CHAPITRE VII TRAVAUX ET FINANCES
C’est un axiome pour nos modernes païens que la civilition consiste, nur: plus dans le perfectionnetnont moral et
L religieux d’un peuple, mais uniquement dans le progrès matériel. Etudier 11 matière dans ses forces intimes et ses - formes extérieures, en tirer, par des arts nouveaux ct une
production toujours croissante, tout ce qu'elle peut fournir
b de bien-être à ce descendant du singe qu’on appelle l’homme, de manière qu'il soit mieux logé, mieux vêtu, mieux hourri, plus riche et plus replet que ses devanciers: voilà le pro- } grès. Et de fait, il ne peut ‘logiquement y en avoir d'autre pour des philosophes qui suppriment Dieu et l'âme. » S'il n’y a point de Dieu, le progrès dans la religion n’est ? plus que le progrès dans la superstition ; si l’âme est un mythe, l’ordre moral n’est plus qu’une absurdité. C’est la
théorie du positivisme, nouvelle religion à l’usage des jouis-
seurs, malheureusement plus en vogue et mieux pratiquée que la religion de Jésus-Christ. à
Autre axiome du monde moderne: le progrès matériel
ne se réalise qu’à la condition d'installer dans tous les états
des gouvernements matérialistes, et partant hostiles à
- l'Eglise. Trop mystique, trop adonné à la contemplation
des choses célestes, dit-on, le catholique ne saurait com-
<n trouver la solution. D'ailleurs l'Evangile n'a-til pas béatifié la pauvreté et maudit la richesse? Donc, si vous voulez augmenter la richesse et le bien être d'une nation, développer l’agriculture et l’industrie, utiliser toutes les découvertes de l'économie sociale et politique pour arriver à là plus grande somme possible de bonheur ici-bas, mettez des matérialistes au gouvernail. Sous prétexte de sauver votre âme, les catholiques coucheront votre corps sur la paille et lui donneront à manger le pain noir d'avant 1789,
On a cent fois réfuté ces niaiseries, mais que sert de raisonner avec des sophistes, eunemis jurés de la raison? Le mieux, c'est de les écraser par un fait brutal, le plus éclatant sans contredit de l'histoire moderne,
L'’Equateur avait vécu de tout temps dans la pauvreté, Gà et Bon rencontrait bien quelques propriétaires de vastes et riches haciendas, mais on peut dire que la masse du peuple, et même de la bourgeoisie, végétait dans la misère, De ce mal existait certainement une cause naturelle, je veux dire l’indolence des habitants; mais il faut avouer aussi que jamais gouvernement ue se préoccupa de les stimuler au travail. Espagnols et révolutionnaires avaient rivalisé de zèle pour s'engraisser des sueurs de l’ouvrier, ce qui ne l’engageait guère à faire beaucoup de besogre, Une autre raison pour laquelle l’agriculture et l’industrie, ces deux sources de richesse, ne pouvaient prospérer à l'Equateur, c'était l'absence totale des voies de communication, et par suite l'impossibilité des transports et des échanges, Si l'on se rappelle la topographie du pays. véritable labyrinthe de montagnes reliées l’une à l’autre par des contre-forts puissants,sau milieu desquels se dessinent des vallées profondes, des précipices, des torrents qui deviennent des fleuves, on comprendra facilement qu'on ait reculé devant la difficulté d'établir sur ce sol tourmenté des chemins carrossables, L’Equatorien voyageait à cheval, et transportait ses moerchandises à dos de mulets ou d’indien. L'ascension de Guayaquil à Quito, par des sentiers impra- ‘ ticables, au milieu d’affreux précipices, passait à bon droit
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Par suite de l'intérieu vaient, dura du reste du par un cou chir les abîn est aisé de « commerce 8 enfance là o1 faute de mo montait pas d'exportatic piastres les excédant di taient incul force de pi coffre où el autres étal l'Equateur @) Untoi suivie pour vérité: “°M Pfeiffer dit plus, qu’on ] voyage auto!
(2) El Ec GME
raison, que
pour une expédition dangéreuse (1). Jamais personne, nf L sous le règne des Incas, ni durant les trois siècles de domination espagnole, ni depuis l'avènement des républicains au pouvoir, n'avait rêvé d'ouvrir des chemins et de lancer un véhicule quelconque dans ces fondrières, On entendait parler de diligences, de chemins de fer, de locomotives, comme d'objets étranges que l’Equateur devait se résigner à ne posséder jamais. La simple réparation du pont de Machangara parut une œuvre si merveilleuse qu'Urbina : déclara ce pont sans rival dans l'Amérique du Sud (2).
