avec une volonté calme et nu- } toujours égale, les hommes triomphent de l'impossible, tte Qui sait ? nn jour luira peut-être, non pour nous, mais pour ga- » la patrie qui ne meurt pas, où l'Équatorien pénétré de la r'a- ) science des autres peuples, soulèvera, de concert avec eux, )le, , de (1) L'auteur distingné de l’Historia del Ecuador, 5 vol. Quito.

le voile dont la nature enveloppe ses secrets et ouvrira des

sentiers nouveaux aux progrès du génie humain. L'intel. ligence et la raison n'ont ni âge, ni race, ni patrie, elles sont de tous les temps et constituent l'apanage de tous les peuples. Avec une volonté forte, on les ferait resplendir au Napo aussi bien que dans la docte Allemigne, ”

Ce beau rêve, caressé pour un avenir lointain, l'accadé micien put dix ans après en contempler la réalisation, Un homme de génie et de volonté pronongça le Fiat lux au milieu de ces ténèbres, et la vérité sous toutes ses faces il. lumina les esprits. Il faudrait un volume pour raconte les mervoilles opérées par Gurcia Moreno en quelques unnées, merveilles d'autant’ plus admirables qu'il eut à vaincre, pour réussir, de véritubles impossibilités matérielles et morales. Comment déterminer à l'étude ces races apathiques par tempérament, qui s’autorisent de leur soleil, de leur climat, ot de leur montagne, pour s'exempter du travail? Comment remonter le torrent des habitudes séculaires, vaincre l'opposition des municipalités routinières et les sophismes des politiques à courtre vue ? Où trouver, dans ce pays pauvre, de l'argent pour bâtir des écoles et des collèges ? Où rec'uter des professeurs pour enseigner? Cette tâche gigantesque n’effraya point Garcia Moreno.

Préoccupé de relever le niveau moral et intellectuel du peuple, il travailla d’svord à réformer l'instruction primaire, triste apanage d’un très petit nombre d'enfants, qui végétaient dans des écoles mal organisées et plus mal dirigées. Dès sa première présidence, il posa les bases d’une rénovation complète, en appolent à l'Équateur différentes congrégations enseignantes, frères des écoles chrétiennes, sœurs de charité, dimes du Sacré-{œur, religieuses de la Providence, qu'il installa dans les grandes villes, à Quito, à Cuenca, à Guyaquil, pour y fonder des écoles gratuites ct libres. Il détruisit ainsi d’un seul coup le monopole de l'université, rompit avec les vieilles méthodes, ot suscita des écoles modèles qui bientôt discréditèrent celles de l'État. Ce n'était là pourtant qu’une pierre d'attente pour le

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à jour où, revêtu d’une autorité suffisante, il pourrait agir en

maître.

Au congrès de 1871, le message dévoila son plan tout entier, ‘“ L’instruction publique, dit-il, est l'objet coustant de notre sollicitude. L'enseignement primaire, le premier en importance, parce qu’il s'adresse à tous et sert de préparation aux études plis élevées, a reçu de préférence les soins du gouvernement. Malheureusement la législation actuelle nous laisse sans moyens d'action suffisants pour donner à cette œuvre la vie et l'impulsion. Qu'importont en offet l'ouverture d'un certain nombre de classes gratuites placées sous la direction des frères, et la construction d'édifices très coûteux destinés aux filles de la charité etaux religieuses du Sacré-Cœur ? Aussi longtemps que l'instruction pr! maire dépendra des conseils académiques de province pot: le choix de l’instituteur, et de municipalités pour les dotu. tions, on verra beaucoup de paroisses privées d'écoles, e d'autres en danger de perdre celles qu’elles possèdent, sous un coupable prétexte d'économie, ou bien parce qu :es instituteurs, insuffisamment rétribués, refusent de seconsacrer à cette tâche laborieusc et ingrate, IL nous restera ceux que leur ignorence ou leur inconduite vouent à ce labeur, devenu leur unique gagne-pain. L'enseignement primaire chez nous à toujours été la carrière de ceux qui n’en ont pas d'autre, et le résultat de cette déplorable situation, c’est qu'après plusieurs années irrémédiablement perdues, les enfants sortent de ces bouges d’ignorance la tête vide d'idées utiles et le cœur plein d'exemples pernicieux. Ajoutez que faute de maîtres ou de bonne volonté de la part des parents, la moitié des enfants peutêtre ne regoit aucune instruction. Est-il étonnant que l’ignorance et l’ubjection se transmettent comme un héritage fatal, que la paresseuse indolence se perpétue comme une tache indélébile, et que la race indigène en particulier croupisse dans sa dégradation ? Pour remédier à ce mal suprême, le projet de loi que je vous présente concède au gouvernement l'autorisation d'ouvrir de nouvelles écoles, de manière à pourvoir à

