‹ Gare les jambes!Chapitre 25 sur 25 · VOILA LE FACTEUR · texte numérisé non relu

VOILA LE FACTEUR

Quand au tournant du jardin il apparaît dernière la haie avec sa blouse bleue déteinte^ son collet de cotonnade rouge que le soleil et la pluie ont changé en une espèce de couleur lie de vin, son petit shako en cuir bouilli, la plaque de cuivre sur le bras et ballottant de droite à gauche soa carnier noir bourré sans doute de mauvaises nouvelles, mon sang ne fait quun tour.

C'est vers dix heures qu'il passe et depuis le matin je l'appréhende et... cependant je l'attends. Quand il n'a pas de lettres et que ce ne sont que des journaux qu'il jette sur la table de la cuisine, c'est alors

seulement que je respire et qu'un immense apaise-

ment se fait en moi. Rien que je sache ne pourrait m'apporter satisfaction plus grande et délivrance plus désirée que ces trois mots: pas de lettres, lancés à la servante par ce facteur enluminé, gros, frais, bouffi, toujours souriant et sans cesse altéré.

Cest le seul facteur gras qui voyage en France ; aussi s€xait-il ju&tft de dire que c'est sa |fiuo^ femme qui est te piéton. Cette infortunée, sèche comme un jonc, mince comme Tombre, et aussi insaisissable que la calomnie, perd chaque jour en embonpoint ce que son mari gagne en bouffissure.

Une lettre m'inspire toujours une terreur indicible. Tous les malheurs sont contenus dans ce carré de papier, et si on réfléchissait à ce que cette enveloppe recouverte de cachets et de timbres recèle de dtagrins, de déceptions et de blessures, jamais on ne cofltsentinût à prendre coiraaissance de ce qui va, pour mms, être te phis souvent cause de tant dlnquiétudes et de tourments.

rnt remarqué que presque toutes les calamités sortent de là dedans et pour mon compte |e n'ai jamais ouvert une lettre sai» que Tanxiété me para- )]FsAtet 9mtt9 que Témotltm me séchât la gorge. Cela ae comprend I N'écrivant jamais à personne^ jamais je M devrai» reeevmr de réponse, aussi quand le facteur me remet une lettre |e mis fixé d'avance, et

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qu€lte <}ue soit l'écriture d€ la suscription je sais tou* jours que le correspondant qui me Tenvoie, c*estle Malbeuf I Au reste^ ça ne rate jamais et ai Ton m*<* crit c'est toujoura pour iti'«{^eiidre quelques nou« velles difGcultés ou quelques nouveaux ennuis.

Quand au matin, assis devant la rivière qui coule, respirant les parfums de la terre et la senteur des eaux, je regarde distraitement le soleil monter à rhûf izoA et que mon âme s'assoupit doucement sous les lourds silences des bois, eh bient à mon insu et malgré moi, je me sens ttoublé put Une agitation secrète et une vague inquiétude. Je me figure entendre, là-bas, bien loin, à perte de vue, le pas précipité et le bruit Sonore des souliers ferrés du facteur. En imagination, fe le Vois à travers les cbe« mins creux s'avancer sous lei aubépines, et portant l'abominable lettre que bientôt II me remettra avec ce rire large qui, chee lui^ Veut dire : A ix>irei Je la lui vois dans les mains, cette lettre de Tinconnu qui me crèvera le cœur et, m'arrachent à mon rtpos pour toute la journée, me jettera impitoyablement dans une fourmilière dMnqUiétudeS et d'ennUls»

Cette idée m*envahit, me poursuit et m'obsède. Je ne saurais plus penser à autre chose. J*ai beau vou« loir me raisonner et essayer de me ressaisir, im« possible; Tappréhension me poigne [et m'oppresse.

et il ne me sera donné de respirera. l'aise que quand, après avoir longé mon mur, j'apercevrai le collet rouge du facteur, prenant enfin par la traverse et se perdant le long des grands seigles, comme une fleur de pourpre en l'épaisseur des blés.

Depuis douze ans que le malheur me tirant tout d'un coup par le pan de la redingote m'a fait perdre l'équilibre et rouler sous la table, je ne me souviens pas d'avoir reçu une seule lettre qui m'ait causé une véritable joie. Je parle de cette lettre qu^on retire de sa poche, qu'on lit avec un plaisir extrême, qu'une heure après on recommence encore à relire, et qu'enfin on sait par cœur à la fin de la journée.

Un matin je fus ruiné tout d'un coup, et tout naturellement ce fut une lettre qui m'apprit ma ruine. Très riche encore la veille, le lendemain j'étais pauvre à emprunter cent sous à Job. Sans état, sans ressources, je me retirai dans une cabane que j'appelai le Château de la Misère. Ce fut alors qu'un ami bien imprudent me conseilla d'écrire une pièce. Je m'y attelai tout de suite. Il m'aurait dit de me faire tisserand que de même, à l'instant, j'eusse pris la navette, Tput m'était bon, et je vous jure bien

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que je ne me sentais pas plus de vocation pour les bel les- lettres que pour le jardinage*

Quand la pièce fut terminée, je la portai à mon ami» et comme c'était un personnage influent et qu'il ne me restait plus qu'une pistolepour vivre toute ma vie, un directeur accorda une lecture. Mon ami devait lire le mardi à deux heures, mais comme je n'avais pas le moyen d'attendre à Paris les cinq jours qui me séparaient du jour indiqué, je m'en retournai à la campagne.