Par suite de cette situation matérielle, les populations de l'intérieur, emprisonnées dans leurs districts, se trouvaient, durant la saison des pluies, littéralement séquestrées > du reste du monde, On ne communiquait avec la côte que le L par un courrier hebdomadaire, lequel se résignait à fran- . chir les abîmes et les torrents pour gagner Guayaquil. Il
est aisé de comprendre que l’agriculture, l'industrie et le <ommerce sont condamnés à végéter dans une éternelle enfance là où les produits doivent se consommer sur place faute de moyens de transports. Le commerce extérieur ne montait pas à deux millions de piastres. L'article principal d'exportation, le cacao, se vendait à raison de trois à quatre piastres les cent livres. Il en résultait que, la production excédant de beaucoup la consommation, les terrains restaient incultes. Quant aux petites économies amassées à
L force de patience et de travail, on les déposait dans un L coffre où elles restaient improductives, car les banques et | } autres établissements de crédit n'étaient pas connus à | l'Equateur (3).
(1) Un touriste anglais, à qui l’on demandait quelle route il avait suivie pour arriver à Quito, répondit avec autant d’esprit que de vérité: ‘ Mais il ne s’agit pas de route dans ce pays-là.” Mme Pfeiffer dit qu’au sortir de la capitale de l’Equateur on ne voyage plus, qu’on patauge dans un véritable marais fangeux. (fon second voyage autour du monde, par Mme Ida Pfeiffer.)
(2) EI Ecuador, 2 mars 1875.
(3) A1 Ecuador, 2 mars 1876. Il faut ajouter, et pour la même raison, que la ville de Guayaquil a toujours fait exception. Pendant
nl OUR. JDN. De.
Pour. tirer son pays de cet état de prostration, Garcia Moreno ontreprit de relier le plateau des Andes au reste du monde par une voie carrossable allant de Quito à Guayaquil, Ce gigantesque projet, que nos prétendus progressistes depuis cinquante ans qu'ils administraient le pays n'avaient pas même osé concevoir, cet homme de génie en décida l'exécution dès le premier jour de sa présidence, Et n'allez point croire que ces amis de la civilisation aient salué ce projet par des cris d'enthousiasme: ainsi que Colomb annonçant le Nouveau Monde, Garcia Moreno fut traité do rêveur, d'utopiste, de muniaque, dont les folles entreprises allaient engloutir les dernières ressources du pays. [1 laissa dire et se mit à l'œuvre.
Son ancien compagnon dans l’audacieuse exploration du volcan Pichincha, l'ingénieur Sébastien Wyse, chargé par: lui d'étudier le terrain pour «viser aux moyens de vaincre les difficultés, reconnut que, moyennant bon nombre de ponts et de viaduos, on pourrait relier les contre-forts des Andes depuis la capitale jusqu'au Chimborazo sans s'écarter beaucoup des sentiers suivis par les cavaliers. Jusqu’alors, après ce premier parcours d'environ deux cents kilomètres, les voyageurs continuaient leur course par les fentes de la montagne sur un terrain inégal, coupé de ravins et de précipices, à quatre et cinq mille mètres d'altitude, presqu'au niveau des neiges perpétuelles, pour descendre ensuite le versant abrupte de la Cord'llère jusqu'à la plaine de Guayaquil: il fallait chercher, pour ce nouveau trajet d'environ cent cinquante kilomètres, un point d'élévation moindre, qui permit d'établir la route dans de meilleures conditions de température et d'exécution. Le dernier tronçon, d’une quarantaine de kilomètres, se poursuivrait jusqu'à
que les populations de la Sierra, privées de tout commerce, restaient pauvres, Guayaquil s’enrichissait par ses facilités de communication avec l’Europe. Mais aussi fut-elle plus exposée, par son cuntact avec les européens, à subir l’influence de nos idées et de nos
mœurs.
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la côte sur un terrain bas et marécageux qui nécesniterait de grands travaux et des dépenses considérables (1).
