‹ Garcia Moreno, président de l'Equator [microform]Chapitre 94 sur 97 · LA RÉPUBLIQUE DU SACRÉ-CŒUR · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE DU SACRÉ-CŒUR

L'Equateur était à même de calculer ce que lui avait coûté l’adandon de la politique chrétienne inaugurée par Garcia Moreno. Le libéralisme de Borrero l'avait en huit mois conduit au radicalisme, et le radicalisme en huit ans l'avait jeté dans l’abîme où sombre les nations. Avant le 6 aout 1875, aucun peuple ne suivait l'Équateur, même de loin, sur la ‘oute de tous les progrès ; aujourd’hni ses chefs, souillé de crime sans nom, ont asservi l'Eglise, empoisonné ou exilé ses évêques, ruiné l'instruction et les mœurs. Que sont devenus les trente-deux mille enfants des écoles primaires, les nembreux étudiants des collèges, les élèves de l'Ecole polytéchnique, des facultés supérieures, des académies ? Æ£t les routes, et les voies ferrées, l’agriculture, le commerce, l’industrie, ? Et les rêves d'avenir, de colonisation, de civilisation jusque dans les parages loir: ains de la province d'Orient ? Héias ! de toutes ces grandes choses il ne reste que le souvenir. Les particuliers sont ruinés,le trésor public est vide. Depuis huit ans on ne parle que de complots et de guerres fratricides. Le sang coule à Galte, aux Molinos, à Quito, au Carchi, à Iburra, à Cayambe, à Ambato, à Riobamba, à Guayaquil, à Manabi, à Esmeraldas ! Ainsi se vérifie le mot de l'Écri-

ture : “ La justice élève les nations, l’impiété les plonge

dans un abîme d’infortuncs, ”

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Trois forces avaient sauvé l’Équateur de cette tourmente. Le clergé, appuyé sur le concordat, avait tenu haut et former lo drapeau des principes catholiques malgré les revendications et les persécutions du libéralisme; le peuple,

attaché de cœur at d'âme à ses évêques, avait forcé

les radicaux à reculer ; etle Dieu “ qui ne meurt pas”, le Dieu du héros-martyr, devenu par la consécration au Sacré-Cœur, le protecteur officiel de l’Equateur, l'avait enfin débarrassé des tyrans qui l'opprimaient, selon la prophétie de Garcia Moreno. “ Après ma mort, dit-il un jour à ses amis, l'Équateur tombera de nouv'au aux mains de la Révolution. Elle gouvernera en despote sous le nom décevant da libéralisme, mais le cœur de Jésus à qui j'ai consacré ma pâtrie, l’en arrachera une fois encore pour la faire vivre, libro et honorée, sous la garde des grands principes. catholiques, ”

Après ses victoires inespérées sur les révolutionnaires, le peuple du Sacré-Cœur manifesta hautement su reconnaissance envers son bienfaiteur cn revenantà Ia politique franchement chrétienne de Gurcia Moreno. Le gouvernement provisoire, entrainé, par ce mouvement d'opinion, lança le décret suivant : ‘“ considérant que les récents triomphes dont se glorifie la patrie sont dus manifestement à la protection du Dieu tout-puissant et que par conséquent il est juste de lui consacrer, au nom de l’Equateur

un immortel monument de notre gratitude, nous décrétons.

l'érection d’un temple national dédié au Sacré-Cœur, lequel

sera élevé aux frais de l’Etat et avec les contributions vo--

lontaires des particuliers. ”

Ce projet, pour avoir force de loi, devait être ratifié par la future convention, laquello se composa de catholiques,. de conservateurs plus ou moins libéraux, et même d'un: certains nombre de révolutionnaires qui avaient combattu avec les conservateurs contre Vintitnilla. Quant il s'agit d'approuver le décret du gouvernement provisoire et de voter des fonds pour l'érection de la basilique, les Alfaro,. les Csrdenas et autres radicaux, prétendirent que Dieu

n’a pas besoin de monuments extérieurs pour apprécier notre gratitude. La capitale regorgeait d'Eglises : avec l'argent qu'on allait dépenser on pourrait percer de nouvelles routes, secourir les pauvres ou civiliser les sauvages du Napo. Au nom du peuple catholique et de la grande majorité de ses collègues, le docteur Matovelle fit justice de ces pauvretés libérales en montrant que le décret, ‘‘applaudi par toute l'Equateur et par les catholiques du monde entier, n'avait point pour but d'ajouter un ter ple à ceux qui exilaient déjà, mais de faire une manifesta ion publique, solennelle, nationale, de foi catholique.”