l'éducation de deux cent mille enfants, et déclare l’instruction primaire gratuite et obligatoire pour tous, excepté -pour les nécessiteux.

Cette loi, votée par le congrès, réveiila les plus indolents L'école obligatoire pour tous les enfants de huit à douze ans, les parents déclarés responsables et passibles d'une amende de plusieurs piastres, des prestations co. respondantes à dix jours de travail imposées aux adultes illettrés, sans compter la privation des droits civiques stipulée. par la constitution : telles étaient les dispositons relatives aux particuliers. Quant aux communes, toute agglomération pouvant fournir cinquante enfants de six à douze ans, avait le droit d'exiger une école primaire. Au gouvernement, tenu de l'établir même si la paroisse n’en faisait pas la demande, la respon abilité de tout retard coupable dans l’accomplissement de ce devoir (1).

Pur arriver à l'exécution de cette loi, il fallait des maïitres. Le président fit, derechef, appel aux frères des Écoles chrétiennes qui accoururent de France au secours de leurs aînés. De vastes installations lour furent préparées, non seulement dans les cités de premier ordre, mais dans tous les centres populeux, comme Latacungs:, Guaranda, Jburru et Loja. Dépenses occusionnées par ces longs voya ges, frais d'établissement et d'entretien, rien n'’arrêtait le président ; et, comme malgré tout, le nombre des instuteurs congréganistes restait insuffisant, il créa sous leur direction ne école normale de maîtres laïques profondément chrétiens qui, formés par la méthode des frères, devinrent leurs colluborateurs dans les campagnes.

En peu de temps, l'instruction primaire, pour laquelle le président dépensait annuellement plus de cent mille piastres, prospéra d'une manière adm’rable. Dans l'intervulle d'un congrès à l'autre plus de cent écoles nouvelles s'élevèrent. On en comptait deux cents en 1869, quatre cents en 1873, et cinq cents au commencement de 1876. La progres-

({) Proano, Collection de alymos Escritos.

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éion du nombre des élèves suivait la même proportion. Les statistiques officielles établissent qu'avant le gouvernement de Garcia Moreno, le chiffre des élèves fréquentant l'école primaire étsit de huit mille environ. En 1865, après sa première présidence il s'élevait à treize millo ; en1871, à

* quinze mille : en 1873, à vingt-deux mille ; en 1875, à trente-

deux mille.

Les filles n’entrent que pour une part très minime das ce recensement. En rapportant les chiffre que nous vénons de donner, Garcia Moreno établit que le nombre des filles fréquentant les écoles est des trois quarts inférieur 4 celui des garçons. Cela tient, disait-il, à le pénurie de mattresses et de locaux, et surtout à la difficulté pour les petites filles d'aborder les écoles,les populations se trouvant disséminées à travers des campagnes d'une immense éten-: due, souvent très accidentées, et sans autres voies de communication que des scntiers étroits et dangereux. Il étudiait les moyens de vaiucre les difficultés que la nature elle-même opposait à son œuvre,

Les Indiens, qui composent presque un tiers de la population totale, figurent aussi pour un nombre insignifiant dans les tableaux ci-dessus mentionnés. Ils avaient vécu jusque-là sans aucune autre instruction que le catéchisme. Garcia Moreno créa des écoles spéciales à l'usage de ces pauvres indigènes, et des bourses à l'école normale pour former des maîtres indiens. Malgré tous ces sacrifices, il eut besoin de toute son énergie pour vaincre leur paresse native et plus encore leurs préjugés,d'autant plus que, dans de but de contrecarrer l’œuvre et l'influence de Gurcia Moreno, les libéraux insinuèrent unx indiens, jusque-ià exempts du service militaire, que le président ne les mettait à l'école que pour les conduire à la caserne. Des impudénts osaient même dire aux naïfs indigènes que, leur destinée étant de vivre dans l'ignorance e: l’infortune, s'ils l'accoptaient franchement, on ne forcerait pas leurs enfants à fréquenter les écoles, Ces pauvres malheureux adressäient aux gouverneurs de province des pétitions dans ce

sens, rédigées par les mer.eurs de l'opposition, et l’on avait. toutes les peines du monde à les désa buser,