C'était un travail d'hetrcule, et par là même de nature à tenter Garcia Moreno, Immédiatement, un ingénieur euio- ‘péen fut chargé de faire le tracé de la route d'après le plan
# général exposé ci-dessus. Mais ce savant, qu'on croyait de LL capacité hors ligne, perdu dans les montagnes et les forêts,
prit une fausse diroction. En vain les habitants du pays lui wi firent-ils remarquer son erreur, il persista dans ses idées, jh | Accablé de récriminations à ce sujet, le président répondit M qu’il apprenait avec joie l'existence, inconnue jusque-là, de
tant d'habiles ingénieurs, mais que, leurs talents s'étant révélés trop tard, il avait dû faire appel à l'étranger: il u > invitait donc les critiques à se mêler de leur besogne. ar > L'expérience prouva néanmoins que les critiques avaient " raison. La nécessité d'un nouveau tracé retarde cette œuvre e si coûteuse et si difficile ; d’aucuns espérèrent même que ce
es » premier échec découragerait Garcia Moreno, mais on ne
er > connaissait pas encore son invincible ténacité,
" | Le parcours définitivement arrêté, et les travaux com-
8 » mencés, le président vit se dresser devant lui l'égoïsme des
la h grands propriétaires dont la route devait traverser les ° le à riches haciendas. Après avoir longtemps crié à l’utopie, ils. à D évoquèrent les idées de justice et de propriété, ne recon-
e > naissant point au gouvernement le droit de les exproprier
le L pour une prétendue cause d'utilité publique, Il demeura
A | sourd à toutes les réclumations, à toutes les invectives, à
toutes les menaces. 3
Non loin de la capitale se trouve l’hacienda de Tambillo, à * dont le propriétaire, grenadin d’origine, n’habitait l'Équateur que depuis une trentaine d'années. Comme la route coupait sa propriété, il témoigna son vif mécontentement,
i menaçant d'en appeler à la Nouvelle-Grenade,et de se fuire ü o | rembourser la valeur totale de l'hacienda. En vain Garcia 1-- É-
: () Voir le rapport de Mr Sébastien Wyee, Æ? Nacional 21 déc.
Moreno lui fit-il observer que la Nouvelle Grenade n'avait rien à voir dans les affaires de l'Équateur et que ses prétentions étaient simplement ridicules : ‘“ Vous réclamez, ajouta-t-il, le prix intégral de votre propriété : combien . l'estimez-vous ? Cinq cent mille piastres. — Et bien. ‘%*}D, C puisque vous y tenez, je vous l’achète, et je vais vous la 1
payer comptant. Quand il s'est agi de fixer le chiffre de À vos contributions, vous avez estimé votre propriété cin- à té quante mille piastres, tandis que, de votre aveu, elle en EL ° vaut cinq cent mille : vous avez donc, depuis trente ans, Fu fraudé le gouvernement d’une somme énorme, que vous “ne allez payer avec les intérêts. Jà-dessus, mon ministre des finances vous comptera cinq cent mille piastres, prix de a votre hacienda. ” Pris dans ses filets, le grenadin retira po son opposition et se garda bien le plaider. se
Des amis, des parents, employèrent leur influence pour L éta faire dévier la route et épargner ainsi certaines propriétés : ) : sie Garcia Mareno resta inflexible. “ Vous me passerez sur le éta Corps avant de pénétrer sur mon terrain, lui dit un ami pré intime.—On passera sur votre corps, s’il le faut, lui répon- 1 pr dit le président, mais je vous jure que le tracé re déviera D ou
bo pas d'une ligne. ” |
Ces premières difficultés n'étaient du reste que des jeux d'enfants en comparaison de celles qui se multiplièrent à mesure qu’avançait l'exécution : il fallut tronver des ingé-: nieurs capables de diriger les travaux de nivellement et la construction de viaducs et de ponts énormes ; il fallut réquisitionner des compagnies d'ouvriers et les assujettir, en dépit de leur mollesse et de leur mauvais vouloir, à une besogne assidue et pénible. Durant dix ans, des milliers de travailleurs, divisés en équipes constituant pour ainsi
. dire des paroisses ambulantes, furent employés à sillonner les bois et les montagnes, accompagnés d’un médecin pour les soigner en cas de maladie, et d’un prêtre pour faire avec eux la prière du matin et du soir. Chaque dimanche, les cérémonies religieuses s’accomplissaient en plein air: on prenait des forces pour les travaux du lendemain. L'ou-
n'avait )S pré- AmMez, mbien bien. ‘*:
pus la re de 6 cinlle en è ans, > vous e des ix de retira
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y jeux rent à ingé:
set la fallut jettir, à une illiers ainsi onner pour faire nche, air :
L'ou-
| vrier recevait régulièrement son salaire, grâce au'c contri-
butions volontaires que le président sollicita des provinces,
- et surtout aux ressources toujours croissantes du trésor
public.