‘“ Messieurs, s'écria l’orateur, le grand crime de nos jours, c'est la lâche apostasie de toutes les nations de la terre. Tous les gouvernements, en tantque gouvernements, ont cessé de reconnaître les droits sociaux de Jésus-Christ et de son Église. Sans doute, ils ne vont pas jusqu'à blasphémer sou saint nom, mais il nient pratiquement sa royauté et protestent qu'elle n'existe pas pour eux. Eh bien! que prétendons-nous fuire en élevant ce temple national ? Nous voulons proclamer hautement, à la face du monde entier, que l'Équateur reconnaît Notre-Seigneur Jésus-Christ pour son roi, et qu'il lui reconnaît à lui-même, comme au Roi des rois et au Seigneur des seigneurs, une souveraineté sociale sur toutes les nations de la terre.

“Oui, ce que nous déiirons, ce que nous prétendons obtenir, c'est que la convention de 1884 tombe à genoux devant le divin et suprême monarque de toutes les nations, qu’elle élève enfin un monument durable attestant aux générations futures que l'Equateur et la République du Sacrè- Cœur de Jésus, non pas du Dieu idéal des panthéistes, mais du vrai Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

“ Messieurs, l’isthme de Panama va s'ouvrir, On dit que la civilisation europ/enne débordera chez nous par ce canal et couvrira de ses crésors tous nos océans. C’est le moment d'élever bien haut le flambeau de notre foi pour illuminer de son éclat les eaux du Pacifique et attirer à nos plages

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ces foules de voyageurs errants. La basilique du Sacré-Cœur élevée sur le sommet du Pichincha comme le phâre Iumi-

Ds : neux de la civilisation catholique, attirera vers nous les er âmes qui cherchent la lumière. Levons les yeux au ciel, ser messieurs: c’est là que nous trouverons écrits les grands et se “À de mystérieux secrets de notre avenir. ” 110 Ne. elle Emus par ces nobles et patriotiques accents, plus des de le trois quarts des députés votèrent le projet. L'œuvre de me ho- Garcia Moreno avait donc porté des fruits, puisque la roy- A un auté du Christ faisait tressaillir ainei cette assemblée catho- 4 fes- lique. On vit bientôt que le souvenir du héros chrétien était 4 ue.” profendément ancré dans le cœur du peuple. D. urs, L'honorable José Moria Caamano, un des chefs du parti xl brre, conservateur, était élevé depuis un an à la présidence de la 14 ont République quand arriva le dixième anniversaire du drame ‘3 bt de à jamais lamentable de Quito. Sous ce régime réparateur, 44 mer le noble martyr, si longtemps calomnié et insulté par les ‘4 £ et misérables qui tyraunisaient le pays, avait droità une x que solennelle glorification. Le 6 août 1885, dès les premières Ni: OUS | heures de la journée, le drapeau noir flottait sur presque “4 tier, toutes les maisons de la capitale, A dix heures, devant un pour superbe catafalque, eu lieu le service funèbre, auquel assis- 4 ji des tèrent les évêques de l’Equateur, venus à Quito pour la cé- # ciale lébration du quatrième concile, le président de la Républi- 4 que entouré des hauts dignitaires de l'Etat, et grand D. | nombre de députés et sénateurs. Tous les yeux se portaient 4 dons | instinctivement suèle jeune Gabriel, alors âgé de quinze À ss ans, qui, pour la première fois, conduisait le deuil de son lons, glorieux père. Autour de lui s'étaient rangés les parents et W x gé- les amis de Garcia Moreno, le cercle de la “ Jeunesso Caacré- tholique ”, la noblesse de Quito, les étudiants, les artisans, mais et des flots de peuple. Le nonce apostolique officiait au milieu des larmes de l’assistanee, que L'oraison funèbre fut prononcé par le P. Proano, de la anal compagnie de Jésus, qui, dès les premières pareles, fit À nent naître dane tous les cœurs une indicible émotion. ‘ C’est à 4