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Si l’on joint à ces créations, des cours spéciaux pour les pe jé soldats et les prisonniers, on verra qu'aucune classe de la ". tem population, même la plus infime, ne fut exclue du bienfait jésuites de l'instruction, Quant au programme des études, on adopta chassés celui de nos congrégations enseignantes, où la science reli- quelqu gieuse occupe la première place. Garcia Moreno eût préféré eux-méê mille fois laisser l'enfant dans l'ignorance que de lui ap-

- prendre à vivre sans Dieu. Son bonheur, c'était de voir ces Ils A milliers d'élèves, grâce à l'éducation de maîtres chrétiens, mière | avancer duns la piété aussi bien que dans la science. Avec tmàQ des hommes de cette trempe, disait-il, nous à ati les 1869, 1 familles et la société. h presqu

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Toutefois si l'instruction primaire élève les masses popu- L fiqué laires, c'est l'instruction secondaire qui forme les classes b dierà dirigeantes, et, par là même, exerce la plus grande influen- > saint € ce sur les destinées d’une nation. Aussi, dès qu'il eut pris L teur. } les rênes du gouvernement, ‘e président voulut-il réorga- A collègs niser sur une base solide les quelques mauvais collèges de > mille l’'Equatear. Il demanda pour cela le concours des jésuites, pour | ces instituteurs modèles, auxquels il avait rouvert une pre- D vre. D mière fois la porte du pays dix ans auparavant, et que la L Les col Révolution, aussi stupide qu’impie, en avait expulsés. Sur D frontt sa proposition, le congrès autorisa la compagnie de J ésus à L grès, i fonder des établissements d'instruction dans tout l’Equa- plier ; teur, avec liberté pleine et entière de suivre leu rs méthodes D plust traditionnelles, telles que les expose le Ratio studiorum. | nesse Leurs cours, assimulés à ceux des collèges universitaires, EU de me jouissaient des mêmes privilèges comme acheminement aux D fausec grades. sou

En se rendant aux instances réitérées du gouvernement comm et du penple, les jésuites, devenus sages à l’école de l'expé- mes © rience, stipulèrent par un traité en règle que, ‘“ dans le cas | sans tout à fait improbable où le gouvernement supprimerait la D prixi compagnie de Jésus, les membres de la société ne pour- p d'ens

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raient étre déportés ni dispersés avant un délai de huit mois. à partir du jour de la suppression. Ils jouiraient durant c temps de toutes les garanties coastitutionnelles et légales pour régler leur voyage et &isposer de leurs biens, ” Dans un temps comme le nôtre et sous uu régime républicain, les. jésuites ne manifestent pas la prétention de ne plus être chassés ; ils demandent seulement le temps de ramasser quelques hardes pour le voyage et la permission de tracer eux-mêmes la route de l'exil.

Ils ne fondèrent que deux établissements sous la première présidence de Garcia Moreno, l’un à Guayaquil, l’autre à Quito ; mais, après la suppressien de l'université en 1869, l’enseignoment secondaire prit un grand essor, et presque toutes les provinces eurent leurs collèges, outre le séminaire diocésain. Le président bâtit Quito à un magnifique édifice, destiné aux jésuites, collège qu'il voulait dédier à saint Joseph, mais que l'archevêque baptisa du nom saint Gabriel, pour honorer la mémoire de l’illustre fondateur, En somme, deux cents professeurs, employés duns les collèges et séminaires, donnaient l'instruction à plus de mille élèves. L'Eglise et l'Etat rivalisaient de sacrifices pour le développement et le perfectionnement de cette œuvre. Dans cette voie, le président ne s'arrêtait jamais : ‘ Si les collèges sont bons, disait-il au congrès de 1871, s'ils offrent toutes les garanties désirables de la moralité ut de progrès, il ne fuut point regarder à la dépense pour les multiplier ; s'ils sont mauvais, mieux vaut n’en avoir pas, car la plus terrible calamite pour une nation, c'est de voir la jeunesse perdre ses moilleures années dans l'oisiveté, ou ne se meubler l'esprit que de notions incomplètes, inutiles et fausses.