Ah! quelle nuit que la nuit du mardi au, mercredi! J'avais trente-quatre ans, tout mon avenir dépendait de cette pièce, c'était le seul atout que j'eusse dans mon jeu et encore n'était-ce qu'un sept. Figurez-vous un malheureux cherchant, pour vivre, un louis dans les sables du Sahara t

Je ne comprends pas comment, sans éclater ou se rompre, le cœur de l'homme peut supporter une telle dose d'émotions et d'angoisses. J'étais à la torture. L'inquiétude me rouait les membres , des sueurs glacées m'inondaient tout le corps, puis se séchaient tout à coup. A chaque minute j'éprouvais comme un vertige, — spasmes faits d'espérances et de désillusions, de sommets et d'abîmes.

Mon ami m'avait dit : j'aurai fini de lire vers trois

heures, aussitôt je t'écrirai.

294 0^1** ^^ miBBs!

Dès l'fube, debout «uf )a rquti ot irand«Rl Teapaç», j'attendais le fact9i)f» |1 pag^a» mui^ il ^'uvaitriafll..* Eb bien I }f préfécdi U r(ialit<j qa^lqua borrî^le qu»la Mt, à c^t infernal ^upplipo da rftttf^nte, !§ venais d'âtre cfuallamant iQU^Mpir ^Udi elto m'é?^ traignaii rtme at mu flfipbifAit lo c^qpun eipei^çianTi j-aimais enoaia mieu^ ailla qua de me HiniiF tpWODN amraîpé par celte abimèM iniaisiii^blfi q^i d^pui» vingt-quatre beurey n)a rnugeaft le Qvin^,

Je partis pour Paris et rencontrai innn Ami ^^n^

son escaliers i 6b bien! tu e^ reçu ma lettre) me cria«tîil. «s Non I répnndiisje, « Q*^x que Itl'awwi éeF)ta iFQp tard alors, s Puis «^ftvanf ent v%n mQJ ) « Sais hevipeux, m un peUt la P^Çf^ ^9t f«6ue , pn dit que ce ^e^a un giHind %w^H et pn la JQuepa dan4 trois mois. » Je n'eut paa la fi^ree de le r^mei^iei' \ seulement» eç dont je me spuvienfi) e^e9t qi^9 je m^assis sur l'etcalier et que je pleurai.

Quelques mais apièe^ la pi^^e im îmh ai la <mi)« cas q^v^'ella obtint m^arraaha d'un laMl 9Mp II la misir^ et ^ rohscurité.

Vqu« la vnyaa» une lettre pqqvait m'appprtai una immense félicité, hp matiui an U lis.iinti j'eutna M payé au centupla das luWHfsai da la nuitf Eh biani..»» ianal'aipaaraguil*.!-

Ce fut le lendemain de }i pff mlifà VipféiaRtatiaR

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le ce drame qu'un erëancier m^envoya une lettre linsi conçue :

« J'apprends que c'est vous qui avee fait ee qu'on *

1 joué hier à la Qaîté ; monsieur, voue fiitm bien mieux de me payer que de faire des pièces I %

Le comique dans les larmes. -* LUd^at pour I9 théâtre.

Marcher à la lisière des grands bois, mouiller ses chaussures dans la rosée et suivre le vol rapide de ralouette qui d'un coup d^aile s^en va se perdant dans la nue, en avril contempler la ibrét verdir et par le froid noir detiovembre regarder tourbillonnant à ras de terre les feuilles sèches que la rafale emporte, puis ensuite venir se sécher à un beau feu clair et le soir jouer à la bête ombrée avec le garde champêtre, mais le matin pas 4f lettres I Le vrai bonheur

est là!...

Pour celui que le malheur a tordu comme le linge

que la lavandière essarde, le suprême bonheur, c'est de ne point souffrir.

Et'dire que jadis une lettre de Nantes à Paris coû« tait trois francs dix sous de port ! Ah I si j'avais vécu dans ce temps-là!...

Je n'ai connu qu'un seul homme qui^ pour la cor respondance, professât U même terreur que moi aussi, tout de suite, est-il devenu mon collabora teur ; malgré cela, nous ne nous sommes jamais trè bien accordés, et souvent il m'a été une cause d peines. Un jour qu'il était venu à Bois-le- Roy occu per une maisonnette toute semblable à la mienne, dans le même chemin et sur le même côté, le facteui lui demanda son nom : « Je m'appelle Louis Davyl, répondit-il, et si, par hasard, vous aviez des lettres pour moi, gardez-les, je vous les donne. Quand vous les lirez, — si la curiosité vous y pousse, — et si toutefois il n'y a rien de désagréable dedans, lorsque vous me rencontrerez sur les chemins, touchez-m'en un mot, et nous en causerons enseroble^ »

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