peine, dit-il, si je puis articuler dovant vous le nom du héros

dont je dois célébrer la gloire, car, depuis le 6 août 1875, je ne puis le redire dans le silence de ma cellule sans verser des larmes. Gabriel Garcia Moreno! Voilà le nom de cet homme que le peuple équatorien a aimé, qu'il aime et qu'il aimera toujours cent fois plus que ses ennemis ne pourront le haïr, Et il ne faut pas lui en faire un crime, car c'est sa gloire de pleurer et de pleurer toujours l’affreux parricide qui nous priva de notre grand chef, de notre bienfaiteur et père. ” L'orateur montra dans Garcia Moreno, l’homme de foi, l'homme de Dieu, d'où cette conclusion que, pour mesurer lu taille de ce héros chrétien, il faut s'élever sur les hauteurs où il planait lui-même. ‘“ Le monde, dit-il, ne peut apprécier Garcia Moreno, parce qu'il envisage sa vie publique au point de vue superficiel et trompeur de ses tribunaux incompétents. Ni les philosophes de ce siècle ne peuvent le juger, parce que leur sagesse est païenne, tandis que la philosophie de Garcia Moreno est toute chrétienne ; ni les politiques, parce que sa politique est celle de Dieu qu'ils ne connaissent pas; ni les hommes de guerre, parce qu'ils combattent celui dont il fut l'intrépide soldat. De même que les pharisiens, les sadducéens et les prétoriens, s'improvisant juges du Christ, portèrent contre lui une sentence de mort; de même, proportion gardée, les philosophes, politiques et guerriers de notre siècle, traînent à leur barre Garcia Moreno pour l'’accuser et le condamner. Hommes du XIXe siècle, pour redresser vos jugements, écoutez Pie IX, l’oracle de l’infaillible vérité : ‘ Ilest tombé victime, dit-il, le chevalier du Christ, il est tombé victime de sa foi et de sa charité chrétienne pour £a patrie!” Et maintenant cherchez dans les dix-neuf siècles précédents un autre pontife qui, sur le cadavre ensanglanté d'un roi ou d’un empereur, ait prononcé pareil éloge ! ”

Après avoir présents le tableau des vertus chrétiennes et morales du grand magistrat catholique, l'orateur termina par celte saisissante leçon : “ Il ÿ a dix ans qu'on nous l’a enlevé, et durant ces dix ans que de pages lugabres ct sanglantes ajoutées à notre histoire! Les meurtriers nous

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ont dit que la date du 6 août 1875 ouvrirait à la patrie une ère de paix et de prospérité, qu'après avoir briser nos fers, ils allaient enfin arborer le d+apeau de la liberté, que la chute du colosse équatorien donnerait un nouvel essort à la civilisation et au progrès : les incensés ? que sont devenues leurs promesses ?.. Et nunc reges intelligite ! ”

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Le président Caamano était digne d'entendre ces grandes leçons. Conservateur et catholique, dévoué à l'Église et au peuple, il n’était point homme à pictiser avec la Révolution. On dit, je ne sais sur quel fondement, que la veille du jour où il devait jurer solennellement de ne rien entreprendre contre l'Eglise catholique, apostolique et romaine, il alla trouver la veuve de Garcia Moreno et lui demanda, pour la cérémonie du lendemain, l’écharpe de son illustre époux. ‘ Je veux, aurait-il dit, qu’on me regarde comme le successeur de sa loyale politiqne. —Je ne vous la prête pas, se serait écriée la noble veuve, je vous la donne : nul plus que vous n'est digne de la porter.” Quoi qu'il en soit de cette légende, le président Caamano se montra toujours dévoué à la religion, bien qu'on puisse lui reprocher peut-être d'avoir trop sacrifié aux idées de tolérance et de fausse modération, si chères aux politiques de nos jours. Dans un pays perverti par l'erreur et l’impiété, on est obligé parfois de tolérer certains faits qu'on ne peut empêcher, ou certains homme qu'on no peut écarter des emplois pumais quand on a l'honneur de gouverner un peuple catholique, avec la mission constitutionnelle de protéger ses croyances, on ne saurait trop méditer le principe de Garcia Moreno : ‘ Liberté pour tous et pour tout, excepté pour le mal et les malfaiteurs. ” On a dit qu’au début de son administration, le vrésident aurait pu économiser pour des traveaux plus utiles les sommes employées à l’achevement et à la décoration d’un théatre élevé à grands frais dans la capitale par le général Vintimilla. Qne le dictateur, homme de plaisir, ait employé les revenus de l'État à divertir ou pervertir les riches et les oisifs, cela ce comprend ; mais, dans un pays religieux et pauvre, le grand devoir des

