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no, disait La Candela, c'est le comble de l'inhabileté parlementaire. Aussi le vice-président de l'assemblée, Julio: Castro, se contenta d’opposer à Carbo ce simple argument. de bon sens : ‘‘ Le gouvernement doit protéger le fuit. actuel, qui est l'unité de croyance ; si un jour les différents cultes ont beaucoup d'adeptes à l'Équatenr, la tolérance s'imposera, comme en France, comme à Rome même, où. les pupes tolèrent la synagogue, qu'ils y ont trouvée. Pourquoi sacrifier sans raison ce bien sans égal de l'unité religieuse ? Introduire comme par force dans notre pays ce que lés autres nations ont regardé comme un mal nécessaire, c'est faire une besogne antipatriotique, ” Les amis. de Vintimilla votèrent l’article malgré les cris des radicaux.
Vingt-huit députés s'entendirent ensuite pour proposer: l'abrogation du décret suspendant le concordat. Les intimes de la présidence étaient gagnés à ce projet, mais Urbina menaga la majorité de partir pour Cruayuquil et d'y faire une nouvelle révointior. si l'on rétablissait le concordat. ‘“ Qu'au moins, pour l'honneur de la chambre, la motion soit mise en délibération, s’écria un oruteur, — Pas même cela ! ” répondit Urbina en accentuant ses menaces. Par prudence, on ajourna cct acte de justice.
La question de la liberté de la presse mit en émoi ‘ous les orateurs. On fit de magnifiques discours, en son hon- : neur, puis on vota, comme toujours, des lois restrictives ; ce qui faisait dire à un journaliste libéral que les députés chantaient comme des cygnes et votaient comme des chauves-souris,
En gomme cette constitution d'un libéralisme très modéré déplut singulièrement aux radicaux, qui ne lui ménagèrent ni leurs critiques ni leurs injures. “ La constitution que viennent de bâcler les eunuques de Vintimilla, s'écriait: l'un deux, est plus rétrograde et plus méprisable encore que celle de Garcia Moreno, dont ils ont copié servilement les plus mauvais articles, ”
Il n'étaient point uu bout de leur surprises. A peine
élu par la convention, président définitif, Vintimilla, devenu subitement conservateur, nomma aux emplois des hommes notoirement hostile à sa dictature, et qui même avaient combattu contre lui sous les drapeaux d'Yépez. Sa conduite envers les exilés trahit plus encore #a volte-foce, Avec son assentiment, la convention avait voté le rappel pur et simple des émigrés, mais Urbina réclama contre cette mesure équitable et obtint que nul expatrié ne rentrerait sans l'autorisation du pouvoir exécutif, Vintimilla s’empressa d'accorder cette autorisation à tous les prêtres qu'il avait expulsés. ‘‘ Voulant inaugurer son pouvoir en jetant un voile sur le passé, dit le décret du 18 juin 1878, le président daigne ordonner que le docteur Andrade et les autres ecclésiastiques poursuivis pour motifs politiques jouissent d’une pleine et entière liberté. ” De sa retraite inconnue, le courageux Andrade répondit ‘ qu'il avait été persécuté, non pour motif politique, mais tout l'Équateur pouvait l'attester, pour avoir défendu les droits de Dieu et de son Église. En lui attribuant d’autres intentions, le gouvernement se rendait coupable d'injure grave à son égard. Si la fidélitéa Diou,à la religion, au devoir, constitue un crime, disait-il, alors je m'avoue coupable, mais comme les apôtres envers la synagogue, comme les martyrs envers les proconsuls romains. ” Cependant il remerciait Dieu d’avoir ramané le président dans la justice, exprimant l'espoir que, réconcilié avec l'Église, Vintimilla lui restitycrait les droits dont il l'avait injustement dépouillée,
Ce retour à la justice, dont les catholiques félicitaient le président, lui attirait de la part des révolutionnaires des ‘bordées d’invectives et de menaces. À de certains indices on pouvait croire qu’une levée de boucliers so préparaît contre le “ transfuge ”.. Vintimilla en profita pour se faire donner par la convention des pouvoirs extraordinaires, en d'autre termes reprendre ladictature, ce qui mitles rouges en fureur. ‘“ C'était bien la peine, écrivait Montalvo, de maudire le despotisme de Garcia Moreno, pour marcher
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ensuite sur ces tracos, On pouvait sans rougir se courber devaut Garcia Moreno, mais devant Vintimilla ! Garcia Moreno ! quel homme, quel grand homme gi ses instincts ne l’eussent portés vers la tyrannie ! Intelligence sublime, bravoure à toute épreuve, génie plein d'ardeur et de fécondité, volonté forte, impérieuse, invinc'ble, Garcia Moreno eut été san contredit le premier homme de l'Équateur, s’il n’eut-mis ses puissantes facultés su service de l'oppression (1) ”. Quel éloge ‘dans la bouche d’un Montalvo ! Quant à Vintimilla le pamphlétaire lui exprimait son mépris dans les termes les plus injurieux. À Guayaquil, on orgamisait contre lui des meetings d'indignation ; on assassinait lâchement don Vincente Piedrahita, en qui les patriotes voyaient l’homme de l'avenir ; on justifiait par toutes sortes de crimes les pouvoirs dictatoriaux que le président s'arrogea pendant la durée de son mandat. .
