LE PASSÉ ET L'AVENIR
Le Passé, c'est un Moine I
L'Avenir, c'est un Juif I
Un de ces derniers dimanches, )e les ai vus tous les deux aux prises et luttant ensemble. Le R. P. Didon essayait de terrasser M. Naquet.
La Somme contre le Talmud; le froc contre le bonnet jaune.
Qui l'emportera?
Le philosophe vaincra-t-il le théologien ? Ou bien l'ancienne Rome, du fond de son exil, nous apparaîtra-t-elle plus forte et plus puissante encore que lorsqu'elle rayonnait dans sa gloire ?
Un avenir prochain nous l'apprendra.
Si la loi sur le divorce n'est pas votée, c'est que le catholicisme^ se dressant devant elle, lui aura crié : Tu ne passeras pas !
La foi et les idées religieuses seules peuvent arrêter dans sa volée cette catapulte formidable !
Le moine dit à Thomme et à la femme : Vous vivrez éternellement côte à côte. Vous serez unis, attachés, rivés par une chaîne indissoluble et liés par des serments que rien ne saurait rompre.
Alors le philosophe se lève et répond : Je refuse, je proteste, je n'accepte pas le pacte, car je le trouve inhumain !
Et il a raison !
L'homme n'est maître ni de ses sentiments ni de ses instincts, et l'obliger à engager pour jamais son cœur, c'est le forcer de jurer un serment qui tôt ou tard doit le rendre sacrilège.
La femme qu'il prend aujourd'hui, il la protégera, l'aidera et l'aimera. Mais si plus tard la nature de cette même femme, ses goûts ou son caractère imposent au mari une vie trop difficile ou un fardeau trop lourd, si sa chair reste insensible au contact de l'épouse, et si le rêve et le bonheur ne sont plus à ses côtés, faudra-t-il donc qu'il vive à jamais privé de toutes joies et de toutes espérances I
LE PASSÉ ET l'avenir. 123
Mais alors c'est, pour Tun et pour Tautre, la bataille de tous les jours, les outrages lancés et reçus devant les enfants et le martyre quotidien ajouté à une existence déjà hérissée d'obstacles dans les con« ditions ordinaires.
Puisque je ne saurais vivre près d'elle, ou qu'elle ne saurait plus se souffrir près de moi, permetteznous au moins de nous fuir, de nous en aller chacun de notre côté, elle cherchant un autre mari et moi un autre foyer I
Pourquoi nous imposer l'immutabilité et des liens indissolubles, à nous pauvres diables que la mort menace sans cesse et qui sommes toujours à la veille de partir le lendemain ?
N'établissons rien d'éternel en ce monde, ça finit trop vite.
Si ma femme me trompe, me trahit; si un jour, en entrant chez moi sans avoir prévenu ou en ouvrant trop brusquement une porte, je me trouve en présence d'une gravure de Deveria, qu'arrivera-t-il ? Un tribunal nous séparera? Je ne demande pas mieux! Mais que deviendrai-je tout seul? Et vous, la Loi, que me donnerez- vous en échange ?
Abandonné, délaissé, vous me défendez de me remarier avec une autre femme, mais si cependant
je la rencontre et si^ en allant contre les règles établies, je la prends et je l'emporte dans ma maison vide, vous, la Société, vous mépriserez donc cette femme, et les enfants que son amour me donnera seront donc des bâtards, c^est-à-dire sans droit et sans nom !
Tout cela est d'un autre âge ! Vilaine morale !
Vous imposez à Thumanité des obligations trop dures. Le chemin que vous l'obligez à gravir est trop rapide et trop âpre, il ne mène à rien. Le Calvaire ne conduit qu'au ciel I
Ne me chargez pas au-dessus de mes forces, car, si vous n'y prenez garde, je vais choir sur vous, sur vos institutions boiteuses et dans votre assiette mal équilibrée.
— Pourquoi m'obliger à la continence ? Je n'ai pas fait vœu de chasteté I
On me dit qu'il me restera ma conscience. Ah I vous me la baillez belle, par exemple! Ma conscience n'a rien à voir dans toute cette affaire, et je lui préférerais de beaucoup une jolie dame.
De sa nature, Thomme est volage.
Dans une pièce du Palais-Royal, Geoffroy, avec la bonne figure que vous savez, s'avançait devant le public et lui disait, en tournant ses pouces : « Mes-