—17392— F conservateurs sera toujous de sauvegarder la religion et les mœurs en éloignänt les foyers de corruption. Néanmoins, mal:ré ces «nc ssions régrettables aux partis qui di siscnt l'or15n, 1.ut reconnaître que le président Caamano n’a poiu: ::: de s'intéresser aux progrès religieux, intel. lecige: : maifiels du pays. Les collèges, les écoles primaires, les mi:.. ns orientales, ont retrouver en lui un vrai protecteur, et la grande œuvre des travaux public, si longtemps interrompue, un administrateur assez éclairé pour suivre les trases de Gareia Moreno.

Deux faits, ou plutôt deux grandes scènes religieuses ont illustré, pendant ces quatres dernières années, l'Équateu: et son chef. Terminons notre histoire par ce double récit qui laissera dans l'esprit de nos lecteurs l’impérissable souvenir du peuple rendu à Dieu età l'Église par le hérosmartyr.

C'était le 21 juim 1886. Deux cents ans auparavart, à à pareil jour, l'Église avait autorisé le culte public du Sacré Cœur. Pour célébrer dignement ce grand anniversaire les évêques, les personnages de distinction, les catholique militants, s'étaient réunis à Quito, dans un congrès euchuristique, à l’effetde promouvoir le règne social de Jésus- Christ, L'avant-veille de la fête, sur l'initiative ‘de quelques- unsses membres, le sénat, “ considérant que la loi du 8 octo- 1873 a consacré la République du Sacré-Cœur de Jésus ot l'a décluré sun patron et son protecteur; que le 21 juin de la présente année ramène le second centenaire du culte puh'ic rendu à ce Cœur divin; qu'il est juste et convenable pour les représentants du peuple de témoigner leur foi catholique dans une si grave circonstance ; le sénat, dis-je, avait décrété qu’en signe d'adhésion aux sentiments du peuple, il s’abstiendrait de siéger en ze jour.” Ainsi stimulé par l’exemple de ses chefs et par les exhortations de l'autorité ecclésiastique, la population attendait avec impatience la grande fête nationale.

Dès lu veille au soir, la capitule se transforma comme par enchantement, Les nuages, qui avaient obscurecit le ciel

durst toute la jourr£s, uvaient subitement disparu, Et voilà qu’en un iastnnt les rues, les maisons, les palais, les églirss, !. monuments publics, s'illuminent sous l’azur d'un ciel parsemé d'étoiles : cinquante mille hommes parcourent. les rues en teus sens, pleirs de joie et d'enthousiasme, au milieu de cette ville ruisselante de lumières. Sur la fagade des maisons, on aperçoit partout l'image du Sacré-Cœur, entourée de fleurs, de candélabres et de riches droneries. Des aérostats aux couleurs nationales, s'élèvent dar ie ke portant aussi l'effigie du Sacré-Cœur avec ces ins mipti : “ L'Équateur à son protecteur divin ! Vive la je, dun ve du Sacré-Cœur ! ” L'orcille est charmée par sur cacerts. ravissants, voix d'enfants, musiques militsires, chœurs. joyeux, les passants émerveillés s'arrêtent sr écouter ces cantiques pieux, ces suvaves harmonies.