Commencée en 1862, la route fut achevée on 1872, au moins dans ses parties principales. Le premier tronçon, de Quito à Sibambe, point extrême du plateau, avait nécessité, sur un parcours de deux cent cinquante kilomètres, la construction d’une centaine de ponts et de quatre cents aqueducs. Le troisième, de Guayaquil à Milagro, au pied de la montagne, consistait en une voie ferrée d'environ quarante kilomètres, pourvue de tout le matériel nécessaire pour l'exploitation. La section intermédiaire sur le versant de la Cordillère, d’une exécution très difficile, avançait. rapidement au commoncement de 1872. Déjà le matériel était acquis, et le congrès avait voté un emprunt de plusieurs millions de piastres pour terminer les travaux et établir le télégraphe électrique sur toute la route ; mais le président, dont la sagesse égalait l’activité, refusa “ d’emprunter à des usuriers, et à des conditions que la démenco ou la mauvaise foi seules peuvent accepter, préférant ne point engager l'avenir, mais achever l’œuvre lentement, suivant que Je permettraient la protection divine et les revenus de l'État (1) ”.
Le 23 avril 1873 fut un grand jour de réjouissance à Quito. La compagnie générale des transports inaugurait, sur la route nationale, deux diligences nouvellement construites, la Sangaiï et la Tunguragua. On en fit la bénédiction solennelle, au milieu d’une foule immense réunie sur la place de la cathédrale. De la galerie du palais épiscopal, l'archevêque, entouré du président et de ses ministres, bénit les voitures, qui bientôt s’ouvrirent pour recevoir Ces illustres personnages et se mirent en marche aux acclamations du peuple. Garcia Moreno était vengé ! L'entreprise traitée de folie, dix ans auparavant, par ses amis comme par ses ennemis, excitait aujourd’hui l'admiration de tous,
(1) Message de 1875.
‘ Sans cet nomme de génie, disait-on, l'Équateur restait dans l'éternel statu quo auquel sa position paraissait l’avoirirrédiablement condamné. Son énergie : vaincu tous les obstacles, triomphé de la pusillanimité des uns, de l'indolence des autres, de toutes les passions soulevées contre lui, L'Équateur n’a pas assez de voix pour le bénir et célébrer sa gloire, ”
Cette route grandiose qui, à elle seule, suffisait pour immortaliser son auteur, ne l’avait pas empêché d'en ouvrir
simultanément quatres autres dans les provinces du nord et du sud.
La première, partant de Quito pour aboutir à la baie de: + Caraques (1), près de Manabi, traversait le pays dans sa largeur, au nord de la route nationale, et donnait la vie à deux provinces. L’intention du président était de creuser: un nouveau port dans la baie de Caraques, et de diminuer ainsi l'importance de Gtuayaquil, dont les idées révolutionnaires constituait pour le pays une cause permanente de trouble et d’agitation. Commencée en 1870, aussi hérissée de difficultés (2) que celle de Guayaquil, cette route devait
se terminer en 1875. 4 par La seconde, de Quito à Esmeraldas, réveillait du marasme . tare dans lequel elles étaient plongées les deux provinces sep- - 4 tentrionales d’Ibarra et d'Esmeraldas. Cette voie de com- À for! munication avec la côte parut toujours si indispensable N (2) qu'on avait pensé l'ouvrir dès les premiers temps de la | À dis] conquête espagnole ; mais les ingénieurs reculèrent devant . le manque de ressources et les énormes difficultés de l’'en- L. éte treprise. En 1734, on essaya de les vaincre, mais sans. cin (1) Au commencement de XVIIe siècle, il fut question d’ouvrir È ent un chemin de Quito à la baie de Baraques, mais le vice-roi de Bo- pit gota refusa de l’autoriser, disait que c’était frayer une route aux pirates qui alors infestaient les mers. < ( (2) L’ingénieur qui en fit le tracé, se désorienta complètement. ! (
Garcia Moreno dut envoyer à son -:cours je P. Menten, le célèbre À : astronome, qui, £e dirigeant d’après le cours des astres, ouvrit une: : tranchée dans les bois jusqu’à l’océan.
succès. Cet exemple ne découragea point Garcia Moreno. La première section du chemin, celle de Quito à Ibarra, exigeant une multitude de ponts, devait coûter près de huit cent mille piastres. Le président en ajourna l'exécution pour entreprendre immédiatement la seconde, celle d’Tbarra à Esmeraldas, qui lui procurait l'avantage de faire renaître à une nouvelle vie la malheureuse province anéantie par le tremblement de terre de 1868. Le travail fut rude et pénible. Garcia Moreno se lança lui-même dans la montagne pour visiter les ouvriers et hâter l'exécution d'aue entreprise qui n'avait pu aboutir en trois siècles. A cette route devait se rattacher un troisième port qu'il voulait créer dans les environs d’Esmeraldas,
Restait, pour compléter cette œuvre gigantesque, à tirer de leur isolement les deux provinces du sud, Cuenca et Loja. Le président commenga une route carrossable de Cuenca au petit port de Naranjal ; mais il avouait en 1871 que le travail marchait lentement, tant à cause des grands obstacles matériels que de la résistance des habitants, En 1875, ‘‘ l’œuvre avançait encore péniblement, et servait de texte à l’éternelle plainte de ceux qu'elle intéressait le plus (1). ” Quant à la province de Loja, il voulait la rattacher par une quatrième route à la petite ville maritime de Santaresa, afin de lui faciliter l'exploitation de la cundurango, végétal récemment découvert, dont les propriétés réconfortantes dépassent toutes les substances connues jusqu'ici (2). ” Mais les autres travaux ayänt absorbé les ressources disponibles, ce chemin ne fut commencé qu'en 1875.