Sous ce rapport, il n'avait rien à craindre. A l'Equateur comme partout, la compagnie de Jésus formait des hom-: mes et des chrétiens, non des demi-savants orgucilleux, sans éducation et sans mœurs, Dans une distribution: de prix à Quito, le recteur du collège, expliquant la méthode d'enseignement, ne cacha point que l'instruction religieuse

et l'édtication chrétienne auraient toujours le premier rang chez les jésuites. A l'appui de sa chèse, il cita cette parole de Quintilien que lés professeurs et pères de famille feraient bieti du méditer : “ Si les écoles, en donnant l'instruction, devaient corrompre les mœurs, je n'hésite pas à dire qu'il faudrait préférer la vertu aa savoir, ”

Plus heureux qu'en France, où ils sont obligés de se conformer aux exigences idiotes du baccalauréat universitaire, les jésuites de l'Équateur donnaient aux études linguistiques, littéraires et scientifiques la part qui leur revient dans la formation de l'intelligence et du cœur. 1ls n'étaient pas de ces utilitaires qui tuent les humanités pour plaire au matériali:me moderne et compriment l'essor de l'âme vers les régions intellectuelles ot morales en l’appliquant d’une manière exclusive aux études professionnelles. Ils suivaient à la lettre e Ratio studiorum qui servit de base aux études durant tout notre dix-septième siècle,

Le président n’oubliait pas que les jeunes filles appartenant aux classes supérieures de la société, réclamaient comme leurs frères une instruction en rapport avec leur position. Jusque-là toute tentative plus ou moins libérale d'éducation féminine avait complètement avorté, par suite de l'icapacité des maîtresses ou le défaut absolu de principes religieux. Garcia Moreno résolut cette difficulté comme toutes les autres en faisant appel aux congrégations. Les religieuses des Sacré-Cœurs établirent à Quito et dans d’autres villes de vastes pensionnats, où l'on s’attacha plus particulièrement à l'enscignement pratique. Chaque année, le public admirait la gracieuse exposition des merveilles produites par l'industrie enfantine, sous la direction de maitresses habiles et dévouées. Enfants et parents, pénétrés de la plus vive reconnaissance envers le président, s’unissaient de grand cœur aux sentiments qui lüi furent exprimés au pensionnat de Quito, un jour de distribution de prix : “ Cette maison est l'œuvre de vos mains, Toute cette jeunesse vous regarde comme son père et son biehfaiteur. Chacun de nous prononce votre nom avec gratitude et vénération,

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Dans ce même ordre d'idées, il faut ajouter aux collèges et pensionnats une école professionnelle counue sous le nom de protectorat catholique;et dirigée par des Frères vonus de New-York. D'hubiles ouvaiers charpentiers, ébénistes, mécaniciens, recrutés chez les peuples plus particulièrement distingués par leurs progrès dans l'industrie, prirent possession d’un spacieux établissement dans un faubourg de Quito, ct y ouvrirent des ateliers d'apprentissage. Pour apprécier à sa juste valeur cette création, il faut savoir à quel degré de pénurie. en fuit d'objets de première nécessité, d'instruments de travail, et même du mobilier le plus élémentaire, se trouveraient réduits les habitants des Cordillères s'ils ne sc procuraient en Europe les produits de nos diverses industries, Eu formant des artisans indigènes, Garcia Moreno évitait à ses compatriotes de, frais de trans. port qui doublent et triplent les prix des c'ets importés.