Ainsi le peuple du Sszcré-Cœur préludait aux grandes démonstrations du lendemain. Au lever du soleil, des sulves d'artillerie éveillèrent la cité. Aussitôt les rues furent envahies par les foules qui se dirigeaient vers les Églises

pour ÿ faire la communion réparatrice. À sept heures, la

vaste nef de l’église métropolitaine s'emplisait d'hommes de tout rang, magistrats, militaires, professeurs, ave sats] étudiants, laboureurs, artisans, qui, eux aussi, voulaient s'approcher de la sainte table pour consoler le Oœur de Jésus. A la cathédrale seulement, on distribua plus de dix mille communions. Un peuple entier au banquet eucharistique ! On se croyait, non pas même au Moyen-Age, mais dans les beaux siècles de l'Église primitive.Quand l'orgue,au moment solennel, remplit le temple de ses pieuses mélodies,et que les chants de ces milliers d'hommes montèrent vers Je ciel, des larmes, de douces larmes coulèrent de tous les yeux |

Uni à son Dieu, le peuple équatorion pouvait procéder à l'acte solennel de réparation demandé par l'archevêque.

Vers le soir, les évêques ou leurs délégués, les autres mem-

bres du clergé séculier et régulier, le président de la République entouré de ses;ministres, les membres du congrès, la

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cour de justice, les chefs de l’armée, et la foule à leur suite prirent place dans le temple. Alors, au nom des autorités ecclésiastiques et civiles, une voix prononça cet acte sublime de foi rationale que chacun répétu dans son cœur,

‘“ Roi des rois, Seigneur des seigneurs, de qui relèvent tous les empires et toutes les nations de la terre, en reconnaissance de votre aimable et infinie souvoraineté, les pouvoirs publics de l'Eglise et de l'Etat prosternés à vos pieds, offre à votre Cœur divin et lui consacrent pour toujours la République de l'Equateur comme votre propriété exclusive. Daignez faire de ce peuple votre héritage, régner sur lui perpétuellement, le délivrer de ses ennemis, et montrer au monde de quelle félicité jouit une nation qui vous a choisi pour son Seigneur et son Dieu, ”

Après cette hommage-lige du peuple envers son suzerain, commença au milieu des sanglots de l'assistance, l'acte d’expiation et d'amende honorable pour toute les offenses dont l’Equateur avait pu se rendre coupable envers la divine majesté : ù

‘ Seigneur, reprit la voix, notre Dieu, notre Créateur, l'unique Maître par qui règne les rois et légifèrent les puissances de ce monde, à Vous nos solennelles actions de grâces pour - voir défondu contre l’ennerai et comblé de vos dons -cet Equateur devenu votre nation chérie. Mais, hélas! au lieu de correspondre à tant de bonté, nous avons péché -contre vous, nous avons foulé aux pieds vos divines lois, et mérité tous vos chatiments. Ne regardez pas nos iniquités, Seigneur, mais seulement votre miséricorde.”

À ce moment, un dialogue aussi touchant que sublime s'établit entre le peuple et son interprète. ‘ Pour toutes nos iniquités ! s'écriait le représentant de Dieu, — Pardon ! disait l’assemblée.—Pour les péchés des prêtres !—Pardon ! pardon ! ” Et la voix continua, n'épargnant aucune classe «de la société. —“ Pour les injustices de nos législateurs, disait-elle, les fautes de nos magistrats, les péchés des pères de famille, les crimes du peuple, les impiétés et les blas-

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fête du tants d de clor de 187 dans le “«“Vene vous je que du immo le Co les scr et les vinren jusqu” pères jeunes

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— 135 jte phèmes, les parjures et les sacrilèges, les révolutions et les guerres fratricides, les attaques contre l'autorité cecclésiastique, les attenta’ contre l'autorité civile, les horribles forfaits du 6 août et du 30 mars, les excès honteux de la presse, les crimes politiques, les scandales publics, en un mot toutes les iniquités sociales. — Pardon ! pardon !” criait

avec larmes l'assemblée entière, on eptendant ces litanies de forfaits révolutionnaires.