Ainsi Garcia Moreno avait doté sa patrie d’une source éternellement féconde de richesse et de progrès. Par ces cinq grandes artères, les villes et les provinces, reliées entre elles, seraient entrées en communication avec la capitale, le port de Guayaquil, les états américains et les
(1) Message de 1875.
(2) Ibid. La science n’a pas reconnu danefcette plante les propriétés spécifiques qu’on lui attribuait,
nations européennes, ce qui aurait immédiatement amené un mouvement considérable dans le pays. Déjà l’agricul. ture et l'industrie, trouvant des débouchés, se livraient à la production et donnaient naissance an commerce,qui jusquelà manquait d'objet ; l'Équateur se réveillait d’un sommeil de mille ans, quand arriva la catastrophe de 1875. Lu travaux furent abandonnés, les chemins restèrent inachevés la route nationale elle-même ne put jamais s'unir à la voie ferrée de Yaguachi. En voyant cet avortement d'une œuvre colossale, on pat répéter après dix ans ce qu’on a dit au premier jour : ‘“ En assassinant Garcia Moreno, les meurtriers ont assassiné la république. ”?
Nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer tous les travaux accomplis par Garcia Moreno pour élever son pays jusqu'à la hauteur des nations les plus civilisées de l’Europe. Sans parler ici du port de Guayaquil qu'au moyen de dragueurs achetés à grands frais il débarrassa des obstacles accumulés depuis des siècles à l'embouchure du Guayas ; ni des phares magnifiques qu'il fit construire duns ce port et sur divers points du littoral ; ni de la reconstruction de la ville d'Ibarra, bornons-nous à mentionner là transformation complète de la capitale, qui fut . avec la route nationale, son œuvre de prédilection.
L'antique cité de Quito, malgré son passé si riche en souvenirs, son importance présente au point de vue civil et religieux, et sa population de quatre-vingt mille âmes, n’avait point de voie carrossable. Il était même assez malaisé de la traverser à pied, par suite de l’escarpement des rues qui s'élèvent en ampithéâtre sur les flancs du Pichincha.:-AÀ peine installé au pouvoir, le président entreprit d'exhausser le terrain dans les parties basses de la cité, et de l’abaisser dans les supérieures. Mais, comme ce travail de nivellensent avait pour conséquence d’enfouir certaines maisons et de surélever les autres, l’égoïsme des particuliers l’emporta sur le bien général, et souleva une tempêtede malédictions contre l'insensé qui mettait la ville sens dessus dessous. Selon sa coutume, le. président
laissa bu et fit de ristes (1 pente as libremer tombaie architec
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vieille e phoséo « admirer l’'homm s'arrête ‘Ici ne questio:
lecteurt de Gar à de pa laissées économ l'aveni l'avons d’une venté, que no faudra d'œil s En:
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laissa hurler les mécontents, se mit à la tête des terrassiers et fit de ces rues sales et boueuses, si décriées par les touristes (1), de belles voies magnifiquement pavées et d’une pente assez douce pour permettre aux voitures d'y circuler librement. Cela fait, il restaura les édifices publics qui tombaient en ruines, on éleva d’autres de la plus belle architecture, transforma la Plaza Mayor, un infect cloaque, en square couvert de fleurs et d’arbustes, si bien que la vieille et grondeuse Quito se réveilla un jour métamorphogée en une gracieuse et souriante cité que les étrangers admirent, Elle applaudit alors, comme tout le monde, l’homme de génie trop élevé au-dessus du vulgaire pour s'arrêter devant des mesquines idées ou de grossières injures,
Ici nous rencontrons forcément la question de finance, question qui se sera présentée vingt fois à l'esprit de nos lecteurs à mesure que se déroulaient devant eux les œuvres de Garcia Moreno. Où trouvait-il l'argent pour faire face à de pareilles dépenses ? Ce n'était ni duns les réserves laissées pat ses prédécesseurs, trop libéraux pour faire des économies, ni dans la caisse des banquiers, en escomptant l'avenir au moyen d'emprunts ruineux : il refusa, nous l'avons vu, de recourir à cet expédient, pour l'achevement d’une route qni lui tenait tant à cœur. Avait-il donc inventé, ce catholique, un spstème économique et financier que nos hommes de science et de progrès ignorent? Il faudra bien l’admettre, si l'on veut jeter un simple coup d'œil sur le tubleau complet de ses dépenses.