Au fond, plus fort que ne le pensait Borrero, Vintimilla était arrivé au comble de ses vœux: maître absolu du pays il pouvait jouir à son aise. Alors commença pour les gou-
vernants une véritable orgie, pour les gouvernées la ruine matérielle et moralle Durant ces quatre années, les revenus de l'Etat servirent à enrichir des banqueroutiers devenus hauts dignitaires, à entretenir l'armée nombreuse qui servait de garde au dictateur, surtout à payer ses dépenses et celles de l’insatiable Urbina, de leur parents amis et connaissances, Celui-ci réclamait cinquante mille piastres, celui-là cent mille, en compensation des dommages subis sous le règne du tyran. Vintimilla faisait payer à la nation cinq mille piastres pour son uniforme et les harnois de ses chevaux, neuf mille pour trois banquets officiels, et’vingt cinq mille pour sa liste civile, tandis que Garcia Moreno se contentait de la moitié, et encore la dépensait-il en charités ! La dilapidation des den'ers publics fut pousser si loin que jamais ministre des finances n'osa rendre compte des recettes et des dépenses, ni accuser les énorme défits qui s’ajoutaient chaque année à la dette pu-
(1) El desperezo del Regenerador .12 juin 1878, p. 4. f
Li 24 — blique. Naturellement, les travaux commencés restèrent inachevés, faute d'argent. Loin d'ouvrir de nouvelles voies de communication, le gouvernement ne sut pas même entrenir la route nationale de Garcia Moreno. L'instruction publique retofñba dans le mépris, comme au temps d'Urbiua. L'Université avilie, les professeurs destitués, les élèves opprimés, les coilèges fermés, les conservatoires et académies sans objets, et le soudard immoral et indicipliné remplagant partout l'homme de science et le lettré : tel était au commencement de 1882, dernières années de la présidence de Vintimilla, le spectacle navrant qu'offrait l’Kquateur,
Les conservateurs se réjouissaient de voir arriver la fin de cette longue et honteuse dictature, et cependant on n’était pas sans crainte. Les radicaux, tenus en bride jusquelà, n’allaient-ils pas profiter du changement de pouvoir pour s'imposer à la nation par un coup de force ou peutêtre au moyen de quelque m.nœuvre électorale ? Vintimilla profita de ces inquiétudes, jetées à dessins dars le , public, pour se faire adresser par ses amis des pétitions, absolument inconstitutionnelles, dans lesquels on les suppliait de ne point abandonner les rênes aux mains des révolutionnaires. Cette ruse exaspéra les conservateurs aussi bien que les radicaux, mais n’écoutant que son ambition, le
président se rendit à Guayaquil où il fit voter par ses amis
scus le nom d'acte populaire, un nouveau système de dictature dans lequel il figurait comme chef supprème. Trois mois après, pour amadouer les conservateurs, il recevait solennellement le nonce apostolique et affirmait ‘ qu'inter. prète fidéle de la nation, il aurait à cœur, non seulement de conserver, mais de resserror les liens qui l’unissait au Saint-Siège. Magistrat et catholique sincère, il «protègerail et ferait respecter la religion du Crucifié. ” Comme preuve de la sincérité, il rendait au concordat sa force obligatoire et faisait cesser lo long veuvage de l'Eglise métropolitaine. en lui donnant pour pasteur le vaillant évêque de Riobamba, son implacable adversaire d'autrefois. De quoi pouvait
se plaindre cédé à sa ma!
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se plaindre les catholiques ? Vraiement Borrero a trop cédé à sa mauvaise humeur d’exilé quand il nous présente Vintimilla comme un stupide: c’est un retors des plus madrés.
Mais il avait compté sans la colère du peuple, On avait supporté le président constitutionnel, on ne trouva pas la force de supporter ledictatour. Conservateurs et libéraux coururent aux armes. Les derniers mois de 1882 se passèrent en escarmouches dans les provinces, mais le 8 janvier 1883, la capitale elle-même sonna le tocsin. “ Aux armes, chers compatriotes, disait-on. Les eombats livrés jusqu'ici ont affranchi plusieurs de nos cités. Le tyran ne règne plus qu'à Quito età Guayaquil. Joignons-nous aux compagnons du nord et du sud pour terminer l’œuvre de notre rédemtion. Jetons-nous sur nos bourreaux et donnons un nouveau jour de gloire à la patrie des Florès, des Ascasubi, des Garcia Moreno. Débarrassons-nous des vandales qui ont scendalisé le monde entier par leurs asssasinats et leurs brigandages. Soldats de Vintimilla, autrefois les défenseurs de la patrie, aujourd’hui les assassins de vos frères dont vous avez répandu le sang à Galte, à Ibarra, à Chambo, à Quito, abandonnez le drapeau du tyran, et joignez-vous à nous pour sauver la patrie en deuil. Si vous le faites nous oublierons le passé ; sinon, nous laverons dans votre sang les hontes de l’Equateur ! ” Ce jour à même, les jeunes gens de la capitale se ruèrent sur le parc d'artillerie, pillèrent l’arsenal,et s’en furent avec leur butin rejoindre l’armée des compatriotes, campés dans les environs. Le 10, cette armée pénétra dans la cité et après un combat sanglant de plusieurs heures, força les soldats du dictateur à évacuer lu place. Six mois plus tard, le 9 juillet, les patriotes chassaient Vintimilla de Guayaquil, son dernier refuge, comme vingtcinq ans auparavant Garcia Moreno en avait chassé Franco le dernier lieutenant d'Urbina.