Un enseignement technique de même nature, pour les jeunes filles, fut contié aux sœurs de la Providence de R:!gique. Les jeunes pauvres trouvèrent près d'elles un asile sûr dans un hospice prépuré pour les recevoir. ‘“ Ainsi, disait le président, le travail et l'instruction, appnyés sur la pratique des vertus chrétiennes, arracheront à la corruption ces victimes du vice et de lu misère (1). ”

L'enseignement primaire et secondaire rendus accessibles à toutes les classes de la société, Garcia Moreno ne recula pas devant une conception plus grandiose, mais en apparence absolument chimérique : la création sur ces montagnes d’un enseignement supériour, qui rivalisât avec celui des nations les plus en renom dans le monde scientifique. Son génie passionné pour les hautes sciences, joint au désir de former des professeurs capables de développer l'instruction dans les collèges et les écoles, le-pressait de couronner l'édifice.

(1) Message de 1871.

Pour ne point s’exposer aux ravages d'une science impie et corruptrice, il comprit que la religion dovait présider à l’enseignement supérieur, plus encore qu’à celui des collèges et des écoles, Aussi son premier acte, en reprenant le pouvoir, avait-il été de dissoudre l'antique université de Quito, trop peu initiée aux progrès modernes, mais en revanche très avancé duns les idées révolutionnaires. Sur ses ruines, il fonda une nouvelle université vraiment catholique et vraiment progressive. Selon les prescriptions du concordat et en vertu du Docete omnes gentes (1), les évéques avaient la haute main sur l’enseignement, Les livres de religion et d'histoire sucrée devaient être désignés par eux, et les ouvrages littéraires ou scientifiques, revêtus de leur approbation. Quant aux pro: -urs, Garcia Moreno nommait des savants, mais avant tout des chrétiens, sur la doctrine desquels il pât compter. Au sommet des Facnltés présidait la théologie de l’Ange de l’école, comme le soleil qui éclaire tout l'enseignement. A vant que Léon XITI eût remis en honneur la Somme de saint Thomas, on discourait chez les dominicains de Quito sur cette thèse : ‘“ Pour extirper de notre société moderne les erreurs dont elle est infestée, rien de plus nécessaire, aujourd’hui, comme dans les siècles passés, que d'enseigner les doctrines de saint Thomas dans les cours de théolo-zie (2). ”

La Faculté de droit, qui confine à la théologie, fut réorganisée sur des principes absolument catholiques. Jusqu'à lors, le vieux droit romain, commenté par des auteurs libéraux, protestants, ou révolutionnaires, tels que Filangiéri, Vatel, Strada ct consorts, avait servi de l'ase au droit public. De là des jurisconsultes, des avocuts, imbus d'idées païennes et absolument étrangers au droit naturel et canonique. Il falluit des hommes nouveaux ct des livres nouveaux. Garcia Moreno confins cet enseignement à des membres distingués de la compagnie de Jésus, avec mission d'y faire pénétrer l'esprit chrétien, co qui déplutsingu-

(1) “ Enseignez toutes les nations. ”?

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(2) Séance littéraire donnée à Quito, ehez les PP. Dominicains.

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lérement aux libéraux. Un cours de droit naturel ne peut que ckoquer la Révolution, dont les principes violentent la: nature des choses, Le P. Terenziani avait particulièrement Je don d'offusquer les avocats, parce que, dans son cours de législation, il basait le droit public sur les principes de Tar-. quini et de Tapparelli, entièrement conformes aux théories gouvernementales de Garcia Moreno. Plusieurs fois, après avoir entendu les thèses de fin d'année, les mécontents s'ef. forcèrent d’enaoctriner les élèves et de les pousser à lu révolte contre leurs maîtres, mais tous leurs efforts échouèrent devant le bon esprit des étudiants et la volonté de fer de Garcia Moreno.

Une difficulté bien plus sérieuse se dressait devant le prési. dent : c'était non plus de réorganiser, mais de ciéer de toutes pièces une Faculté de sciences. Il s'agissait de trouver un corps professoral à la hauteur des progrès modernes et

. de se procurer tout l'appareil instrumental nécessaire aux

démonstrations pratiques. Or, les savants sont rares, même en Europe, et ne s’expatrient pus facilement, surtout quand il faut entreprendre de longs et pénibles voyages. Ensuite, la fréquence des révolutions américaines et l'instabilité des gouvernements n'invitent guère l’étra: ger à chercher fortune dans ces parages. Garciu Moreno s'adressa encore à cette classe spéciale de savants dont le dévouement, inspiré par lu foi, ne recule jamais devant le sacrifice, C'est aux Jésuites allemands (1) qu'il demanda des chimistes et des physiciens, des naturalistes, des mathématiciens. Il eut quelque peine à les conquérir, mais enfin il les conquit, aussi profondément inetruits qu’infutiquablement zélés. Avec eux, dans les bâtiments de l'antique Université, exclusivement dédiés à la culture des sciences exactes, physiques et naturelles, il organisa sous le nom d'École polytech-.