En dix années, les œuvres de bienfaisances-et d’instruction, jointes aux travaux publics, absorbèrent, pour la part afférente à l'Êtat, plus de six millions de piastres, c'est-èdire environ trente millions de francs. Ajoutez à cela des sommes considérables consacrées à l’amortissement de la dette publique. Depuis les guerres de l'Indépendance, l'Équateur était grevé d'une dette extérieure écrasante, provenant des emprunts contractés par Bolivar au nom de la Colombie. Les gouvernements en se succé-
(1):Mon second voy age, par Mme Pfeiffer, page 468
dant, transmottaient l’un à l'autre ce lourd fardeau, aggravé des intérêts-qu'ils ne payaient même pss à leur. divers créanciers. Do plus, à force de prodigalités et de gaspillages ils avaient trouvé le moyen de constituer une dette intéri. eure de six à sept millions de piastres, sans autre perspective de libération qu'une banqueroute à bref délai
L'homme de la justice, Garcia Moreno, tira l’Équateur de cette impasse. Nous lisons dans sou message de 1876 . ‘ Avec les ressources de ces six dernières années, nous avons consacré près de six millions de piastres tant à l'extinction totale de la dette anglo-américaine qu'à l'amortissement de la dette intérieure. J'ai le plaisir de vous annoncer que la dette inscrite sera éteinte l’an prochain, et la dette flottante, dans un petit nombre d'années. ” Quant à la dette de l'Indépendance, le président refusa de reconnaître l'inique ot frauduleux truité contracté jadis par Urbina avec les spéculateurs substitués aux premiers créanciers. Il négociait avec eux, sur des bases équitables, le règlement définitif de cette importante affaire. Enfin, si l’on considère qu'il augmenta d'un tiers le traitement de tous les employés et que, de cechef encore, il dépensa des sommes considérables, l'équilibre de ses budgets devient un problè. me dont la solution sera très instructive pour nos financiers +t nos économistes.
Et qu'on ne s'imagine pas avoir trouvé le mot de l'énigme dans un accroissement progressif des impôts directs et indirects, Ce secret, très primitif mais toujours en honneur, de remplir les coffres de l'État en vidant les poches des contribuables, est à peu près ls seul que connaissent les libéraux en matière de finances. x jieu d’imiter ses devanciers, qui avaient épuisé la liste des matières imposables, Garcia Moreno réduisit certaines contributions et en abolit complètement d’autres, comme par exemple l'impôt de 5o7o sur les revonus des évêques, chanoines, curés, avocats, médecins et employés de solde éventuelle, et l'impôt de manumissions sur les succesions héréditaires. Les droits de port sur les arrivages de l'étranger avaient été singulièrement
Au risque * nous leur di » Moreno se tre > sa devise : “ ) le reste, c'est
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froncières.
Examinons donc ce système miraculeusement productif qui permit, en dix ans d'exfcuter des travaux prodigieux,
PR de liquider les dettes de l'État, et de doter richement les > fonctionnaires tout en réduisant le chiffre des contributions. | Au risque de faire sourire nos athées matérialistes, - nous leur dirons que toute la science économique de Garcia » Moreno se trouve dans la maxime du Maître, dont il avait > sa devise : “ Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, et
le reste, c'est-à.dire la félicité temporelle, vous viendra par
b surcroît ” ; maxime qui pourrait se traduire par cette paroà le d’un illustre économiste , “ Faites-moi de la bonne poli-
tique, et je vous ferai de bonnes finances. ” La bonne politique, c’est la politique chrétienne de la justice, vraie pierre philosophale méprisée de nos modernes alchimistes, et cependant l’unique secret des fantastiques trésors de
Le maigre budget de l'Équateur était surtout dévoré par les insurrections, devenues périodiques comme les saisons, par suite de la politique révolutionnaire qui régnait à l’Équateur, Les invasions d’Urbina, de 1859 à 1864, coûtèrent à l'État un million de piastres, dépense absolument improductive qu’on aurait pu consacrer à des travaux uti. les. Aussi les pays révolutionnaires aboutissent-ils fatalement à la ruine et à la banqueroute, Les impôts d’un pays riche, comme le Pérou, suffisent à peine à couvrir les frais de ses pronunciamentos. Si nous calculions en France ce que nous ont coûté les révolutions depuis 1789, nous tomberions dans la stupéfaction. Le premier moyen
. employé par Garcia Moreno pour relever ses finances fut
de clore l’ère des révolutions en faisant de la bonne politique, c’est-à-dire en mettant la main sur les anarchistes. Avec sa constitution basée sur la justice l’ordre ne fut pas un instant troublé durant sa seconde présidence, ce qui lui permit d'économiser les frais de répression.