Quelques jours après cet acte de publique expiation, :a fête du Sacré-Cœur réunissait une fois encore les représentants de l'Eglise et de l’Etat, heureux de renouveler, avant de clore le congrès eucharistique, la consécration solennel de 1873. 1ls furent accueillis par un invitatoire sublime, dans lequel on distinguait des paroles comme celles-ci : “Venez, pieux pontifes, et vous, ministres du sanctuaire, vous jeter aux pieds dn divin Pasteur ; venez, chef catholique du nouvel Israël, faire acte de vassalité devant le Roi immortel des siècles ; venez, juges de la terre, puiser dans le Cœur de Jésus cette parfaite justice que ne connurent ni les scribes ni les pharisiens.” Et les pontifes, et les prêtres, et les chefs de l'Etat, et les ministres, ct les magistrats, vinrent tour à tour se consacrer au divin Cœur, Après eux,

jusqu’à la fin de ce grand jour, la basilique se remplit des pères et des mères de famille, puis des enfants, puis des jeunes gens, puis des soldats, qui tous, pieusement agenouillés, répétèrent l'acte de consécration au Roi des rois, au Dieu des armées, au Dieu de bonté qui bénit les pères et les enfants.

Cette scène, digne des beaux siècles de foi, nous met sous les yeux le peuple de Sacré-Cœur; celle qui va suivre nous montre dans tout l'éclat de son dévouement le peuple du Pontif-Roi.

Ea 1887, l'univers catholique se préparait à célébrer les noces d'or de Sa Sainteté le pape Léon XI1I. Les fidèles onvoyaient leurs offrandes, les chefs d'Etat préparaient leurs lettres de félicitations, mais les peuples, en tant que peuples, gardaient le silence. Les parlements, qui prétendent

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les représenter, so croient trop grand pour se mettre off.

cieilement aux pieds du chof de la chrétienté, dont ils ne re- Art connaissent, hélas! ni le pouvoir eg mé ni le pouvoir spi- « jour d / rituel. Mais de même que Garcia Moreno avait protesté dans t

seul, au nom de l’'Equateur, contre l'envahissemont des Te De Etats Pontificaux, son peuple se leva seul,(1) pour présenter

au grand pape Léon XIII un hommage véritablement na- | 1 tional, Après avoir entendu le messago du président Canma- de no, message franchement catholique, où se manifestait la mr plus complète harmonie entre le pouvoir civil et le pouvoir ho-d ecclésiastique, les deux chambres réunies en congrès votè- put a rent le décret suivant : mille “ Art, 1. Au nom du peuple dont il est lo représentant, le =. congrès de l’Equateur présente respectueusement ses féli- vai citations à Sa Sainteté Léon X1II en ce cinquantième anni- ES versaire de sa première messe, et fait des vœux pour qu'on Le lui rende, avec la liberté, les droits sacrés qui lui appartien- 140 nent en «u qualité de sucvesseur de Pierre et de chef visible Co

de l'Eglise catholique.

‘# Art, 2, En sun nom et au nom de lu nation dont il est l'interprète, le congrès de l'Equateur réitère la protestation faite solennellement de rester fidèle aux ensoignements du Saint-Siége, et spécialement aux doaotrines des Encycliques Diuturnum et Immortale Dei (2),

‘“ Art, 3. On inscrira au budjet la somme de cinquante mille francs (diez mil sucres) comme part de contribution à l'honoruaire que le monde catholique doit otfrir à Sa Sainteté pour la messe du jubilé sacerdotal.

(1) Saluons cependant en passant le noble peuple de la Colombie, ses représentants, sou digne président Rafaël Nunez, qui rivalisèrent avec l’Equateur en cette circonstance.

(2) L'Encyclique Diuturnum traite de l’origine du pouvoir cvil, des droits et des devoirs réciproques des gouvernants et des gouvernés. C’est une introduction à l’Encyclique Zmmortale Dei sur la constitution chrétienne des Etats. La première date de 1881, la seconde de 1885.