(1) Leurs noms méritent d'êtres conservés. C’éta'ent, outre le R. P. Menten, doyen de la Faculté, les RR. PP. Kolherv, Wenzel,. Mulendox, Eppiny, Grunewald, Elbart, Dressel, Wolf, Brugler, Bœtzkes et Sodiru.

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mique un centre d'enseignement qu' pouv.it zivaliswr -avec nos meilleures facultés üe science: (1).

Les cours de l’école polytechnique étaient £péculauifs et pratiques. Les premiers correspondaient à la faculté des sciences proprement dites ; les autres, absolument techni- -ques et d'application, formaient de futurs ingénieurs, arpenteurs, architectes, mécaniciens, fabricants, chimistes, directeurs des ponts-et-chaussées. Ainsi s'ouvraient aux “équatoriens des positions nouvelles pour leurs enfants, qui, jasqu'àlors, en fait de carrières libéralos, n'avaient que la

choix entre le sacerdoce, la magistrature, et la médecine. :

Pour enseigner les sciences et leurs applications à toutes les branches do l’industrie moderne, ‘1 faut, outre des professeurs capables, un appareil immense d'instrument et de machines. Le président ouvrit de larges crédits pour acheter en Europe et transporter À Quito tous les objets nécessaires à l’enseignement. En quelques années, l'installation fut complète. Sans tenir compte de la dépense. Garcia Moreuo exigail les objets les plus perfectionnés en tout genre, À son représentant de Paris qui lui faisait observer qu'une -de ses commandes aurait coûté cent mille francs, il répordait :

‘“ Achetez ce qu’il y a de meilleur et de plus beau, et ne vous inquiétez pas du :'este. ”

En parcourant les salles de l’Université, les étrangers ne se lassaient point d'adntirer les merveilles qui s’y trouvaient rassemblées. Cabinet d= physique muni de tous les instruments de mécanique et d'optique ; cabinet de chi. mie ; collections cemplètes de zoologie, de minéralogie et botanique : rien ne manquait à cette exposition do la scien- <e moderne. Après l'avoir parcourue et étudiée, des savants n’hésitaient pas à dire que c'était la plus belle, la plus riche ct la plus complète de l'Amérique, et qu’elle l'emportait même sur beaucoup d’universités européennes.

Et cependant, faut-il le dire, tandis que les étrangers ex

(1) Ces détails sont extraits d’une brochure de M. Domec, alors Ærofesseur de chirurgie à Quito.

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à soutenir des rudes attaques à l'Équateur. Les ignorants se domandaient à quoi bon ces machines et cas volytechniciens ; les commerçants et les agriculteurs trouvajent que le gouvernement aurait dû se borner à favoriser .1 agricul-

ture et l’industrie : les économistes regrettaient des dépen-

ses folles, faites uniquement, disaient-ils, en vue d'une vaine gloriole ; les libéraux onvieux rugissaient de voir au gouvernail un homme dont la ::"° éclipsait leur ambitieuse nullité ; les radicaux fraise: igons écrivaient sans vergogne : ‘“ Le jour où toris "ru à nrésident, son successeur devra détruire tout cc "il :. fait, œuvres de charité, voies carrossables, collèges et . uecos, Il ne faut pas qu il reste sur la terre de l'Éq": ‘sur le moindre souvenir d’une œuvre catholique (1) ! ” Ca poussa si loin, dans les premiers temps, l'indifférence et le mauvais vouloir, qu outre la gratuité des inscriptions aux cours de 1 école polytechnique, il fallut accorder vingt piastres par mois aux étudiants qui les iréquentuient. Mais bientôt l'évidence du bienfait accabla les déclamateurs les plus haineux, les perspectives d'avenir qui s'ouvraient aux jeunes gens studieux triom- ‘phèrent de l'apathie générale, et Garcia Moreno eut la grande joie de voir se développer cet enscignemont sciontifique sur lequel il voulait assooir la prospérité matérielle du pays.i Il on suivait avec intérêt la marche et les Lt grès, so faisait une fête d'assister aux exercices publ ics qui, chaque année, attiraient l'élite de la société As ne, et surtout s’applaudissuit de trouver les jounes gens el'école aussi fermes dans la foi que dans la science, Foulant aux pieds tout respect humain, ces jeunes gens se constituèrent en congrégation, sous la direution du P. Menten, l'illustre doyen de lu Faculté. Le 30 juin 1873, cette nou-