A l'extérieur, la politique consiste à vivre en paix avec ses voisins. Garcia Moreno était patriote et susceptible au point de vue de l'honneur national ; mais ‘jamais, dit un de ses amis, il ne suscita de querelle aux étrangers, ni ne ge mêla de leur politique, sinon pour prendre de bonnes ct patriotiques mesures (1). ” D'autres nourrissaiont peut-être des intentions moins pacifiques à son égard, muis connaissant sa bravoure et l'excellente organisation de sa petite armée, ils se gardaient de l’attaquer, paice qu'ils le savaient en état de se défendre, De fuit, il ne dépensa point un centime en frais de guerre durant ces six dernières années. Nous avons vu d’ailleurs qu'il réduisit considérablement l’armée parmanente et ullégea d'autant les char. ges du trésor. Que les gouvernements d'Europe consentent à restaurer la politique d> justice, et leurs peuples ne succomberont plus sous le poids écrasant du budget de la guerre.
Le gaspillage s’ajoutait aux dépenses improductives pour ruiner le trésor. Nous avons dit comment Garcia Moreno'épura l'administration, débiouilla le chaos de la dette publique, établit une cour des comptes qui mit un terme aux filouteries et aux déprédations des employés c'est-à-dire comment il sauva la cuisse on faisant régner la
justice. Il avait le droit d'imposer à tous la plus stricte probité dans le maniement des derniers publics, ce président qui faisait remise au trésor de la moitié de son traitement et jamais ne consentit à le voir augmenter, pendant qu’il augmentuit celui de ses fonctionnaires. ‘“ Je suis président, non pour m'enrichir, disait il, mais pour servir mon pays.” Il resta pauvre toute sa vie, et s’il put entin se faire bâtir une maison à Quito, ce ne fut pas avec l’argent du fisc, mais avec les revenus de son exploitation de Guachala. Si tous les chefs d’État vivaient comme ce Cincinnatus chrétien, respectant ct faisant rospcter le trésor public au lieu de l'épuiser en infâmes dilapidations, l'or
: abonderait dans les caisses.
(1) F. Luque, La Verdadera Situacion.
Parsap
pays dn toi
Alors, tou) le svstème le labyrint éléments d législateur croit qu’or premier vi et qu'il sac Il n'est J pourvu qu réforma le entre tous buables et mille sur | fraudes et biensfonds de leurs
à peine au les tarifs édictées cc applicatio justice, pr cettes de ]
La poli plus abon vement C.
l’activité.
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avec le au
Par sa politique chrétienne, Garcia Moreno enrichit:le pays dn toutes les sommes volées ou dépensées inutilement,
lit un Alors, toujours au nom de la justice, il imagina de réformer ni ne … Je svstème des impôts, Impossible de se reconnaître dans es et D Je labyrinthe des 1 is financières, parce’ que les premiers t-être D éléments de la science économique avaient manqué aux con- législuteurs. “ Ici, disait un journal en 1869, tout le monde de sa D croit qu'on peut faire un ministre des finances avec le 'ils le premier venu, pourvu que ce soit un animal raisonnable î point et qu’il sache apposer «a signature au bas d’une créance. nières D Il n'est pas nécessaire qu'on sache les quatre règles, À sidéra- L pourvu qu'on soit agioteur ou tripoteur, ” Garcia Moreno de char. réforma le code financier, de manière à répartir l'impôt | ntent » entre tous les citoyens avec plus d'équité pour les contrics ne » buables et d'avantage pour le trésor. L'impôt d'un sur de la > mille sur le revenu avait été la source d’une multitude de } fraudes et d’injustices. Les répartiteurs estimaient les icLives P biensfonds et les capitaux selon leurs caprices et les intérêts arcia A: de leurs favoris. Parfois leurs évaluations s'élevaient à de la É à peine au dixième de la réalité. Ces abus furent extirpés, ait un les tarifs des douanes remaniés, et des mesures sévères ployés, L éictées contre’la fraude ou la contrebande. Cette nouvelle : ner la application de la pierre philosophale, c’est-à-dire de la stricte D justice, produisit une augmentation sensible dans les re- | prési- D cettes de l'État.