Art, 4. Le 31 décembre prochain sera pour la nation un

« jour de fête civique, ot le pouvoir exécutif fera célébrer

dans toutes les cathédrales une messe solennelle suivie du Te Deum, à laquelle assisteront toutes les autorités, ”

Le peuple fipplaudit à ses représentants. Dociles aux ex- È hortations de leurs évêques, les fidèles offrirent chacun leur obole au Pontif bien-aimé, et lo pauvre Equateur, pauvre en biens matériels, mais riche en noblesse et en vertu, be. put ajouter uu don nation:! une nouvelle somme de cet | mille francs.

En même temps le vénérable archévêque de Quito concevait l'heureuse idée de présenter au pape, en son nom et au nom des fidèles de son diocèse, un splendide reliquaire qui 4 rappelât aux pèlerins de Rome la foi et la piété du peuple À équatorien. Ce monument en argent massif, réduction de la future basilique nationale du Sacré-Cœur, devait renfermer D une relique insigne de la bienheureuse Mariane de Jésus \A le Lys de Quito, Sur l’une des faces apparaît la statue syin- “. bolique de l'Equateur. La République chrétienne tient d’une % main sa bannière surmorté de la croix, et: lautre un 7 écusson aux armes de Léon XIII. A ses pieds wi: ondor, | 8) aux uiles déployées, porte duns ses serre le blason de la 4 République ; le grand soleil équatorial versant ses feux sur ne les cimes des Andes. Sur le socle Notre-Seigneur les bras ; étemdus, le cœur ardent, semble prêcher la divine bonté. # Près de lui, à droite, la médaillon du président-marty1 lu .. magnanime Garcia Moreno, à gauche, le blason de l'archevêque de Quito; l’un et l’autre représente les deux grandes 4 autorités de la République se consacrant au Sacré-Cœur. ‘4

C'était bien toujours la nation aux pieds du Pontife-Roi, Pour donner toute leur signification à ces démorstrations du parlement, à ces offrandes du peuple et du «'ergé, le président de la République adressa au pape cette lettre autographe, que tous les souverains peuvent lui envier :

Très Saint Père, ax jour de votre. jubilé sacerdotal, vous recevrez de tous les peuples civilisés des félicitations et des

témoignages de respectueuse déférence qui seront Ia confession évidente de votre divine suprématie sur toutes los puissances de la terre. Ce sora aussi le gage certain que, sous la houlotte placée par Dieu en vos augustes mains, en dépit des erreurs et des p:é’arications de l'heure présente, le monde doit former ur seul troupeau régi par un seul pas. teur.

‘ Au milieu des manifestutions d’allégresse qui saluent cet heureux jour, veuillez recevoir aussi, Très Saint Père mes filiales congratulations et l’'humble offrande de notre humble République, offrande à peine perceptible, sinon à vos yeux paternels mais pourtant d'une estimable valeur comme tribut de foi et d'amour de tout un peuple qui de concert avec ses législateurs, ses magistrats, ses gouvernants, fléchit le genou devant Votre Sainteté, et d'une même voix, d’un seul cœur, s'écrie de ses lointaines montagnes : Salut, ô Père très saint, Vicaire du Roi des rois auguste Délégué de la souveraineté sociale de Jésus Christ sur la terre.

4 Daignez donc, Très saint Père, accepter favorablement de la part de l'Équateur ce témoignage officiel d’un respect qui, ne s'est jamais démenti, et nous accorder jes bénédictions que j'implore de Votre Sainteté pour la République pour sou gouvernement, et pour celui qui ose se dire on vous réitérant ses sentiments de respectueuse et cordinle affection, votre fils loyal et dévoué, ”

Cette lottre du président Caamano rappelle à chaque phrase les lettres et les messages ei profondément chrétiens de Garcia Moreno. Dieu voulut qu’au jonr du jubilé pontifical le héros-martyr se levât pour ainsi dire de sa tombe pour présenter lui-même su Saint-Père les hommages de l'Equateur et de ses représentants. Déjà, parmi les dons offerts au Saint-Père, figurait un magnifique portrait de l’immortel Président tenant dans ses mains sa célèbre protestation contre l'envahissement des Etats pontificaux; mais, de plus, quand vint lo jour d° son audience, l'envoyé extraor-