” velle congrégation de lu Sainte-Vierge s'installa dans la

chapelle où se réunissaient, un siècle auparavant, Los senores de Quito. L'Université sécularisée avait fait une croisade contre la religion : les fils do l'Université catholi-

(1) Proano; Coleccion de Alymos Escritci

— 546 —— Lo

que heureux de renouer la chaîne des antiques traditions, E dans le reprenaient en main, sous les auspices de la vierge Marie, ms ont-ils ét le drapeau du Christ et de son Église. artistiqu

La Faculté des sciences donna naissance à la Faculté de l'état de,

médecine, À vrai dire, s'il y out des médecins distingués rome de à l’Équateur avant Garcia Moreno, ils durent leurs capaci. voyait d tés à lour génie plus qu'à l’enseignement médical du pays, pour #0 ] car les trois ou quatre professeurs de Quito et de Cuenca, se formè obligés pour vivre de courir la clientèle ou de se livrer aux tous tro) travaux agricoles, dépourvus de bibliothèques, d'appareils ni Garill et d'instruments de clinique et de dissection. faisaient con. srhsties sister leurs leçons dans la récitation pure et simple de l’au- 4 de a

o un Ci

teur classique imposé à l'élève. Il est facile de comprendre quel effet durent produire les savantes conférences des professeurs de l’école polytechnique sur les élèves en mé-

fane, do piuno et

decine, Les récitations furent tuées du coup. Pour réor- tuiteme: ‘ ganiser la Faculté, Garcia Moreno obtint de l'école de nistos el | Montpellier deux excelients professeurs (1) l’un de chirur. sion des 4 gie, l'autre d'anatomie, qu'il fournit de tous les appareils et l'Église instruments nécessaires à l'étude des différentes parties de Je prési la science médicale. Ce que nos Facultés européennes met-: » ries de tent tant d'années à obtenir, Garcia Moreno le faisait ache- !1 Term ter d’un seul coup, en un seul jour, [1 lui suffit de quel- l'Eqnat quelques années pour approprier des locaux aux différents > une œu\ travavx de la Faculté, ‘onstituer le corps professoral, tra- nie et le cer un plan d’études, et préparer dans un hôpital, dont la nomes ! population moyenne comptait trois cents malades, d’admi- observa rables ressources cliniqués. On se fera une idée de la dif- te posi ficulté vaincue, si l’on considère que ‘Université cathoii- selon ct que de Paris, après quinze ans d'exercice, n’a point encore cia Mo de faculté de médecine, > Humbc Afin de compléter ces créations en joignant lagréable à drait in l'utile, Garcia Moreno fonda une Académie des Beaux-Arts, à trois où l'on cultiva plus spécialement la sculpture, rable p la peinture et la musique. Par son éclat pittoresque et son sous la ciel de feu, l'Équateur exalte l'imigration ct développe p où fon

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ont-ils étè renommés de tout temps pour leurs dispositions artistiques, dispositions qui, faute de maîtres, restaient à l'état de nature, Garcia Moreno fit venir à grand frais de Rome des professeurs distingués, en même te:ups qu'il envoyait dans cette capitale des arts certains élèves d'élite pour se perfectionner et de venir maîtres à leur tour. Ainsi se formèrent Rafnël Salas, Luis Cacona et Juan Manosalvas, tous trois peintres de mérite. Sans sortir de leur pays, Velez et Garillo se firent un nom dans la seulpture. La musique attira tout particulièrement l'attention du président, à cause de ses relations avec la liturgie sacrée. Il établit à Quito un Conservatoire national de musique religieuse et profane, dont les cours très complets de chant, d'orgue, de piuno et d'instruments de toute espèce, se donnaient gratuitement, C'est encore de Rome qu'il fit venir des organistes et des maîtres de chant, afin de relever par la diffusion des connaissances musicales l'éclat des cérémonies de l'Église. Un do ces maëstros, s’entretenant un jour avec le président;tut tout étonné de le voir disserter sur les théories de l'art, comme il aurait pu le fuire lui-même.