n trai- ke \ dE La politique chrétienne engendra une source de revenus “au plus abondante encore : le travail producteur et le mow P sb vement commercial. Avec l'ordre reparut la confiance, onñs l'activité. Les voies de communication créées par le gou- Nous ES TAb vernement, en ouvrant des débouchés à l'agriculture et à Don JA l'industrie, deublèrent les revenus des particulieus, ot par 16 One suite ceux de l'État. Rien de plus éloquent que le tablean tnésot comparatif des recettes de l'État durant ces vingt der- 8, l'or nières années. Sous Urbina, en 1856, le total des recettes
s'élève à 1,372,800 piastres. Le budget reste à peu près stotionnaire durant les dix années suivantes : il'atteint sous Espinosa, en 1868, le chiffre de 1,421,711 piastres. Sous
Garcia Moreno, de 1869 à 1875, le mouvement ascensionnel est tout à fait remarquable :
Année 1869-—1,678,759 piastres, “ 1870— 2248308 id.
“ 1871—2483359 id.
“ 1872—2,909,348 id.
“ 1873—3,064130 id.
“ 1874—2944647 id.
Donc, déjà en 1872, après trois ans d'administration, Garcia Moreno avait doublé les rentes de l'État, car l'excédant de 1872 sur 1868 était de 1,457,637, somme égale au revenu total de 1868 (1). ‘
Devant cette exposition trop succincte des merveilles réalisées dans l'ordre matériel et financier aussi bien que dans l’ordre intellectuel et religieux, nos politiques me. térialistes oseroat-ils encore accaparer à leur profit le titre glorieux de civilisateurs ? Un catholique, un ennemi acharné de leurs doctrines antichréticnnes et antisociales, seul, en six ans, grâce à sa politique chrétienne, tira l'Équateur de l’abîme du déficit et de la banqueroute creusé sous sos pas par les prétendus hommes de progrès, puis le lança dans une voie de gloire et de prospérité inconnue aux républiques américaines, et même aux peuples d'Europe depuis qu’ils ont cessé de chercher avant tout le royaume de Dieu et sa justice. Nieront-ils ce fait plus éclatant que le soleil ? Non, ils admireront l’homme de progrès, mais ils déciameront contre son catholicisme, s’obstinant en haine de Dieu à vouloir l'effet sans la cause.
Ce parti-pris de l'erreur contre les pius évidentes démonstration de la vérité s'affiche impudemment dans uno nouvelle Histoire de l'Amérique méridionale (2), Garcia Moreno n’est pour l'historien qu'uu “ instrument complaisant des passions cléricales et des moines fanatiques, un autori-
(4) Message de 1875,
(2) Historia de la America del Sur, por un Américain, Barcelo-
ae, 1878.
taire d'instir
mort de Ga
un dictateu piser au pou de la politio contre la po tre l’urdent il est forcé
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trois millio teindre en 1 chiffre de q Jloppé son cc et par des f des abîmes, de ses finan pu ralentir vette républ américain ( plus que Ga rien consta!
source. Il cevoir que, rer, par lac l'ère nouvel
(1) Histor:
». taire d'instinct et de principe, un justicier sévère à l’exoès, … «un dictateur ambitieux décidé malgré son peuple à s'éterpiser au pouvoir. ” C’est une affirm:.tion, en style sectaire, de la politique chrétienne inaugurée par Garcia Moreno contre la politique révolutionnaire, dont l'auteur se montre l’ardent défenseur. Toutefois, après sa longue diatribe, ilest forcé de reconnaîtie que, ‘“ durant cette dictature, l'Équateur a vu se réaliser d'importants progrès. A la
* mort de Garcia Moreno, les revenus du trésor s'élevaient à trois millions de piastres, La dette consohdée devait s'éteindre en 1868, et la dette flottante atteignait à peine. le chiffre de quinze cent mille piastres. L'Équateur a déve- Jloppé son commerce, multiplié ses voies de communication,
et par des ponts sans no nbre relié les montagnes au-dessus des abîmes, Ni les dissensions intestimes, ni le désordre de ses finances, ni le tremblement de terre de 1868, n’ont pu ralentir ses progrès économiques, qui feront bientôt de cette république l’État le plus prospère du continent sudaméricain (1). ” Livré à ses préjugés révolutionnaires bien plus que Garcia Moreno à “ l'influenee eléricale,” l'histe-
rien constate les progrès réalisés sans remonter à leur source. Il blâme le catholique et le justicier sans s'apercevoir que, seul, un catholique et un justicier pour inaugurer, par la destruction des factions anarchistes et impies, l'ère nouvelle de la régénération.
(1) Historia de lAmérica del Sur, page 1178.