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d'naire de l'Équateur, M. Antoinio Florès, le fils de l'illuetre Florès, remit au pape un précieux coffret en cristal de: roche, tout orné de pierreries. C'était un nouveau don de l'Équateur, le plus saisissant et le plus significatif, ainsi qu’il l'explique lui-même :

‘ Très Saint Père, dit-il, je suis extrêmement touché de l'insigne honneur que Votre Saintelé m’accorde en me permettant de lui présenter mes hommages et de lui remettre lx modeste-offrande que mon gouvernement ajoute à l’humble obole que j'ai versée entre les muins de Son Éminence le cardinal secrétaire d'État, Dans ce coffret de cristal de roche j'ai pris sur moi de placer provisoirement le message autographe que le regretté président martyr Garcia Moreno portait dans ses mains le jour de sa cruelle immolation, et qui est teint de sang héroïque. Je prie Votre Sainteté d'agréer cet offrande que j'ai l'honneur de faire en mon nom et en celui de l'écrivain catholique, M. Éloy Proano y Vega, qui a ramassé ce document eur le théâtre du crime

et qui me l’a envoyé à l'étranger, où jo l’ai gardé soigneuse-

ment pendant nouf ans, ”

Vivement touché à la vue de cette relique, Léon XIII répondit à l'embassadeur : “ Nous faisons les vœux les plus ardents pour la prospérité de l'Équateur et de son Président auquel nous recommandons encore en cette circonstance les intérêts de la religion catholique, qui sont ceux du peuple dont ils assurent la félicité,

“ Nous acceptons aussi avec joie, Monsieur le ministre, le précieux don que vous voulez bien nous faire en cet heureux anniversaire, Ce message autographe que l’illustre Garcia Moreno se proposait de liro au congrès quand ila été frappé, Nous le conserverons comme le touchant souvenir d’un homme qui a été le champion de la foi catholique, et auquel s'appliquent à juste titre les paroles dont l'Eglise se sort pour célébrer la mémoire des saints martys Thomas de Cantorbéry et Stanislas de Pologne : pro Æôclesia gladiis imperiorum occubuit, (1) ”

(1) Il est tombé pour l'Eglise sous le glaive des impies.

4 Terminons ce récit par cette parole du Pontife, la plus D: glorieuse peut-être de toutes celles qui ont été dites en l'honneur de Garcia Moreno. Nos lecteurs comprennent maintenant que l’œuvre du président martyr “n'est pas morte avec lui. Le héros chrétien revit dans ce peuple, T dans ce clergé, dans cette magistrature, dans ce gouverne- "4 ment, dans cette République prosternée aux pieds de Léon XIII, .et fière de s'appeler la République du Sacré-Cœur. Et nous pouvons espérer qu’une nouvelle ère de prospérité va s'ouvrir pour elle à l’ombre de la croix, cur le chefqu'el- Lettre: 4 le vient de se donner au commencement de 1888, c'est ce même Antonio Florès qui, lors du jubilé pontifical, remit à Léon XIII le manuscrit ensanglanté du président-martyr, 1 après avoir conservé précieusement cette relique pendant 44 neuf années. Homme de savoir et d'expérience, ayant eu

hs mille fois l’occasion, au cours de ses diverses missions di-

L \ plomatiques en Europe aussi bien qu'en Amérique, de

À méditer sur les maux qui rongent les peuples et des erreurs qui tuent les gouvernements, il s'inspirera de la maxime de | I ] Garcia Moreno : “ Liberté pour tous et pour tout, excepté nm : pour le mal et les malfaiteurs. ” Daigne ‘“ le Dieu qui ne III meurt pas” maintenir ainsi sa souveraineté'sur cette patrie IV du héros-maniÿr, relique bénie de la chrétienté d'autrefois, h: ou plutôt,oserai-je dire à la veille du centenaire de 1889,t. ve VI

et modèle de la future chrétienté! Puisse la France, en arrêtant son regard sur ce nouveau peuple du Christ, se rappeler qu’elle aussi fut autrefois la nation très chrétienne, et comprendre que, pour sortir de l’abîme où la révolution l'a plongée, il lui faut un Garcia MORENo !

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