Terminons cette rapide revue des progrès accomplis à l'Éqnateur sous le rapport de l'enseignement, en signalant une œuvre monumentale qui mit dans tout son jour le génie et la puissance de Garcia Moreno. De savants astronomes avaient souvent exprimé le désir de voir s'élever un observatoire international dans les environs de Quito. Cette position exceptionnellement avantageuse faciliterait, selon eux, la solution de problème: réputés insolubles, Garcia Moreno étudia lui-même la question et trouva, comme Humboldt et Secchi, qu'un observatoire à Quito deviendrait infailliblement le premier du monde, ‘ par sa position à trois mille mètres au-dessus du niveau de la mer, l'admirable pureté du ciel et la transparence de l'air, sa situation sous la ligne équinoxiale, dans un climat sain et délicieux où l’on jouit d’un printemps perpétuel (1).” Mais, comme (1) Message 1873

il s'agissait d’une œuvre d'utilité générale ct d'exécution très dispendieuse, il crut devoir proposer aux gouverne. ments étrangers de construire à frais communs ce monument gigantesque. Il communiqua d'abord son projet à la France, en rappelant au gouvernement de Napüléon la mission scientifique de La Condamine et de ses] compas. gnons, au siècle dernier. La République de l'Équateur se. rait heureuse de voir les Frunçais tenter de nouvelles ex. périences et de nouvelles découvertes duns sa capitale, En 1865, le ministre Roulund, que d'autres préoccupations absorbaient, répondit par une fin de non-recovoir, Garcia Moreno s'adressa aux gouvernements de la Grande-Breta. gne et des États-Unis, qui firent aussi la sourde oreille, Alors, inébranlable daus ses desseins, le président résolut d'exécuter à lui seul une intreprise si avantageuse à la science et si glorieuse pour son pays. En 1870, des cré dits illimiés furent ouverts pour la constructian de l'édifice et l'aquisition des instruments. Les appareils complets, construits d'après les meilleurs systèmes, sortirent des ateliers de Munich. Un téles ope, d'une force prodigieune, coûta six mille piastres. En quatre ans, le monument était debout ; le P. Menten, l'illustre ussocié du P, Secchi à l'observatoire romuin, allait s’y installer, quand le crime du 6 août fit disparaitre le fondateur, Quelques mois plus turd, le buste de son successeur s’y offrait aux regards d'une population surprise et indignée.

Beaucoup s’imaginent que le révolutionnaire cst nécessairement un progressiste et le catholique un rétrograde, Il ressort de ce chapitre sur l’enseignement à Quito deux vérités évidentes : la première, qu’en un demi-siècle, lu Révolution n’a rien su fonder à Équateur, ni instruction primaire, ni enseignement secondaire, ni enseignement supérieur ; la seconde, qu’en six ans le catholique Gurcia Moreno a fait passer son pays, sous ce triple rapport, des plus profondes ténèbres à la plus resplendissante lumière. Un troisième fait plus significatif encore : après l'assassinat du grand homme à qui l'on devait tant de merveilleuses créa-

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à “ Te 549 site tions, la Révolution triomphante replongea le pays dans » ]a chaos primitif : les Jésuites de l'école polytechnique portèrent en'd’autres pays leur savoir ct leur expérience ; et, quelque temps après, dit un témoin occulaire (1) “ nous oûmes la douleur de voir ces laboratoires si bien pourvus, si bien tenus, complètemont abandonnés, ces insträments, ces appareils, ces machines, démontés, détériorés, rocouverts d’une couche épaisse de poussière,” La clef de voûte enlevée, l'édifice s'était écroulé, Le nom de Garcia Moreno protes:era éternellement contre ce mensonge devenu presque un axiome historique : l'Église arrête le progrès des sciences, et la Révolution le fuvorisc.

(1) M. Domec, professeur d'anatomie.

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